‹ Outamaro; le peintre des maisons vertesChapitre 7 sur 36 · PREMIÈRE IMPRESSION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE IMPRESSION

Les Souhaits du Jour de l'An.

Au retour du premier jour du nouvel an, c'est une grande animation dans le Yoshhvara.

Depuis cinq jours, on s'occupe de la décoration du pin, de la plantation devant les maisons, de grandes branches aumilieu de tronçons de bambous, reliés par des cordes.

Une plantation, où dans le décor des Maisons Vertes, les Japonais apportent le plus grand soin, a ce que les branches de pin fassent face à l'entrée des maisons et tournent le dos à la rue,

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par suite de l'idée superstitieuse que « tourner le dos » est, par tout le globe, la négation de l'amour.

C'est le deuxième jour qu'a lieu la sortie des courtisanes, pour souhaiter dans la rue du Milieu, la nouvelle année à leurs connaissances des autres maisons. Une sortie qu'on nomme Dô^tchû (voyage), et dont le va-et-vient à lieu entre les rues transversales de Kioto et de Yédo.

Un concours de toilettes, où chaque établissement a sa mode particulière, où chaque femme est laissée libre en son goût, et où d'anciennes habitudes sont gardées, et où la maison Shôyôro a conservé les sandales d'autrefois, et ne les a pas remplacées par la chaussure en bois laqué (kàniagheta), inventée par Fouyô de Hishiga, etportée aujourd'hui par tout le monde.

Et c'est tout ce jour, dans la rue du Milieu, un processionnement, où les manches de soie brillent, et où les robes brodées répandent dans l'air les plus délicieux parfums.

DEUXIÈME IMPRESSION Tna.ugura.tion des nouvelles couvertures (1).

(1) Le lit à l'européenne est inconnu au Japon. De minces matelas de ouate, nommés fton, rangés, le jour, clans des armoires, sont étalés, le soir, sur les nattes, sur

Les nouvelles couvertures et les nouveaux coussins, offerts par l'ami de cœur, sont exposés dans le salon principal de la maison. Et là, la courtisane est félicitée des belles choses qu'elle a reçues, et c'est l'occasion d'une petite fête, pour laquelle la maîtresse de la maison envoie ses plus excellents poissons, son meilleur saké

Alors que la courtisane reçoit ces objets de nuit dans son appartement, elle fait des présents aux femmes et aux hommes employés dans la maison. Et la première nuit qu'elle étrenne sa couverture et son coussin, il est d'usage qu'elle fasse la politesse d'envoyer à tout le monde de la maison et aux amies, le sarazin ou le gâteau de riz.

les tatami. Leur épaisseur est de 2 à 3 centimètres. On en emploie rarement plus d'un ou de deux. Il n'y a pas de draps. L'enveloppe du ft on est de cotonnade ou de. soie', on s'y étend tout habillé, en hiver, plus ou moins nu, l'été. Lacouverture est représentée par un autre fton qui a la forme d'une houppelande et présente des manches. L'oreiller, nommé makoura, est un bloc de bois, haut de 10 à 12 centimètres, dont la face supérieure, longue de 20 centimètres et large de 5, porte un petit coussin cylindrique, enveloppé de papier, et maintenu par îe milieu. Le makoura, un véritable supplice pour un Européen Il était autrefois nécessaire aux Japonais des deux sexes, à cause des coiffures compliquées, qui ne se renouvelaient que tous les deux ou trois jours.

iu L ART JAPONAIS

De son côté, l'ami de cœur a le devoir de distribuer des foulards de coton teints, où sont entrelacées les armoiries de l'amant et de la courtisane. Et en revanche, les employés de la maison lui offrent, ainsi qu'un présentoir de mariage, une caisse où sont plantées une branche de pin, de bambou, de prunier,, et pour les remercier, l'amant leur distribue le bouquet (fleur en japonais), carie cadeau d'argent s'appelait fleur dans ce monde raffiné. Du reste, il y avait en ce temps, en ces lieux de plaisir, une certaine pudeur à propos de la question d'argent. Durant les heures ou les journées passées avec la courtisane, on ne sortait jamais d'argent de sa poche, et jamais il n'en était demandé par les femmes, on payait seulement à la sortie, la note de la maison.

Au fond, ce jour de la nouvelle couverture était très favorable à la réputation de la femme, quand la literie était riche, distinguée, somptueuse. Et c'est ce jour-là, dit l'auteur des Maisons Vertes, que V homme sans usage qui réclame une seconde baguette à manger, quand on lui offre des baguette* qui s'ouvrent en deux, qui demande qiïo'i lui serve quelque chose de meilleur, quand on lui sert un arami (poisson à os tendres),... que V homme repu-

gnant, que V homme antipathique peut gagner par son cadeau, le cœur de la courtisane. . . . Et Jipensha-Ikkou ajoute : Dans ce monde, il faut essentiellement s'occuper de V éclat extérieur de votre amie. Soyez généreux pour la dépense, et ne négligez aucune attention. En les grandes circonstances, devancez vos rivaux, et faites-vous aimer par les employés, en leur offrant le bouquet de temps à autre. Du moment que vous êtes bien vu et bien connu clans la maison, vous pouvez tout, et alors tout est plaisir pour vous.

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