‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 19 sur 391 · IMPRESSION DES LIEUX · texte numérisé non relu

IMPRESSION DES LIEUX

Oh ! que l'homme sait bien embellir l'univers ' ! Sans lui, du monde entier les spectacles divers Languissent sans attraits, sans intérêt, sans ame; Mais , doué par les dieux d'une céleste flamme , L'homme passionné les passionne tous.

Donne aux fleurs la gahé, donne aux mers leur courroux , La mémoire aux rochers, aux myrtes la tendresse, L'élonnemenl aux uns , aux autres la tristesse ; Et chaque être à son tour , par ce charme vainqueur , Lui rend les sentiments que lui prête son cœur. Eh ! qui n'a pas connu ces rapports invisibles Des corps inanimés et des êtres seusililes ? Les lieux même , les lieux savent nous émouvoir ; J'en sentis les effets : j'en peindrai le pouvoir.

Ou déserts, ou peuplés , ou riants, ou sauvages. Les lieux frappent nos sens par diverses images. Un lieu sauvage plaît par sa mâle àpreté. Loin des jardins riants de leur molle beauté , Je vole , je m'enfonce aux champs où la Norwège Entasse jusqu'aux cieux ses colonnes de neige ,

Aux champs de Sibérie , aux bords où de Thulé La mer bat en grondant le rivage ébranlé. Les aigles, les vautours, au-dessus de ma tête, Mêlent leur cri terrible au cri de la tempête. De ces monts , de ces rocs l'effroyable chaos , Les flots , avec fracas, retombant sur les flots. Tout m'effraie et me plaît. Mais lorsque ma pensée Par des objets riants veut être délassée. Dans un climat plus doux , et sous un ciel plus pur , Je vole , avec Horace , aux vergers de Tibur, Aux lieux oùl'Anio, dans sa chute rapide, Verse au loin la fraîcheur de sa poussière humide, A travers les rochers, les bois retentissants. Je suis sa course agile et ses flots bondissant». El toi , qui de Séncque alarmois la sagesse , Que Properce interdit à sa jeune maîtresse. Lieu charmant , dont la mer , et la terre et les cieiix Formèrent à l'envi l'aspect délicieux , Baie , enfin , je te vois ; je vois tes frais bocages ! Yoilà ta mer d'azur, voilà les beaux rivages! C'est ici qu'autrefois ces superbes Romains "Venoient se délasser du malheur des humains. D'autres regretteront ces scènes fastueuses , Où , parmi les concerts, les voix voluptueuses. Les danses et les chants , les fêtes et les arts , Chevaliers , magistrats , et consuls , et Césars , Dans ces palais hardis, usui-pateurs de l'onde. Envoient et le Falerne et les larmes du monde. Moi, simple ami des arts, du haut de ces coteaux Dont les ombres, le soir , descendent sur les eaux, A l'heure où sont unis, sur l'eau resplendissante. Le soleil expirant , et la lune naissante , Au murmure flatteur de l'onde qui s'endort, IJe la vague qui vient expirer sur le bord , Et des zéphyrs légers glissant sur la verdure , De tous ces sons lointains , concert de la nature , Sur ks temples, les monts, les îles d alentour, J'égare en paix mes yeux : je passe tour-à-tour, Du paysage aux mers , des mers au paysage , Et conduis, en rêvant, les flots vers le rivage '.

Toutefois, de nos mœurs, de leurs penchants secrets, Dépend l'impression du site et des objets : Si l'ame s'abandonne à la mélancolie.

Un sol moins gai plaît mieux à l'ame recueillie. Un cœur content se plaît en d'agréables lieux ; Conformes à notre ame , ils plaisent à nos yeux. Mais si le noir chagrin , la douleur violente 3, Porte au cœur malheureux sa fougue turbulente, Le site le plus doux ne lui rend pas la paix. En contemplant de loin ces paysages frais. Il croit que leur repos , la douce solitude, Ta calmer de son cœur l'ardente inquiétude. Vain espoir ! ces beaux lieux sont un tourment de plus. Hélas! il porte envie aux heureux qu'ils ont vus. Au berger qui s'y plaît, au tendre objet qu'il aime, A son troupeau paisible, aux oiseaux, aux lieux même; A ces lieux, dont le calme est si loin de son cœur ! Ces gazons où respire une douce fraîcheur , Ce tapis si riant de la jeune verdure.

L'IMAGINATION

Celte ombre si tranquille, et cette onde si pure, Ces arbres amoureux entrelaçant leurs bras, Tout l'afflige à lenvi d'un bonheur qu'il n'a pas. U veut des bords déserts , il veut des bois sauvages , De noirs torrents, des troncs brisés par les orages , Des rochers dont le deuil réponde à son ennui ; Il veut des bords affreux tourmentés comme lui.

Mais ce qui fait des lieux la plus sûre puissance, Ah! nous l'éprouvons tous, c'est la reconnoissauce; C'est le tendre regret, dont les charmes ilalleurs Font des lieux nos amis , en fout nos bienfaiteurs : Pareils à ces esprits, à ces légères ombres. Qui , sitôt que la nuit étend ses voiles sombres , Visitent, nous dit-on, leur antique séjour; Ainsi les souvenirs , les regrets et l'amour , Et la mélancolique et douce rêverie , Reviennent vers les lieux chers à l'ame allendrle. Où nous fûmes cufanis, amants, aimés, heureux; Apres le sol natal, toujours chers à nos yeux. S'ils n'ont pas tout l'attrait de la terre chérie Où commença pour nous l'aurore de la vie, Ils rappellent cet âge, où noire ame et nos sens Par degrés essayoienl leurs organes naissanis. Je l'éprouvai moi-même. Après vingt ans d'absence , De retour au hameau qu'habita mou enfance. Dieux! avec quel transport je reconnus sa tour. Sou moulin, sa cascade, et les prés d'alenlour 4 ! Ce ruisseau dont mes jeux tyraniiisoient les ondes, Rebelles comme moi, comme moi vagabondes; Ce jardin, ce verger, dont ma furtive main Cueilloit les fruits amers , plus doux par le larcin , El l'humble presbytère, et l'église sans faste; Et cet étroit réduit que j'avois cru si vaste 5, Où, fuyant le bàlon de l'aveugle au long bras. Je me glissois sans bruit, et ne respirois pas; Et jusqu'à cette niche, où ma frayeur secrète A l'œil de l'ennemi déroboit ma retraite, Où sur le sein d'Églé, qui parlageoit ma peur 6, On précoce plaisir faisoil battre mon cœur !

O village charmant ! ô riantes demeures , Où , comme ton ruisseau , couloienl mes douces heures ! Dont les bois et les prés, et les aspects louchanls. Peut-être ont fait de moi le poëte des champs ! Adieu , doux Chanonat , adieu , frais paysages ! Il semble qu'un autre air parfume vos rivages ; Il semble que leur vue ait ranimé mes sens , M'ait redonné la joie, et rendu mou printemps.

Cette clôture même où l'enfance caplive, Prête aux tristes leçons une oreille craintive , Qui de nous peut la voir sans quelque émoliou? Ah ! c'est là que l'élude ébaucha ma raison ; Là, je goûtai des aris les premières déliées; I;à , mon corps se formoit par de doux exercices. Ne vois-je point l'espace où , dans l'air s'élançanl , S'élevoit, retomboit le ballon bondissant? Ici , sans cesse allant , revenant sur ma trace , Je murmurois les vers de Virgile et d'Horace. Là, nos voix pour prier venoient se réunir; rlus loin... Ah! mon cœur bat à ce seul souvenir!

Je remportai la palme, et la douce vicloire Pour la première fois me fit goûter la gloire; Beaux jours, qu'une autre gloire et de plus grands combats Rappeloienl à Villars, mais qu'ils n'effacoienl pas. Enfin quel lieu ne cède au lieu de la naissance.'* Ah! c'est là que l'amour et la reconnoissauce, Que d'un instinct puissant les secrètes douceurs, Rappellent la pensée et ramènent les cœurs , Sur-lout lorsque imposant, ou sublime, ou sévère, Le sol frappe les yeux par un grand caractère. L'habitant de la plaine et des riants vallons, Insipidcment gais, ou tristement féconds, Rêve moins tendrement à ses dieux domestiques. Mais voyez l'habilant des rochers helvéïiques: A-t-il (juilté ces lieux, tourmentés par les vents, Hérissés de frimas, sillonnés de lorrents? Dans les plus doux climats, dans leurs molles délices , Il regrette ses lacs, ses rocs, ses précipices. Et comme, en le frappant d'une sévère main, La mère sent son iils se presser siu' son sein , Leurs horreurs même en lui graveni mieux leur image ; Et, lors(|ue la vicloire appelle son courage, Si le lilre inqirudeni fait entendre ces airs Si doux à son oreille, à sou ame si chers. C'en est fait, il répand d'involontaires larmes 7; Ses cascades, ses rocs, ses sites pleins de charmes, S'offrent à sa pensée : adieu, gloire, drapeaux, Il vole à ses chalets, il vole à ses troupeaux , El ne s'arrête pas, que son ame alleudrie De loin n'ait vu ses mouis et senti sa patrie : Tant le doux souvenir embellit le désert! Même les tristes lieux où nous avons souffert, Ne sont pas saus attraits. Seul sur ses rocs arides, Philoctète maudil le sort et les Airides, Mais faul-il s'arracher à ces horribles lieux ? Il regrette son antre et lui fait ses adieux. Regardez ce vaisseau, celle prison flollanle, Que tourmentent les venis et la mer mugissante : Eh bien ! quel nautonnier ne voit avec amour Le navire où long-temps il a fait son séjour? Je n'oublierai jamais la tristesse profonde D'un nocher que vingt ans avoil porté sur l'onde. Un vaisseau renommé, long- temps heureux vainqueur De la mer orageuse et des venis en fureur; Compagnons de périls, de revers, de fortune, Leurs maux éloienl communs, el leur gloire commune. Le tonnerre, les venis, et les ilôts, el les feux. Que n'avoienl-ils point vu , point affronté tous deux ? Mais enfin, succombant aux injures de l'âge, Le vaisseau vétéran, couché sur le rivage, Cédoil à la cognée, el de robustes bras De son corps déchiré dispersoieni les éclats; Le vieux nocher pleuroil, el son ame attendrie Croyoil dans ce vaisseau regretter sa patrie : Avec moins de douleur un monarque pieux Voyoil son Ilion s'écroider dans les feux. Que si l'on aime ainsi le lieu de ses souffrances, Combien l'on doil chérir celui des jouissances! Choisi par le plaisir, marqué par le bonheur,

CHANT IV

C'est le témoin, l'ami, le confident du cœur. Que j'aime ce mortel, qui, dans sa douce ivresse, Plein d'amour pour les lieux où jouit sa tendresse, De ses doigis, que paroienl des anneaux précieux, Détache un diamant, le jette , et dit : « Je veux Qu'un autre aime après moi cet asile que j'aime , Et soit heureux aux lieux où je le fus moi-même ! » Coeur noble et délicat ! dis-moi quel diamant Égale un trait si pur, et vaut ton sentiment!

Vers tous les lieux enfin quel pouvoir nous ramène ? Vers les uns le plaisir , vers les autres la peine : Mais à ceux où d'amour on a connu les lois, La peine et le plaisir ramènent à-la-fois. O Dieu , de quels moments ils gardent la mémoire ! Là, l'amant de son sort revient lire l'histoire; Là, son cœur étonné sentit son premier feu; Là , sa bouche tremblante en hasarda l'aveu ; Sa main sur ce rosier cueillit la fleur nouvelle Qu'F.glé mit sur son sein en rougissant comme elle. L'écho de ces rochers éloit leur confident. Malheur donc, ah! malheur au mortel imprudent Qui , risquant son repos , ose revoir encore Ces lieux pleins de l'objet que sa tendresse adore ! Combien je crains pour lui ce dangereux retour ! Hélas ! son seul aspect peut réveiller l'amour. Eh ! sur ces monts glacés , où , loin de sa Julie 8, Saint-Preux traînoit ses maux et sa mélancolie. Voyez ce malheureux conduire imprudemment Celle qu'un autre hymen ravit à son amant! De ces monts tout remplis de sa longue disgrace, Où de son triste exil tout conserve la trace, Mille ressouvenirs sortent de toutes parts; Il s'arrête, et sur elle attachant ses regards : « O charme de mon cœur, le tien est-il paisible? Ce lieu ne dit-il rien à ton ame sensil)le? Vois ! c'est ici la pierre où ma brûlante ardeur Traça les premiers mois qui touchèrent ton cœur. Là , tristement assis dans ma douleur muette , Mes veux des jours entiers conlcniploient ta retraite. Là, seul et n'entendant que l'aigle des déserts, J'échauffois de mes feux la glace des hivers. De ces cailloux tranchants , des éclats de ces marbres Ici ma main traçoit ton chiffre sur ces arbres; Pour ressaisir l'écrit , gage de tes amours , Ici du noir torrent je traversai le cours. Là, de ces vieux rochers je gravissois les cimes. Et mes sombres regards mesuroient les abîmes ; Plus loin... » Couple imprudent, fuyez, quittez ces lieux! Hélas ! on y respire un air contagieux ; Fuyez, et vous sauvant de leur funeste charme, Hàtez-vous d'y répandre inie dernière larme.

Ah ! le cœur de ces lieux conçoit trop bien l'attrait : Mais quel triste penchant , mais quel besoin secret. Au tertre où git l'objet de toute sa tendresse. Ramène un foible amant, l'y ramène sans cesse? Hélas ! plus d'une fois, en courant au plaisir, Ceux qu'à cette ombre froide attachoii le désir. Ou l'insensible orgueil, ou l'avide espérance, Passent près de sa tombe avec indifférence :

Pour lui ce coin de terre est l'univers entier. Sitôt qu'au jour mourant il ose se fier. Aux discrètes lueurs du crépuscule sombre, Il part d'un pied timide, il se glisse dans l'ombre; Il observe de loin d'un regard inquiet Si cpielqu'un de ses pleurs vient troubler le secret; Il reconmiandc aux cieux cette enceinte si chère; Que l'air y soit plus pur, la terre plus légère, Les gazons plus touffus ! et ce lieu révéré , Adoré par l'amour, en devient plus sacré : Et même sans l'attrait d'un intérêt si tendre, Combien d'autres encore ont, pour se faire entendre, Leur nom, leXir souvenir, leur noble vétusté ! Dans le sein ténél)reux de ce bois écarté (Contemplez ces débris d'une abbaye antique 9, Monument oublié du faste monastique.

Entrons. De ces vieux murs le deuil religieux. Ce chœur où résonnoient les caniicpies pieux. Ces vitraux colorés, précieux à l'histoire, Qui des faits du vieux temps ont gardé la mémoire; Ces combles entr'ouverts, ces lugubres caveaux; Dans cette vasie nef ce long rang de tombeaux Où, des saints fondateurs trompant l'attente vaine. Leurs noms presque effacés ne se lisent qu'à peine; Ces dômes , ces degrés dans les airs suspendus , Conduisant au sommet d'une tour qui n'est plus; Et ces autels sans culte, et leurs saints sans oracles Dont la vieille légende a vanté les miracles; Et ce lieu de l'offrande où de pieux tributs Rachetoient les forfaits , suppléoient les vertus ; Tout cet asile enfin , séjour de pénitence , D'orgueil, de piété, de savoir, d'ignorance. Dit plus dans ses débris que ce frais Panlhéon , Enfant sans souvenir, antique par son nom. Où la voix du passé ne se fait point entendre. Et qui, n'ayant rien vu, n'a rien à nous apprendre; Ou m'instruit, à regret, qu'outrageant le tombeau Toute la Frauce en pompe y cacha Mirabeau.

Tantôt d'un vieux château s'offre la masse énorme. Pompeusement bizarre et nol)lement informe. Combien de souvenirs ici sont retracés ! J'aime à voir ces glacis, ces angles, ces fossés, Ces vestiges épars des sièges, des batailles, Ces boulets qu'arrêta l'épaisseur des murailles ; J'aime à me rappeler ces fameux différends Des peuples et des rois , des vassaux et des grands ; Des Nemours, des Concis, les amotn-s trop célèbres; Ces spectres , ces lutins rôdant dans les ténèbres : Vieux récits, dont le charme amusant les hameaux. Abrège la veillée et suspend les fuseaux ">. Non , tous les vieux romans de celle Grèce antique , Sa fabuleuse histoire, et sa fable hislorique, N'offroient rien de si grand, rien de si merveilleux Que tous les longs récits cpi'on nous fait de ces lieux. Ici, du haut des tours plus d'une tendre amante " Suivoit son jeune amant dans la lice sanglante: Là , nos gais troubadours et nos vieux romanciers Célébroient la tendresse et les exploits guerriers; Là. nos fiers paladins à la gloire fidèles,

Combaltoient pour leur Dieu, leur monarque el leurs bel-

Conlemplez ces armets , ces casques , ces cuissards [ les.

Des Nemours , des Cl issons , des Coucis , des Bayards ;

J'aime à les revêtir de ces armes antiques;

J'y replace leurs corps , leurs âmes héroïques.

Mais sur son palefroi s'avance un chevalier ,

Beau, jeune, et précédé de son noble écuyer.

Le casque sur le front, surmonté d'un panache,

Sur ses yeux la visière, à son bras la rondache,

La lance au poing , portant brassard et gantelet ,

Ferme sur l'étrier et le fer en arrêt;

Déjà du pont-levis il franchit la barrière;

Son oeil est menaçant, sa contenance fière;

Son cor a retenti , tout recule d'effroi ;

Un page se présente. « O page, écoule-moi.

Lui dit-il , ce château relient mon Isabelle.

Va trouver son tyran, qu'il me rende ma belle;

Qu'il la rende à l'instant, ou ce bras irrité

Va me faire raison de sa dcloy auté. »

Le choc suit le défi : bientôt d'un coup horrible

Le tyran tombe mort , et sa chute tcrrii)le

De ses tristes donjons fait gémir les échos.

Aussitôt un long rang de dames, de héros.

Comtes, barons, tout sort, tout revoit la lumière.

La belle à son amant s'élance la première,

Fait un saut, monte en croupe, embrasse son vainqueur.

Et sous ses belles mains sent palpiter son cœur.

Ainsi des lois , des mœurs , des combats du vieil âge ,

Ma pensée en ces lieux se retrace l'image.

Je crois les voir encore , et rêve tour-à-tour

De joutes, de tournois, de féerie et d'amour.

Hélas ! des nouveautés l'orgueil follement sage De cette antique gloire a flétri l'héritage. Eh bien ! fiers descendants de nos fameux Bouillons , Des fiers Montmorencis, des Rohans, des Crillons, Montrez-vous dignes d'eux ! osez par la victoire. Sur-tout par la vertu , reconquérir leur gloire; Et , prêtant votre lustre à ces mortels fameux , Rendez à ces grands noms ce que vous tenez d'eux. Tel, aux derniers canaux arrivé dans sa course. Le sang revient au cœur et remonte à sa source.

Enfin, parmi ces lieux fiers de leur vélusté, Il en est dont l'illustre et haute aulitpiité. Bien plus frappante cucar revient à la mémoire , Riche de monuments , de grandeur et de gloire. Là, chaque lieu célèbre est plein d'illusion; Tout ruisseau, tout rocher, tout bosquet a son nom. Si mon œil aperçoit ces Alpes menaçantes Qui portent jusqu'aux cieux leurs cimes imposantes. Je veux voir avant tout ce passage fatal Où le roc calciué s'ouvrit pour Annibal , Et du vieux Latium lui livra les campagnes. Autrefois du sommet de ces mêmes montagnes Le terrible Annibal disoit à ses soldats : «Vous voyez ces beaux champs '.c'est le prix des combats; C'est le prix du vainqueur. » A l'aspect de sa proie , Le soldat tressaillit d'une barbare joie. Ces champs qu'à la fureur montroit l'ambition , Je les montre aux talents. Quelle immense moisson ,

Et de grands sentiments et de hautes pensées.

Vous offrent ce théâtre , et ces grandeurs passées !

Sur les objets présents portant des yeux distraits,

L'Imagination n'y reposa jamais.

Elle aime à deviner, elle aime à reconnoitre

Ce c|ui n'est pas encor, ce qui va cesser d'être :

Amante des vieux temps , de leurs restes chéris,

Elle vit de regrets, se plait dans les débris.

S'il étoit des pays dont la scène féconde

De grands événements eût étonné le monde ;

Telle que s'offre encore avec tous ses grands noms

La ville des Césars ou celle des Plalons;

C'est là qu'elle se plait , c'est là qu'elle s'élance :

Là, tel qu'un voyageur qui parcourt en silence

Les pompes d'un palais par les ans renversé,

R.issemble eu son esprit leur reste dispersé.

Recompose ses murs, reconstruit son portique;

Ainsi dans mes pensers je refais Rome antique :

Je relève ses tours, je lui rends ses remparts.

Ses temples, ses palais, ses grands hommes, ses arts.

J'arme encor ses héros pour la cause commune :

J'assiste à son sénat, je monte à sa tribune;

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