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XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

Sans entrer dans la discussion de ces hypothèses, le seul point qu'il importe de noter au point de vue de la valeur historique des évangiles, c'est que si, d'après la plupart des critiques, nos trois premiers évangiles datent de la période 60-90, ils reproduisent substantiellement une tradition plus ancienne, d'origine palestinienne, si bien que M. Harnack a pu écrire : « Entre les années 30 et 70, sur le sol de la Palestine, et plus précisément à Jérusalem, tout ce qui s'est épanoui ensuite était déjà fixé (1). »

15. De cette donnée admise actuellement par beaucoup de critiques, même libéraux, on peut tirer cette conclusion importante : il est impossible que la tradition évangélique, telle qu'elle nous est parvenue dans les Synoptiques, ait été notablement influencée par l'hellénisme, et il est moins admissible encore que l'Évangile soit en grande partie une transposition de mythes païens. Mais ne pourrait-on pas supposer, avec la plupart des critiques libéraux, que l'Évangile primitif a subi au sein même des communautés judéochrétiennes un développement légendaire, sous l'influence de la foi qui aurait idéalisé la personne de Jésus, en même temps qu'élargi la portée de son enseignement ? On ne peut sans doute nier a priori que l'Évangile dans sa forme actuelle porte dans une certaine mesure la marque de l'élaboration qui, par l'intermédiaire de la tradition orale ou écrite, a abouti à sa fixation définitive dans les Synoptiques. Mais, en se plaçant même au point de vue purement humain et sans parler des garanties spéciales que les évangiles tiennent pour un croyant de leur caractère inspiré, on est en droit d'affirmer que le travail de la tradition n'a pu modifier substantiellement le fonds primitif des souvenirs apostoliques. Il est certain en effet que l'une des grandes préoccupations de l'Église à son origine était de recueillir et de conserver aussi fidèlement que possible le témoignage des apôtres. La comparaison entre les Synoptiques permet d'ailleurs de se rendre compte en quelque façon de la nature et de l'importance des variantes qui ont pu s'introduire dans la transmission des faits de l'histoire de Jésus ou de ses paroles. Les variantes

(1) A. Harnack, Lukas der Arzt, p. iv.

ne portent généralement que sur des détails, et n'accusent pas dans l'ensemble, autant qu'on l'a prétendu, une tendance systématique à l'idéalisation. Il se peut sans doute que la tradition chrétienne ait précisé, par l'importance donnée à certains traits plus significatifs, le rapport entre tel épisode de la vie de Jésus et telle prophétie de l'Ancien Testament dont ce fait apparaissait comme la réalisation : mais on n'en saurait conclure à la non-historicité de tous les épisodes évangéliques qui sont rattachés à une prophétie, car, sans parler de l'arbitraire d'une telle supposition, on ne s'expliquerait pas pourquoi certains textes seulement, épars dans l'Ancien Testament, auraient fourni des données au travail de l'imagination populaire, alors que beaucoup d'autres, qui pouvaient au moins aussi aisément être le point de départ d'un développement légendaire, n'ont rien dans les évangiles qui leur corresponde. Il se peut aussi que des paroles de Jésus, devenues des thèmes de la prédication apostolique, aient été un peu modifiées dans la forme, pour s'adapter avec plus de précision à des situations nouvelles, ou que le sens profond en ait été mis plus en évidence à la lumière des événements et par l'action révélatrice de l'Esprit divin (1). Mais les discours rapportés par les Synoptiques présentent dans leur ensemble un tel caractère d'originalité, en même temps qu'une si frappante homogénéité, qu'on ne peut supposer raisonnablement qu'ils soient, en grande partie, l'œuvre de la tradition chrétienne, et que leur authenticité globale « est insoupçonnable » (2). D'autres marques d'ailleurs témoignent nettement de la fidélité avec laquelle a été conservée la tradition primitive : c'est le caractère spécial de la langue et du style où transparaît souvent l'original araméen ; c'est l'exactitude de certains détails historiques ou géographiques, de certains traits de couleur locale, qui suppose une rédaction très voisine des événements racontés ; c'est

(1) « Les récits traditionnels devaient s'éclairer des clartés croissantes de la révélation, et les témoins mêmes du ministère du Seigneur devaient comprendre plus intimement ce qu'avait été sa vie sur terre, à mesure qu'ils entendaient mieux ce qu'était maintenant sa vie en .eux. » J. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, p. 375-376.

(2) Jiilicher, Einleitung in das Neue Testament, p. 328.

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