A la porte, seul à seul, sans témoins
Il y avait alors d’autres personnes qui entendirent cette remarquelà » dit Jean Blais, en parlant de la conversation qui eut lieu dans la maison.
Parlant des paroles qu’il prétend avoir été échangées entre nous à la porte de la maison. «Les paroles,ditil, n’ont été entendues que de moi seul et les personnes qui étaient dans la maison n’ont pas pu lesentendre,»
et il en donne la raison : c'est parce que « ces paroles ont été prononcées à la porte de la maison.»
Voyons maintenant si les quatre témoins que l’on amène contre moi prouvent an moins que j'aie eu une conversation quelconque, à la porte, en dehors de leur présence. »
Désiré Bourran», dit :
« Le défendeur et M. Blais se sont « fait étriver en ma présence dans la «cuisine de la maison. JE NE POURRAIS (PAS DIRE S’üs se sont parlé ensemble «à part.…de ne me rappelle pas du tout « gw'ils se soient parlé en dehors de la «maison. Je suis resté dans lamaison «continuellement. Ils peuvent avoir « sorti mais je ne n'en rappelle pas.
(«JE NE POURRAIS PAS DIRE que M. Lan- « dry soit sorti.»
Voilà pour le premier témoiu. M.
Taschereau devra trouver qu’il confirme d’une manière pour le moins très-singulière le fait que /a conversation à eu lieu.
Voyons si un second témoin prouvera mieux.
Marnias Roy déclare :
«Je me suis rencontré un diman- «che avant l'élection chez M. Alph.
« Bonenfant, St. François, avec le «défendeur et Jean Charles Blais.
«J'ai eu connaissance que le défen- « deur et Jean Charles Blais se soient «parlé ensemble, mais je n'ai pas «entendu ce qu'ils se sont dit, »
pr: Ur
Voilà tout le temoignage !!
Evidemment M. Taschereau doit se dire que ce témoin confirme très mal le fait de celte couversation que nous aurions eue, Jean Blais et moi, seul à seul, à la porte.
Passons donc au troisième témoin.
Peut-être confirmera t-il mieux, car le fait de la conversation n’est pas encore confirmé.
Nazaire Fournier, dont voici en entier le témoignage, dépose et dit :
«Je me suis rencontré avec le dé- « fendeur et avec Jean Charles Blais «chez Alphonse Bonenfant dans «Poccasion mentionnée par le té- «moin Blais lui-même et par les té- «moins Roy et Bouffard. J'ai con- «naissance que le défendeur et le dit «Jean Charles Blais se soient parlé.
«Je n’ai pas entendu leur conversa- «tion ete n'y ai pas jait allention ; « dans le temps, je parlais avec d’au- «tres personnes présentes dans la «maison et on s’amusait ensemble.
«J'étais dans la boutique quand M.
« Landry est venu nous trouver, nous «étions tous là et Blais y était aussi.
«M, Landry parlait en général à «tous ceux qui étaient là et faisait « des histoires. Le défendeur a parlé « un peu à part à M. Blais, etje n'ai «pas entendu ce qu'ils se sont dit, C’i- « TAIT DANS LA BOUTIQUE. Je pense «que nous sommes partis ensemble «et que À Landry est parti en ménie « temps que nous et aussitôt que nous « fûmes sortis nous avons pris nos «voitures et nous sommes parti.
« Tout le temps quej' ai été là, M. Lax- { DRY À ÉTÉ DANS LA BOUTIQUE, Mais il « peut bien avoir sorti sans que j'en «aie eu connaissance, »
Où prendre dans ce témoignage la confirmation du fait que la conversation rapportée par le témoin Blais a eu lieu ? Où trouver la preuve que je ne sois pas resté continuellement dans la maison avec toutes ces personnes ?
On a voulu prouver contre moi et voilà que, témoin après témoin, on vient jurer en ma faveur et mettre sérieusement en doute l'existence du fait même que l’on veut établir.
Ge n’étaitrien moins que désolant, et pour les Pétlitionnaires qui voy-
aient leur principale preuve se détruire en leurs propres mains,et pour Maitre Jean Charles Blais qui assistait à l’immolation de sa crédibilité.
Il y avait encore un témoin à faire entendre; on ne le risqua pas de suite, probablement de crainte d’arriver au même résultat et de gâter pour toujours une cause déjà trop avariée.
On fit comparaître d’autres témoins pour prouver d’autres faits.
+ Que se passait-il pendant ce temps ?
Le témoin Bonenfant qui se faisait ainsi attendre doit le savoir.
Enfin, lorsqu'il fut prêt, le témoin ALPAONSE BoNENrANT, de St. François, ferblantier, âgé de 30 ans, fit son epparition dans la cour et entra timidement dans la boîte. L'émotion étouffait un peu sa voix et la chaleur de la salle, probablement, faisait perler sur son front un peu fuyant les gouttes d’une abondante sueur.
«Je me rappelle, ditil, qu'un «dimanche avant l'élection, M. Lan- «dry est arrêté chez moi en reve- «nant de Berthier et y a fait la ren «contre de Jean Charles Blais, té- «moin entendu en cette cause. IL y «avait là Mathias Roy, Désiré Bouf- «fard et son fils, Nazaire Fournier, « le défendeur, Jean Charles Blais et «moi-même, Le défendeur et le dit «Jean Charles Blais on parlé ensem- «ble CHEZ MOI. Mais je n'ai pas «entendu ce qu’ils disaient. M. Lan- «dry est arrivé avant M. Blais, il «était chez moi dans la maison; nous «avons vu alors arriver les autres «personnes mentionnées, qui sont «entrées dans la boutique et ensuite « M. Landry est venu nous trouver là.
« La conversation a été générale en- «tre tous ceux présents. M. Landry « parlait à tout le monde ; gant à ce «qu'il a dit à part, à M. Blais, je ne « l'ai pas entendu, c’est dehors qu’il a « parlé ainsi à M. Blais et non dans la «maison, mais je n’ai pas entendu ce «qu'ils ont dit. Le défendeur était «sorti de la boutique pour parler à M.
« Blais dehors. Je ne puis pas dire «combien c'était de temps aprés que © M Landry est parti (! !) Je n'étais «pas alors un des partisans de M.
« Langeher, Je n'étais pas àälors du
preuve se démains,etpour lais qui assissa crédibilité.
témoin à faire isqua pas de » crainte d’arat et dr gâter tuse déjà trop
> d’autres téautres faits.
dant ce temps ?
it qui se faisait savoir.
prêt, le témoin , de St. Frande 30 ans, fit à cour et entra oîte. L’émotion roix et la chablement, faisait an peu fuyani ndante sueur.
ditil, qu'un ection, M. Lan- , moi en revey a fait la ren arles Blais, téette cause. Il y y, Désiré Boulaire Fournier, harles Blais et ndeur et le dit n parlé ensemais je n'ai pas saient. M. Lannt M. Blais, il la maison ; nous iver les autres nées, qui sont tique et ensuite nous trouver là.
té générale ennts. M. Landry nde ; quant à ce M. Blais, je ne st dehors qu'il a is et non dans la i pas entendu ce éfendeur était pour parler à M.
e puis pas dire temps aprés que il! !) Je n'étais partisans de M.
ais pas älors du
«parti de M. Landry, et je ne lai «pas été non plus pendant la dite «élection. J'ai voté.
«Je ne me rappelle pas en quel «temps de l’année cette rencontre là «a eu lieu chez moi. Je ne puis pas «dire si c'est un mois ou deux avant « l'élection, ni si c’est huit ou quinze «jours avant l'élection. J'ai coutume «d'avoir bonne mémoire. Je n'ai pas «remarqué si le défendeur parlait «haut ou bas à M. Blais PARCEQUE je one les ai pas VUS A PART exceplé « DANS LA MAISON. Dans la mai- «son M. Landry a parlé à personne en « particulier. CE QUI me fait rappeler «que M. Landry « parlé à PART à DL « Blais C'EST QU'IL EST SORTI EN MÊME «TEMPS QUE LUI.»
Bravo pour Bonenfant ! voilà un témoin intelligent qui ne dément pas son nom. Il peut rendre des points à maitre Jean Charles Blais.
Bonenfant procède par conclue
sions. Ainsi le témoin, lorsqu'il jure que Blais et moi nous nous sommes parlé à part, ne jure pas un fait qu’il à vu, non: il n'y à qu'un témoin ordinaire qui pourrait dire de telles naivetés. Relater ce que lon a vu est chose facile à tous les humains, mais quand on est ferblantier Bonenfant on ades visées plus hautes et, sautant par-dessus plats et terrines, chaudières et tuyaux, on grimpe sur les toits pour crier à tue-tôte :
«CE Qui me fait rappeler que M. Landry & parlé à part à& AL Blais c'est QU'IL EST SORTI EN MÊME TEMPS QUE LUI 1!»
z'est maguifique !
Il n'a pas vu Blais et moi nous parlant à part; mais, parait-il, nous sommes sortis en méme temps. Ga suffit, La conclusion arrive au galop :
Done M. Landry a parlé à part à M.
Blais.
Je ne vois qu'un homme capable de lutter avantageusement avec le ferblantier Bonenfant sur ce terrain de la logique, c’est l'avocat des pétitionnaires, Il nous en a donné la preuve dans cette ridicule conclusion qu'il à su tirer au sujet de la confirmation du fait qui nous occupe.
Si, en fait de logique, le ferblantier Bonenfant est uu modèle qui a
su inspirer M. Taschereau,en matière de contradictions le monsieur marche légal du témoin Jean Charles Blais.
Les deux font la paire !
Nous: ne ferons pas une étude àpprofondie du témoignage de Bonenfant; nous nous contenterons den signaler les contradictions les plus saillantes.
Dans la maison, M. Le défendeur et le Landry a parlé à per- dit Jean Charles Blais sonne en particulier. ont parlé ensemble
chez moi, mais je n'ai pas entendu ce qu'ils disaient
Je ne me rappelle Je n'étais pas alors pas en quel temps de un des partisans de l’année cette rencon- M. Langelier. Je n'ctre làa eu lieu chez tais pas alors du parti moi. Je ne puis pas de M, Landry.
dire si c’est un mois ou deux avant l’'élection, ni si c’est huit jours ou quinze jours avant l'élection.
Quant à ce qu'il a Je ne lis ai pas vus dit à part à M. Blais à PART excrpié DANS LA je ne l'ai pas entendu MAISON.
c'est dehrs qu'il à parlé ainsi à M Blais Le ‘défendeur était ; sorti de la boutique pour parler à M. Blais dehors,
En voilà assez pour savoir ce qu'est capable de dire le ferblantier Bonenfant.
En résumé, ces quatre témoins prouvent qu'ils n’ont eu aucune connaissance d’une conversation particulière quelconque, tenue par Maitre Jean et moi à la porte de lu maison. Or, Jean Blais jure que cette conversation a eu lieu, seul à seul, à la porte de la maison. Bonenfant est leseul qui jure, non pas que nous nous sommes parlé à part, Jean Blais et moi, à la porte de la n'aison, au contraire il jure qu’il ne nous à pas vus à part excepté dans la maison, mais que nous sommes sorti ensemble, Voilà tout,
Rien donc n’autorisait l'avocat des Pétitionnaires à dire dans son factum :
«La conversation rapportée (celle qui aeu lieu,suivantle témoin J.C, Blais, à la porte de la maison) a eu lieu entre le défendeur et lui (Jean Ghs. Blais} à l'écart ét n'a pu être entendue des
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autres personnes présentes dans l’occasion. Mais Le fait que LA conversalion aeu lieu entre eux A L'ÉCART est confirmé par les témoins Désiré Bouffard, Mathias Blais, Nazaire Fournier, Alphonse Bonenfant. »
Rien non plus n’autorisait Son Honneur le Juge Plamondon à sortir de la preuve pour tomber dans une erreur de fait des plus inconcevables.
C'est ce que le très savant Juge n'a pas manqué de faire pourtant lorsqu'il s'est écrié : «Blais n’est « pas contredit. Quant au fait de sa «conversation avec le dérendeur « chez Bonenfant, il ne pouvait pas «l'être ; les paroles ayant été échan- « gées alors qu'ils étaient seuls et à « l'écart,
«Toutefois deux autres témoins « (lesquels je vous en prie?) prou- « vent que de fait le défendeur et « Blais ont eu une conversation quel- «conque A L'ÉCART, dans la cürcons- « lance rapportée.»
A part l'erreur de fait que nous venons de signaler, il y a, n'en deplaise au très savant juge Plamondon, une erreur de droit.
Ce n’est pas la seule d’ailleurs qui orne le motivé de son singulier jugement.
Qu'il nous suffise de la citer.
«Quant au fait de la conversation «de Blais avec le défendeur chez « Bonenfant il ne pouvait pas étre con- «tredit : les paroles ayant été échan- « gés alors qu'ils étaient seuls et à l’é- « Cart.»
Y atl, dans tout le barreau, un seul avocat qui oserait, en face de la loi, émettre une telle prétention ?
Je ne le crois pas.
La clause 57 de l’ « Acte des élections contestées de Québec » pourra ètre consultée avec beaucoup de profit par Son Honneur qui se convaincra facilement qu'il a eu grandement tort de lancer une opinion que la loi contredit expressément.
4,— Un témoignage qiti nest pas dans le dossuer.
C'est le mien.
Je ne le donnerais certainement pas, si le 1rs Honneurs les juges Pla-
mondon et Dorion ne m'avait prouvé que le tribunal qui m'a condam né savait-étayer son jugement sur des faits qui ne sont pas dans le dossier.
De deux choses, l’une: ou bien Blais a juré que je lui avais promis une place sous le gouvernement où bien il ne l’a pas juré.
Je devrais dire plutôt qu'il a juré à cinq minutes d'intervalle ces deux faits contradictoires.
Mais.tâchons d'avoir pour ie moment la vue aussi courte, l'intelligence aussi peu lucide pour nous permettre de ne pas voir les contradictions du témoin, ni de pouvoir saisir l’ensemble de son témoignage.
L'exemple de deux juges nous y autorise.
Supposons donc que le témoin ait juré l’un ou l’autre de ces faits.
Si Blais n’a pas juré que je lui ai promis une place dans le gouvernement pourquoi alors ai-je été condamné ? Si, au contraire, Blais a juré que je lui ai promis une situation dans le gouvernement, à son affirmation solennelle j’oppose une dénégation non moins solennelle.
Témoin Blais ! vous avez juré faux.
Je n’ai jamais eu avec vous la conversation que vous relatez: je ne vous ai jamais parlé à la porte chez Bonenfant.
Dans l'élection précédente, en 1873, vous vous le rappelez, mais non, vous ne vous le rappelez pas, puisque vous étiez comme d'habitude sous l'influence de la boisson, en 1873, vous m’'aviez promis, chez moi, la veille de la votation, devant quinze personnes, de voter pour moi.
Le lendemain,oubliant les promesses qu'un homme d'honneur sait tenir, mais qu'un être sans foi ni dignité sait ne pas respecter, vous n'avez pas eu honte, à ma face même, de renier votre parole et de voter contre moi.
Je vous connaissais depuis longtemps !
Et lorsque je vous ai rencontré chez Bonenfant j'ai eu la prudence de ñe pas vous voir en particulier.
Je savais d'avance que vous étiez de force à jurer n'importe quoi, mais,
m'avait proum'a condam
jugement sur as dans le dos-
me: ou bien i avais promis vernement où
ôt qu'il a juré valle ces deux
ir pour ie mourte, l’'intellide pour nous oir les contrani de pouvoir on témoignage.
x juges nous y
1e le témoin ait e ces faits.
ré que je lui ai ns le gouvernes ai-je été conire, Blais a juré s une situation 1t, à son affirmaose une dénégannelle.
isavez juré faux.
vec vous la conrelatez : je ne à la porte chez
précédente, en > rappelez, mais le rappelez pas, comme d'habiæ de la boisson, viez promis, chez votation, devant e voter pour moi.
bliant les promesd'honneur sait être sans foi ni s respecter, vous , à ma face même, role et de voter
sais depuis long-
ous ai rencontré ai eu la prudence ir en particulier.
que vous étiez de porte quoi, Mais,
ja
parole d'honneur, vous êtes encore lus capablequ’on ne devait charitalement le supposer.
Et, en effet, qu'avez-vous juré ?
Que nous nous sommes rencontrés seul à seul, à la porte de la maison chez Bonenfant.
Or vous savez parfaitement que cétte assertion est une fausseté et néanmoins vous l’avez affirmée sous serment.
En vérité, vous êtes un témoin capable.
Et moi je vous dis, Jean Charles Blais, qu'un jour viendra où vous serez jugé à votre tour, non pas par Son Honneur le Juge Plamondon, mais par Celui-là même que vous avez pris comme témoin de la vérité de vos tristes avancés. Vous serez jugé par Celui qui est patient sp a est éternel, par Celui qui sonde les cœurs et les reins, et Dieu m'est témoin, vous ne trouverez pas à son tribunal suprême ce certificat d'honnêteté que le juge Plamondon vous à décerné sans vous connaître.
Je ne puis mieux terminer cette
étude du témoignage de Blais qu’en produisant devant le public un document qui fera connaître quel triste individu est celui sur le témoignage menteur duquel on se base pour prononcer ma disqualification.
Voici :
«Je, Eugène Lépine, déciare so- “lennellement que vers le 10 mai de « la présente année, pendant le ter- «me de la cour de circuit, Jean « Charles Blais, de la paroisse de St.
« Pierre Rivière du Sud, est venu au « bureau d’enrégistrement, en le pa- «lais de Justice, dans le village de « Montmagny. IL a été question entre «nous de la contestation de l'élection «de Montmagny et sur ma demande «de me dire si véritablement M.
« Landry lui avait promis-une situa- «tion sous le gouvernément il me «répondit qu’il ne pouvait pas jurer «ce fait. « Peut-être, a-til ajouté, y
«avait-il quelque chose qui pouvait
«donner à entendre qu'il y avait «quelque espoir mais on ne peut «pas jurer qu'il m'’ait promis une «situations et je fais cette déclara-
« tion solennelle la croyant conscien- «cieusement vraie, et en vertu de « l'acte passé dans la 37e année du «règne de Sa Majesté, intitulé : acte «pour la suppression des serments vo- « lontaires et extra-judiciaires.
« Montmagny, 10 Juillet 1876.