‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 196 sur 391 · Duccnte deo flanimam inter et hostis Expedior · texte numérisé non relu

Duccnte deo flanimam inter et hostis Expedior

J'ai déjà remarqué de quel secours étoit le merveilleux pour sauver le [locle de ce que la vérité et la nature peuvent offrir des circonstances embarrassantes. Comment, sans le secours

NOTES DU LIVRE IL

de Vénus, sou fils auroit-il pu, dans celle ville devenue la |>roie des Grecs , arriver, à travers le l'er el le feu , au palais de ses ancêtres, préserve de la destruction par uu autre miracle?

41 Abncgat excisa vitam producere Troja , Exsitiumque pati.

Celte double répugnance prêtée à Anchisc de survivre à Troie et d'endurer l'exil est noble et naturelle : on peut diic que les habitudes sont les dernières passions des vieillards, elles survivent à toutes celles que donne la nature et qu'aftoiblit l'âge; et plus elles sont anciennes, plus on sait qu'elles ont de lurcc. On puurroit voir dans les derniers vers de ce discours d'Aucliise combien Virgile, toujours fidèle à la dignité de l'épopée, sait donner de noblesse aux plus petits détails. Ancbise allègue ses infirmités; mais ces infiimités n'ont rieii de vulgaire, c'est Jupiter qui l'a frappé du veut terrible de la Çoadrc, Jhl/ninis ejjlavit vends. Le discours d'Énée pour le déterminer à la fuite est d'un pathétique digne de la tragédie : les mouvements les plus passionnés de l'amour filial, les images les plus vives, les expressions les plus énergiques, y sont prodigués; et ce seul discours prouve que Virgile, s'il n'avoit été le plus grand poète épique de Rome, pouvoit eu être le plus grand auteur dramatique. Le discours ds Creuse n'est pas moins touchant : rien de plus modeste et de plus dcuix que ces mots, Conjux quoad am. tua dicta. Les scènes les plus palbétiqucs que puisse offrir la poésie sout celles oii uu personnage intéressant se condamne par un sentiment de vertu ou de désespoir à un sacrifice contre lequel réclame l'amour ou l'amitié; c'est ce qui a rendu de tout temps si intéressante la ceène où Orcste et Pylade se disputent la mort. Cicéron nous parle de l'effet prodigieux que cette scène produisoit sur le théâtre romain.

42 Quum s'jLiitntn dictuqup oritur mirabile inonstrum . etc. Il n'y avoit que l'intervention des dieux qui pût déterminer Anchise à quitter sa ])atrie : le prodige que peint ici Virgile est du plus heureux choix ; il s'opère sur la personne du jeune Ascague, l'espoir et l'héritier des grandes destinées de Troie; la description en est vive el pittoresque; rien de plus élégant que les expressions,

Tactiiquc innoxia mollis Lambere fliiinma comas , et circum teinpora pa.sci.

Comme ie parti que va prendre Anchise doit influer sur les plus grandes destinées, de nouveaux prodiges se joignent au premier; la plus grande richesse d'expressions distingue la peinture cfc cette étoile miraculeuse qui va se perdre sur le sommet d'Ida, désigné par ie présiige comme lieu du rendezvous des Troyens fugitifs. Tons ces prodiges multipliés consacrent de plus en plus et divinisent en quelque manière la famille d'Aucliise, de qui doivent sortir les Romains et la race iiupériale des Césars. Virgile, qui ne néglige rien de ce qui peut augmenter la vraisemblance, ajoute à ces présages impciicux l'apiM-oche menaçante de l'incendie. Rien n'est |)lus fameux que la piété filiale d'Énée emportant son père à travers les flamMics : la poésie, la peinture et la sculpture se sont disputé ce sujet à jamais intéres.sant.

43 Longe servet vestigia conjux.

Il semble que, jiar cet ordre donné à sa femme de suivre de loin ses pas, Virgile ait voulu préparer le malheureux aclidcnt qui les sépare.

(4 Est uibe egressis tumulus tempîumquc vetustum Déserta; Cereri.», juitaque antiqua ciipiessus Religioiie patrura multot servatn per annos :

Ilanc ex diverso sedcia vcnieraus In ijn.Mii. Ce pa.ssage est une nouvelle preuve du soin que prend Virgile d'ennoblir les plus petits détails. Ces vers ont pour objet le rendez-vous douué par Énée à tous les compagnons de s» fuite; mais ce qui sul'firoit au romancier pour désigner un tel lieu ne suint pas à l'épopée. Rien de plus noble et de plus auguste que la description de l'endroit où doivent s'assembler les compagnons d'Énée : c'est un temple vénérable par son antiquité et par ses ruines mêmes; près de ce temple est un cyprès également respectable par son grand âge, et parcequ'il fut long-temps témoin des hommages rendus à la déesse de ce temple abandonné. Ces ruines, cette antiquité, transportent l'imagiaatiiin "jusqu'aux premiers âges de cette ville que dévorent aujourd'hui les flammes, et lui fout toucher à-la-fois par la pensée son cercueil et sou berceau.

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