MÊME JOUR, A CINQ HEURES
M. DUMEURIER, M. COB A RD.
x M. DUMEURIER
Je ne le veux pas ! je ne le veux pas! Vous voulez me faire fusiller à la Plaine.... Avez-vous vu la Révolution, vous, monsieur Cobard?
M. COBARD.
Moi, la Révolulion?Je l’ai vue comme je vous vois! je l’ai vue mieux que vous : j’étais émigré.
M. DUMEURIER.
Vous étiez émigré, vous?
M. COBARD.
(Jui, à Manosque, après l’entrée de Carlaux. On voulait me couper le cou parce que j’étais lieutenant
dans la garde départementale qui marcha -contre les Allobroges : avez-vous marché contre Carlaux, vous?
M. DUMEURIER.
Cela ne vous regarde pas... Mais on a vendu mes marchandises au maximum, et j’ai été ruiné.
M. COBARD.
Comme moi.
M. DUMEURIER.
Comme tous les braves gens... Et puis j’ai été dénoncé au citoyen Bon ; et, si le 9 thermidor n’était pas venu, je ne serais pas ici; c’est pour cela, voyez-vous, que je veux être prudent : la prudence est mère de la sûreté. Je ne mettrai votre drapeau blanc là, que lorsque je l’aurai vu au balcon de la Commune, et voilà.
(Eotrent madame Dumeurier et mademoiselle Auxet.)
Arrivez, arrivez, mesdames! M. Dumeurier ne veut pas mettre le drapeau blanc.
MADAME DUMEURIER.
Oh ! depuis quelque temps, mon mari a perdu la cervelle, on ne le reconnaît plus; je crois qu’il s’est fait bonapartiste.
M. DUMEURIER.
Je me suis fait... je me suis fait... Vous êtes des femmes, vous autres; vous ne voyez pas où vont les extravagances.