XII. LES ORIGINES CHRETIENNES
légendaires les miracles inexplicables par les forces psychiques, tels que les résurrections de morts, ou les prodiges -accomplis sur la nature (multiplication des pains, tempête apaisée, etc.). Mais qui ne voit combien une telle distinction est arbitraire ? Dans les parties des évangiles auxquelles on s'accorde à reconnaître le plus de valeur historique on trouve racontés, non seulement des guérisons, mais des miracles de toutes catégories : en vertu de quel principe autre qu'un préjugé philosophique rejette-t-on les uns. alors qu'on admet les autres ? Pourquoi, lorsqu'on accepte en règle générale l'historicité des faits qui sont racontés à la fois par les trois Synoptiques, retirerle bénéfice de cette règle sans motif critique appréciable à des miracles tels que la résurrection de la fille de Jaïre ou la multiplication •des pains ? Il suffît d'ailleurs de comparer les miracles racontés dans les évangiles canoniques avec les prodiges qui remplissent les évangiles apocryphes, pour faire ressortir par contraste les caractères intrinsèques d'historicité que présentent les premiers. Le merveilleux des apocryphes est bien une création de l'imagination populaire : prodiges stupéfiants, sans raison suffisante, allant parfois jusqu'à l'extravagance, plutôt œuvres d'une puissance magique que d'un pouvoir divin. Les miracles évangéliques au contraire mettent en évidence la bonté et la sagesse de Jésus autant que sa puissance, ils n'ont jamais pour but unique de provoquer l'admiration, ils servent toujours d'expression ou de garantie à un enseignement religieux : autant de traits qu'il est rare de rencontrer dans les légendes populaires, et qui parlent en faveur de l'authenticité de ces miracles. 18. De tout ce qui précède il résulte que nous possédons dans les livres du Nouveau Testament des documents dont la valeur même simplement humaine est incontestable. En ce qui concerne en particulier l'enseignement de Jésus et la doctrine des apôtres, on a vu qu'ils nous fournissent des données dont l'ensemble, accepté par tous les critiques sérieux, offre une base solide à l'étude historique du christianisme primitif. Mais il importe de remarquer que le christianisme n'apparaît pas comme un système religieux complet dès le premier moment, que les diverses parties -du Nouveau Testament en présentent chacune des aspects
différents, et que, depuis renseignement de Jésus jusqu'au prologue du quatrième évangile, on doit reconnaître un véritable développement doctrinal. L'idée d'un tel développement, que l'historien constate et dont il essaie de déterminer les facteurs humains, n'a rien d'ailleurs qui puisse choquer la foi du croyant. D'après la doctrine catholique en effet, la révélation chrétienne n'est point tout entière contenue dans l'enseignement direct de Jésus, les apôtres ont eu des révélations complémentaires, et il fallut l'action illuminatrice de l'Esprit-Saint pour conduire les esprits jusqu'à l'intelligence complète de la doctrine du Christ et du mystère de sa personne. Sans doute le théologien peut légitimement faire abstraction de ce développement et réunir en une même synthèse les enseignements qui viennent de Jésus lui-même et la doctrine des apôtres, puisqu'ils émanent en définitive de la même source divine, mais la tâche de l'historien est différente, et il lui faut distinguer autant que possible les divers éléments et les phases successives du développement doctrinal. On se fera une idée suffisante de la naissance de la religion chrétienne et de son développement au cours de l'âge apostolique en étudiant 1° l'enseignement de Jésus, 2° la foi des premiers disciples, 3° la théologie de saint Paul, 4° la théologie de saint Jean et la vie religieuse de l'Eglise chrétienne à la lin du Ier siècle.
L'enseignement de Jésus
19. L'historien qui se propose de reconstituer l'Évangile primitif, tel que le prêchait Jésus, tel que durent l'entendre et le comprendre les premiers disciples du Maître, avant que la réflexion et la pratique même du christianisme, aidées de l'action de l'Esprit, leur en eussent fait pénétrer toute la profondeur, doit nécessairement prendre les Synoptiques comme source principale, puisque c'est dans nos trois premiers évangiles que l'on retrouve l'écho le plus littéral de l'enseignement du Sauveur. On n'y rencontre pas sans doute un exposé complet et systématique de la