‹ Où est l'étoile? [microforme]Chapitre 3 sur 5 · PET · texte numérisé non relu

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originale et gauche dont ils s’agenouillaient, leur tournure étrange, je ne pouvais me tromper sur leur qualité: c'étaient deux agents, et l'un d'eux, un gros court, était probablement un commissaire de police, un chef, en tous cas. Je les regardais du coin de l'œil, sans faire mine de rien, eux de même, et je vous assure qu'ils ne paraissaient pas bien au fait des églises; mais, au reste, je ne suis pas resté longtemps là à les examiner. Je leur ai tiré ma révérence, et je suis sorti de l'église un peu plus vite que j'y étais entré. Je crois bien même que j'ai dû oublier de prendre de l’eau bénite. Et puis, une fois dehors, j'ai décampé, je ne vous dis que ça. Je suis descendu, tambour battant, par la rue des Bons- Français, et en arrivant sur les quais de l'Erdre, j'ai compris qu'il fallait ralentir mon allure; mas je marchais d'un bon pas. J'ai monté la rue du Calvaire, passé par la rue des Pères-Jésuites, longé le boulevard Delorme, et j'étais déjà bien loin. Je me croyais sauvé quand, tout à coup, un homme que J'avais trouvé embusqué au coin d'une rue, comme en sentinelle, et qui m'avait toisé curieusement en passant, se mit à me suivre, mais il ne paraissait pas bien sûr de son fait, ni moi non plus. Par prudence, à un détour, pour le dépister, j'entrai chez une fruitière, et quand l’autre passa, Je fis le petit; il ne me vit pas. [l continua sa route, moi, je rebroussai chemin, et par des sentiers que je ne saurais trop indiquer, j J'arrivai jusqu’au cimetière qui touche à la place Viarme. Je marchais droit devant moi, sans savoir au juste où j'allais, n'ayant qu'une idée générale des lieux, mais sachant cependant que la campagne ne pouvait être loin, et qu'il fallait la gagner au plus tôt, et j'arpentais le terrain d'un pas

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décidé, toujours inquiet, et non sans raison. J'avais en effet remarqué, en traversant la ville, du côté de. chez Milliat, une espèce de voiture à deux roues, en forme de carriole, et sans en être trop sùr, j'avais cru, de loin, reconnaître mon commissaire de Sainte-Croix et son acolyte; mais j'avais fait un détour par la rue Paré et je les avais perdus de vue. En tous cas, ils étaient à mes trousses; pour ça, j'en étais bien certain et, quoique armé, je ne pouvais songer, en pleine ville, à faire usage de mon revolver; mieux fallait s'échapper par ruse. Toutefois, je n'étais pas trop rassuré, on doit le comprendre, et j'ouvrais l'œil. Bien m'en prit, car tout à coup, en face de moi, d'une rue adjacente, débouchèrent, hors d’haleine, trois hommes, et l’un d'eux, cette fois, je ne m'y trompai point, était mon commissaire. En les voyant, rapide comme l'éclair, je tournai bride et, au grand galop, je descendis à travers la place Viarme et deux ou trois rues, jusqu'à la rue de Belair, puis je tournai à gauche et j'enfilai une toute petite rue, ordinairement déserte, et dont j'ignore le nom. Là, dans cette rue, demeure un prêtre, ancien ami de Mgr Freppel, et bien qu'il me coûtât d'aller demander l'hospitalité à ce prêtre, comme je le connaissais un peu, ne voyant pas d'autre moyen de sortir d'embarras, que j'allais être pris, je sonnai à la porte et on vint m'ouvrir. Le cher homme, par bonheur, n'était pas là; il était à la grand’messe, et j'eus le temps de souffler un peu en l'attendant. Quand il arriva, je lui expliquai mon cas; mais ilne voulut pas m'écouter, et il me dit crûment qu'il n’entendait pas avoir d'affaire; qu’au reste, c'était des illusions, et que je n’avais rien à craindre, Avec un pareil butor, un sot de cette espèce, il n'y avait

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pas d'explication à avoir, et je tenais à ne pas faire de bruit. Je sortis donc, et grâce à la domestique qui fut plus charitable que son maître, au lieu de sortir par où j'étais entré, ce qui eût été dangereux, je sortis par une porte dérobée qui donnait sur un long couloir. Au fond de ce couloir, il y a un puits, et, à côté de ce puits un enfoncement qui aboutit à une porte; mais cette porte est condamnée, et j'étais là en sécurité. J'y restai jusqu'au soir, et alors, par des rues détournées, comprenant qu'il me fallait du repos et un refuge, j'allai frapper, route de Rennes, à la porte d'un homme qui est allié à ma famille et que je connais. C'est là que je suis en ce moment, toujours fort préoccupé et ne sachant comment je sortirai de Nantes. Car, à travers les rideaux, en me dissimuant, j'ai observé ce qui se passe sur la route de Rennes et les agents cherchent toujours. Ils ont beau se déguiser de toutes les façons, je ne m'y trompe pas. Dieu sait comment tout cela finira!

Lettre à M. Glatigny (12 août 1886)

Je suis parti de chez vous à l’improviste, me croyant découvert. Il était trop matin pour vous prévenir, et d’ailleurs, quand je suis descendu en bas, je ne savais pas encore ce à quoi je me déciderais. L'agent, ou du moins celui que je regardais comme tel, ayant le dos tourné, j'ai pensé que c'était le temps de partir, et je suis parti. J'ai passé par devant Saint-Stanislas et par la rue de Châteaubriant. Là,

je suis entré chez un barbier et je me suis fait raser. J'ai ensuite troqué mon paletot et mon chapeau pour un vieil habit et une casquette, et, ainsi costumé, je ne devais pas êlre facile à reconnaître. Arrivé chez le Suisse, j'ai fait prévenir M. Constantin qui est allé chercher une voiture, et, à trois heures, nous sommes partis ensemble, en apparence pour aller à Saint-Luce, en réalité pour aller à Châteaubriant. Nous avons évité Carquefou, et nous sommes arrivés à Châteaubriant vers minuit. Je n'ai pas voulu coucher à l'hôtel, et j'ai continué ma route pour Bain où je me trouve en ce moment; mais je n'ai pas de refuge assuré, et les démarches que j'ai faites pour trouver un gite, ont pu donner l'éveil, de sorte que je suis toniours sur le qui-vive. Je suis caché dans un grenier, à l'insu même des gens du village; mais il est impossible qu'ils n'arrivent pas tôt ou tard à savoir que je suis là, et alors adieu la sécurité. En somine, quoique ce soit hasardeux, Je préfère risquer le tout pour le tout, et je pars ce soir pour Luzanger, où je prendrai le train de l'aris. De là, j'irai en Suisse. Si j'arrive à destination, Je vous en aviserai bientôt.

Lettre au Docteur Watters

(40 octobre 1886)

Mo cuer DocTEur. — Quand je réfléchis à ce qui s’est passé à Nantes, il me paraît clair que j'ai dû être dénoncé par quelqu'un, et qu'une surveillance occulte était exercée en Bretagne à mon intention.

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