CHAPITRE XIII
Le lendemain de cette scène nocturne, vers trois heures de l'après-midi, Thomas Vernède était dans son cabinet, où il achevait de vérifier des comptes et de mettre en ordre des papiers importants.
L'expression de sa figure était plus sévère encore que de coutume, et ses traits contractés reflétaient les violentes agitations de son ame.
Il avait vieilli de dis ans en une nuit.'
Et pourtant il était délivré du pire de tous les maux, l'incertitude, car son parti était pris irrévocablement.
Il savait maintenant qu'il n'avait plus de secours à attendre de Lucien Bellefond, son associé, et il ne songeait qu'a régler ses affaires, en prévision d'une catastrophe inévitable.
C'était le 40 septembre, et il avait encore vingt jours
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devant lui, mais a la fin du mois devait fatalement sonner l'heure de la faillite.
Il était résignée son sort et il aurait accepté la ruine avec une indifférence stoîque, s'il n'eût été tourmenté par une pensée cruelle.
Sa fille chérie réduite à la misère, obligée de travailler pour vivre, c'était la seule conséquence de ce désastre prévu qui effrayât Thomas Vernède,
Mais il complaît aussi sur le courage de Thérèse et il espérait qu'elle aurait la force de supporter un malheur immérité.
Le plan d'une nouvelle existence pour elle et pour lui était arrêté dans son esprit.
Il comptait employer le temps qui lui restait à la préparer doucement au triste événement qui les menaçait et à rassembler ses ressources en attendant la funeste échéance du 30.
Puis, après avoir fait face, autant que cela lui serait possible, à ses obligations, et consacré ses dernières ressources à désintéresser ses créanciers, il projetait de s'espatrîeravec sa fille.
Mâchefer ne lui refuserait pas de quoi payer leur passage en Amérique, et là, sur le sol libre du nouveau monde, il y avait encore pour un homme énergique et intelligent quelques chances de refaire une fortune.
Il ne doutait pas de 1 affection de Thérèse et il savait que la noble enfant sacrifierait tout à son père, tout jusqu'à son amour ; mais il ne voulait pas tant exiger de son dévouement.
Lucien était en prison, maïs il n'y devait pas rester bien
longtemps, puisque l'homme qui aurait pu le dénoncer comme affilié à un complot était mort. L'infâme Tri m ou lac, enseveli sous les ruines du souterrain de Montmartre, avait emporté avec lui le secret de la conspiration des Frères du Plâtre. Le vil Saint-Privat et ses acolytes avaient péri comme lui. H ne restait plus personne pour accuser le lieutenant Bellefond d'un crime.
Le duel avec le major Prussien n'était pas de nature à amener une condamnation grave, et tout annonçait que le jeune officier en serait quitte pour une détention préventive. Mâchefer avait appris de la bouche du commissaire de son quartier que les deux Anglais, ayant eu veut de cette affaire, étaient venus d'eux-mêmes attester devant le juge d'instruction que tout s'était passé loyalement.
Il était donc permis de croire q ue Lucien serait bientôt remis en liberté, et le banquier était décidé à lui proposer de le suivre aux États-Unis, en lui promettant de consentir à son mariage avec sa fille. Il croyait être certain que te lieutenant accepterait avec joie un exil auquel i! devrait la maîn de Thérèse, et certes il ne se trompait pas.
Si la captivité du prisonnier se prolongeait trop pour que le banquier pût l'attendre, rien n'empêchait qu'il vint le rejoindre au delà de l'Océan quand elle aurait pris lin, l'ami Mâchefer devant se charger de lui faire part des intentions de Thomas Vemède.
Ace père affl'gé, à ce financier ruiné, il restait encore une consolsition. Les cent mille écus du marquis de Buffey étaient prêts. Afin de les garder disponibles pour l'échéance du lendemain, 41 septembre, il avait demandé, comme on sait, à un de ses correspondants de reculer de
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dix jours le paiement d'une très-forte traite, et il éprouvait une satisfaction amère à penser que du moins il n'aurait pas a rougir le lendemain devant le rival de Lucien.
— Je lui montrerai qu'an roturier comme moi vaut un noble comme lui, disait-il entre ses dents, et s'il ose encore faire parade de sa prétendue générosité, s'il a l'audace de me répéter son insolente demande en mariage, je le chasserai, comme j'aurais dû le faire le jour où il s'est permis de prononcer le nom de Thérèse.
Au moment même où il achevait ce monologue, la porte du cabinet s'ouvrit et le caissier de la maison Vernède entra.
— Qu'y a-t-il ? demanda brusquement le banquier ; j'avais dit que je voulais être seul.
— monsieur, je vous demande pardon, dit l'employé ; je venais pour cette traite...
— Quelle traite ?
— Celle de Coslier et O du Havre.., cent trente mille cinq cents francs.. ; comme la somme est importante, j'ai cru devoir vous prévenir...
— Me prévenir de quoi? interrogea Vernède qui palissait a vue d'œil.
— Vous prévenir que j'ai payé, monsieur, répondit le caissier.
— Malheureux I s'écria M. Vernède en se levant.
Son mouvement fut si violent, que le caissier effrayé recula de deux pas.
Mais le banquier, rentré en possession de lui-même, reprit froidement :
— Celte traite ne devait pas être présentée aujourd'hui.
: Ne savez-vous pas que j'ai écrit à mes correspondants du Havre pour leur demander de ne tirer sur moi qu'au 25 : courant?
— C'est vrai, monsieur, balbutia l'employé, mais coa messieurs nous ont répondu qu'il leur était survenu des besoins inattendus et qu'ils ne pouvaient pas différer,.; leur lettre est arrivé a midi..; je voulais vous la montrer, mais vous étiez sorti... et on vient de présenter l'effet... J'ignorais que vous fussiez rentré, sans quoi je vous aurai prévenu... En votre absence et n'ayant pas ordre de refuser, j'ai cru devoir payer à présentation.
Thomas Vernède passa la main sur son front, ferma lus yeux un instant, puis se laissant tomber, plutôt qu'il ne s'assit dans son fauteuil :
— Vous avez bien fait, dit-il.
Le caissier s'inclina et sortit.
— Perdu ! murmura le banquier, je suis perdu I déshonoré 1 demain, cet homme va venir me réclamer le dépôt qu'il m'a confié et il me faudra lui avouer que j'en ni abusé.. . et il aura le droit de m'appeler voleur, cet émigré, ce noble bautain que je comptais chasser de chez moi après l'avoir payé. Ou plutôt, il ne m'insultera pas, il me proposera d'acheter la main de ma fille au prix de ces trois cent mille francs que je ne suis plus en mesure de lui rendre.
Ah I c'est trop de malheur !
ËtThomas Vernède, s'accoudant sur son bureau, prit sa tète a deux mains et s'abima dans des réflexions désespérées.
C'en était fait. Les espérances qui lui restaient venaient
de s'évanouir. L'avenir qu'il avait entrevu un instant pour Thérèse ne pouvait plus se réaliser, 'car il n'était pas homme à supporter la honte du lendemain, et, quoi qu'il se passât à cette entrevue avec M. de Baffey, le malheureux banquier sentait bien qu'elle aurait de funestes conséquences pour lui et pour celle qui poihit son nom.
Alors il se mît à songer encore à cette fatale histoire de h jeune fille murée, et lui, le Grand Maçonnant, lui le chef d'une association terrible, lui qui jouait sa tête chaque jour et qui av..it prononcé sans sourciller et fait exécuter sans pitié tant d'arrêts de mort, il pleura comme un enfant.
Il pleura sur la nièce de Zénobie, sur cette triste victime d'une erreur qu'il se reprochait cruellement, et, pour la première fois de sa vie, il se prit à maudire les passions politiques auxquelles il avait sacrifié une innocente.
Le fanatisme patriotique lui faisait horreur maintenant «t il se disait qu'on n'a pas le droit d'immoler, même à une juste cause, une créature humaine.
L'idée du châtiment lui revenait à l'esprit. Elle l'avait déjà frappé dans le souterrain, et il pensait, comme au moment de la catastrophe, que Dieu le punissait.
Il pressentait que l'expiation ne faisait que commencer «t il l'acceptait sans se plaindre, mais il tremblait qu'elle n'atteignît .su fille.
Ne l'a tteign ait-elle pas déjà, puisque la perte du testament du colonel ruinait son fiancé ?
Qu'allait dire Lucien Bellefond lorsque, rendu à la liberté, il allait apprendre que la légèreté de M. Vernède lui coûtait une fortune? *
Plus lemalueureuxbanquierapprofondisBaitla situation, plus il reconnaissait qu'elle était sans issue.
Et l'impossibilité où il se trouvait de raconter ses peines . à un ami ajoutait encore à ses angoisses.
Mâchefer était ie seul auquel il pût ouvrir son cœur, et Mâchefer, depuis la malencontreuse expédition de la veille n'avait point paru dans la maison de la rue des Bourdonnais.
Il se tenait coi sans doute au fond de son magasin et il n'éprouvait pas le besoin de s'aboucher avec Thomas Vernède, pour entendre des doléances qu'il ne prévoyait que trop.
Rien, assurément, n'était plussimpleque de l'aller chercher, mais le chef des Compagnons de la Truelle en était arrivé à ce point où le désespoir se double d'indifférence, où l'homme, renonçant à lutter contre sa destinée, laisse le hasard disposer de lui comme un cocher emporté par son attelage, qui se croiserait les bras et fermerait les yeux jusqu'au bord du précipice.
Son parti était pris irrévocablement, mais avant de le m:ttre à exécution, il voulait voir la seule personne à laquelle il se crût obligé de rendre certains comptes.
Cette personne, c'était Thérèse qui vivait, depuis quelque temps, fort retirée, Thérèse qu'iln'avait pas même aperçue de toute la journée.
Thérèse, depuis bien des jours, n'avait pas d'autre compagnie que le petit bossu, et la visite d'Ésope à l'hôtel des OrgerieB n'avait apporté aucune consolation à la jeune fille, attendu qu'il s'était gardé de lui en dire un seul mot.
Cooyk'
H craignaitd'être grondé, el pourtant, plus d'une fois déjà, en voyant couler les larmes silencieuses de sa chère maîtresse, il s'était dit que le seul moyen de la consoler, serait de lui raconter qu'un officier du roi avait promis de demander la grâce de Lucien.
Mais il n'osait pas.
Le lOscptembre, veille de la terrible échéance oùla somme déposée parle marquis de Baffey allait être exigible, la fille du banquier était encore plus triste que de coutume.
Non qu'elle se doutât du malheur qui menaçait son père, mais parce que celle journée s'élant écoulée, comme tant d'autres, sans que le prisonnier donnât signe de vie, elle commençait a désespérer de jamais le revoir.
Ésope, assis à ses pieds, tenait un écheveau de soie qu'elle dévidait pour se distraire par une occupation manuelle, et il pensait il part lui que l'effet des promesses du beau neveu de la comtesse se faisait bien attendre.
Tout à coup la fiancée du lieu tenant cessa de filer et laissa rouler le peloton qu'elle tenait à la main. Ses yeux se tournèrent vers la fenêtre ouverte et devinrent humides.
— Pourquoi pleurer, maîtresse? murmura le bossu.
— Ces fleurs, dit la jeune fuie, si bas qu'on l'entendait à peine, ces fleurs, c'est lui qui me les a données, il y a bientôt un an, pour ma fête... elles vivent encore, et son amour est mort peut-être... elles vivent, et Lucien ne sera pas là dans un mois..; le 45 octobre, il ne me souhaitera pas la Sainte-Thérèse.
— I! y sera, maîtresse, s'écria Ésope avec une vivacité singulière.
Thérèse, étonnée, le regarda et soupira :
— Non, je ne le verrai plus.
— Vous le verrez, je vous le jure.
— Que veux-tu dire ?
Le bossu hésita un instant ; mais, prenant son parti subitement, il tomba a genoux :
— Pardonnez moi, maîtresse, supplia-t-il en joignant lesmains, pardonnez-moi!. ..j'aurais dû vous demander la permission, mais je vous voyais si triste... j'ai cru bien Taire...
— Qu'as-tu donc fait ? demanda Thérèse étonnée et inquiète.
— Je savais que M.Lucien a sauvé la vie à un noble... a un grand seigneur. . j'avais entendu M. Mâchefer vous raconter que ce marquis demeurait rue de Varennes...
— Quoi ! le marquis de Baffey ?
— Oui, maîtresse. J'ai pensé que, s'il avait du cœur, il ne refuserait pas de s'intéresser au sort de M. Bellefond et j'étais sûr que, s'il voulait demander sa grâce, il l'obtien. drait.
— Et tu l'as vu ? lu lui as parlé ?
— Oui, balbutia le pauvre enfant, je l'ai vu... ses laquais voulaient me chasser, mais il m'a appelé. .. et j'ai eu le couiage de lui adresser ma prière... il l'a écoutée et...
— Achève I
— Il m'a répondu que, sous trois jours, il viendrait vous «pporter une réponse...
— A moi !... je no le verrai pas!... je ne yeux pas le voir... s'écria Thérèse, fort agitée parcetaveu.
Et, presque aussitôt, elle demanda:
— Tu lui as donc dit que tu venais de ma part ?
— Oui, murmura le bossu.
— C'est mal ce que tu as fait là, dit vivement la jeune fille.
— Oh! maltresse, si vous saviez comme il est bon... comme il m'a parlé avec douceur, à moi misérable qu'il prenait sans doute pour tin mendiant .. sa réponse, mal-
• tresse, ce sera, j'en suis sûr, de tirer de prison M. Lucien.
— Si je pouvais te croire...
— Croyez-moi, maltresse, il est bon et il est puissant. Cet hôtel ressemble à un palais ; et puis, il y avait là une dame âgée qui allait monter dans un équipage magnifique et qui a promis aussi...
— A toi ?
— Non, maîtresse, 6 une demoiselle qui venait comme moi l'tmplorer pour le prisonnier.
— Une demoiselle I
— Oui... elle était accompagnée parle méchant homme qui garde la maison de la rue d'Enfer et qui m'avait enfermé dans la cave...
— Ah ! je le savais bien que c'était une femme qui le retenait lorsqu'il était blessé, s'écria douloureusement Thérèse.
— Elle a raconté à la grande dame que son père ignorait la démarche qu'elle faisait auprès d'elle.
— lit tu dis que la grande dame l'a écoutée... qu'elln lui a promis...
■ — Elle a prononcé des noms que je ne connais pas... parlé de choses que je n'ai pas comprises... mais, à la fin, elle a répondu : Je recommanderai son affairée Fouché... j'ai bien retenu cela...
— Ainsi, dit amèrement Thérèse, si je le revois, c'est ii une rivale que je devrai mon bonheur !
Ésope commençait à comprendre qu'il eût mieux fait de se taire, et il allait sans doute essayer de se justifier, mais au bruit de la porte qui s'ouvrait, il se releva vivement.
C'était M. Vernède qui entrait.
Sa physionomie était grave, mais il avaitsu la composer de telle sorte que Thérèse, accoutumée à le voir triste, ne devina point les sombres préoccupations qui l'agitaient
Elle vint à lui et il la baisa affectueusement sur lo front.
— Laisse-nous, mon enfant, dit-il à Ésope, qui s*em pressa de sortir.
Le pauvre diable était trop heureux de se tirer ainsi de l'embarras où son indiscrétion l'avait jeté.
— Thérèse, j'ai à te parler sérieusement, dit le banquier.
Le premier mouvement de la jeune fille avait été de se jeter au cou de son père et de lui raconter tout ce que le bossu venait de lui apprendre, maïs elle n'eut pas la force de parler.
Elle sentait bien que les sanglots auraient étouffe sa voix et elle se tut.
— Tu n'ignores pas, chère petite, reprit Thomas Vernède, que j'ai éprouvé récemment de grandes pertes.
Thérèse fit un geste pour exprimer son indifférence.
— Oui, continua le banquier en essayant de sourire, je sais que l'argent ne te touche guère, mais tu t'intéresses, j'en Buis sûr, à mon honneur commercial?
— Oh! père! est-ce que tu doutes de moi? s'écria la jeune iille, oubliant sa douleur.
— Dieu m'en garde, mon enfant. Si je te parle de mes embarras financiers, c'est que je tiens a t'expliquer le but do voyage que je vais faire...
— Quoi ! tu pars !
— Ouï, ma chère Thérèse. Je suis appelé en Angleterre par des affaires de la plus grande importance. II s'agit de rentrer dans une très-grosse somme qui m'est due par un négociant de Londres, et que je perdrais infailliblement si je ne m'occupais pas moi-même de la recouvrer. Ma présence là-bas est indispensable... urgente.., et je partirai... demain matin...
— Demain matin 1
— 11 le faut.
— Et tu resteras longtemps absent?
— Je ne sais encore combien de temps me retiendra cette liquidation... mais elle peut se prolonger au delà de mes prévisions, et il faut prévoir le cas où je ne serais pas de retour avant quelques semaines.
J'ai donc dû prendre certaines dispositions pour que tu souffres le moins possible de la solitude où je vais te laisser.
En prononçant ces mots, la voix de Thomas Vemède s'altéra légèrement, mais il redevint bientôt maître de lui même et il reprit avec assez de calme.
— Tu ne peux rester seule dans celte maison. Une vieille servante et un enfant ne sont pas une compagnie convenable pour une jeune fille. Mon vieil ami Mâchefer est d'âge à me remplacer auprès de toi... à te
servir de père... je désire qu'aussitôt après mon départ tu ailles occuper, dans la rue du Jour, un appartement que tu connais bien...
— Père, je ferai ce que tu voudras.
— Et je t'en remercie mon enfant. Je vais m'entendre aujourd'hui même avec Mâchefer pour que tu puisses des demain L'établir chez lui avec ce petit garçon que tu as pris en affection, et je suis certain d'avance que cet arrangement ne souffrira aucune difficulté.
Mais j'ai autre chose encore à te demander...
— Parle!
— C'est une promesse que je réclame de toi.
— Une promesse?
— Oui, une promesse qu'il ne te sera pas bien pénible de tenir.
Promets-moi d'épouser Lucien Bellefond.
— Lucien 1 répéta la jeune fille.
— Oh ! je sais bien ce que tu vas me dire, reprit vivement le banquier; que Lucien n'est pas là, que son rbsence peut se prolonger, que, s'il revient, il peut avoir changé d'avis, qu'il faut, pour que tu puisses l'épouser, qu'il te demande en mariage. .. Ce sont là, chère petite, des objections de fillette. Tu es sûre de l'amour de Bellefond, comme je suis sûr qu'il reparaîtra bientôt...
— Dieu le veuille 1 mais.. .
— Point de mais, dit Thomas Vernède en attirant sa fille contre son cœur, jure-moi que tu seras sa femme.
— Je te jure, père, que je ne serai jamais celle d'un autre et que je serai la sienne... s'il m'aime encore.
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— S'il t'aime ! quelle est cette folie î D'où peut te venir un doute sur l'amour de Lucien î
Avant que Thérèse eût letemps île répondre, on frappa discrètement a la porte de la chambre.
Le banquier alla ouvrir et se trouva face à face avec son caissier qui, tout en s'excusant de venir relancer le chef de ta maison jusque dans 1 appartement de sa tille, lui dit que sa présence était indispensable au bureau pour signer le courrier.
M. Vernède embrassa Thérèse plus tendre-nent encore que de coutume et sortit, heureux de couper court à une triste explication, mais retenant à peine ses larmes.