‹ Outamaro; le peintre des maisons vertesChapitre 5 sur 36 · Livre dont la traduction courante est · texte numérisé non relu

Livre dont la traduction courante est

Annuaire des maisons vertes, mais dont la traduction mot à mot serait plutôt: Livre Mus-

tré des choses qui se passent, pendant l'année, dans les Maisons Vertes.

Maintenant de ce livre, imprimé en couleur, et composé de deux volumes de notre format petit in-octavo, donnons une description détaillée d'après les indications fournies par l'éditeur.

Le texte est par Jipensha Ikkou.

Les dessins sont de Kitaghawa Mourasaki-ya Outamaro, avec la collaboration de ses élèves:

Kikumaro.

Hidémaro.

Takimaro.

Le graveur sur bois se nomme Foujï Katzumouné.

Le tireur des planches Kwak-shôdôTôyémon.

L'éditeur Kasoûsaya Tusouké (de son nom artiste Jou-ô), habitant Yédo, grande rue du Pont du Japon (le Nihonbashi.)

Le livre est imprimé pour la nouvelle année

La couverture du livre, en papier bleu tendre, est gaufré avec des damiers, représentant les lanternes qu'on porte dans les promenades du Yoshiwara, revêtues des armoiries des célébrités des Maisons Vertes de l'année (1). Le

(1) Au Japon, les armoiries ne sont pas l'attribut exclusif de la noblesse; toutes les classes y ont un droit, et

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revers de la couverture du premier volume porte l'écran de commandement, que tient dans sa main le juge des lutteurs. Dans cet écran, imprimé en rouge, se trouve au milieu le titre de l'ouvrage, flanqué à droite et à gauche des noms d'Outamaro et Jipenshalkkou, comme hommage à leur talent, en même temps que la représentation de cet écran signifie que le livre se porte comme le juge du Yoshiwara.

Le carré de poésie, en tête du premier volume, est décoré d'une branche de pommier en fleur et d'une tige de camélia rouge. Les vers sont de Sandara-hôshi, qui dit :

« 0, cloche de l'aube, si ht comprenais le cœur gros des adieux, tu mentirais volontiers, au lieu de sonner les six coups. »

Le carré de poésie, en tête du second volume, entouré de chrysanthèmes et de momichi, renferme une description de la rivière Soumida, à la hauteur du Yoshiwara.

L'encadrement de la table des matières représente le portail de l'enceinte du Yoshiwara. Les lignes de dessus pour le texte, les lignes du dessous pour les illustrations.

même les Yeta, les parias japonais, relégués loin des habitations de leurs compatriotes, portent des armoiries.

A la fin du deuxième volume, est annoncée une prochaine édition d'une seconde série de l'ouvrage, publication qui n'a pas paru, à cause d'une discussion entre le littérateur et l'artiste. Jipensha Ikkou, attribuant le succès dudit ouvrage à sa prose, Outamaro à son illustration.

De F annuaire des maisons vertes, tiré en couleur, il existe quelques exemplaires en noir, dont je possède l'un : un exemplaire dont Outamaro et ses confrères faisaient tirer tout d'abord un petit nombre, à leur usage, pour essa}Ter à l'aquarelle la coloration des planches imprimées.

Dans la préface, le préfacier Senshûro nous apprend, que bien que cet ouvrage porte le nom d'annuaire, il n'est pas pareil à celui de la cour desEmpereurs du quatorzième siècle, ou le texte est composé uniquement de petits poèmes, mais .qu'au contraire ce nouvel annuaire est inspiré par la vie réelle, une vie réelle toute joyeuse. Et il ajoute que le livre donne la physionomie animée de Yoshiwara, pendant les quatre saisons par l'élégant pinceau d'Outamaro, pour l'illustration, et par la spirituelle plume-pinceau de Jipensha Ikkou, pour le texte.

D'abord quelques explications. L'Europe a des idées très fausses sur la prostitution japo-

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naise, du moins sur la prostitution remontant au siècle dernier et aux premières années du siècle actuel. Les cinquante Maisons Vertes du Yoshiwara, et les centaines hors l'enceinte, devaient surtout leur fastueuse existence, leur splendeur, non à la population riche de Yédo, non aux étrangers, mais aux ambassadeurs, aux chargés d'affaires provinciales, commerciales, destroiscentsoixante princes accrédités, prèsdu Sliognn, et qui vivaient dans sa capitale sans leur famille. Puis la femme de la Maison Verte n'est pas la basse prostituée à l'image de la prostituée, de chez nous, la femme qu'on possède en franchissant le seuil de la maison, la femme « hors de classe, la femme des nagaya » ainsi qu'on l'appelle et qu'elle existe là-bas. La femme delà Maison Verte est la courtisane.

Et l'origine et la consécration de ces courtisanes en maison, se perd dans la nuit des temps. On constate leur existence sous l'Empereur Shômou, dès le huitième siècle, et le Man-yôs/tù, recueil de poésies antiques est plein de pièces qui les célèbrent.

C'est sous Shôji-Jin-yemon, qu'a été créé le Yoshiwara de Yédo, vers 1600, par ordre de l'autorité administrative. L'emplacement se trouvait alors tout près de la résidence du Sho-

gun. Plus tard, en 1657, à la suite d'un grand incendie, un nouveau terrain a été accordé dans le faubourg d'Assa Kousa, où l'on a bâti un quartier enfermé dans une enceinte, et le huitième mois de cette année l'inauguration du Yoshiwara avait lieu. Les maisons sont séparées par cinq rues, dont la rue principale estla rue du Milieu, où il n'y a que des maisons de thé (1) (tchaya), en façade dans toute l'étendue de la rue. Et la propreté et la beauté de ces maisons de thé, occupant les deux bords de la rue du Milieu, font douter, selon l'expression de Jipensha Ikkou, si l'on est sur la terre. L'on trouve la réglementation du Yoshiwara dans lé Daïzen, et le Sàïken contient, de la façon la plus détaillée, tous les noms des courtisanes et des musiciennes des maisons de thé.

Du reste, sur ces femmes dont s'occupent, tant et tant, la peinture et la poésie du Japon, écoutez l'auteur du texte des Maisons Vertes :

Les filles du Yoshiwara sont élevées comme des princesses . Dès l'enfance, on leur donne l'éducation la plus complète. On leur apprend la lecture, l'écriture, les arts, la musique, le

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