‹ Ouvrages de Méry Une nuit du midiChapitre 6 sur 29 · MADEMOISELLE AL’ Z ET · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE AL’ Z ET

' L 'étranger ne peut donner que de bons conseils à son fils ; il est doux comme François de Salles; c’est • un homme retiré du monde, qui fait la chapelle dans sa chambre, et s’amuse au jardinage pour sa petite récréation; c’est un chartreux; il aime les fleurs comme saint Philippe de Néry : preuve d’un bon naturel. Et puis il couche sur la dure, et il a un cilice, je le sais.

MADAME DUMEURIER.

Bien, ma sœur, voilà qui est parlé !

M. CANTOL.

Pendant que vous vous échauffez là toutes deux, notre souper continue à brûler; nous mangerons du charbon.

MADAME DUMEURIER.

Bah ! je me moque bien du souper!

M. CANTOL.

11 fallait me dire cela il y à deux heures; j’étais invité chez M. Godeau, ce soir; il a une cuisinière, celui-là, qui ne laisse jamais brûler un souper.

MADEMOISELLE AUZET.

Oui, mais qui n’a pas fait ses Pâques cette année.

SI

SI. CANTOL.

C’est possible; mais je n’ai jamais mangé de meilleures tourtes que chez M. Gotleau.

MADAME DUMEURIER.

Ah! vous êtes bien indévot, monsieur Cantol.

Quand on vous voit à l’église, on vous donnerait le bon Dieu sans vous confesser; mais, au boslon et à la table, vous êtes pire que Nabuchodonosor.

M. CANTOL.

Bien !

M. COBARD.

Voilà V étranger' voilà V étranger ! j’entends son pas.

(Entre l'étranger déguisé en paysan provençal, avee Joachim son Ois, même costume ; ils portent en bandoulière un fusil de chasse.)

. L’ÉTRANGER. Il touche la main h tous.

Bonsoir, bonsoir, braves gens.

MADAME DUMEUR1ER.

Vous venez bien lard; nous étions en peine.

l’étranger.

Ah ! les affaires, les affaires, que voulez-vous! Nous travaillons beaucoup.

MADEMOISELLE AUZET.

Asseyez-vous un instant, vous devez être bien fatigué.

l’étranger.

Moi? Bah! j’en ai vu bien d’autres.

MADAME DUMEURIER.

Avez-vous appétit? avez-vous soif?

l’étranger.

Comme ça, non; mais je mangerai un morceau debout.

M. CANTOL.

Comme les Israélites.

l’étranger.

Oui, debout; il faut que je parle dans une demiheure.

M. DUMEURIER.

Vous ne couchez pas ici ce soir?

l’étranger.

Non... je coucherai à la belle étoile, à la garde de Dieu.

MADEMOISELLE AUZET.

C’est un saint.

L’ÉTRANGER, !i son Bis.

Joachim, as-tu faim, toi? t-

JOACHIM

Oui, père.

MADAME DUMEURIER.

Quelle soumission!... Eh bien, venez, venez, Joachim, nous vous tiendrons compagnie. Voyons, qui soupe avec nous?

M. CANTOL.

Mais, moi, je soupe... Allons voir ce souper qui est brûlé. Vous ne venez pas, messieurs?

M. DUMEURIER et M. COBARD.

Non, nous souperons plus tard.

MADEMOISELLE AUZET.

Moi, je n’ai pas faim.

(Joachim, M. Cantol, madame Dnmenrier sortent.)

M. COBARD. ,

Eh bien , notre brave ami, où en sommes-nous?

l’étranger.

C’est pour demain.

Nous le savions.

l’étranger.

Êtes-vous prêts, vous autres?

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