‹ Où est Zénobie?Chapitre 8 sur 15 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Ce jour-là, pendant qu'Ésope et Clarisse, poussés par des sentiments très-différents, intercédaient l'un après l'autre en faveur de Lucien Bellefond,H. Saint-Privat tombait comme une bombe dans sa maison de la rue d'Enfer.

Il y avait don né rendez- vous à son fidèle agent, Cornillon, qu'il ne se souciait pas -de recevoir à son domicile de la rue des Moineaux.

Il l'y trouva, mais à sa très-grande surprise, il apprit, de la bouche de M™ 8 Boutard, que sa fille était sortie depuis une heure, en compagnie de Bourdache et sans dire où elle allait.

Cetteescapadeétaitbien faite pour l'inquiéter, caril soupçonnait très-fort que le beau lieutenant n'y était point étranger.

Gomme Calypso, qui ne pouvait se consoler du départ

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d'Ulysse, M L < Bonnin n'a.vait pa3 goûté un instant de repos depuis que son cher blessé s'était si brusquement dérobé a ses soins.

Son père lui avait fourni sur cet étrange départ des explications qui ne l'avaient nullement satisfaite et, pendant l'absence du bonhomme occupé a conquérir la Toison-d'Or a Pérîgueux, la majestueuse gouvernante avait eu toutes les peines du monde à contenir l'impatience de son élèv.

La jeune délaissée se plaignait amèrement de sod entourage et même de l'auteur de ses jours. Elle criait bien haut que tout le personnel de la maison s'était mis d'accord pour la tromper, pour lui cacher le sort de H. Bellefond et même le lieu où il résidait.

Car M Ue Clarisse n'admettait pas que l'officier fût resté insensible a ses charmes et qu'il eut pu réclamer comme une délivrance sa sortie de la demeure hospitalière où on l'avait si tendrement soigné.

Sain t-Pri va t n'avait eu ni le temps, ni la volonté de lui donner des explications avant de se mettre en route, et Julie, qui le remplaçait, avait beau dire que le jeune homme était parti pour obéir aux usages de la société, que la prolongation de son séjour pendant le voyage du père eût été une grosse inconvenance et qu'il reparaîtrait , sans aucun doute, dès que le susdit père serait de retour, Clarisse ne voulait rien entendre et menaçait de faire un coup de sa tête.

M m « Boutard parvint cependant a la contenir en la leurrant d'espérances et les choses en étaient là, lorsque Sain t- Privât rentra a Paris.

Il ne rapportait à <a fille que des promesses, mais du

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moins il ne les lui épargna point, jurant scb grands dieux qu'il lui ramènerait bientôt Lucien soumis, épris et prêt a la conduire à l'autel, mais évitant toujours de s'expliquer sur les causes de la disparition subiie du bel officier.

L'inflammable jeune personne se calma ou feignit de se calmer, et c'est pourquoi son père eut grandement lieu de s'étonner quand on lui dit qu'elle avait forcé la consigne et entraîné Bourdach^ dans sa belle équipée.

Mais l'ex-di recteur savait comprimer ses sentiments intimes quand il s'agissait d'affaires sérieuses ot il lui tardait de causer avec Gornillon .

11 se dit qu'après tout Clarisse n'était pas assez folle pour se compromettre par une démarche imprudente, que sa sortie avait peut-être un motif tout naturel et qu'au surplus elle ne tarderait pas à rentrer.

Après avoir vertement tancé tout son monde, y compris la ci-devant merveilleuse, il s'en alla donc rejoindre au jardin son auxiliaire Gornillon qui l'attendait, attablé sous les frais ombrages du bosquel.

Le jour de son entrevue si décisive avec Maxime Trimoulac, Saint-Privat n'avait guère eu le temps de s'entretenir avec ce serviteur dévoué, car la susdite entrevue s'était prolongée plus que de raison, et Cornillon, rappelé à la rue de Jérusalem par des nécessités de service, n'avait pu donner que fort peu de temps à son ancien patron.

Aussi était-il frès-pressé d'arrêter avec lui les mesures à prendre, mesures dont l'urgence n'était pas douteuse depuis. que l' affaire avait bien changé de face.

— Eh bien, lui cria-t-il du plus loin qu'il l'aperçut, tu sais qu'il s'en passe de belles ici.

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L'agent se leva, esquissa un salut militaire et dit avec beaucoup de déférence :

— C'est vrai, patron. Je me suis laissé conter que la demoiselle était sortie sans permission.

— Comprends-tu ça, Comillon? reprit le tendre père en levant les bras au ciel. Une enfant à qui j'ai tout sacrifié !

— Fautpaa vous désoler, patron. Elle sera allée pren- . dre l'air au Luxembourg.

— Avec Bourdache ?

— Le faitest que Bourdacbe n'a pas l'air d'une dame de compagnie. Qui sait ? elle court peut-être après votre officier.

— Impossible. Pour la décider à se tenir tranquille, je lui ai dit qu'il était en prison et que j'espérais l'en tirer bientôt.

— Et elle n'en sait pas davantage?

— Je ne le crois pas... a moins que Julie n'ait bavardé.

— M D,6 BoutardI Je me rappelle fort bien qu'elle était la hier quand je vousai raconté l'histoire de la rencontre du lieutenant avec le marquis de Baffey et de son arrestation. J'avais appris à la maison tous les détails de cetteaffaire, et...

— Julie protesta qu'elle n'a rien dit ; mais j'ai des motifs pour me délier de sa sincérité.

Laissons cela. J'ai de plus graves soucis, et j'ai hâte de te consulter. Tu sais où est la nièce de Zénobie.?

— Vous me l'avez appris l'autre jour en revenant de chez notre homme ; mais vous ne m'en avez pas appris bien long.

— Ce n'est pas ma faute. Tu étais si pressé ! Heureusement qu'aujourd'hui nous pouvons causer toula notre aise.

OU EST ÏÉNOBIË?

— Oli ! pour ça, oui. J'ai troisjours de congé, trois jours dont vous disposerez comme il vous plaira, patron.

— Merci, ce n'est pis de refus ; mais résumons-nous.

Le Trimoulac s'est enferré comme un sot, et c'est luimôme qui m'a mis sur la trace de celte pauvre Virginie Lasbaysses.

— Oue lediable m'emporte si jamais j'aurais eu l'idée d'une pareille invention ! Enterrer dans un mur une femme toute vivante ! ça ne s'est jamais vu.

— Que veux-tu ? on apprend à tout âge. Ce qu'il ya de fâcheux, c'est que le testament du colonel a été enterré avec elle.

— Parbleu [puisqu'elle le portait sur elle et puisqu'elle ne l'a remisa personne, il faut bien qu'il soit quelque part, c'est clair.

— Parfaitement raisonné. Mais serais-tu par hasard d'avis que je dois y renoncer ?

— Non, certes. Du moins, moi, si j'avais l'espoir de gagner une fortune, j'irais la chercher n'importe où, quand ce serait à dix mille pieds sous terre.

— C'est plus aisé à dire qu'à faire, murmura Saint-Pri vat devenupensif.

— Possible, maison peut toujours essayer, répliqua Cornillon.

— C'est bien mon intention... d'autant plus que d'autres peuvent avoir la môme idée.

— D'autres !et qui donc?

— D'abord Trimoulac.

— Je croyais qu'il ne savait pas le grand secret. Ne m'avez-vous pas conté qu'il ne soupçonnait pas que l'homme

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muré du 2 juillet et la nièce de lacantinièrenefont qu'un?

— Il n'avait pas l'air de le soupçonner pendant que je lui parlais, mais il est bien fin, et, après mon départ, il a pu se rappeler ce que j'ai eu l'imprudence de lui dira.

— Quoi donc î

— Que Virginie était venue à Paris habillée en garçon.

— Diable 1 il en est bien capable en effet.

— Et influent comme il l'est auprès du ministre, il a mille moyens de se renseigner. Il s'informera, il fera des rapprochements, et, s'il met le doigtsurle pot aux roses, il ne perdra pas de temps pour agir.

— Je le crois comme vous, mais on peut le gagnerde vitesse.

Saînt-Privut allait formuler une objection, lorsqu'il aperçut tout à coup Clarisse au bout d'une allée.

Son héritière présomptive venait à lui en courant ; son teint coloré et ses yeux brillants disaient assez qu'elle apportait des nouvelles intéressantes.

Bourdache la suivait à distance, mais il s'avançait en rasant lentement les charmilles comme un dogue qui a volé le dîner de son maître et qui craint d'être battu.

— Il aura bientôt sa grâce, cria sans autre préambule M"» Bonnin.

— Qui, il ? demanda le père ahuri.

— Lucien. M me Boutard m'a appris qu'il avait sauvé la vie à un grand personnage, et...

— M m0 Boutard en sait plus long que moi, à ce qu'il parait, mais M me Boutard est une sotte, et elle aura bientôt de mes nouvelles, interrompit Saint- Privât.

— Vous ferez ce que vous voudrez, riposta irrévérer.-

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cieusement Clarisse; mais vous n'empêcherez pas la comtesse des Orgeries qui est reçue à la cour de faire mettre en liberté le sauveur de son neveu.

— Oh ! les femmes 1 grommela le bonhomme qui trépignait de rage.

Et il reprit tout haut:

— Voilà qui est fort bien, mademoiselle, mai 5 vous trouverez bon que je ne prolonge pas cette conversation et vous allez me faire le plaisir de monter dans votre chambre et d'y rester jusqu'à ce que je vous appelle.

— Je ne suis plus d'âge a être mise en pénitence, répliqua la demoiselle, mais ça m'est égal maintenant qucje suis sûre de revoir Lucien.

Et, tournant le dos à son père, elle reprit le chemin de la maison.

— Toi, rentre dans ta niche, vociféra Saint-Privat en montrant le poing à Bourdache, qui fit aussitôt volte-face et s'enfuit sans demander de' plus amples explications.

Le chef et le subalterne restèrent seuls.

— Ëb bien! patron, dit l'agent, vous me croirez si vous voulez, mais je m'en doutais. Ges jeunesses, ça vous a des inventions 1 Votre demoiselle a su l'affaire deM.deBaffey, et elle est allée tout droit lui demander su protection pour son amoureux.

— Et cet imbécile de marquis la lui a promise. Que distu deçà, toi? interrogea M. Saint-Privat.

— Je disque c'est une raison de plus pour que vous vous dépéchiez de retrouver le testament.

— Eh ! parbleu ! je ne demande pas mieux, et s'il suffisait de vouloir...

Ûgi-i^ay GoOgIC

162 OU EST ZENOB1E ?

— Jl faut agir.

— Agir! comment ?

— C'est bien simple. La fille et le testament sont logés, l'un portant l'autre, dans les carrières de la butte Montmartre, n'est-ce pas î

— Oui. Du moins, Trimoulac me l'a dit.

— Oh I ça doit être vrai, car il n'avait, à ce' moment-là, aucun intérêt a mentir.

— C'est au moins probable. Hais, alors même qu'il ne m'aurait pas trompé, je n'en serais pas plus avancé.

— Pardon ! car il vous a appris ce que vous ne saviez pas encore, malgré toute la peine que vous vous étiez donnée. Voila deux mois que vous cherchez un trésor tt il vous a dit où il était.

— Il ne m'a pas dit comment il fallait m'y prendre pour me le procurer.

— Franchement, patron, vous ne pouvez pas exiger de lui qu'il vous aide à le dépouiller, s'écria le facétieux Cornillon.

fct puis, entre nous, il me semble qu'il a été assez bavard pour vous mettre à même de le supplanter.

— Je ne vois pas cela, grommela Saint- Privât.

— N'a-t-il pas poussé la complaisance ou plutôt la bêtise jusqu'à vous dire où se trouvait l'entrée de ces fameuses carrières ?

— Oui. On peut s'y introduire, à ce qu'il prétend, sur le flanc droit de la butte, du coté de la chaussée de Cli— gnancourt. Le passage est cnché par des broussailles...

— Qui ne vous empêcheront paît de le découvrir. Donc, rien de plus facile que de pénétre» dans la cave aux écus.

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— Facile- ! facile ! pas tant que ça.

— Mon Dieu ! si, patron. Vous avez fait bien plus fort dans des occasions où il n'y avait pas de millions à gagner.

Maintenant, ce cher chevalier de Lubiac vous a, ce me semble, confiéaussi que la victime des Frères du Plâtre avait été murée dans un des piliers qui supportent la voûte du souterrain ?

— Il ne m'a pas désigné lequel.

— C'eût élé en vérité trop demander, d'autant qu'il ne le savait peut-être pas lui-même. Mais ce n'est pas là ce qui doit vous embarrasser. Il n'y a pas, je suppose, assez de piliers pour qu'on puisse s'y tromper. D'ailleurs, un corps, ça tient de la place, et la maçonnerie qui bouche le trou n'a pas encore eu le temps de sécher. Vous n'aurez pasde peine à reconnaître l'endroit.

— Et quand je l'aurai reconnu îdemanda le père de Clarisse avec une hésitation très marquée.

— Vous vous escrimerez de la pioche que vous aurez eu la précaution d'apporter. Le plâtre ne vous opposera pas grande résistance, et vous aurez bientôt fait de mettre le corps à découvert. Le reste n'est rien ; fouiller dans les poches jusqu'à ce que vous ayez mis la main sur le papier...

— Hum ! vilaine besogne, murmura M. Saint-Privat qui ne put s'empêcher de frissonner.

— l'euh ! on ne gagne pas un million sans se donner de ■ la peine, pas plus qu'on ne peut faire une omelette sans casser des œufs.

— Ainsi, tu crois qu'il faut aller déterrer le testament dans cette caverne.

— Dam 1 a moins que vous n'espériez qu'il viendra vous trouver, je ne vois pas d'autre moyen; et même je vous engage à vous hâter.

— Oh I il ne s'envolera pas ce testament qui est dans la poche d'une morte.

— Non, mais on peut le dénicher avant vous.

— Oui, Trimoulac.

— Trimoulac, certainement. Vous avez lâché le mot de déguisement de la nièce. Il ne lui en faut pas davantage, car il est de première force. Il comparera ses informations avec votre renseignement et il aura vite fait de tirer la conclusion, vous me l'avez dit vous-même tout à l'heure. Or, le chevalier de Lubiacest un homme eipéditîf, et, dès qu'il l'aura tirée cette conclusion, il mettra la main à l'œuvre, je le parierais.

Il se dépéchera d'autant plus que, dans votre entrevue avec lui, vous vousêtes posé nettement comme un concur- • rent. Il n'ignore pas que vous chassez la succession de son oncle pour la vendre à un autre, puisque vous le lui avez déclaré sans détour.

— Je commence à croire que j'ai trop parlé, dit tout bas Saint-Privat.

— Il a pu apprécier aussi vos talents, reprit Cornillon ; il sait que vous êtes homme a comprendre a demi-mot, que l'histoire du crime de la carrière n'est pas tombée dans l'oreille d'un sourd, encore moins d'un sot ; il pensera que vous allez vous empresser d'en tirer profit, et il se gardera bien de se laisser devancer.

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OU EST ZÉN0B1E ? 365

— Tout cela n'est que trop plausible.

— Et, si Lucien Bellefond venait à se douter de l'aventure, ce serait un adversaire déplus.

— Impossible. Qui donc l'instruirait du sort de la nièce ?

— Eh I parbleu, la tante Zénobie. Je sois même surpris qu'elle ne l'ait pas déjà fait. Il est vrai qu'elle ne connaissait pas son adresse, mais elle peut l'apprendre d'un jour à l'autre.

— Elle ne sait pas écrire.

— Elle trouvera quelqu'un qui écrira pour elle, ou elle fera le voyage de Paris,

Croyez-moi, patron ; vous n'avez pas une minute h perdre, si vous tenez ù ce que le testament ne vous glisse paa entre les doigts.

Saint-Privat sentait toute la force des raisonnements de son auxiliaire et il baissa la télé, comme si ie poids de la situation l'eût accablé.

— II est impossible que j'accomplisse à moi seul une pareille bosogne, murmura-t-il après quelques instants de réflexion .

— Nous serons deux, patron, si vous le permettez, dît aussitôt Cornillon.

— Quoi ! tu consentirais...

— A vous aider ? liais ça va sans dire. Je ne boude jamais devant la besogne.

— Eh bien I mon vieux camarade, j'accepte ton concours.

— Vous faites bien, patron. Quelque chose me dit que noua réussirons, si nous ne flânons pas en route.

Cooyk'

!6S OU EST ZÉSOBIE ?

— Sois tranquille, je suis aussi pressé que toi. Quand veux-tu que nous opérions?

— Quand ? mais, patron, pas plus tard que ce soir.

— Va pour ce soir. Comment nous y prendrons- nous?

— Voilà, patron. Je vais m'en aller me promener tout doucement de ce côté-là, pour reconnaître l'entrée que j'aurais peut-être un peu de peine à trouver la nuit. Ensuite j'irai m'approvisionner des outils nécessaires, pioches, pelles, lantt>ines sourdes. Vous pouvez vous en rapporter à moi. Tout sera de premier choix.

— Boi. Et où nous réunirons-nous?

— Sur l'esplanade, au pied des buttes.

— A quelle heure?

— Dix heures précises. Plus tôt, nous serions exposés a rencontrer du inonde aux alentours de l'entrée ; plus tard, nous risquerions de ne pas avoir le temps de ter» miner notre travail avant le jour. 11 faut tout prévoir,

— C'est mon avis. Ainsi, par exemple, si nous trouvions dans le souterrain...

— Des Frères du PUitrel II n'y a pas de danger, puisque le chevalier vous a dit que, se sachant dénoncés, ils ne bougent plus.

— Et le chevalier lui-môme? S'il avait eu la même idée que nous pour cette nuit?

— Ce n'est pas probable. Pourtant, & tout hasard, je prendrai une paire de pistolets et je vous conseille, patron, d'en faire autant.

— Je n'y manquerai pas ; mais, en y réfléchissant, trois hommes valent mieux que deux. Si nous emmenions...

— Qui donc?

— Boudache. Je no vois guère que lui à qui je puisse me fier.

— Vous le connaissez mieux que moi, patron; mais tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il ne me revient pas votre Bourdache. 11 marque mal, comme nous disons à la maison. A propos, est-ce qu'il en a été î

— Non. Au contraire.

— Comment ! su contraire !

— Oui, c'est un homme qui a sur le dos une mauvaise affaire. Je l'ai tiré d'embarras dans le temps, mais j'aî gardé de quoi le faire guillotiner s'il me jouait un tour.

— A la bonne heure. C'est une garantie, ça, quoique... d'un autre côté, c'est peut-être aussi une raison pour qu'il ait envie de se débarrasser de vous.

— Non. Son.dossier est en lieu sûr et, je l'ai prévenu que, si jamais il me Taisait une farce, quelqu'un se chargerait de déposer nu parquet certaines pièces...

— Oii ! comme ça, patron, je n'ai plus rien à dire, et je gagerais mille francs contre un écu de fix livres que demain, à pareille heure, vous aurez le testament dans votre poche.

— Ce sera grâce à toi, mon vieux, et tu n'auras pas obligé un ingrat.

— Je m'en rapporte a votre générosité, patron. Mais, dîtes donc, la demoiselle n'a pas si mal fait d'aller demander la grâce du lieutenant, car, enfin, si on le gardait en prison, ça vous gênerait, pour conclure le marché qui doit vous donner un million.

— C'est vrai. Il n'est pas certain d'ailleurs qu'elle l'obtienne ; mais, quoiqu'il arrive,* je trouverai bien le moyen

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de communiquer avec le lieutenant. Son cas n'est pas encore bien grave, puisque le Trlmoulac ne l'a pas dénoncé jusqu'à présent comme conspirateur.

— J'ai dans l'idée qu'il ne tardera guère.

— Bah ] ce marquis ne refusera pas d'intercéder pour un homme qui lui a rendu service, et puis, quand on saura que Bellefond est millionnaire, on ne pourra plus le prendre pour un conspirateur bien dangereux.

— Tiens ! je n'avais pas pensé à ça. Vous avez raison, patron. Pour conspirer, il faut avoir le ventre creux.

Et, là-dessus, je file sur les buttes Montmartre.

— Et moi je vais prévenir Bourdaclie.

— A dix heures, c'est dit ?

— A dix heures, répéta Sainl-Privat.

Et, pendant que Gornillon s'éloignait, -le père de Clarisse pensait :

— Pourvu que nous n'arrivions pas trop tard 1

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