‹ Où est Zénobie?Chapitre 12 sur 15 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le chemin des carrières n'était que trop familier à Thomas Vernède et à Timoléon Mâchefer.

Jl n'eurent aucune peine a le retrouver.

.Seulement, lorsqu'il revit l'entrée de ce souterrain où reposait la pauvre victime suppliciée par son ordre, le Grand-Maçonnant eut un moment d'émotion.

C'était pourtant un caractère énergiquement trempé que celui de ce banquier conspirateur, mais l'exécution de Virginie Lasbaysses lui avait donné à réfléchir.

Cette espèce (Terreur j udiciaire était bien faite d'ailleurs pour émouvoir le dispensateur de la justice féroce des Frères du Plâtre et, pour la première fois de sa vie, Vernède concevait des doutes sur la légitimité des actes auxquels il avait présidé.

11 se demandait si les torts, réels ou supposés, du gou-

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Ui OU EST ZEXOB1E ?

vornement qu'il voulait renverser, l'autorisaient à disposera son gré de la vie d'une créature humaine, et il en était venu à se contester à lui-môme un droit qu'il s'était arrogé bien des fois.

Mâchefer, qui ne portait qu'une petite part de responsabilité dans cette malheureuse affaire, était beaucoup moins accablé parle souvenir de la scène du 2 juillet.

Son tempérament gai le soutenait dans ces occasionsla et l'aidait à prendre son parti des événements irréparables.

Il déplorait sincèrement ia triste fin de la nièce de Zénobie; mais, comme il n'avait pas le pouvoir de lui rendre l'existence, il pensait qu'il fallait se contenter de remplir ses intentions en soustrayant le testament à la rapacilé de Maxime Trimoulac.

Empêcher ce vil coquin d'hériter de son oncle, c'était aussi venger la mort do Virginie; car, à y regarder de près, le chevalier de Lubiac, qui l'r.vait attirée dans un guet-apens à l'aide d'une fausse lettre, était plus coupable que les Compagnons de la Truelle et môme que leur chef.

Ces réflexions assez justes, Mâchefer les avait communiquées durant le trajet à son ami Yernôde.

Il espérait ainsi le réconforter et il y avait médiocremont réussi.

Vernède ne lui avait répondu que par des monosyllabes et, quand ils arrivèrent au pied des buttes, l'eifournisseur des armées était à bout d'arguments.

Le lieu et le moment eussent été mal choisis pour continuer a discourir, car il pleuvait à torrents et l'esplanade n'offrait aucun abri.

11 était temps d'agir et Mâchefer se hâta de commencer l'opération.

— Je croîs, dit-il à son compagnon, que nous ferons bien de ne pas allumer nos torches dans le corridor. Dans une occasion comme celle-ci, nous ne pouvons pas être trop prudents.

— Comme tu voudras, murmura Vernède qui semblait complètement absorbé par de tristes pensées.

— D'ailleurs, nous n'avons pas besoin de lumière. Je connais le passage comme je connais l'escalier de mon magasin, et je marcherai le premier.

Le banquier ne fit aucune observation et suivit machinalement son vieux camarade, qui grimpait déjà vers la fissure où, deux mois auparavant, il s'était embusqué pour attendre les bourreaux de Virginie.

— Tiens, s'écria-t-il en se baissant pour explorer l'entrée avec ses mains, les broussailles sont froissées, cour-* bées... on a brisé des branches et arraché des ronces... et les cassures sont toutes fraîches... on dirait qu'on a passé récemment par ici...

— Quelqu'un de nos frère» peut-être.

— Impossible ; qu'y serait-il venu faire ? Ils savent tous que la police a les yeux ouverts sur les sociétés secrètes et ils ne sont pas si sots que de se compromettre en venant se promener dans l'intérieur des buttes Montmartre.

J'ai dans l'idée qu'il y a du Lubiac là-dessous. Qu'en penses-tu ?

— Je pense que dans tous les cas il faut en finir. Je ne voulais pas venir, tu m'y as décidé. Nous y sommes. Allons jusqu'au bout.

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Et puis, ajouta Vernède, je ne serais pas fâché de rencontrer ce misérable.

— Pour lui dire deux mots, n'est-ce pas? demanda Mâchefer en riant.

— Pour lui casser la tête avec cette pioche, répondit froidement le banquier.

— Ha foi 1 je t'aiderais de bon cœur à purger la terre de cette vermine. Si c'est vraiment lui qui nous a devancés et que nous le trouvions là-dedans, îl sera seul ou peu accompagné, car il n'aura pas commis la faute, d'inviter une escouade d'agents de police à être témoins de l'exhumation du testament. Entrons.

Et se glissant par la fente qu'il connaissait si bien, il s'enfonça dans le corridor.

Vernède le suivait de près.

Ce chemin n'avait pas de secrets pour eux. Ils en avaient pratiqué vingt fois les moindres détours. Aussi eurent-ils lot fait de le parcourir dans toute sa longueur.

Timoléon, qui précédait son ami, aperçut naturellement avant lui ce qui se passait dans les profondeurs de la caverne.

Les torches allumées par Lubiac brillaient plus vivement que jamais et leur éclat aurait frappé tout d'abord des yeux beaucoup moins exercés que ceux de Mâchefer.

il s'arrêta. court, en étendant les bras pour avertir Vernède eU'empécher d'avancer davantage.

— J'avais deviné, dit-il tout bas. Le drôle est arrivé avant nous et îl est déjà à la besogne.

— Il n'est pas seul, murmura le banquier.

— Parbleu ! il a eu peur d'opérer lui-même et il t

amené un manœuvre; mais je me demande où il a été chercher ce grand escogriffe qui pioche avec tant de furie.

— Quelque scéléraWe son espèce.

— C'est probable, et il n'y va pas de main, morle. Vois donc, il a déjà démoli la moitié du pilier.

— Et ce pilier n'est pas le premier auquel il s'attaque... les autres sont déjà creusés profondément.

— Preuve qu'il ne sait pas au juste où le corps a été enfermé. ..C'est étonnant. ..Cyrille qui nous a trahis aurait pu mieux le renseigner, puisqu'il assistait à l'exécution.

— Qu'importe!... il va le savoir... le pilier qu'il achève d'évontrer est celui où repose la morte, dit Vernède d'une voix étranglée.

L'émotion qu'il éprouvait gagna sans doute Mâchefer, car îl se tut et il s'appuya contre la paroi du corridor.

Les deux amis pouvaient stationner la impunément.

Plus la clarté que les torches répandaient au centre de la carrière était vive, et plus s'épaississaient les ténèbres où restait plongé le débouché du couloir.

Il était de toute impossibilité que Lubiac vtt Vernède et son compagnon.

Eux, au contraire, le voyaient parfaitement. Ils ne perdaient pas un seul de ses mouvements et ils pouvaient jjivre les progrès du trou creusé par son acolyte avec une ardeur sans pareille.

— Qu'allons-nous faire ? demanda Mâchefer.

— Les tuer, répondit laconiquement le banquier.

— C'est bien mon avis. Mais comment ? Ils sont trop loin pour les abattre à coups de pistolet.

— Ouï, nous les manquerions, le bruit tes avertirait, ils û teindraient leurs torches et ils nous échapperaient.

— Certainement, et je ne vois qu'un moyen : c'est de nous glisser jusqu'à eux et de les assommer à coups de pioche.

— Je ne demande pas mieux. Il me semble que j'aurai plus de plaisir aies frapper de presque de loin. Du moins, je les sentirai mourir.

— A. moi non plus, cela ne fera pas de peine de tenir à longueur de bras ces ignobles mouchards.

— 11 s'agit seulement de savoir comment nous nous y prendrons pour les joindre.

— Rien de plus facile. Il s'agit tout simplement de suivre la muraille jusqu'à ce que nous nous trouvions dans l'axe d'un des piliers. Quand nous en serons là, nous nous dirigerons droit sur eux en ayant soin de nous abriter toujours derrière le susdit pilier qui nous servira d'écran. Au besoin, nous ramperons à quatre pattes, l'ourvu que nous n'entrions pas dans la zone lumineuse, c'est tout ce qu'il faut.

— Et quand nous serons à portée, nous sauterons dessus.

— C'est dil. Laissons là nos torches, qui ne feraient que nous embarrasser, et lançons-nous. Il n'y a pas de temps à. perdre. Ce grand chenapan bûche comme un sourd, encore quelques coups de pioche, et il aura pulvérisé le pilier tout entier.

— Viens, dit Vernède.

Mâchefer allait faire le premier pas pour charger l'en* nemi et il avait déjà dépassé l'entrée du corridor, lorsque

tout à coup il saisit le bras de son ami et le serra fortemeut en lui disant tout bas:

— Regarde I

— Je ne vois rien, murmura Vernède,

— Comment ! tu ne vois pas là, sur la gauche, cette clarté qui chemine dans l'ombre?

— Si, je l'aperçois maintenant. On dirait une lanterne,

— Portée par quelqu'un, n'est-ce pas?

— Oui, le point lumineux se déplace visiblement,

■ — Et se rapproche de l'endroit où se tient Lubiac.

— En effet. C'est sans doute un de ses salariés qui va le rejoindre.

— Non. Si le porteur de ce fanal était payé par Lubiac, il avancerait en droite ligne, tandis que celui-ci chemine obliquement et s'arrête de temps à autre. Tiens pour certain qu'il se cache.

— C'est vrai. On jurerait que l'homme à la lanterne exécute la manœuvre que tu me conseillais tou t à l'heure.

— Précisément.

— Alors, cela devient inexplicable, et je ne sais plus à qui nous allons avoir affaire.

— Je le sais, moi.

— Tu le sais, dis-tu ? comment peux-tu le savoir ?

— Je le devine, tout au moins.

— Qui est-ce donc ?

— Et qui serait-ce, si ce n'était l'autre coquin ?

— Quel coquin ?

— Celui qui a aussi intérêt à s'emparer du testament, celui qui fait concurrence au chevalier de Lubiac.

— Je ne comprends pas.

300 OU EST ZÉNOB1E ?

— As-tu donc oublié ce que je t'ai raconté de mon voyage a Pérîgueux ? Faut-il que je te rappelle les faits et gestes de 11. Bonnin, le faux grognard du café des Bourdonnais, l'homme aux lunettes d'or qui était à ma gauche dans la malle-poste?

— Quoi 1 ce serait...

— Pi rb!eu I les deux chenapans courent le même lièvre ; ils se rencontrent naturellement autour de l'endroit où gtt ce lièvre.

— liais il ne se sont pas entendus pour le prendre, à ce qu'il paraît.

— Non, certes. S'ils agissaient de concert, ils seraient venus ici ensemble et ils travailleraient en commun, tandis que... tiens! vois! la lanterne s'arrête derrière un pilier.

— Oui... elle ne bouge plus... Si c'est le Bonnin qui la porte, il médite évidemment quelque chose contre Trimoulac.

— Il médite d'exécuter le plan que nous venons d'arrêter.

— Quoi ! il voudrait...

— Tuer le chevalier de Lubiac, c'est clair.

— Impossible. Cet homme doit être loche. II ne se risquerait pas seul contre deux adversaires.

— Et qui te prouve qu'il est seul ?

— Mais... il me semble...

— Ah! cette fois, je ne me trompe pas. La lumière, qui est celle d'une lanterne sourde, vient d'éclairer deux individus qui suivent le premier. Bonnin est prudent. Il a amené du monde.

— Que vont-ils faire ?

— Je n'en sais rien au juste, mais j'imagine qu'ils ont eu la même idée que nous, lis s'approchent à pas de loup pour tuer les deux travailleurs à coups de pistolet.

— Qu'attendent-ils donc pour foire feu ?

— Ce qu'ils attendent? Je vais te le dire. Ils attendent que Trimoulac ait achevé sa besogne.

— Comment?

— Eh ! parbleu! ils veulent lui laisser tirer les marrons du feu. Bonnin, a force de fureter de tous cotés, aura fin* par apprendre l'histoire de Virginie Lasbaysses. Il sait qu'elle a été empoignée par erreur et murée dans un des piliers de cette carrière, seulement il ne sait pas dans lequel. Alors il a calculé que son compétiteur devait le savoir, lui...

— EL il s'est trompé ; Lubiac ne le sait pas, puisqu'il s'est attaqué à des massifs où il n'a rien trouvé. Les démolitions que nous voyons ne sont pas l'œuvre d'une nuit ; qui sait combien de fois il est déjà venu ici?

— Bonnin l'aura suivi peut-être dès la première séance et il le guettera jusqu'à ce qu'il ait mis la main sur le testament, ce qui ne tardera guère, au train dont y va l'ouvrier.

— Et tu crois qu'alors...

— Je crois que Bonnin et ses estatlers tireront sur Maxime Trimoulac et sur son satellite... et, comme ils me font l'effet d'être à bonne portée, ils ne les manqueront pas.

— Et quand ils les auront expédiés, ils leur arracheront le testament...

— Ce n'est pas douteux.

— Un double assassinat près d'un cadavre, dit amèrement Vernède.

— Ces gens-là n'ont aucun scrupule, c'est sûr.

— Et tu es d'avis de les laisser fa : re?

— Aurais-tu, par hasard, l'intention de défendre le seigneur de Lubiac?

— Non, mais j'avoue qu il me répugne d'assister à celle ignoble tuerie.

* — C'est cependant indispensable.

— Quel est donc ton projet?

— Mon projet, le voici. Nous n'allons pas bouger d'ici. Nous sommes aux premières loges pour assister à l'intéressant spectacle qui se prépare. Grâce à l'illumination arrangée par H. Trimoulac, nous ne perdrons pas un détail de la scène. Nous verrons deux bandits exterminés par trois autres bandits. Aussitôt que les vainqueurs auront recueilli lefruît de leur victoire, c'est-à-dire quand ils tiendront le testament, ils s'empresseront de sorlir d'ici et ils se dirigeront de notre cdté. La place où nous sommes est bonne pour les attendre.

— Et pour les frapper, n'est-ce pas ?

— Si tu ne veux pas t'en mêler, j'en fais mon affaire. Ma pioche me suffira pour exterminer les trois sacripants qui ne s'attendront pas à être attaqués et qui n'auront pas pris la précaution de recharger leurs pistolets. Quand nous en serons débarrassés, je prendrai le testament dans la poche de M. Bonnin, e* nous sortirons de la carrière pour n'y plus revenir.

Demain matin, Lucien Bellefond sera millionnaire. Qu'en dis- tu î

— Je dis que je te défendrai si ta vie est en danger, mais que je n'attaquerai pas, murmura Vernède. J'aurais tué ceLubiac sans scrupules; les autres ne m'ont rien fait.

— Viens à mon secours en cas de besoin, c'est tout ce que je te demande, répliqua Mâchefer.

La conversation que les dnux amis tenaient à voix basse cessa, et on n'entendit plus que le bruit des coups de pioche répercuté par les voûtes du souterrain.

Tranquebar travaillait avec une ardeur furieuse, excité qu'il était par la présence et par les encouragements de son chef.

Le chevalier de Lubiac pressait du geste et de la voix l'œuvre de démolition, qui avançait avec une rapidité étonnante.

D'énormes blocs de plâtre se détachaient sous la pioche et roulaient sur le sol couvert de débris.

Le pilier contre lequel l'ouvrier s'acharnait semblait avoir déjà été sondé sur ses autres faces, car il était à peu près percé à jour, et les brèches s'élargissaient à vue d'oeil.

— Le dénouement se prépare, murmura Mâchefer; Bonnin et ses deux sicairesse rapprochent encore.

— Il me semble avoir vu briller le canon d'un pistolet, ajouta Vernède.

— Dis donc, Thomas, reprit l'ex-fournisseur, si Lubiac allait découvrir ses concurrents avant qu'ils ne tirent sur lui, et s'il allait les attaquer le premier, nous assisterions d'ici à un combat en règle. Ce serait drôle.

— Je le souhaite. Ils s'entrelueraient, et tu ne serais pas obligé de souiller tes mains du meurtre de ces misérables.

— Non, décidément, nous n'aurons pas le plaisir de voir de loin la bataille... Lubiac commande à son ouvrier de s'arrêter... et l'ouvrier obéit... Lubiac avance la tête dans le trou que l'autre vient de creuser...

— Et je vois les trois assassins qui se glissent en rasant la paroi... Ils tournent autour du pilier qui les abritait.

— C'est cela. Ils veulent tirer à bout portant.

— Je ne les vois plus, souffla Vernède.

— Tiensl lui dit Mâchefer, ils reparaissent maintenant... ils se Liassent... ils rampent comme des chats qui vont sauter sur une souris.

— Et Lubiac ne peut pas les voir..,

— Non, il inspecte le trou, sans doute afin de s'assurer qu'il est assez large pour que le manœuvre qui attend, appuyé sur sn pioche, puisse extraire le sac.

— Ils sont morts... on les ajuste...

— Non, pas encore... Vois ! Lubiac se redresse.

— Et lesautres se courbent jusqu'à terre.

— Il parait que l'ouverture n'est pas assez large, car il Tait signe à son valet de se remettre à la besogne... et le valet y va de tout cœur... sacrebleu I quels coups ! pour peu qu'il continue de ce train-là, il abattra le pilier tout entier... Mais qu'est-ce que le Bonnin attend pour faire feu ? ... Lubiac, en ce moment, lui fait la parue belle... il lui tourne le dos... et la pioche va toujours... je suis curieux de voir comment tout ça va finir.

11 le vit et plus tôt qu'il ne le pensait.

Au moment où Vernède lui saisissait le bras pour lui montrer Bonnin et sa bande se lançant, le pistolet au poing, sur les travailleurs, le pilier où reposait la nièce de Zé-

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noljin, miné, fouillé, percé a jour, s'écroula avec un fracas épouvantable.

La voûte, privée d'un de ses supports, s'abîma d u mémo coup, entraînant dans sa chute les piliers voisins déjà fort ébranlés.

Une énorme masse de débris tomba comme une avalanche vengeresse sur les cinq scélérats qui s'apprêtaient à se disputer sur le corps de la pauvre morte l'héritage du colonel, les écrasa tous à la fois et les ensevelit pour toujours.

La secousse fut si lorte que le sol en trembla et que les deux amis furent violemment jetés contre les parois du corridor qui, par bonheur, se trouvait assez éloigné de l'éboulement pour résister au contre-coup.

A la vive clarté que les torches répandaient dans le souterrain, avait succédé tout à coup une obscurité profonde.

Une poussière épaisse remplissait l'air à ce point qu'on respirait à peine.

— Si nous restons ici dix minutes de plus, nous allons étouffer, dit Mâchefer. J'espère que le passage est encore libre. Viens.

Et, entraînant Thomas Vernède, il se jeta dans le cou loir.

Ils eurent la chance de trouver le chemin libre et, quelques moments après, ils se retrouvaient au pied de la butte, à cette même place où, deux mois auparavant, s'était joué le premier acte du drame qui venait de se dénouer d'une façon si tragique.

L'orage avait cessé et tes étoiles brillaient au ciel. La

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place était silencieuse et déserte. L'aspect de la butte nV j vait pas changé. Évidemment, la catastrophe se bornait 1 un effondrement intérieur dont le bruit étouffé sous la voûtes n'avait pas réveillé les rares habitants de ce quartier perdu.

— 'Mous l'avons échappée belle, s'écria Mâchefer, mais du moins tous ces gredine sont morts.

— Dieu est juste, dit Vernède d'une voix sourde, or, en les punissant, il me châtie aussi pour avoir condamné une innocente. Le testament est enterré avec les misérables qui ont tenté de le voler à Lucien.

— Le fait est que maintenant, murmura Mâchefer, a moins que nous ne fassions sauter la butte Montmartre, nous ne verrons jamais la signature du colonel, mais console-toi, mon vieux camarade, tout n'est pas perdu pour cela; et je vais...

— Dieu est juste, te dis-je, j'accepte son arrêt et je le subirai sans me plaindre.

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