C. A. WALCKEWAER
iG Italiam dixisse , ducis de nomine, gentem.
Ce vers et les trois précédents se trouvent liv. I, vers 167- 171. Profitons de cette répétition pour faire une remarque importante. Quelques auteurs grecs, entre autres Strabon 2, ont prétendu que le nom d'Italie avoit commencé par la grande Grèce, d'où il s'étolt étendu jusqu'aux Alpes; mais ce n'étoit pas le sentiment des Romains 3, qui croyoient que ce nom avoit été d'abord uniquement donné au pavs voisin du Tibre j)ar Italus, roi de Sicile, lorsqu'il vint s'y établir, et qu'ensuite il s'étoit connnuniqué peu à peu aux autres contrées qui composent aujourd'hui l'Italie , à mesure que les Romains y avoient étendu leurs conquêtes. Etienne de Byzance, quoique Grec, est de ce sentiment, puisqu'il dit que la Calabre est voisine de l'Italie : Plautc 4 appelle la grande Grèce Grèce exotique , et la dislingue de l'Italie ^. On voit, d'après Strabon, qui s'explique très clairement à cet égard, que VCEnotrie proprement dite comprenoit la partie méridionale de l'Italie ou la grande Grèce, et s'élendoit jusqu'au golfe de Salerne. Plus au nord, dans la Campanie ou terre de Labour, étoit YAusnnie proprement dite; au-delà étoit la Saturnie , qui renfermoil le Latiuin ou la campagne de Rome. Sœpiiis etnonien posuit Saturnia tellus, dit Virgile, liv. VIII. Encore plus au nord et à l'ouest du Tibre, jusqu'à la chaîne des Apennins, étoit l'Étrurie ou la Tyrrhénie; et enfin, au-delà des Apennins, les Gaulois, à une époque très reculée, avoient donné le nom de Gaule, Gallia, à la partie septentrionale de l'Italie, qu'ils avoient enlevée aux Etrusques et aux Ligures, possesseurs de la Ligurie, ou de l'état de Gènes des modernes. J'ai parlé de l'origine du nom de Hènélie ou Vénétie , et de la déuominalion générale iXUespérie, Il est ccl-tain que le nom lï Italie, tel qu'il est employé dans V Enéide , et désignant toute la contrée renfermée par les Alpes et la mer, est un anachronisme. Quoique Hérodote parle des Métapontins en Italie, de son temps, on ne paroît cependant avoir eu aucune dénomination générale pour désigner le i)ays compris depuis sous le nom iT Italie ; mais Virgile, qui vouloit illustrer celtt-
1 Olivier, f'oyages, torn. Il, pag. T79.
2 Strabon, Gcogr., lib. V. pag. 209, et lib. VI, pag. 254-
3 Servius, A^neid. /, in prini.
4 Plante, fltenœcfi., act. 1, se. i. toui. II.
5 ISouUiiT, Mémoires de l'académie des inscriptions, {om XII, pag. 287 et suiv.
NOTES DU LIVRE III
contrée, reculoit à dessein l'antiquilé d'un nom qui étoit devenu célèbre et d'un usage universel.