IÈME FAIT
Pronvsse aux électeurs de la concession £te. Catherine.
Me condamner à perdre mes droits dé citoyen sur le témoignage menteur d'un ennemi personnel eut pu soulever quelques doutes dans Pesprit du public et laisser peut-ètr:
quelques remords dans l'âme dé mes juges. Pour ne pas s’exposer à ce double inconvénient, pour calmer l'opinion et étouffer en mème temps ce cri d’une conscience qui peut se révolter, ou ne trouva rien de mieux que d'amener contre moi ce deuxième fait, que j'inséris en titre, second motif, paraît-il, qui a forcé (oh! la douce violence!) Leurs Honneurs les juges Plamondon et Dorion à pro:
noncer ma disqualification.
Leurs Honneurs ont étrangement forcé la note pour trouver dans ce fait matière à condamnation. Pour dire toute la vérité ajoutons qu’on a du falsifier le témoignage rendu, se baser sur une preuve imaginaire qui n’est pas du tout dans le dossier.
A ce compte, une enquête était parfaitement inutile ;*on serait arrivé au même résultat sans faire mon procès. La chose eût été nouvelle en ce pays, tragique peut-être, mais
“elle m'aurait exempté du moins les
frais de la comédie judiciaire dont j'ai été la victime.
Voici l'historique du fait.
Quelques jours seulement avant la votation j'allai, à leur propre demande, voir les électeurs de la concession Ste, Catherine, Gette con-
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un chainon considérable de rochers; |
bref, le chemin qui conduit à cette concession, jetée sur le flanc d’une montagne, passe dans une contrée inhabitée et en grande partie inhabitable ; le chemin lui-même est quasi impassable, parsemé de cailloux, de souches menacantes, de mille racines qui font saillie. C'est un chemin qui n’a jamais été fait; il n’a été qu’ébauché seulement, pour me servir d’une expression bien connue de nos colons.
A cette assemblée dont il s’agit et qui fut tenue chez un nommé Eusébe Théberge, après &voir discuté les questions politiques du jour, la conversation tomba naturellement sur les besoins de la localité et il fut fait mention de la route.
Voici ce que j'ai dit aux électeurs assemblés :
«Je viens d'apprendre que M.
Langelier vous avait promis, lors de la dernière élection, une certaine somme d'argent pour l'amélioration de votre route ; quelques-uns même m'assurent qu'il voulait ainsi puiser dans sa propre bourse pour vous favoriser et avancer les intérêts de la colonisation. J’admire ce zèle, mais ce zèle n’a rien d'étonnant lorsqu'il s’agit de promettre seulement, sauf, comme dans le cas présent, à ne donner aucune suite à des promesses aussi solennelles. Pour moi, MM. je w’imiterai pas cet exemple, je ne vous prometterai aucun argent; les deniers sont votés par la Chambre, la distribution à chaque comté en est faite par les ministres. Je ne suis pas ministre, je ne suis pas même membre puisque c’est pour l'être que je brigue aujourd’hui vos sufrages,je ne puis donc vous promettre un seul sou. Tout ce que je puis faire, et cela je vous le promets avec plaisir, c’est que si je suis élu, je travaillerai pour mon comté, je travaillerai pour la paroisse de St. François comme pour les autres paroisses du comté ; je tâcherai d'avoir de l'argent pour votre route, mais je ne
tous les cas vons n'aurez aucun reproche à me faire, même si vous n'avez pas d'argent, parce qu'alors vous pourrez vous dire : il ne nous ei avait pas promis.”?
Voilà ce que j'ai dit aux électeurs de Ste Catherine.
[Il y a ici une distinction à faireet les électeurs de Ste. Catherine l'ont parfaitement saisie ; il est étrange qu'elle n'ait point frappé le tribunal
Promettre d'obtenir de l'argent et promettre de travaillèr à obtenir de l'argent sont deux promesses esseutiellement différentes.
Pour que la première ait son accomplissement il faut, de toute neécessité, obtenir l'argent, tandis que l’on peut très bien remplir les obligations de Ja seconde et ne pas réussir cependant à obtenir l'argent que l’on demande.
En d’autres termes, dans le premier cas on promet de l'argent, dans le second on promet son travail.
Or, dans lu position que j’occupais alors vis-à-vis des électeurs de Ste, Catherine, j'étais candidat purement et simplement, je n'étais pas mem bre et bien moins ministre, C’est-àdre que je n'étais ni un de ceux qui avaient voté l'argent, ni un de ceux qui pouvaient le distribuer ; dans ma position donc je ne pouvais pas promettre de Pargint. Qu'ai-je donc promis ? Mon travail, une promesse que M. Langelier pouvait faire aussi bien que moi.
IL est vraique mon travail pouvait être plus effectif que celui de M. Langelier, mais doit-on me punir pour cela ? Doit-on me disqualifier parce que j'ai promis que je ferais mon devoir ? Si mes opinions politiques me donnent dans la distribution des deniers publics un avantage dont profite mon comté, doit-on punir en moi ce qui est inhérent mème aux rouages du gouvernement constitutionnel ?
Moninfluence politique ou personnelle ne urait jamais être une cause de disqualification, devant n'importe quel tribunal soucieux de son honneur, Si l'influence politique ou personnelle dut être fatale à celui
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