‹ Oubliés et dédaignésChapitre 12 sur 26 · I. L'E^Mm mtgUtu, tome lii, pcfn laS ci nUfamet · texte numérisé non relu

I. L'E^Mm mtgUtu, tome lii, pcfn laS ci nUfamet

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trouvèrent dans cet ordre de choses tine arme de plus contre lui ; ils l'accusèrent, sans que Frt-ron trouvât précisément à se défendre, d'un penchant assez décidé pour le vin. Si c'est pour le bon vin, le péché n'est pas sans miséricorde. Les fameuses Anecdotes reviennent sans relùchc sur ce point. Chcvrier, dans son Colporteur, et Du Laurcns, dans ses poèmes, Chevrier et Du l.aurens, ces deux bas comparses de la philosophie, en font le te.xte perpétuel de leurs sarcasmes immondes. S'il fallait absolument donner une idée des monstruosités vomies contre Fréron par ces démons subaherncs, je choisirais un extrait du Colporteur. Dans cette diatribe générale, l'auteur imagine que Fréron loue son appartement pour des rendez-vous ; et, après avoir esquissé une scène scandaleuse, il l'introdtiit ainsi : « La comtesse jeta les hauts cris et demanda du secours. Fréron, qui était au-dessous, fut attiré par le bruit, et il entra dans la chambre. M. de... se jeta sur lui et le laissa presque mort sur place; ses plaintes firent connaître au comte qu'il s'était mépris, et après avoir fait venir une lumière, il reconnut le héros de V Ecossaise expirant sur le plancher. » — Eh quoi ! c'est toi, faiseur de feuilles ? lui dit le comte étonné. — Eh! oui, monseigneur; voyez dans quel état vous venez de me mettre! C'est après-demain le vingt du mois ; que dira le libraire Lambert, si je ne lui délivre pas ce seiir le paquet d'injures

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que je lui vends tous les dix jours ? ma femmeest grosse, n'importe de qui; j'ai quatre enfants ; où prendre du pain ? On ne man^c point ici avec l'honneur, et quand cela ferait vivre je n'en mourrais pas moins de faim; il faut donc, pour soutenir ma famille, que je devienne coquin par besoin ; il vaut mieux l'être dans mon grenier que sur les grands chemins, et j'aime mieux être Fréron que Mandrin. — Va, répliqua le comte, l'un vaut l'autre ; lève-toi, voilà dix écus, fais-toi panser. — Reviendrez-vou« demain, monseigneur? lui demanda l'effronté écrivassier. — Non, répondit le comte ; mais si tu veux que je te laisse aujourd'hui avec un bras de moins pour la même somme, tu peux parler, tu ne perdras rien à ce marché, et le public y gagnera sûrement. > Fréron, satisfait de sa journée, descendit comme il put, et s'enivra le soir même avec les amis de sa femme. » Palissot lui-même cède à l'e-xemple, et versiBe :

C'est bien ù loi, Zoile hebdomadaire.

Ivre d'argûeil encore plus que de vin.

D'oser lîxcr le rang d'un écrivain I Va, ai lu peux, recommencer à boire.

Mais ne crois pas distribuer la gloire.

Vultaitc n est pas Ic dernier a arriver dans ce chœur : ■ L'àne d'Apulée mangeait des roses, l'âne de Fréron s'enivre ; chacun se* console à sa fiaçon ; je plains seulement son cabaretier. >

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J'ignore quelle malice Voltaire entendait par ces derniers mots ; mais, à son insu peut-être, il mettait le doigt sur une des plaies de sa victime. Kréron avait eu longtemps maille à partir avec un cabareticr ou une cabarctière, au sujet d'un panier de vin qu'il se refusait à payer, et cette contestation avait duré huit ans. Les archives générales du royaume conservent pieusement ( ne riez pas ! ) les pièces de ce différend , lesquelles consistent en une lettre de Kréron et en son interrogatoire par-devant un commissaire au (^hàtelet. La lettre est adressée à un M. Duché, à qui il avait marié sa sœur ; j'en détache les passages les plus saillants, bien qu'ils jettent une teinte de grotesque sur Fréron, et qu'ils le montrent aussi dévoré de polémique à l'intérieur qu'à l'extérieur ; mais je ne me suis pas engagé ù tout approuver dans mon personnage.

« A Monsieur Duché, maître de musique, rue de r Ancienne-Comédie.

» Il faut que vous soyez bien effronté, bien consommé dans l'imposture, pour m'oser dire que je dois quelque chose à madame Gauthier. Mais cela ne m'étonne pas de votre part : vous êtes un ingrat et Vous l'avez toujours été. Avez-vous oublié, malheureux, ce que vous êtes ; que vous n'aviez ni habits, ni linge, ni bas, ni souliers, quand mon aimable sœur s'est amourachée de

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VOUS ? Votre mémoire ne vous rappellc-t-elle plus que vous m'avez usé plus de deux douzaines de chemises, plus de vin^rt paires de bas, et que votre grand chagrin était de ne pouvoir mettre mes souliers, parce que la nature vous avait doué d'un pied trop énorme ?...

• Il m'a fallu vous équiper de pied en cap et vous nourrir fjendant trois ans, bêtise que j'ai eue et que vous êtes bien fâché que je n'aie pas encore ; voilà la source de toutes les horreurs que vous me faites. Mais quand j'aurais les dix mille livres de rentes que ma sœur a é<frit à ma mère que j'avais, quand j'aurais même cent mille écus de rente, ne comptez plus sur moi, j'ai passé l'âge d'être dupe, et vous avez bien fait de profiter de mon imbécillité. . Vous me coûtez, vous et votre femme, plus de douze mille francs. Je paye pour vous les mille quarante-quatre livres de madame Didier, que vous avez reçues et mangées ; je paye cent écus de pain au boulanger ; je paye douze cents francs à M. Martin, dont il y en a au moins six cents pour ma noire sœur. J'ai payé des cafetiers, des rôtisseurs, des tailleurs de cors, que sai»-je ; J'ai presque oublié mes bienfaits aussi bien que vous. Je vous ai laissé mes meubles, qui valaient mille écus au moins. Vous étiez un pauve petit maître de musique qui ne gagnait pas dix francs par mois. Je vous ai trouvé des écoliers, je vous ai mis à même de gagner votre vie ; etc., etc.

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» Pour en venir à madame Gauthier, la marchande de vin, soyez persuade, mon cher et très cher beau-frère , que je ne lui dois rien, et que je ne lui payerai pas une obole de ce qu'elle me demande si ridiculement ; etc., etc., etc. »

La lettre a quatre pages sur ce ton, et elle est datée du 7 mars 1754. Le i" juin suivant, Frëron fut mandé au Chàtelet, et interrogé par M. Miche de Kochebrune, commissaire enquesteur. Voici les points principaux de son interrogatoire :

« 3. — Interrogé s'il connaît la demoiselle Gauthier, de l'Abbaye, depuis quel temps et à quelle occasion :

« A dit qu'il cunnait la demoiselle (jauthier depuis dix à douze ans, à l'occasion de plusieurs bourses de cheveux qu'il lui a achetées.

« 4. — Interrogé s'il n'a pas tenu avec elle sur les fonts de baptême de la paroisse Saint- André-des-Arts, au mois d'octobre 1746, l'enfant du sieur Duché, son beau-frère :

< A dit que oui.

« 5. — Interrogé si dans ce temps il n'habitait et ne mangeait point le sieur Duché, son beau-frère, rue Christine ; si leur ménage était commun, ou s'il n'était que pensionnaire dudit sieur Duché :

« A dit qu'il demeurait alors chez ledit sieur Duché , dont il était pensionnaire à raison de douze cents livres par an.

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« 6. — Interrogé s'il n'a pas chargé la demoiselle Gauthier, sa commère, de demander du vin pour le repas du baptême audit sieur Gauthier, demeurant pour lors rue Dauphinc :

« A dit qu'il n'a aucune connaissance de ce fait.

« 7. — Interrogé si le sieur Gauthier n'envoya pas deux bouteilles pour essai, et si ledit sieur Fréron n'en goûta pas lui-môme et le trouva bon :

a A dit qu'il n'a pareillement aucune connaissance dudit fait.

« 8. — Interrogé si le sieur Gauthier ne fournit pas tout le vin du repas du baptême :

« A dit que, ne sachant point où ledit sieur Duché se faisait fournir de vin, le répondant, qui était en pension, n'était point dans le cas de s'en informer, etc. »

Je ne sais quelle fut l'issue de ce débat, et il m'importe peu de le savoir. Je suis descendu à ces détails puérils, d'abord à cause de leur authenticité, ensuite parce qu'un biographe ne doit rien négliger de ce qui complète une physionomie. II m'a paru amusant de montrer l'auteur de ï Année littéraire se faisant traquer pendant huit ans pour un panier de vin dont on voulait qu'il eût bu et qu'il eût trouvé bon.

Puisque je me suis hasardé dans les potins, loccasion serait belle pour toucher un mot d'une certaine tabatière donnée par Piron à Fréron, et troquée par celui-ci contre un bel habit écarUte.

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L'histoire est racontée tout au long, de la main de Piron même, dans ses Œuvres inédites, publiées en 1859 par M. Honoré Bonhomme; mais cela m'entraînerait trop loin. Je me contenterai d'emprunter à cet intéressant volume la réponse de Piron à une lettre de faire part que Fréron lui avait envoyée lors de la mcirt de sa première femme.

« C^ samedi, 19 juin 176a.

■ Je prends, monsieur, toute la part possible à la perte que vous venez de faire, et dont m'instruit le billet funéraire qu'on a eu l'attention de m'apporter. C'est une tendre épouse que vous perdez, mais qu'après tout vous ne perdez qu'à moitié, puisqu'elle revivra sous vos yeux dans les enfants qu'elle vous laisse. Ils feront votre consolation, ne fût-ce que celle qui vous a fait partager avec un roi les honneurs de la paternité.

» Quand vous recevrez pour mon compte un billet tel que celui qui donne lieu au mien, souvenez-vous de moi comme de quelqu'un qui, à de petites guerres près, aura été toute sa vie, de la meilleure foi du monde, monsieur, votre très affectionné serviteur.

» PlRON. »

Si l'on comptait bien, on trouverait que Piron a tait autant d'épic^rammcs contre F'réron que

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contre Voltaire. Il employa une semaine tout entière à en composer trente-deux, et il intitula cette série la Frcronade. Je renvoie encore ici au recueil de M. Honoré Bonhomme.

La probité de l'écrivain n"a pas moins étc attaquée que celle de l'homme : on a traité sa plume de vénale, mais, comme toujours, on a négligé de produire des preuves. Je préfère parler de son austérité , et rappeler les inutiles avances que lui fît Beaumarchais lors de ses premières pièces. Beaumarchais était, à cette époque, plus grand seigneur qu'écrivain, et rien ne lui aurait coûté sans doute pour gagner Fréron à sa cause. Voici en quels termes assouplis, lui si impertinent, lui si indépendant en apparence, il écrivait, en 1767, au rédacteur de l'Année littéraire.

t Je ne crois pas avoir l'honneur, monsieur, d'être personnellement connu de vous, ce qui me rend d'autant plus sensible aux choses honnêtes que l'on m'a rapportées hier au soir. Un homme de mes amis, qui s'est rencontré avec vous dans une maison, ma assuré qu'il était impossible de parler avec plus de modération que vous ne l'aviez fait des endroits qui vous avaient paru répréhensiblcs dans le drame d'Eugénie, et de louer avec une plus estimable franchise ceux que vous aviez jugés propres à intéresser les honnêtes gens. C'est ainsi que la critique judicieuse et

sévère devient très utile aux gens qui écrivent. Si vos occupations vous permettent de revoir au jourd'hui cette pièce, où j'ai retranché des choses auxquelles mon peu d'usage du théâtre m'avait attaché, je vous prie de le faire avec ce billet d'amphithéâtre que je joins ici. Je vous demanderai, après cette seconde vue, la permission d'en aller jaser avec vous, en vous assurant de la haute considération et de la reconnaissance avec lesquelles j'ai l'honneur d'être, monsieur,etc.

> Caron de Beaumarchais. "

Je ne sais rien de plus simple et de plus digne que la réponse de Fréron :

■ Le «imedt, 7 février i;";-

» Je suis fort sensible, monsieur, à votre politesse, et bien fâché de ne pouvoir en profiter, mais je ne vais jamais à la comédie par billets ; ne trouvez donc pas mauvais, monsieur, que je vous renvoie celui que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser.

» Quant à votre drame, )c suis charmé que vous soyez content de ce que j'en ai dit; mais je ne vous dissimulerai pas que j'en ai pensé et dit plus de mal que de bien après la première représentation, la seule que j'aie vue. Je ne doute pas que les retranchements qui étaient à faire et que vous avez faits dans cet ouvrage ne l'aient

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amélioré : le succès qu'il a maintenant me le fait présumer. Je me propose de l'aller voir la semaine prtKhaine, et je serai très aise, monsieur, je vous assure, de pouvoir joindre mes applaudissements à ceux du public.

» J'ai rhonneur d'être, avec la plus haute considération, etc.

» Fréron. »

On remarquera que Fréron s'abstient de répondre à la proposition que Beaumarchais lui faisait d'aller jaser avec lui d'Eugénie.

Bornons ces questions de probité par un mot sur les relations de Fréron avec ses libraires. Lorsqu'il abandonna les Lettres sur quelques écrits de ce temps pour fonder F Année littéraire, et qu'il passa de chez le libraire Duchcsne chez le libraire Lambert, qui lui offrait di.T louis par feuille, ce fut un toile général. Tout le monde cria à l'indélicatesse, à la déloyauté, et cette clameur fut telle que l'écho s'en est perpétué de nos jours. M. Charles Nisard, dans ses Ennemis de Voltaire, n'a pas assez d'indignation pour flétrir cette bassesse, cette friponnerie; M. Eugène Hatin, dans son Histoire de la presse^ s'associe plus timidement à ce blàmc, mais il hasarde que les considérations de Fréron pourraient bien n'avoir pas été assez désintéressées. Moi, j'en suis convaincu. Je consens k crier comme tout le monde, à la condition cependant de savoir queb

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traites liaient l'auteur au libraire, et réciproquement. Si les Lettres étaient la propriété et l'invention de Fréron, on m'accordera bien qu'il avait le droit de les abandonner ou de les transformer. Comment 1 durant six années, il rédige une publication moyennant un médiocre salaire, et quand on lui propose des arrangements plus avantageux, vous vous étonnez qu'il les accepte ! Voltaire en agissait bien plus délibérément avec ses libraires. Vous trouveriez peut-être plus naturel que ce fût le libraire qui eut lâché Fréron. Je ne veux pas pousser plus loin la discussion. Il me suffit d'indiquer le sentiment d'injustice qui a dicté ces appréciations d'un acte commercial où manquent les premiers éléments d'enquête. En l'absence de documents certains, moi je trouve plus logique de me ranger du côté de l'écrivain que du côté de l'éditeur.

En 1762, comme on l'a vu, Fréron avait perdu sa femme. 11 était resté avec son fils et une Hlle.

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