‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 92 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

ses auditeurs aient sans doute immédiatement compris sa pensée, deux phases dans l'établissement du royaume. « Le royaume de Dieu est au milieu de vous, » répondait-il à une question des Pharisiens : par sa prédication, par ses miracles le royaume est donc déjà présent en quelque façon. Le règne de Satan recule, et le règne de Dieu s'établit : « Si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, c'est donc que le royaume de Dieu est déjà venu à vous. » C'est une économie nouvelle qui s'instaure, si bien que Jésus peut diviser l'histoire du peuple juif en deux périodes, le temps des prophètes et de la loi jusqu'à Jean-Baptiste, et depuis Jean le temps du royaume de Dieu. Plusieurs paraboles (celle de la semence, celle de l'ivraie, etc.) donnent la même impression : le royaume doit grandir et s'étendre ; il est fait pour tous les hommes et non point seulement pour les enfants d'Israël, il faut donc qu'il soit annoncé à tous, et cela suppose une période intermédiaire entre son inauguration par Jésus et son établissement définitif. Durant cette période intermédiaire, ce qui constitue le royaume, c'est le règne de Dieu dans les âmes par la destruction du péché et la pratique de la justice intérieure. Sous cet aspect il apparaît donc comme une réalité morale et spirituelle, mais il ne faut pas oublier que ce n'est là qu'une période de préparation, et que le royaume ne s'établira définitivement que par le grand jugement qui marquera la victoire complète de Dieu sur Satan, et fera la séparation des élus et des réprouvés.

22. La possession du royaume des cieux apparaît doncdans l'Évangile comme le but essentiel de toute vie humaine : à cet intérêt supérieur on doit tout subordonner, tout sacrifier, et il n'est aucun acte qui ne doive s'en inspirer. D'ailleurs à ceux qui cherchent le royaume de Dieu, il est non seulement assuré dans l'avenir, mais en un sens il est déjà donné, il est en eux comme un germe qui n'aura qu'à s'épanouir dans la vie éternelle. Telle est l'idée centrale de l'Évangile. Elle domine l'enseignement moral du Sauveur, car la morale évangélique ne fait que formuler les conditions d'admission dans le royaume et définir les dispositions par lesquelles il commence à se réaliser ici-bas dans l'âme du croyant. Il y a ainsi dans l'Évangile une compéné-

tration réciproque de la religion et de la morale, qui en est un des traits caractéristiques. Dans les religions païennes en général, et môme dans le judaïsme tel que l'entendait le piétisme pharisien, la morale et la religion formaient deux domaines séparés. Jésus les ramène à l'unité et établit de façon absolue l'influence de l'idée religieuse sur toutes les formes de l'activité humaine. L'accomplissement du devoir moral trouve ainsi dans la religion son excitateur le plus puissant.

Dès lors les conditions d'admission dans le royaume de Dieu sont des conditions toutes morales. Plus de condition de race : tous les hommes y sont appelés, et, pour y avoir droit, il suffit de faire la volonté du Père qui est dans les cieux. Sans doute Jésus lui-même n'annonce l'Évangile qu'en Galilée et en Judée, et c'est à Israël qu'il limite aussi la première mission donnée à ses apôtres. Mais il ouvre dans l'avenir à leur activité de missionnaires un horizon illimité. L'Évangile sera prêché dans le monde entier. Tandis que beaucoup d'Israélites, sourds à l'appel divin, seront rejetés, les païens prendront place dans le royaume des cieux : beaucoup y viendront de l'Orient et de l'Occident.

Les pratiques extérieures, l'observation minutieuse de rites cérémoniels ne suffisent pas non plus à assurer l'entrée dans le royaume. Certes la religion de Jésus ne condamne pas le culte extérieur, et n'en proclame pas l'inefficacité. Jésus lui-même a voulu recevoir de Jean le baptême de pénitence, et ses disciples baptisaient ; il allait au Temple à Jérusalem et participait au culte juif. Mais il a marqué avec force que la soumission extérieure aux observances légales n'est pas une garantie de salut, et que ce qui importe avant tout, ce sont les dispositions du cœur. Il ramène ainsi la religion de l'extérieur à l'intérieur, et lui soumet, en même temps que les actes, le domaine plus intime des pensées et des sentiments.

23. Le sentiment nouveau qui distingue essentiellement les disciples de l'Évangile, c'est le sentiment de la paternité de Dieu, c'est la foi au Père qui est dans les cieux. L'Ancien Testament n'ignorait pas sans doute la paternité de Dieu, mais c'était une paternité générale, dont le caractère était

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