CONTRE M. LANGELIER
Nous n'avions pas, lors de l'enquête, les mêmes avantages, Mr.
Langelier et moi. Ceci se comprend et n’est d’ailleurs qu’une conséquence de notre position différente. J’avais gagné l'élection, j'étais le re présentant du comté de Montmagny.
Or la loi dit qu'une élection peut être annulée par la faute des agents tout aussi bien que par celle du candidat lui-mème, si celui-ci a été élu.
On pouvait donc s'attaquer et au membre élu et à tous ceux qui pouvaient avoir été ses agents autorisés où non ; le champ de l’investigation était des plus vastes. D'un autre côté je ne pouvais n’attaquer qu’à Mr.
Langelier lui-même, nullement à ses agents. Et en effet que pouvait faire une preuve contre les agents de Mr.
Langelier ? Rien. Son élection ne pouvait être annulée, il n’était pas élu. Sa disqualification ne pouvait pas être obtenue par ce moyen, hormis de prouver en même temps que les fautes des agents avaient été commises à la connaissance personnelle et du consentement du candidat.
La position des deux candidats n°6
tait donc pas lamême. M. Langelier pouvait prouver contre moiet contre mes agents tandis que moi je ne pou- “ais prouver que contre M. Langelier seul.
Cette distinction n’a certainement pas frappé les esprits si intelligents qui président à la rédaction de l Zve-
SE
nement, du National, du Herald, du Franco-Canadien et des autres organes du parti national-libéral.
Les cris de paon qu’ils font entendre ne veulent donc rien dire. 1[’élection de M. Langelier ne peut pas être entachée d'aucun acte de corruption pour la bonne raison que M.
Langelier n’a pas été élu. Tout ce que le cour à pu déclarer c’est que M. Langelier n'était pas coupable des acer ations personnelles portées contre lui et la Cour n’a pas été audelà. Mais si nos pharisiens veulent en savoir plus long. je puis les édifier sur ce sujet. Je leur prouverai aussitôt qu'il en manifesteront le désir, que le soi-disant parti de la réforme et de la pureté s’est compor té à Montmagny comme partout ailleurs. Je nommerai ceux des agents de M. Langelier qui, le jour de la votation, distribuaient de la boisson à droite et à gauche, au Buton, au Cap St. Ignace, à Montmagny, à St. Thoamas, à St. François, dans toutes les paroisses du comté enfin.
Je prouverai un {reating général, de la part des agents de M. Langelier.
Et certes M. Langelier sait parfaitement à quoi s’en tenir sur cet intéressant sujet. Pourquoi n’a-til
pas réclamé Île siége ?
Pourquoi ne "pour lui ?
Voilà un second fait très significatif que n’a pu percevoir la vaste
’a-t-on pas réclamé
LA
Gien
intelligence de nos rédacteurs de journaux rouges.
J'ai gagné mon élection par une majorité de huit voix ! Huit voix, lorsque dix-huit ruois seulement aupare ant M. Langelier emportait le comté et me battait par une majorité de cent quatre ving neuf voix.
Le revirement était subit, le désenchantement profond. Mais il en coutait à hir. Langelier d’avouer que le comté ne voulait plus de lui et que sa popularité d'emprunt disparaissait avec la fumée qui l’avait pro duite.
Le résultat était là néanmoins, et son évidence s’imposait à tous.
Mais on ferma les yeux et on cria à la corruption. Mon élection fut contestée et on promit de prouver que le siége que je venais de conquérir ne nv'appartenait pas, mais on n’osa pas dire qu’il appartenait à un autre et surtout on ne se risqua pas à le demander pour lui.
Huit voix pourtant sont bien faciles à retrancher de la couronne du vainqueur.
La loi est explicite :
«265. Lors de l'instructien d’une «pétition d'élection, dit-elle, il sera «retranché du nombre des suffrages «donnés à un candidatun vote pour Ccchaque personne qui sera prouvée «avoir voté après avoir Commis une «manœuvre frauduleuse à l'instiga- «tion de ce candidat, d’un de ses «agents ou de toute autre personne agissant au nom ou dans l'intérêt «de ce candidat»
Et lorsque Pon crie à la corruption générale et surtout lorsqu'on est bien sûr d’avoir respecté les lois, lorsque l'on a rien à se reprocher, pourquoi alors ne pas réclamer ‘:un siège que l'on peut si facilement obtenir ? ‘ Qu'est-ce à dire ?
Ier Farr,
Repas électoral donné à 15 où 20 éleeleurs, au Buton.
Ce repas est prouvé par le témoiguage de celui-là même qui représentait, quelques jours plus tard, M.
Langelier au poll du Buton, et chez qui le repas a été donné.
Je cite ce témoignage de M. Vilmer Talbot.
«Le lendemain qui était un di- «manche les deux candidats ont «parlé après la messe. Le dimanche (il ÿ a eu un repas donné chez moi.
Qils étaient quinze à vingt à table.
«Gest le diner qu’ils ont ainsi pris.
«J'avais eu des provisions our pré «parer le diner. C’est Monsieur Tho- «mas Fournier qui m'avait donné «ces provisions pour ce repas: il les “avait apportées avec lui dans sa «voiture, dans laquelle étaient MM.
« Langelier et Beaumont. Ces provisi- (ons consistaient en ceci : il y avait
| “du pain, un morceau de lard, un
«quartier de veau, un bol de beurre,
| Cetil y avait un flacon de gin.»
C'était un gros flacon d’une pinte ou trois chopines.
Dans son témoignage, M. Langelier admet que c’est sur son ordre que Thomas Fournier avait mis ces provisions là dans sa voiture.
« Lorsque Thomas Fournier, con- «tinue le témoin Vilmer Talbot, m'a «donné les provisions dont j'ai par- «lé, al m'a dit: mets cela dans ta lui- Cterie; demain j'amènerai quelques (amis.
«Le diner à eu lieu un peu après une heure, après que les discours ‘fussent finis à la porte de l’église.
CM. Langelier a diné à la méme table (avec eux autres.»
Le témoin Hermenigilde Morin
| confirme pleinement £e dernier fait, | Voici ce qu’il dit :
Répondez partisans de la pureté |
électorale. Voilà certes une pré somption beaucoup plus forte que celle que lon à bierr voulu invoquer pour annuler mon élection ; car, il faut bien le dire, mon élection a été annulée, non pas sur des preuves mais sur de ridicules présomptions de corruption.
« Messieurs Langeiier, Thomas « Fournier, Alexandre Ruel et son
| «beau-fils éfaient à cette première tu-
Cble: je n'ai pas payé pour ce diner «là chez Vilmer Talbot; nous étions «cinq ou six à Ja première table, « peut-être sept au plus... Mons. Lan- Cgelier était à table Lorsque je suis en- «tré prendre me place»