‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 224 sur 391 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

l'iiis ineiiaçaiU pour lui (jue loul l'enfer ensemble. Tout son luxe royal aulour de lui s'assemble ; Ses séraphins armés se pressent à l'enlour ; Et quatre chérubins , des quatre points du jour, Par son ordre embouchant la trompette fatale, Ont proclamé l'arrêt de la cour infernale : L'enfer en relenlit, les cieux l'ont entendu ; Et par un vaste cri l'armée a répondu.

Alors l'espoir renaît, et charmant leur tristesse, L'orgueil présomptueux enhardit leur foiblesse. Chacun quitte ses rangs; chacun, d'un air distrait, Suivant sa triste idée ou son instinct secret. Au lieu propre à charmer les heures douloureuses, Porte ses pas errants et ses langueurs rêveuses. Attendant que son roi, triomphateur heureux, Console ses regrets et se rende à ses vœux. Tels que ces fiers rivaux des joutes olympiques. Des combats néméens et des fêtes pylhiques, Les uns, de leur destin pour tromper la rigueur, Luttent d'agilité, d'adresse et de vigueur; D'autres , dans l'air brûlant suspendus sur leurs ailes , Des flammes devant eux chassent les étincelles ; L'œil fixe sur le but et prenant leur essor, D'autres , même en courant , semblent voler eucor. L'un asservit au frein un coursier intrépide ; L'autre effleure la borne en sa course rapide. Ceux-ci sous les drapeaux rangent leurs légions.

Telles, du ciel en feu troublant les régions, Ou croit voir se heurter les phalanges célesles, Des désastres fameux avant-coureurs funestes ; Leurs chefs aériens, éblouissants d'éclat, Viennent , baissent la lance : on se mêle , on combat ;

In order came the grand infernal peers;

Midst carae their mighty paramount, and seem'd

Alone the antagonist of Heaven , nor less

^'° Than Hell's dread emperor, with pomp supreme, And god-like imitated state : him round A globe of (lery Seraphim enclos'd, Willi bright imblazoury, and horrent arms. Then of their session ended they bid cry With trumpets' regal sound the great result. Toward the four winds four speedy Cherubim Pot to their muuths the sounding alciiemy. By herald's voice explain'd; the hollow abyss Heard far and wide, and all the host of Hell

^20 With deafening shout return'd them loud acclaim.

Thence more at ease their minds, and somewhat rais'd By false presumptuous hope, the ranged i'owers Disband, and wandering, each his several way Pursues, as inclination or sad choice Leads him perplex'd , where he may likeliest find Truce to his restless thoughts, and entertain The irksome hours, till his great chief return. Part on the plain, or in the air sublime. Upon the wing, or in swift race contend.

Mo As at the' Olympian games or Pythian fields ; Part curb their fiery steeds, or shun the goal Widi rapid wheels, or fronted brigades form.

As when, to warn proud cities, war apjjcars Wag'd in the troubled sky, and armies rush To battle in the clouds, before each vau

De l'aurore au couchant l'affreux orage gronde. De leurs bruyants ébals troublant la nuit i)rofonde, D'autres volent, montés sur de noirs tourbillons, Arrachent des roohers , et se lancent des monts : Tels on peint les géants aux champs de Thessalie ; Tel ce vainqueur fameux de l'antique OEchalie, Dans l'excès dos douleurs, de ses terribles mains, Hercule , de l'OEta déraciuoit les pins ; Et , plus prompt que la pierre échappée à la fronde , Lançoit Lychas tremblant dans les gouffres de l'onde.

D'autres , d'humeur plus douce , en des vallons secrets , Calmes et retirés , pour tromper leurs regrets , Mèloient au son du luth leur plainte attendrissante ; Ils accusoient le sort d'une voix gémissante , Le sort, qui, trahissant leur espoir abattu. Sous le joug de la force enchaîna leur vertu. Ils disent leurs combats et leurs nobles faits d'armes. L'orgueil dictoil leurs chants; mais ces sons pleins de ( O pouvoir enchanteur des célesles concerts! ) [charmes Suspendent leurs tourments, et calment les enfers ; Chaque accent les transporte, et ces douces merveilles De la foule en extase enivrent les oreilles.

D'autres , par des discours , charmes bien plus puissants ( Les discours vont à l'ame, et l'harmonie aux sens ), Trompoient plus noblement l'horreur du noir abîme : A part , sur des hauteurs d'où leur raison sidilime Plauoit d'un vol hardi sur cet horrible lieu, Ces esprits immortels s'eniretenoient de Dieu ; Ils discutoient ses lois, sa longue prescience, De loin sur l'avenir exerçant sa puissance ; Sa providence auguste, et le terme certain Où marche d'un pas sûr l'immuable Destin.

Prick forth the aery knights, and couch their spears Till thickest legions close ; with feats of arms From either end of Heaven the welkin burns. Others, with vast Typhxan rage more fell,

540 Rend up both rocks and hills, and ride the air In whirlwind; Hell scarce holds the wild uproar; As when Alcides, from Oechalia crown'd With conquest, felt the' envenom'd robe, and tore Through pain, up by the roots Thessalian pines. And Lichas from the top of Oeta threw Into the' Euboic sea.

Others more mild.

Retreated in a silent valley, sing With notes angelical to many a harp Their own heroic deeds and hapless fall

550 Ry doom of battle; and complain that fate Free virtue should enthral to force or chance. Their song was partial ; but the harmony (What could it less when Spirits immortal sing?) Suspended Hell, and took with ravishment The thronging audience.

In discourse more sweet ( For eloquence the soul, song charms the sense,) Others apart sat on a hill retir'd , In thoughts more elevate, and reason'd high Of providence, foreknowledge, will, and fate,

^Go Fix'd fate, free will, foreknowledge absolute, And found no end, in wandering mazes lost. Of good and evil much they argued then ,

PARADIS pp:rdu.

De mille objets divers leur aiiie emharrassce ,

De dédale en dédale égaroit sa pensée.

Tonr-à-tour reveiioienl , dans leur long entretien,

L'inexplicable énigme et du mal et du bien ;

Les vives passions, l'efforl qui les surmonte,

La liberté, les lois, et la gloire el la honte;

Le temps, l'éternité, ses plaisirs, ses tourmenis;

Enfin cet appareil de vains raisonnemenis,

Efforts ambitieux d'une folle sagesse !

Mais ces discours, du moins, consoloient leur détresse,

Relcvoient leur espoir, ranimoicnt leur valeur;

Et, comme un triple airain endurcissant leur cœur,

Nourrissoient en secret dans ces âmes liautaines

Le courage des maux et le mépris des peines.

Quel(iues-uns voyagcoient en bataillons nombreux : Ils s'en alloient cherchant, sur ces bords ténébreux. Quelque climat plus doux, qucl(|ue lieu moins sauvage. Quatre points différents dirigent leur vojage; Ils marchent côtoyant quatre fleuves divers, Qui dégorgent leurs feux dans les feux des enfers : C'est l'Achéron, le Styx, double source de peine. L'un roulant le chagrin, l'autre exhalant la haine; C'est le Cocyle affreux , à qui donna son nom Des plaintes qu'il entend le lamentable son. Plus loin le Phlégéton de son onde brûlante Roule en grondant les feux; et dans sa marche lente Le doux Lélhé, l'image et l'auteur du repos. D'un cours silencieux promène en paix ses flots : A peine on les a bus, avec eux dans les veines Glisse l'oubli de soi, des plaisirs el des peines.

Pénétrez-vous plus loin ? soudain à vos regards Un monde glacial s'offre de toutes parts. Obscurci de vapeurs , assiégé de nuages , Séjour des ouragans, théâtre des orages. Là, des frimas durcis les globules glacés,

Of happiness and final raisery.

Passion and apathy, and glory' and sliarac. Vain wisdom all, and false philosophy ! Yet, with a pleasing sorcery, could charm Pain for a while or anguish, and excite rallacious hope, or arm the' ohdurcd hrcasi With slubhorn patience, as with triple steel.

'70 Another part, in squadrons and gross bands. On bold adventure to discover wide That dismal world, if any clime perhaps Might yield them easier habitation, bend Four ways their flying march, along the banks Of four infernal rivers, that disgorge Into the burning lake their baleful streams; Abhorred Styx, the flood of deadly hate; Sad Acheron of sorrow, black and deep; Cocytus, nam'd of lamentation loud

^80 Heard on the rueful stream; fierce Phlegethon , Whose waves of torrent fire inflame with rage. Far off from these, a slow and silent stream, l.elhe, the river of oblivion, rolls Her watery labyrinth, whei'eof who drinks. Forthwith his former state and being forgets. Forgets both joy and grief, pleasure and pain.

Beyond this flood a frozen continent Lies dark and wild, beat with perpetual storms

Sans sc fondre jamais, en monceaux entassés. Ressemblent aux fragments d'une vieille ruine; Une neige éternelle en gouffre les termine : Moins profond fut ce lac où, plongés par miflicrs, Oisent ensevelis des bataillons entiers; Ce lac dont Damiète environne l'abîme, Et que le Casius aperçoit de sa cime.

Là, le froid brûle tout, et la stérilité, Ouvrage de l'hiver, croit l'être de l'été. Là, mille affreux démons, aux serres de harpie, Quand les temps sont venus, plongent leur foule impie Malheureux qui, portés des feux dans les frimas. Vont changeant de supplice en changeant de climats, El souffrent tour-à-tour, par un contraste horrible. Ce (pie leur double excès offre de plus terrible ; Le changement lui-même ajoute à leur tourment. Au sortir de ce feu, qui brûle incessamment, La glace tout-à-coup ressaisit ses victimes. Plongés, emprisonnés au sein des froids abîmes. Ils appellent en vain, dans l'excès des douleurs, El la flamme éthéréc et ses douces chaleurs : Vain espoir! retenus dans ces chaînes de glace. Leur corps transi n'est plus qu'une immobile masse. Enfin le temps revient, qui rend ces malheureux De leur couche de glace à leiu's tombeaux de feux. Pour ajouter encore à leurs douleurs profondes, Du Létlié , sans les boire, ils traversent les ondes; Inclinés vers ces eaux où la douleur s'endort. En vain, pour les atteindre, ils redoublent d'effort; Pour finir tous les maux , vainement dans leur route Leur bouche haletante en implore une goutte, Une goutte légère ! Au moment d'y toucher, Un barbare destin leur défend d'approcher : Une horrible furie, au regard de gorgone, Fait siffler ses serpents; elle accourt, elle tonne;

Of whirlwind and dire hail, which on firm land ^9° Thaws not, but gathers heaps, and ruin seems Of ancient pile; or else deep snow and ice, A gidf profound, as that Scrbonian bog Betwixt Damiata and mount Casius old.

Where armies whole have sunk : the parching air Burns frore, and cold performs the effect of fire. Thither by harpy-footed furies hal'd.

At certain revolutions, all the damn'd Are brought; and feel by turns the bitter change Of fierce extremes, extremes by change more fierce, too From beds of raging fire, to starve in ice

Their soft ethereal warmth , and there to pine Immovable, infix'd, and frozen round.

Periods of time, thence hurried back to fire. They ferry over this Lethean sound Both to and fro, their sorrow to augment, And wish and struggle, as they pass, to reach The tempting stream, with one small drop to lose In sweet forgctfulness all pain and woe. All in one moment, and so near the brink; Cio But Fate withstands, and to oppose the' attempt) Medusa with Gorgonian terror guards The ford , and of itself the water flies All taste of living wight, a« once it fled The lip of Tantalus.

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