‹ Où en est l'histoire des religions?Chapitre 93 sur 306 · XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES · texte numérisé non relu

XII. LES ORIGINES CHRÉTIENNES

plutôt juridique et national : c'était le peuple d'Israël dans son ensemble qui pouvait se dire fils de Dieu, la relation de filialité n'était pas établie entre l'individu et Dieu. Au contraire, l'idée de Dieu dans l'Évangile est caractérisée par ce trait, que chaque homme en particulier a droit de regarder Dieu comme son Père. De ce droit personne n'est exclu. La bonté du Père céleste s'étend à tous, aux humbles, aux pauvres, à ceux qui souffrent plus qu'à tous autres. Elle n'écarte même pas les pécheurs : qu'ils se repentent, et ils obtiennent de la miséricorde divine le pardon de leurs péchés. Ce n'est plus la loi rigoureuse d'une exacte justice qui règle les relations entre Dieu et les hommes : la libéralité du Père céleste ne se mesure pas strictement aux mérites, il répand ses bienfaits même sur ceux qui ne les veulent pas reconnaître, sur les mauvais comme sur les bons. Si bien que l'enseignement synoptique sur la paternité de Dieu ne peut être mieux résumé que par la formule de saint Jean : Dieu est amour.

Une telle relation entre Dieu et l'homme entraîne pour celui-ci deux obligations: une attitude de confiance absolue à l'égard du Père céleste et une disposition de constante générosité à son service. Sans doute la crainte de Dieu est un sentiment qui ne doit jamais disparaître du cœur de l'homme : pour être un Père, Dieu n'en reste pas moins un juge qui demandera à chacun un compte rigoureux des dons qu'il lui a faits. Mais c'est la confiance filiale qui doit dominer : confiance du pécheur repentant dans le pardon divin, confiance dans l'absolue efficacité de la prière humble et persévérante, confiance enfin que la Providence paternelle qui veille sur les hommes les préserve du mal et leur assure tout ce qui leur est nécessaire. Ce devoir de la confiance va si loin qu'il entraînerait, à prendre à la lettre certaines paroles de Jésus, des conséquences paradoxales. Il semblerait que les enfants de Dieu doivent tellement compter sur leur Père céleste, qu'ils n'aient plus à s'occuper des choses de la terre et puissent attendre de sa Providence tout ce dont ils ont besoin pour l'entretien de leur vie. En de telles prescriptions il faut voir l'esprit plutôt que la lettre : elles sont la forte expression du devoir qui s'impose au chrétien de se détacher de la richesse et des soucis-

terrestres pour s'occuper avant tout de ses intérêts éternels. « Cherchez le royaume de Dieu et sa justice, tout le reste vous sera donné par surcroît. »

Il faut aussi apporter au service de Dieu un esprit nouveau. On n'obéit pas à un père comme à un maître. Inspirée par l'amour plus que par la crainte, l'obéissance du disciple de Jésus à la volonté de Dieu est exempte de calcul , elle tend à une perfection toujours plus haute. Aussi la justice du royaume de Dieu, c'est-à-dire la perfection à laquelle Jésus appelle ses disciples, ne doit pas être, comme celle des scribes et des pharisiens, une justice formaliste et étriquée. Elle ne connaît aucune limite, car Jésus lui assigne comme idéal la perfection de Dieu lui-môme : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

C'est dans les relations des hommes entre eux que cette règle de conduite doit trouver sa principale application. Aimez votre prochain comme vous-même, c'était un commandement de l'ancienne Loi : l'esprit de l'Évangile lui donne une portée nouvelle. Il faut aimer le prochain et lui faire du bien comme Dieu nous aime et nous fait du bien. Pécheurs qui recevons de Dieu le pardon, nous devons user de la même miséricorde à l'égard de nos frères. Et parce que Dieu répand ses bienfaits sur ceux qui l'offensent comme sur ceux qui le servent, il nous faut aimer même nos ennemis. C'est sur ce commandement de l'amour et les devoirs qu'il implique que portera le jugement qui séparera les élus du royaume d'avec les réprouvés.

24. Tel est l'esprit de l'Évangile, tels sont les sentiments et les actes qui assurent l'entrée dans le royaume des cieux. Mais Jésus ne se contente pas de révéler cette relation nouvelle entre l'homme et Dieu, avec toutes les conséquences morales qu'elle entraîne, il la réalise en sa propre personne, son apparition parmi les hommes en est une révélation plus lumineuse que sa parole même. Si bien que l'Évangile est moins une doctrine qu'un fait, c'est la personne de Jésus plus encore que son enseignement, ou plutôt la personne de Jésus donne à son enseignement sa puissance et son efficacité. Jésus n'est pas seulement la vérité, il est aussi la voie et la vie, selon la déclaration rapportée dans le quatrième évangile. De sorte que l'on

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