‹ Où est la disgrace? [microforme]Chapitre 8 sur 36 · Les transquestions · texte numérisé non relu

Les transquestions

Nous nous rappelons parfaitement,—el tous ceux AP VENONE par courir le dossier peuvent s’en convaincre, —que les pétitionnaires n’avalent enc@re rien prouvé contre le défendeur. La déposition même de Jean Blais ne m'’incriminait pas.

C'est alors que l'on produisit sa lettre en cour et que l’on demanda au témoin si elle contenait là vérité.

Quelle était alors la position de maitre Jean ?

Il venait de lire sa lettre et le contenu était présent à sa mémoire :

d'un autre côté il ne pouvait oublier sa déposition assermentée, déposition qu'il venait de donner.” En comparant les deux, les nombreuses contradictions qui s’y rencontrent durent frapper son esprit et le mettre dans la plus embarrassante des positions. Aussi pendant quelques minutes maitre Jean ne sut que dire.

Répondre que sa lettre ne contenait pas la vérité, avouer qu’elle n'avait été écrite que sous Pinspiration de la haine, sous la dicuon d’un cœur aigri, d’une âme aveuglée par les plus mauvaises passions, c'était rendre hommage à cette vérité qu’ilavait outyagée, mais c'était aussi compromettresingulièrementlesuccèsd’'une contestation que sa lettre seule avait provoquée. Que diraient alors ses amis ? Quelsreprochesnelui feraientils pas ? La contestation de l’élection reposaitsur cette preuve ; c'était cette lettre qui avait motivé toute la procédure prise contre moi. Nier la lettre, ne pas vouloir admettre la vérité de son contenu, c'était s’exposer

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aux plus graves reproches, c'était |

dire au public que son auteur n'était qu'un vil imposteur, c'était briser à jamais de bien vives espérances, détruire pour toujours le plus légitime espoir d’un avancement quelconque,.

Impossible douce, pour un homme de la trempe de notre Jean, de sortir de cette impasse par une négation franche. L'affirmation pure et simple était-elle permise au moins?

Evidemment non. Les contradictions devenaient alors tellement fortes et accentuées que le témoin lui-même, malgré tout l'intérêt qu'il avait de s'affirmer honnête homme et homme conséquent, a reculé devant les conséquences d’une affirmation qui aurait fait de sa lettre le complément de son témoignage. Il n’a pas osé à la plus suggestive des questions donner une réponse franche et catégorique.

Qu'on en juge.

« Question.—La lettre en question «ayant été écrite par vous immé- «diatement à la suite de l'élection «en cette cause et des conversations « que vous avez eues avec le défen- «deur, contient-elle un récit fidèle «de ce qui s'est passé entre vous et «lui et rapporte-t-elle les paroles «mêmes dont s’est servi le défen- « deur ? »

Jean Charles Blais n'avait qu'à répondre oui où non.

Répondre oui, c'était contredire d’un seul mot tout le témoignage qu'il venait de rendre puisque la lettre, —pour ne citer qu'une seule contradiction, mais une contradiction essentielle, —disait que j'avais promis une situation sous le gouvernement comme réparation des torts envers notre individu, tandis que le témoignage assermenté de celui-ci établissait de la manière la plus, positive que je n'avais pas dit comment je pouvais réparer mes torts à son égard.

Répondre oui, c'était donc aflirmer que lui, Jean Charles Blais, venait de mentir sous serment,

tépondre non, c'était affirmer, sous serment, que lui Jean Charles Blais avait dû mentir lorsqu'il avait

écrit sa lettre, qu'il n’était en somme qu’un imposteur,

Or Maitre Jean Charles, —il était sobre lorsqu'il à rendu son témoignage,—ne tenait nullement à prononcer sa propre condamnation et la manière dont il a répondu prouve parfaitement qu'il avait calculé la valeur d’une réponse monosyllabique et la conclusion que l’on devait r'aturellement en tirer.”

Pourquoi? Parce que Jean Blais, plus pers vice que les Juges Dorion et Plam ndon, avait trouvé, dans une mint :, ce qu'eux n’ont pu découvrir «près un mois de recherches, ce que peut-ôtre ils n'auraient Jamais découvert si on n'avait eu soin de porter sous leurs yeux un tableau où le moins intelligent des hommes peut leur montrer les contradictions les plus étranges.

Que répondit donc notre ex-aspirant à une situation sous le gouvernement ? Voici :

« Réponse. —Oui, certainement s’i/ (y a variante entre ma présente déposi- «tion et les mots de ma lettre, il w'yen «a pas dans mon impression, la lettre «et la déposition sont la même chose «pour moi. Sije ne suis pas servi «des mêmes expressions je voulais « dire la même chose. »

Cette manière de répondre est des plus significatives. Qu'on le remarque bien, le témoin n’ose pas aflirmer ou nier simplement la vérité de la lettre. Non, il va plus loin ettente mème l'impossible en voulant assiailer sa lettre à la déposition qu’il vient de donner. Ce n’était certes pas à lui de faire ce rapprochement.

Comme nous l'avons vu, s’il eut été de bonne foi, il n'avait qu'à répon dre oui ou non.

Pourquoi sortir de la question ?

Pourquoi d'avance, avant qu'il en soit même fait mention, parle-til d’une variante qui pourrait exister entre sa déposition et les mots de sa lettre ? Pourquoi prend-il le soin d'ajouter que. cette variante, si elle existe entre sa déposition et sa lettre, n'existe pas au moins dans son esprit? Voilà bien des précautions que ne prendraient jamais des témoins ordinaires ne craignant pas de dire

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la vérité, mais que le témoin Blais saitne pas oublier, pour la bonne raison qu'il n'ignore pas que sa lettre contient sur ce fait principal qu'elle relate une version toute différente de celle de sa déposition.

I y a là tout simplement une spéculation d'un nouveau genre. Ne vonlant pas se risquer à obtenir une réputation d'impostear ou de menteur, Maitre Jean cherche à se faire passer pour nigaud et il n'est pas loin d'y réussir lorsqu'il dit: la leltre et la déposition sont la mème chose pour moi, »et pour les juges Marc-Aurèle Plamondon et Wilfred Dorion, aurait-il pu ajouter.

Voyons donc, de suite, si lettre et déposition sont une seule ét mème chose où peuvent être considérées comme telle par ces aveugles volontaires que la haine transporte où que les passions politiques entrainent hors des sentiers de l'honneur et du devoir,

IHn'y a qu'à comparer.

C'est ce que je vais faire en présontant-les deux versions du fait principal l'une en regard de l'autre, la déposition en face de la lettre, retranchant de l'une et de l'autre tout ce qui n'a pas trait directement à l’offense dont je suis accusé,

I I Version donnée Version donnée par Jean Blais, dans la lettre dans sa déposi. non-assermentée lion assermen- «de Jean Blais.

lée, Je l'ai rencontré Je vous écris un

cause, Lu Difendeur mo parla des torts qu'il avait eus envers moi, Il dit, c'est bien vrai que vous pouvez croire que j'ai eu de grand torts l'envers vous, aussi, dit-il, vous pouvez me croire plus cou.

pable que je ne lui, Je lui dis Jh-dessus :

Quelque fois il faut beauconp de temps pour faire un gran tort et quelque fois on peut les réparer en peu de temps, Il n'a pas dit comment il pouvait réparer ses torts à mon égard, il a seulement répondu : C’est vrai

Ensuite je sortis de la maison avec M, Landry et M, Landry étant seul moi me:

cit: Vous ne voulez donc pas me supporter, me disant: Si vous me supporties, je suis en état de faire .beaucoup pour vous, Tout ce que j'ai répondu, sl j'ai répondu, c’est que je verrais à cela,

Il n’est jamais revenu sur les paroles

(le Défendeur) cette fois {la première fois, c'était le treize juin) chez un nommé Bonenfant, à St, François, J'ai fais la remarque au Défendeur qu'il se servait de certains moyens contre les h£tiaux, tels que les actions qu'il avait portées contre cux jusqu'en appel et il me répondit qu'il so servait des moyens qu'il avait à sa disposition et qui étaient propres à su

mot à la hâte, vous informant que, en remontant de Berthier, chez moi, le dimanche où vous avez adressé la parole à Berthier, je suis arrété à St. François chez un ami, et M.

Landry s'y est trouvé, là, il me pria de vouloir le supporter dans son élection ; je

lui ai repondu que sa | politique ne me plai- |

sait pas et qu'à part cela, il m'avait fait beaucoup detort per-

qu'il m'avait dites la première fois et il ne m'a jamais expliqué ce qu'il voulait dir par 1à,.

Ce que maitre Jean pense de sa déposilion laquelle contient la PRE- MIÈRE version de l'offre d'un empioi lucratif.

J'ai raconté dan:

mon exämea en chef la conversation que j'avais eue avec le Défendeur à la porte de la maison de M.

Bonenfant. Certuinement que la conversation telle que je l'ai rapportée est celle que j'ai eue avec le Défendeur, J'y ui pensé plusieurs fix et je suis à même de pouvoir le rapporter comme il faut,

sonneéllument,,.....,

M, Landry me dit:

C'est vrai, je peux vous avoir fait quel.

ques torts, je peux ct veux les réparer si vous m'en donnez l'occasion, Vous n'a.

vez jamais rien de.

mandé ; si vous voulez être pour moi je n'engage à vous faire obtenir une situation sous le gouvernement, telle que vous pouvez lu désirer et je ne vous tromperai pas,

Si ces quelques remarques peuvent scrvir dans la contesta:

tion, je serai bien uise, J'avais eu l'occasion d'en dire un mot à l'Hon, M. Tuscherean lorsqu'il est venu à St. Picrre,

IT Ce que maitre Jean pense de sa let- Le laquelle conlient l& SECONDE version de l'offre d'un emploi lueralif.

. © y à variante entre ma présente déposition et les mots de ma lettre il n'y en

.à pas dans mon iim-

pression, la lettre et la déposition sont la même chose pour moi.

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Je ne puis mieux faire que citer l'appréciation donnée par son Honneur le Juge Routhier, sur cette double version relatée par le même témoin.

« Après ce récit des faits que le té-

moin a déclaré se bien rappeler, on

lui montre une lettre qu'il a écrite peu après l’élection et on la produit pour faire partie de son témoignage.

Pourquoi cela ? Evidemment parce que les avocats des Pétitionnaires ont jugé la déposition du témoin, comme je la juge moi-même, trop pâle, trop vague, et qu'ils ont voulu la rendre claire et positive. La lettre en effet est beaucoup plus énergique ; le défendeur, d'après cette lettre, n'aurait plus seulement répondu c'est vrai à la théorie du témoin sur la réparations des torts ; il aurait dit Je peux et veux les réparer si vous m'en donnez l'occasion. Il n'aurait plus seulement déclaré an témoin qu'il élail en élat de faire beaucoup pour lui; mais il aurait fait celte promesse formelle, positive : je nr'engage à vous faire obtenir une situation sous le gouvernement telle que vous pouvez la désirer et je ne vous tr'omperai pas. Quelle est la raison de cette différence entre les deux versions ?

C’est que la lettre est la déclaration non assermentée d'un adversaire politique, mécontent, qui voudrait faire aanuler l'élection du candidat qu'il a combattu, Mais, dit-on, la lettre non assermentée d'abord fait maintenant partie de la deéposilion et est assermentée. Oui, sans doute, mais Comment l’est-elle ? PaARcEQUE le témoin ne voit pas de différence entre son récit assermenté el la lettre.»

Plus loin, après avoir discuté la légalité de ce genre de preuve qui consiste «à suBstitner à des récits assermentés des lettres écrites sous influence de la passion », après avoir diclaré que la cour n'aurait pas du permettre la production de la lettre de Jean Blais, le savant Juge ajoute: «Au reste, que cette lettre reste au Dossier ou en soit retranchée, peu importe au fond, le témoignage doit être apprécié de la même manière dans les deux cas.

Celle des deux versions qui doit être

considérée comme étant le récit assermenté du témoin c'est la premie re, La seconde est passionnée, intéressée et dictée par un mauvaissen timent, Le témoin d’ailleurs n'en comprend pes la portée puisqu'il ne fuit pas de différence entre les deur.

«Je dirai plus. En les affirmant toutes les deux Le témoin se contredit et ses deux récits se détruisent Fun par l'autre. »

20 Les contradictions du témoin Jean Charles Blais.

«Je ne trouve pas ces contradictions, » dit Son Honneur le juge Dorion.

C'est malheureux que Son Honneur n'ait pas mieux cherché; avec une intelligence probablement inferieure à la sienne le témoin Blais, d’instinct, a deviné ce qui en était.

Le Juge Plamondon, comme son collègue, n'a rien tronvé. «Les termes de cette lettre, dit-il, différent, il est vrai, du texte de la déposition, en cela qu'ils sont plus précis.»

«Le témoiguage de Blais, continue le Juge Plamondon, est court et précis. Cinq minutes suffisent à le parcourir et à y trouver tout ce que yest.« La défense n’a pas eu trop d'une heure au moins pour n’y pas trouver ce que le témoin a dit.»

Je cite là ce que le savant juge a fait publier dans les journaux. Ce qu'il a diten cour n’est pas tout-àfaitla même chose. Il est regrettable que Son Honneur ait jugé à propos de rorriger ses notes avant de les hvrer à la publicité, de retrancher de son motivé certain passage et certaines expressions que naguère encore le tribun Marc Aurèle affectionnait et que sa tonnante voix jetait aux échos du carrefour.

Sur le banc le juge Plamondon à ainsi apprécié le témoignage de Blais.

«Ge témoignage, a t-il dit, est tout court. On peut .e lire en deux minutes quoiqu'il faille une bonne heure de discussion pour en faire ressortir des contradictions qui n'existent point. » Tous ceux qui étaient présents lorsque ces paroles furent prononcées comprirent que l'allusior s’adressait à Son Honneur

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