‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 227 sur 391 · LIVRE IL · texte numérisé non relu

LIVRE IL

fifi:

A des troubles nouveaux ne soient livrés encore. Qu'il ait formé ce plan , ou d'autres que j'ignore , Adieu, je pars; je vais reconnoitre ces lieux, El reviens vous conduire en cet asile heureux , Où, par les voluptés remplaçant les supplices, Libres, rassasiés d'innombrables délices.

Toi, ton fds , vous pourrez, invisibles aux yeux. Vous glisser en secret dans l'air silencieux , Vous embaumer de fleurs, vous inonder de joie, Et jouir triomphants de voire immense proie. »

D'alégresse à ces mots tout leur cœur tressaillit ; Par un sourire affreux le Trépas l'accueillit ; Chacun, cro}aril déjà dévorer ses victimes , Jouit, l'un de sa proie, et l'autre de ses crimes. La Révolte à Satan adresse alors ces mots :

« Seule je tiens ici la clef de ces cachots : Par l'ordre du Très-Haut j'en suis dépositaire ; J'en réponds à lui seul ; et ce maître sévère , Si ce dépôt sacré passoit en d'autres mains, Menace de venger ses ordres souverains.

Rien ne peut violer la porte inviolable ; Si quelqu'un le tentoit, terrible, inébranlable, Le Trépas, plus puissant que ce triple rempart , A l'audace imprudente opposeroit son dard : Tous les pouvoirs vivants cèdent à sa puissance. Mais quels droits a sur moi ce Dieu dont la vengeance Me plongea dans ce gouffre , où moi , fille des cieux , Condamnée à remplir mon office odieux , Au milieu des tourments et de l'ignominie , Éprouvant les horreurs d'une longue agonie , J'entends incessamment gronder autour de moi Ces monstrueux enfants, mon fléau, mon effroi. Qui déchirent mon sein et vivent de leur mère? Que mes fils soient ingrats , je dois tout à mon père.

To know; and, this once known, shall soon return, '*4i' And bring ye to the place where thou and Death Shall dwell at ease, and up and down unseen Wing silently the buxom air, imbalm'd With odours; there ye shall be fed and fill'd Immeasurably, all things shall be your prey. »

He ceas'd, for both seem'd highly pleas'd, and Deatli Grinn'd horrible a ghastly smile, to hear His famine should be fill'd; and blest his maw, Destin'd to that good hour ; no less rejoic'd His mother bad, and thus bespake her sire: 8So „ The key of this infernal pit by due.

And by command of Heaven's all-powerful King, I keep, by him forbidden to unlock These adamantine gates; against all force Death ready stands to interpose his dart. Fearless to be o'ermatch'd by living might. But what owe I to his commands above Who hates me, and hath hither thrust me down Into this gloom of Tartarus profound , To sit in hateful office here confin'd, 5<5o Inhabitant of Heaven, and hcavcnlv-born, Here in perpetual agony and pain.

With terrors and with clamours compass'd round Of mine own brood , that nn my bowels feed ? Thou art my father, thou my author, thou My being gav'st me; whom should I obey

Quels droits sont plus sacrés ? C'est loi, toi qui bientôt Vas me porter, du fond de cet affreux cachot , Dans ce brillant séjour, dans ces belles demeures Où le bonheur sans fin mesurera mes heures; Où , siégeant à la droite , au sein d'un doux loisir, Mes jours voluptueux renaîtront au plaisir. Sûre d'tm vaste empire et d'un règne prospère, Digne enfin de ta fille , et digne de mon père. »

De sa noire ceinture elle arrache , à ces mois , La clef, la clef terrible, instrument de nos maux; Sur son corps de dragon part , se roule , se traîne Vers la porte fatale , et soulève sans peine L'épouvantable poids de la herse de fer. Que n'ébranleroient pas tous les bras de l'enfer. Alors l'énorme clef dans la vaste ouverture Plonge , tourne , et parcourt l'infernale serrure. Des barres , des verrous , du fer et de l'airain , Les obstacles vaincus sont un jeu de sa main : Soudain, des deux côtés, sous cette main puissante, Recule avec effroi la porte obéissante; Loin d'elle comme un trait ses battants ont volé. Et sur leurs vastes gonds , en grondant, ont roule . Tout l'enfer en mugit ; et de la nuit profonde La porte attend déjà les ruines du monde. Le pouvoir qui l'ouvrit ne sauroit la fermer. Tout ce que dans son sein l'enfer peut renfermer. Une armée en bataille et son ordre de guerre. Ses coursiers, ses drapeaux, ses chars et son tonnerre. Ses légions sans nombre élargissant leurs rangs. Par elle iroieni de front aux gouffres dévorants.

Toul-à-coup , à travers des torrents de fumée, Un feu brûlant jaillit de la nuil enflammée ; La voûte au loin s'éclaire : alors de toutes parts L'espace illimite se montre à leurs regards :

But thee? whom follow? thou wilt bring mc soon To that new world of hght and bliss, among The gods who live at ease, where I shall reign At thy right hand voluptuous, as beseems

870 Thy daughter and thy darling, without end. >> Thus saying, from her side the fatal key. Sad instrument of all our woe, she took; And, towards the gate rolling her bestial train. Forthwith the huge portcullis high up drew, W'hich but herself, not all the Stygian powers Could once have mov'd; then in the key-hold turns The' intricate wards, and every bolt and bar Of massy iron or solid rock with case Unfastens. On a sudden open fly

880 With impetuous recoil and jarring sound

The' infernal doors, and on their hinges grate

Harsh thunder, that the lowest bottom shook

Of Erebus. She cTpen'd , but to shut

Excell'd her power; the gates wide open stood.

That with extended wings a banncr'd host.

Coder spread ensigns marching, might pass throujjh

With horse and chariots rank'd in loose array;

So wide they stood, and like a furnace-mouth

Cast forth redounding smoke and ruddy flame,

^0° Before their eyes in sudden view appear The secrets of the hoary deep; a dark Illimitable ocean, without bound,

PARADIS PERDU

Là viennent s'abîmer le temps et l'étendue; Là dans l'immensité la grandeur est perdue ; Là rien n'est élevé, ni large, ni profond; C'est un désert sans borne, un océan sans fond, Où s'engloulil l'espace, où s'épuisent les nombres. Là, parmi la discorde, et le bruit, et les ombres, Régnent l'antique Nuit, le Chaos désastreux, De la riche Nature ancêtres ténébreux ; Anarchifiues tyrans de ce berceau du monde, Sur la confusion leur puissance se fonde : Là, combattent sans but, sans ordre, sans repos, Les embryons de l'air, de la terre et des flots; Et le froid et le chaud, et le sec et l'humide, Tumultueux rivaux, se heurtent dans le vide. Et mènent aux combats leurs atomes errants. Chacim a ses drapeaux et ses chefs différents : Tout fiers de leur armure, ou légère ou pesante; Unis ou raboteux, leur marche est prompte ou lente; lis vont , égaux en nombre à ces sables mouvants Qu'au désert de Cyrène ont enlevés les vents, Pour lester de ce poids leurs ailes trop légères. De ces états changeants puissances passagères , Tous ceux qui, dans ce choc de bruyanis tourbillons, Ont de rangs plus nombreux grossi leurs i)alaillons. Sont les rois du moment. Juge des noirs royaumes. Le Chaos règle seul ces débals des atomes , Ajoute à leurs discords son bizarre décret , Et le Hasard aveugle exécute l'arrêt.

Tel est ce vaste abîme et cette enceinte obscure. Berceau, peut-être un jour tombeau de la Nalure, Sans mer et sans rivage, et sans feux et sans airs. Où luttent à jamais les principes divers; A moins que l'Éternel , de leur masse inféconde , Ne fasse encor d'iui mot jaillir un nouveau monde. Là s'arrête Satan, pensif, silencieux;

Without diraensioD , where length , brcailth, and highlh, And time, and place are lost; where eldest Mght And Chaos, ancestors of Nature, hold Eternal anarchy, amidst the noise Of endless wars , and by confusion stand. For hot, cold, moist, and dry, four champions fierce. Strive here for mastery , and to battle bring 900 Their embryon atoms; they around the flag Of each his faction, in their several clans , Light-arra'd or heavy, sharp, smooth, swift, or slow. Swarm populous, un-number'd as the sands Of Barca or Gyrene's torrid soil, Levied to side with warring winds, and |)oise Their lighter wings. To whom these most adhere He rules a moment: Chaos umpire sits, And by decision more ombroils the fray. By which he reigns: next him high arbiter, 9'o Chance governs all. Into this wild abyss ,

The womb of Nature, and perhaps her grave. Of neither se/, nor shore, nor air, nor fire, But all these in their pregnant causes raix'd Confus'dly, and which thus must ever light. Unless the' Almighty Maker them ordain His dark materials to create more worlds.

Into this wild abyss the wary Fiend Stood on the brink of Hell, and look'd a while.

De ces bords dans l'espace il jette au loin les yeux :

Ce trajet ne veut pas un coin-age vulgaire.

Déjà des ouragans la fougueuse colère.

Des mondes fracassés le choc impétueux ,

Apportent jusqu'à lui leurs sons tumultueux :

Tels (si les giands objets aux petits se comparent),

Quand du terrible Mars les assauts se préparent,

Avec un long fracas , de leurs coups répétés ,

Les foudres, en grondant, renversent les cités :

Le ciel même écroulé , les éléments en guerre ,

De ses vieux fondements déracinant la terre ,

L'épouvanleroient moins. Tel qu'on voit sur les mers

Un vaisseau déroidcr ses voiles dans les airs,

Salaii a déployé ses gigantesques ailes :

Il part, fiappantdu pied, vers des voûtes nouvelles,

El, dans l'air téiiéjjreux traçant de longs sillons,

Il s'enlève , emporté par de noirs tourbillons.

Alors d'un vol rapide, à travers les orages,

11 monte, audacieux, sur un char de nuages;

Mais ce trône léger se dérobant sous lui ,

Un vide inattendu le laisse sans appui.

Des ailes qu'il agile accusant l'impuissance ,

Il tombe, il redescend le long du gouffre immense;

Il poursuil en tombant, et lomberoit encor,

Si l'amas vaporeux qui lui rend son essor

Par un nouvel élan n'eût renvoyé sa niasse

Plus loin qu'il n'est tombé des hauteurs de 1 espace.

Tout-à-conp il s'arrête : il rencontre dans l'air

Un sol qui, sous ses pas , n'est ni terre ni mer.

Il aborde; il parcourt ce sol sans consistance,

D'un climat sans chaleur indigeste substance ;

Il va, vient; el marchant et volant à moitié,

Rallant l'air de son aile et le sol de son pic ,

Il appelle à-la-fois el la voile et la rame.

Par la difficulté son courage s'enflamme :

Pondering his voyage : for 110 narrow frith !,eo He had to cross. Nor was his ear less peal'd With noises loud and ruinous, (to compare Great things with small,) than when Belloiia storms, Willi all her battering engines bent to rase Some capital city ; or less than if this frame Of Ileaveu were falling, and these elements In mutiny had from her axle torn The sledlast Earth. At last his sail-broad vans He spreads for flight, and in the surging smoke Uplifted spurns the ground; thence many a league, 930 As in a cloudy chair, ascending rides

Audacious; but, that seat soon failing, meets A vast vacuity : all unawares

Fluttering his pennons vain, plumb down he drops Ten thousand fathom deep; and 50 this hour Down had been falling, had not by ill chance The strong rebuff of some tumultuous cloud. Instinct with fire and nitre, hurried him As many miles aloft: that fury staid, Quench'd in a boggy syrtis, neither sea, 940 Nor good dry land : nigh founder'd on he fares. Treading the crude consistence, half on foot. Half flying; behoves him now both oar and sail. As when a gryphon , through the wilderness With winged course, o'er hill or moory dale,

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