LIVRE III
Voyoil riicurcux Jourdain, délices de ses yeux, Et, jusqu'aux bords du Nil, de sa race chérie. De l'aurore au couchant, coutcmploil la pairie. Non moins large, s'ouvroit ce lumineux chemin Où l'Éternel lui-même a posé de sa main Les digues de la nuit, pareilles aux limites Qu'à la fureur des mers sa puissance a prescrites.
Là s'arrête Satan; et du premier degré D'où cette échelle d'or monte au parvis sacré, Il regarde, et de loin, dans la vaste étendue, Parcourt de l'univers la pompe inattendue : Ses yeux ont d'un regard saisi le monde entier. Tel l'adroit éclaireur qui, par un noir sentier, Poursuivant dans la nuit sa course périlleuse, Marche, et gagne d'un mont la hauteur sourcilleuse Que déjà vient frapper le i-ayon du matin ; S'arrête, admire, embrasse un immense lointain, Des pays inconnus, leur riche capitale.
Et de ses hautes tours la pompe impériale : Tel Satan contemploit ce monde merveilleux, Qui, même après le ciel, étonne encor ses yeux; Mais le dépit sur-tout en secret le dévore, En admirant la main du Dieu qui le décore. Rien au-dessus des lieux que la nuit a voilés. Il découvre, il parcourt les mondes étoiles. Depuis les deux bassins où l'équitable Astrée Et des jours et des nuits balance la durée. Jusqu'au bélier fameux par sa riche toison , Qui, sous son noble poids franchissant l'horizon, Transporta sur les mers Andromède éperdue. Enfin, d'un pôle à l'autre embrassant l'étendue. Sou œil dans sa largeur parcourt notre univers. Soudain vers les confins de ces brillants déserts
From Paneas, the fount of Jordan's flood, To Beërsaba, where the Holy Land Borders on Egypt and the' Arabian shore; So wide the opening seem'd, where boiuids were set To darkness, such as bound the ocean wave. i*o Satan from hence, now on the lower stair. That scal'd by steps of gold to Heaven-gate, Looks down with wonder at the sudden view Of all this world at once. As when a scout, Through dark and desert ways with peril gone All night, at last by break of cheerful dawn Obtains the brow of some high-climbing hill , Which to his eye discovers unaware The goodly prospect of some foreign land First seen , or some renown'd metropolis 550 W'iih glistering spires and pinnacles adorn'd. Which now the rising sun gilds with his beams ; Such wonder seiz'd, though after Heaven seen. The Spirit malign, but much more envy seiz'd. At sight of all this world beheld so fair. Round he surveys (and well might, where he stood So high above the circling canopy Of night's extended shade) from eastern point Of Libra to the fleecy star that bears Andromeda far off Atlantic seas, 5Go Bcvuiid the' horizon; then from pole to pole He views in breadth, and without longer pause Dowu rijrht into the world's tirst region throws
Dent la beauté l'enflamme , et dont l'aspect l'irrite , Son vol impatient plonge et se précipite. Glisse d'un cours aisé dans le fluide azur, Et traverse, en nageant dans les flols d'un air pur. Ces globes dont chacun, sous sa voûte profonde, De loin paroît un astre, et de près est un monde, Peut-être une île heureuse, et telle qu'en son sein La mer vit d'Hespérus le superbe jardin : Lieux charmants , qui peut-être ont aussi leurs prairies, Leurs vallons, leurs forêts, et leurs plaines fleiu'ies. Il les voit , les approche , et ne s'informe pas Quel peuple heureux habite en ces heureux climats. Mais , parmi tant d'o!)jets de sa surprise extrême , Le soleil, en éclat presque égal au ciel même, Du monde à ses regards éclipse la grandeur : Il vole , il veut de près contempler sa splendeur ; Autour de lui, brillant de sa magnificence. Les mondes sont placés à leur juste distance : Tous suivent, sous ses lois, leur cours respectueux. De son trône éternel l'astre majestueux En torrents enflammés leur verse la lumière : Tous, d'accord avec lui, poursuivent leur carrière; Et, dans ce grand concert, réglant sur lui leur cours Nous mesurent les ans, et les mois, et les jours. C'est toi, soleil, c'est loi dont l'action puissante Les soumet en secret à la force agissante; Soit qu'ils soient attirés vers ta source de feu, Soit qu'à tous ces sujets dont tu parois le dieu. Un fluide étliéré, qui vers loi les entraîne, Imprime fortement ta vertu souveraine.
Pénètre jusqu'au centre, et, par un doux pouvoir, A leurs orbes errants apprenne à se mouvoir. Satan vient ; sur ce globe , étonnante merveille ,
His flight precipitant, and winds with ease Through the pure mediate air his oblique way Amongst innumerable stars, that shone Stars distant, but nigh band seem'd other worlds; Or other worlds they seem'd, or happy isles. Like those Hesperian gardens fam'd of old , Fortunate fields, and groves, and flowery vales, ^7° Thrice happy isles; but who dwelt happy there He staid not to inquire.
Above them all The golden Sun, in splendour likest Heaven, AUur'd his eve; thither his course he bends Through the calm firmament, ( but up or down, By centre or eccentric , hard to tell , Or longitude , ) where the great luminary Aloof the vulgar constellations thick.
That from his lordly eye keep distance dve. Dispenses light from far; they, as they move I" Their starry dance in numbers that compute
Days, months, and years, towards his all-cheering lamp
Turn swift their various motions, or are turn'd
By his magnetic beam , that gendy warms
The universe, and to each inward part
With gentle penetration, though unseen.
Shoots invisible virtue even to the deep;
So wondrously was set his station bright.
There lands the Fiend, a spot like which perhaps
Astronomer iu the sun's lucent orb
PARADIS PERDU
Il aborde, et jamais une lâche pareille
Sur son disque éclalaiil n'apparut à nos yeux.
Salan se plait à ^oir ce monde radieux; La terre n'offre point de nialière si rare. Aux plus brillants mélaux si l'homme la compare, C'est un oréan d'or, c'est une mer d'argent; Si des pierres de prix font son éclat changeant, C'est l'escarboucle ardent, le rubis, la topaze; De tous ces feux unis l'astre éclatant s'embrase : Sur le sein du grand-prèlre, autour du nom de Dieu, Jadis élinceloienl moins de gerbes de feu ; Notre pensée enfin imagine moins belle Cette pierre, l'objet d'une attente éternelle, Et qui, peut-être un jour ouvrage du hasai'd, A lassé jusqu'ici tous les efforts de l'art; De cet art qui, fixant sa mobile substance, Du mercure indocile a dompté l'inconstance. Et, courant l'arracher à l'ahime des mers, A ce nouveau Protée a su donner des fers : Tant l'art humain ajoute aux merveilles du monde! Faut-il donc s'étonner qu'en sa marche féconde Le soleil, de ses feux épanchant le trésor, Roule des ilols d'argent et des rivières d'or. Lorsque, si loin des cieux, ce roi de la nature En riches diamants durcit la fange impure. Donne aux métaux , empreints de ses vives chaleurs , Le prix de la matière et l'éclat des couleurs; Vains trésors , comparés à leur auteur suprême ! L'or et le diamant, lart, la nature même. Ce qu'enferment la terre et l'humide séjour, Pâlit près d'un rayon du grand astre du jour.
Satan, sans s'éblouir, voit tous ces grands spectacles. De la hauteur des cieux, sans ombre, sans obstacles, Son oeil possède au loin l'immensité des airs :
^D» Through his glaz'd optic tube yet never saw.
The place he found beyond expression bright, Coropar'd with aught on earth, metal or stone; ^ ot all parts like, but all alike inform'd With radiant light, as glowing iron with fire; If metal, part sccm'd gold, part silver clear; If stone, carbuncle most or chrysolite, Ruby or topaz, to the twelve that shone In Aaron's breast-plate, and a stone besides Imagin'd rather ott than elsewhere seen,
Guo jijjt stone, or like to that, which here below Philosophers in vain so long have sought, In vain, though by their powerful art they bind Volatile Hermes, and call up unbound In various shapes old Proteus from the sea, Drain'd through a limbec to his native form. What wonder then if fields and regions here Ilreathe forth elixir pure, and rivers run Potable gold, when with one virtuous touch The' arch-chymic Sun, so far from us remote,
'•" Produces, with terrestial humour mix'd. Here in the dark so many precious things Of colour glorious, and effect so rare?
Here matter new to gaze the Devil met IJndazzled; far and wide his eye commands. For sight no obstacle found here, nor shade. Kilt all sun-shine, as when his beams at noou
Et lei qu'à l'équaleur cet oeil de l'univers
Darde en rayons directs sa flamme verticale.
Telle, des champs du ciel parcourant l'intervalle.
Dans les flots transparents d'un air pur et vermeil ,
Monte droit vers Satan la clarté du soleil;
Et l'ange de la nuit, nageant dans la lumière.
Commande d'un regard à la nature entière.
Alors il voit un ange, un ange radieux
Que Jean a vu depuis dans ce globe de feux.
Tourné vers le soleil , dont lui-même est limage ,
L'ange aux yeux de Satan dérobe son visage;
Mais son corps éclatoit de célestes beautés.
Deux ailes, en flottant, brilloient à ses côtés;
Des rayons les plus purs qu'il a choisis lui-même,
Il tressa pour son front son riche diadème;
El sur son corps d'al!)àtre étalant leur trésor.
Ses longs cheveux jiendants tondjoieul en boucles d'or .
Pensif, il médiloit le grand ordre du monde.
Satan dans ses projets prétend qu'il le seconde,
Lui montre cet Éden, ces bocages si beaux,
Où doit finir sa course, où naquirent nos maux.
D'abord il se déguise, et l'adroite imposture
D'un ange lumineux lui prête la figure.
Mais d'un ange qui siège an second rang des cieux.
La céleste jeunesse étincelle en ses yeux ,
Répand sur tout son corps sa grace enchanteresse;
De SCS dehors trompeurs rien ne trahit l'adresse.
L'or couronne son front; de ses cheveux mouvants
Chacjue boucle se joue et flotte au gré des vents ,
Et, de l'arc radieux des voûtes éternelles.
L'or, la pourpre et l'azur oui nuancé ses ailes.
Son front, son air, ses traits, d'un ange ont la fraîcheur
Sa robe retroussée annonce un voyageur;
Sa baguette d'argent dans sa maiu se balance ;
Culminate from the equator , as they now Shot upward still direct, whence no way round Shadow from body' opaque can fall : and the' air,
620 [\o where so clear, sharpen'd his visual ray To objects distant far, whereby he soon Saw within ken a glorious angel stand.
The same whom John saw also in the Sun : His back was turn'd, but not his brightness hid; Of beaming sunny rays a golden tiar Circled his head, nor less his locks behind Illustrious on his shoulders, fledg'd with wings. Lay waving, round; on some great ciiarge employ'd He scem'd, or fix'd in cogitation deep.
63o Glad was the Spirit impure, as now in hope To find who might direct his wandering flight To Paradise, the happy seat of Man, His journey's end and our beginning woe. But first he casts to change his proper shape. Which else might work him danger or delay : And now a stripling cherub he appears, Not of the prime , yet such as in his face Youth smil'd celestial, and to every limb Suitable grace diffus'd, so well he feign'd.
''40 Under a coronet his flowiug hair
In curls on cither check play'd; wings he wore. Of many a colour'd plume, sprinkled with gold; His habit tit for speed succinct, and held