‹ Ouvres complètes de J. DelilleChapitre 256 sur 391 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

S'est fait , comme Salan , un instrument du crime. El toi-même à l'orgueil n'es-tu pas asservi , Jaloux du saint emploi que l'orgueil t'a ravi ? Hardi blasphémateur, cesse donc d'en médire ; Va régner dans l'enfer : le ciel est son empire ; Nous sommes ses sujets ; il sera notre appui ; Les fers sont pour Satan, et le sceptre est pour lui. Moi , lâche fugitif ! je veux cesser de l'être , Et voici les tributs que j'apporte à mon maître. >•

« Comme il parloit encore, il élève le fer; Le fer étincelant , aussi prompt que l'éclair. Frappe sans hésiter, et , comme la tempête , Retombe , et de Salan a fail courber la tête. La pensée et les yeux , bien moins son bouclier, N'auroient pu prévenir le redoutable acier. Il recule dix pas , et son corps qui succombe Sur son genou ployé tremble, chancelle, et tombe; ^Iais sur sa lance énorme il demeure appuyé : Tel roule d'un vieux roc le sommet foudroyé; Tel, attaqué soudain dans sa base profonde Par les flols souterrains ou les efforts de l'onde , A demi renversé , croule un antique mont Avec les vieux sapins qui couronnent son front. Du parti révolté les puissances se troul)lent; Cependant leur douleur et leur rage redoublent En voyant de leur chef l'affront injurieux ; Mais le triomphe est peint sur nos fronts radieux. Bientôt, de la victoire infaillible présage, Le cri de l'espérance et le cri du courage Demandent le signal : le signal est donné. Par l'oidre de Michel la trompette a sonné ; Uhosanna solennel vole de bouche en bouche.

« D'un cœur non moins ardent, et d'un air plus farouche,

Reign thou in hell, thy kingdom; let me serve In heaven God ever blest, and his divine Behests obey , worthiest to be obey'd ; Yet chains in hell, not realms, expect ; meanwhile From me rcturn'd, as erst thou saidst, from flight. This greeting on thy impious crest receive. ' "So saying, a noble stroke he lifted liigh,

•90 Which hung not, but so swift with tempest fell On the proud crest of Satan, that no sight, Nor motion of swift thought, less could his shield. Such ruin intercept : ten paces huge He back recoil'd; the tenth on bended knee His massy spear upstaid; as if on earth Winds under ground, or waters forcing way. Sidelong had push'd a mountain from his seat. Half sunk with all his pines. Amazement seiz'd The rebel thrones, but greater rage, to see

200 Thus foil'd their mightiest; ours joy fill'd, and shout. Presage of victory, and fierce desire Of battle : whereat Michael bid sound The' arch-angel trumpet; through the vast of heaven It sounded, and the faithful armies rung Hosanna to the Highest!

" Nor stood at gaze The adverse legions, nor less hideous join'd The horrid shock. Now storming fury rose, And clamour such as heard in heaven till now Was never : arms on armour clasliing brav'd

L'cinipmi fond sur nous d'un vol impétueux. A peine eut commencé le choc tumultueux, D'épouvantables cris dans les airs relenlirent. Des cris tels que les cieux jamais n'en entendirenl. Tel qu'un même incendie embiase deux volcans. Une même fureur anime les deux camps ; Des nuages de traits pleuvent sur les armées Un orage brillant de flèches enflammées Monte, siffle, et, dans l'air traçant d'affreux sillons. D'une voûte de feu couvre leurs bataillons. Des longs ébranlements de ce double tonnerre Le ciel au loin mugit ; et si de votre terre Le globe encor récent dans les airs eût roulé, Jusqu'en ses fondements la terre auroit tremblé. Faut-il s'en étonner, quand, mêlant leurs phalanges, Se heurtoient des deux parts tous ces millions d'anges. Dont un seul, saisissant tous ces globes divers. D'un seul coup auroit pu les lancer dans les airs .' Eh ! de quelle terreur cette horrible mêlée N'eût-elle pas rempli la nature ébranlée ! Quelles convulsions, quel désordre fatal N'eût pas troublé la paix de leur séjour natal , Si Dieu n'eût mis un terme à tant de violence ! Là, chaque bataillon est une armée immense; Tout chef vaut à lui seul un bataillon enlier ; Tout soldat vaut un chef : chaque simple guerrier Peut guider du combat les manœuvres savantes. Arrêter ou pousser les colonnes mouvantes, Ouvrir, fermer, étendre ou resserrer les rangs ; Même ame fail mouvoir tous ces corps différents. Point de vaine terreur, point de penser timide : A son poste marqué chacun reste intrépide , Comme si ce grand jour dépendoit de son bras

"o Horrible discord, and the madding wheels Of brazen chariots rag'd; dire was the noise Of conflict; over head the dismal hiss Of fiery darts in flaming vollies flew. And flying vaulted either host with fire. So under fiery cope together rush'd Both battles main, with ruinous assault And inextinguishable rage. All heaven Resounded; and had earth been then, all earth Had to her centre shook. What wonder? when

220 Millions of fierce encountering angels fought On either side, the least of whom could wield These elements, and arm him with the force Of all their regions : how much more of power Army' against army numberless to raise Dreadful combustion warring, and disturb. Though not destroy, their happy native seat; Had not the' Eternal King Omnipotent, From his strong hold of heaven, high over-rul'd And limited their might; tliough nuraber'd such

'3o As each divided legion might have seem'd

A numerous host; in strength each armed band A legion : led in fight, yet leader seem'd Each warrior single as in chief, expert When to advance, or stand, or turn the sway Of battle; open when, and when to close The ridges of grim war : no thought of flight. None of retreat, no unbecoming deed

PARADIS PERDU

Combien d'exploits perdus dans ces vastes combats ,

l'anl ce jour varioit les scènes de la guerre !

D'un pied ferme tantôt ils lultenl sur la terre ,

Tantôt prennent l'essor, et leurs noirs bataillons

Dans les airs tourmentés roulent en tourbillons.

On croiroit, à leur bruit, à l'excès de leur rage,

Voir un double incendie , entendre un double orage.

Le sort flotte incertain ; mais l'arcbange orgueilleux ,

Qu'ont déjà signalé tant d'exploits merveilleux,

Dont nul pouvoir n'a pu balancer la vaillance ,

Parmi ses bataillons rapidement s'avance

Vers le brave Micbel, dont le terrible fer

Moulant, tombant, frappant, aussi prompt que l'éclair,

De sa lance, à deux mains ramenée en arrière,

Moissoime à chaque coup une phalange entière ,

Et parmi les débris s'ouvre un large chemin.

Il oppose à ses coups son bouclier divin ,

Son bouclier immense, épais, inébranlable.

Qu'un triple diamant rendoil impénétrable.

Mi( bel à son aspect a suspendu son bras :

Il prétend par sa chute achever ces combats ;

Et marchant sur sa tète, ou lui donnant des chaînes,

Terminer tant de maux, de combats et de haines.

Il vient, et, lui lançant un sinistre coup d'oil,

Par ces terribles mots abaisse son orgueil :

« Ange du mal, auteur d'une guerre cruelle, Inconnue avant loi dans la paix éternelle ; Guerre funeste au ciel , odieuse à son roi , Mais dont tous les malheurs vont retomber sur toi ; Oui, sur toi, misérable! et sur tes vils complices ! Toi seid de la patrie as troublé les délices, Affligé la nature, et jeté dans son sein De malheurs inouïs un innombrable essaim ;

Thaï argued fear; each on himself relied, As only in his arm the mcimcnt lay 2*0 Of victory : deeds of eternal fame

Wci-c done, but infinite; for wide was spread Thiit war, and various; sonicliuies on firm ground A standing fight, then, soaring on main wing, Tormcutcd all the air; all air seem'd then Confiicliiig fire. Long time in even scale The battle hung, till Satan, who that day Prodigious power had shown, and met in arms No equal, ranging through the dire attack Of fighting Seraphim confus'd , at length >in Saw where the sword of Michael smote, and fcU'd Squadrons at once; with huge two-handed sway Brandisli'd aloft, the horrid edge came down Wide-wasting; such destruction to witiistand lie hasted, and oppos'd the rocky orb Of tenfold adamaut, his ample sliield, A vast circuinlerence. At his approach The great arch-angel from his warlike toil Surccas'd, and glad, as hoping here to end Intestine war iu heaven , the' arch-foe subdued »6o Or captive dragg'd in chains, with hostile frown And visage all inflam'd, first thus began :

<■ Author of evil, unknown till thy revolt, Unnam'd in heaven, now plenteous, as thou seest These acts of hateful strife, hateful to all, Though heaviest by just measure on thyself.

Et, soufflant aux coeurs purs les fureurs criminelles,

Changeas en conjurés des serviteurs fidèles.

Pars : en vain tu voudrois troubler encor les cieux ;

Dieu te chasse à jamais de ces paisibles lieux.

De la douce union demeure fortunée,

D'où s'exile avec toi la haine forcenée ,

Et la triste discorde, et les sombres complots.

Pars; emmène avec loi, dan» les affreux cachots,

Les malheurs, les forfaits, la famille exécrable ;

L'enfer accueillera ta race abominable :

Cours entendre à loisir, dans ce séjour d'horreur.

Les cris de la discorde et ceux de la fureur ;

Pars, avant que sur toi ma main s'appesantisse,

Ou que d'un Dieu vengeur la trop lente justice ,

De son bras suspendu précipitant les coups,

Dans un gouffre de maux vous engloutisse tous. »

« — Osse , répond Satan , les menaces frivoles : , A qui l>rave ton Dieu qu'importent les paroles ? De mes derniers soldais nul n'a fui devant toi : Chacun tombe avec gloire, ou combat sans effroi. Je m'arme, prélends-lu, pour une cause injuste ! Va, ces grands intérêts, cette querelle auguste ( J'appelle par son nom la cause des héros ) , La force en doit juger, et non les vains propos. Ou nous trioniphiTons par la force des armes. Ou bienlôt de ce c'el , pour vous si plein de charmes. Nous ferons un enfer : dans ces affreux étals , Si je ne l'ègne point , je ne servirai pas ; La liberté sublime y suivra ma misère.

Toi, viens, en attendant, méprisable adversaire. Viens , et joins, si lu peux, à ton bras menaçant. Les foudres de ce Dieu qui se dit tout puissant : Loin de fuir devant vous, devant ce Dieu suprême.

And thy adherents : how hast thou disturb'd Heaven's blessed peace, and into nature brought Misery, uncreated till the crime Of thy rebellion! how hast thou instill'd 270 Thv malice into thousands, once upright

And faithful, now prov'd false! but think not here To trouble holy rest; heaven casts thee out From all her confines : heaven, the seat of bliss, Brooks not the works of violence and war. Hence then, and evil go with thee along. Thy offspring, to the place of evil, Hell; Thou and thy wicked crew! there mingle broils. Ere this avenging sword begin thy doom. Or some more sudden vengeance, wing'd from God, 280 Precipitate thee with augmented pain. '

" So spake the prince of angels; to whom thus The adversary :

"Nor think thou with wind Of airy threats to awe, whom yet with deeds Thou canst not. Hast thou turn'd the least of these To flight, or if to fall, but that they rise Unvanquish'd, easier to transact with me That thou shouldst hope, imperious, and with threats To chase me hence? err not, that so shall end The strife which thou eall'st evil, but we style 290 The strife of glory ; which we mean to win , Or turn this heaven itself into the hell Thou fablest; here however to dwell free,

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