‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 88 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

lation chrétienne, se trouve conduit par là-même à étudier à part l'évangile johannique, et, sans essayer de distinguer renseignement authentique de Jésus du commentaire de l'évangéliste, ce qui serait parfois presque impossible (1), il cherchera surtout dans ce livre l'expression la plus complète et la plus haute de la foi chrétienne à la fin du ier siècle.

17. Si les critiques sérieux, même Jes plus libéraux, admettent aujourd'hui à peu près unanimement la valeur historique globale de la tradition synoptique, ils continuent pourtant à faire des réserves sur une partie du contenu des évangiles : ils n'hésitent pas à prononcer que tel épisode est légendaire, telle parole de Jésus inauthentique. Ils conservent en particulier une invincible répugnance pour les récits de faitsmiraculeux, et il y a certaines parties des évangiles, les premiers chapitres de saint Matthieu et de saint Luc par exemple, qu'ils rejettent en bloc, comme dénués de toute valeur historique. L'historien catholique ne se reconnaît pas le droit de traiter avec une pareille liberté le texte évangélique et d'établir une telle différence d'autorité entre ses diverses parties. L'inspiration garantit à ses yeux l'exactitude des évangiles dans la mesure où les écrivains sacrés entendaient eux-mêmes la garantir, et comme il n'est pas douteux qu'ils croyaient rapporter des faits réels et non pas des fictions, bien qu'ils n'aient pas visé le plus souvent à une minutieuse précision dans les détails, un catholique ne peut attribuer le caractère d'une pure légende à aucune partie du texte inspiré. Cependant, comme on ne peut alléguer cette certitude d'ordre théologique aux savants rationalistes qui tiennent les évangiles pour des documents ordinaires, sans aucun caractère sacré, on doit nécessairement, si l'on veut établir avec eux une discussion historique, les suivre sur leur

(1) J. Lebreton, Les origines du dogme de la Trinité, p. 379: « ...Les deux sources (discours de Jésus et réflexions de l'évangélisie) sont distinctes, mais elles ont tellement mêlé leurs eaux qu'il faudrait un œil bien exercé pour les discerner ; la révélation vient authentiquement de Jésus, mais ce n'est qu'à travers l'âme de Jean qu'on la peut aujourd'hui percevoir. »

terrain, faire provisoirement abstraction de l'inspiration et ne tenir compte que des garanties humaines d'historicité qu'offrent les Livres saints. Dès lors les différentes parties desévangiles ne se trouvent pas dans des conditions identiques.. Les faits ou les discours rapportés par les trois Synoptiquesa la fois peuvent être considérés comme appartenant à la tradition la plus ancienne, et présentent par là-même en général des garanties supérieures à ceux qui ne figurent que dans un seul évangile, bien que certaines parties propresà saint Matthieu ou à saint Luc puissent avoir des caractères intrinsèques qui en rendent l'authenticité aussi indiscutable (par exemple, la parabole de l'enfant prodigue). Quand on envisage la tradition évangélique, même provisoirement et par nécessité de méthode, comme une tradition simplement humaine, on ne peut non plus opposer unenégation de principe à la possibilité d'un certain développement légendaire qui aurait étendu et accentué la part de l'élément surnaturel dans l'histoire des origines chrétiennes. Mais ce que l'on ne peut admettre, même en se tenant sur le terrain purement rationnel, c'est quele caractère miraculeux d'un fait soit par lui-même une raison suffisante pour en contester la réalité. Bien plus, le préjugé devrait être, avant toute enquête critique, en faveur de l'existence d'un élément surnaturel dans la vie de Jésus, car on ne s'expliquerait pas sans cela l'impression produite par le Sauveur et la naissance de la foi chrétienne, L'élévation de sa doctrine, la profondeur do son action spirituelle, non plus que la perspective du royaume des cieux, n'auraient pas suffi à gagner les esprits simples auxquels il prêchait l'Évangile et à les amener à croire en lui, s'il n'avait accompli devant eux des œuvres extraordinairesqui le leur ont révélé comme l'envoyé de Dieu. Aussi bien l'état d'esprit grossièrement rationaliste des critiques d'il y a un siècle par rapport aux miracles évangéliques a-t-ilfait placo chez la plupart des historiens contemporains à une attitude plus nuancée. On admet volontiers que, par une sorte d'influence psychique, Jésus a opéré des guérisonssurprenantes, qu'il a en particulier soulagé un grand nombre de possédés, c'est-à-dire, explique-t-on, de malades atteints d'affections nerveuses, et l'on rejette seulement comme-

Page 1