‹ Ou la dictature de m. Witte conduit la Russie;Chapitre 7 sur 14 · III. — Payements annuels nécessités par les · texte numérisé non relu

III. — Payements annuels nécessités par les

emprunts de l'Etat.

Dans nos études précédentes, de même que dans l'examen du dernier rapport présenté à l'Empereur par M. Witte, nous avons prouvé que la réduction des sommes exigées annuellement pour le service des emprunts, réduction dont se prévalent tant les derniers ministres des finances, résulte de causes où ils ne sont absolument pour rien. Depuis dix ans, l'abondance des capitaux dans l'Europe occidentale en a abaissé le revenu à près de 2 pour 100. Gomme nous Tavons déjà montré dans le Bilan de la gestion financière de I, A, Wjyschnegradski (page 12 et suivantes), notre Trésor a beaucoup moins profité que d'autres nations de ce bas prix de l'argent. Si nous avons pu réduire considérablement les sommes consacrées chaque année au payement des intérêts de nos emprunts, c'est parce que le marché français a été acquis à nos fonds.

Le Trésor même aurait dû faire, sur les seuls emprunts métalliques convertis, une économie annuelle d^ environ 2 о millions de roubles or.

Grâce aux fautes commises et à l'avidité de ceux qui dirigèrent la plupart des conversions, Téconomie atteignit à peine les deux tiers de cette somme (environ ii millions). En fait, l'économie obtenue par M. Witte et par son prédécesseur n'est qu'apparente, car elle repose tout entière sur la suppression de Vamortissement, comme nous le prouvons encore une fois plus loin (pages 11-14).

Sous ce rapport aussi les calculs de M. Kachkarof sont absolument identiques aux nôtres, comme le prouvent ses tableaux (pages 159 et 160). Le pour 100 moyen de l'amortissement atteignait en 1886 0.72 pour

les dettes métalliques et l.li pour les dettes papier. En 1894, il est tombé pour les premières à 0.38 et pour les secondes à 0.93. Le pour 100 moyen de l'intérêt était en 1886 de 4.62 pour les dettes métalliques et de 5.09 pour les dettes papier ; le premier est tombé en 1894 à 3.61, le second à 4.60. « A supposer qu'en 1894 les payements pour les emprunts aient dû être effectués dans les mêmes conditions moyennes qu'en 1886> c'est-à-dire représenter 5.08 pour 100 de tout le capital emprunté à la fin de Tannée, les payements réels de cette année auraient été grossis de 61.000.000 de roubles ». (Page 160.)

A la page 187, l'auteur évalue les économies sur l'intérêt « approximativement à 13.6 millions de roubles papier et 14.5 millions de roubles métalliques », c'est-à-dire en tout à 35 millions de roubles papier. Si de 61 millions de roubles papier on défalque 35 millions, on obtient une économie de 26 millions de roubles papier sur les amortissements au 1" janvier 1895. Suivant notre calcul (voir plus loin page 12), l'amortissement en 1894 a été diminué de 10 1/2 millions de roubles crédit comparativement à l'année 1885. L'apparent désaccord entre notre chiffre et ceux de M. Kachkarof vient de ce que ce dernier a reporté à l'année 1894 16 millions gagnés sur la suppression de V amortissement des billets de banque 5 pour 100 et des emprunts d'Orient, convertis cette année-là. Nous, au contraire, à l'exemple du Contrôle de l'Empire, nous avons attribué ce chiffre à l'année 1895. En 1895, nous avons aussi évalué (voir page 12) les économies sur les amortissements à 26 1/2 millions de roubles papier, c'est-à-dire que notre calcul est de tout point conforme à celui de M. Kachkarof,

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MENE LA RUSSIE XLl

la Russie d'Europe à la fin de 1848 et à la fin de 1892. Les gouvernements qui ont les plus forts arriérés se classent de la manière suivante :

Pour cent des arriérés par rapport au chifllre de l'impôt

A la fin de 1884 A la An de 1892

Samara 80.0 473.4

Orembourg 32.0 428.0

Kasan 102.0 366.0

Oufa 66.5 339.0

Nijni-Nowgorod . . 27 . 4 223 . 8

Simbirsk 15.7 191.2

Viennent ensuite les autres gouvernements avec des arriérés moindres.

Ainsi que le lecteur le voit, les quatre gouvernements cités plus haut par moi figurent parmi les six que M, Kachkarof signale commue les plus endettés de toute la Russie.

On lira plus loin (page 6) une citation du Mémoire explicatif du Contrôle de l'Empire pour 1894, d'où il résulte qu'en cette année le total des arriérés dans seize gouvernements s'est encore accru de 15 millions de roubles !

En ce qui concerne les arriérés, tous les chiffres officiels pèchent chez nous par une inexactitude extraordinaire et il est incontestable qu'ils sont fort au-dessous de la réalité. L'ancien adjoint du Ministre des Finances, aujourd'hui membre du Conseil de l'Empire, F.-G. Thôrner, s'exprime à cet égard comme il suit : « Beaucoup pensent sans doute que les arriérés accusés par les administrations compétentes représentent le chiffre réel des divers impôts en retard, ainsi que l'indiquent les comptes rendus.

Mais les recherches locales de Trirogof ont révélé que ni le peuple à qui on fait payer des redevances de dénominations diverses, représentées impôts directs, ni les receveurs eux-mêmes, ni les scribes de village qui font les listes et les cahiers des contributions, ni les scribes de canton et les baillis, — ne peuvent déterminer le chiffre exact des arriérés ni dans le passé, ni dans le présent... Le caprice du bureau de la trésorerie locale et plus souvent encore celui d'un scribe de çillage est V unique fondement de Г édifice de papier sur les arriérés ».

« A combien s'élèvent les arriérés d'impôts et de charges ? C'est ce que ne savent ni le Ministère des Finances, ni le Contrôle, et ce qu'il serait absolument impossible de déterminer d'une manière presque approximative », écrivais-je, il y a deux ans, dans mon livre sur les exploits financiers de M. Witte.

Entre les assertions d'un économiste aussi considéré que F.-G. Thôrner et les mensonges impudents de M. Witte, le lecteur ne peut hésiter.

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