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LES DEUX AVEUGLES DE

— Et loi aussi, cria-t-cHe, tu me crois innocente... IMerci, mon Dieu...

— Tiens, lis, dit Cliangiron, lis, c'est la dernière volonté de ta mère. Eulalie piit la lettre de M""" de Soubiran d'un air avide, et la lut jusqu'au dernier mol où sa mère lui disait : « Adieu, ma fille, pardonne-moi. »

— Pardonnez-moi donc aussi, ma mère, s'écria-t-elle d'avoir laissé écliapper votre assassin.

— Vous l'entendez ? s'écrièrent à la fois Torcy et Changiron.

— Sans doute ; mais vous n'ignorez pas toutes les circonstances fatales de cette affreuse nuit, et il faut qu'elles nous soient expliquées.

— Parle, parle, dit Torcy, rappelle tous tes souvenirs.

— Ûli ! s'écria Eulalie, ils me sont assez présents pour que rien ne m'en échappe.

J'avais reçu du café des mains de mon père... des mains de cet homme veux-je dire, et lorsque je fus avec la vieille Marthe près du lit de M""' de Souhiran, elle nous en versa à chacune une tasse; elle but la sienne d'abord, et je ne lis que goûter à la mienne. Le sommeil de Marthe se déclara presque aussiiot,'el moi-même je me sentis la tête pesante; mais j'attribuai cela à la fatigue.

Je combattis faiblement ce sommeil, sachant que depuis que je passais les nuits près de M°" de Soubiran, je m'éveillais au plus léger bruit qu'elle faisait. Il parait que je m'endormis complètement; tout à coup je fus éveillée par des cris étouffes. Mais je ne pus m'arraclier à la torpeur qui me dominait, et lorsque je parvins a me soulever, je ne vis qu'un homme ([ui s'échappait par la porte qui ouvrait sur le parc ; je le reconnus, et, sans savoir ce que je faisais, je m'élançai à sa poursuite.

Il suivit le château jusqu'à l'avenue, et là seulement il tourna brusquement en marchant au milieu, tandis que je le suivais en m'abritanl le long des charmilles et des contre-allées.

— Et ceci vous explique, monsieur, dit Changiron, pourquoi l'on n'a pas retrouvé les traces de cet homme qui n'avait pas quitté le pavé de l'avenue, et pourquoi on a retrouvé celles d'Eulalie qui a suivi les contre-allées.

— Cela me semble assez plausible.

— Enfin, dit Eulalie, arrive au bout de l'avenue, mon... cet homme s'approcha d'un cavalier en lui disant :

— Voici le testament de M'"' de Soubiran. A quoi le cavalier répondit:

— Voilà les cinquante mille francs de M. Chagoin.

— La somme déclarée par VaudriUan, dit Changiron.

— Tout cela, je n'en doute pas, peut décider un acquittement; mais un crime a été commis, celui qu'on accuse est mort, et rien ne peut attester sa culpabilité.

— 11 y a, dit une voix qui s'éleva en ce moment, il y a l'aveu du coupable lui-même.

— Qu'est-ce la? dit le juge.

— Le prêtre mandé pour apporter des consolations à cette sainte victime d'un pieux devoir.

— M. Denis ! s'écria Eulalie.

— Moi-même, mon enfant, qui ai appris ce malin par les journaux votre accusation, et qui étais venu pour vous remettre ce témoignage de voire innocence.

— Eh bien ! s'écria Torcy.

Le juge se leva, et saluant Eulalie, il lui dit:

— Eulalie Pontois, vous êtes libre.

— Eulalie l'onlois est morte, s'écria Changiron, il n'y a plus que M"' de Changiron.

— Et bientôt M"» Torcy, dit Manuel.

La manière dont Eulalie fut sauvée de la rivière où elle s'était précipitée n'a rien de bien extraordinaire, mais nous n'en devons pas moins rendre compte à nos lecteurs.

A vingt pas de l'endroit oii Eulalie s'était jetée à l'eau, il y avait une chaussée qui retenait les eaux pour le service d'un moulin, et elle y fut rapidement portée. Dire par quel instinct de conversation elle voulut échapper à la mort au moment ou elle venait de la chercher, comment, en se sentant expirer, lorsque déjà elle perdait connaissance, elle n'osa pas tenter une seconde fois le supplice qu'elle venait d'endurer, ce serait expliquer ce qui est un sentiment commun à tous les êtres.

D'ailleurs, si l'on veut bien se rappeler la violence des émotions qu'elle venait d'éprouver, au délire de son esprit succédant le délire physique que l'opium avait dû produire sur elle, on concevra aisément qu'elle ait tenté .son salut sans conscience de ce qu'elle faisait. Que plus tard elle eût reculé devant le suicide, qu'à deux pas de la frontière de la Suisse elle s'y fût réfugiée, c'était la nécessité de la vie qu'elle acceptait.

Si l'on s'eionne que l'abbé Denis fût venu si à point, on n'oubliera pas que Gagerot était présent à l'arrestation et qu'un pareil fait apporte aux journaux ouvrait une petite importance à ce futur député.

Nous i.^norons compléiement ce que devint \'audrillan.

Quanta M. Benoit .Murliff, nous croyons l'avoir reconnu un jour k une table de jeu de \\isbaden, où il était croupier.

Tout le monde se souvient de ce petit fait-Paris inséré dans les journaux:

« La police s'élant pré.sentée chez M. P. C, accusé d'une soustraction frauduleuse de testament, a été forcée de faire enfoncer les portes. Au moment où Ion brisait la dernière, on entendit une détonation. iM. P. C. venait de se faire sauter la cervelle. »

Ce M. P. C. était Paul Chagoin.

LES DEUX AVEUGLES DE \m.

Déjà l'hospice des Quinze-Vingts n'était plus ce qu'il avai t été.Lorsque saint-Louis le fonda, ce fut plutôt pour acquiller une deUe que pour créer un établissement de bienfaisance. Les premiers avensles que reçut l'hospice (les.Quinze-Vingts furent trois cents clievalirrs laisses en otage au Soudan d'Egypte et que le Soudan renvov;i au roi de France a|)rès leur avoir fait crever les yeux. C'est une chose digne de remarque que cet hôpital, ouvert aujourd'hui à la misère des ^-ens du peuple, ait reçu d'abord trois cents h;ibitants nobles; que cette maison, dont l'œuvre de charité se renferme parmi la population pauvre de Paris, doive son origine à la guerre que nous avions portée sur la côte d'Afrique, et à des malheurs qui avaient fnqipé si loin et si haut. Les Quinze-Vingts furent, à vrai dire, les Invalides de saint Louis.

Trois siècles n'étaient pas écoulés qne la trace de celle origine était complètement effacée, et qne les Quinze-A'ingts étaient un hospice où on était reçu pour cause d'infijmilé. Bien qn'il dût renfermer trois cents frères ou sœurs, il n'y avait déjà plus trois cents aveugles. La population des Quinze-Vingts .se composait de cent cinquanie-deux frères aveugles et de soixante frères voyants , pour les aider, les mener

et les conduire ; plus, de quatre-vingt-huit femmes tant aveugles que voyanles. Chacun était oblige d'y apporter une espèce de dot, et de faire abandon de ses biens en entrant dans la communauté. Toiitefois, il y avait des frères et des sœurs qui pouvaient posséder en dehors quelques propriétés mobilières ou immobilières, et de même il existait des frères ou sœurs qui avaient seulement été admis par charité et sans rien apporter à la communauté. Parmi ceux-ci , nous trouvons Jean Desmasures, fils de Robert Desmasures, pionnier, mort en vid uit les terres des douves des fossés de la ville, et Pierrette Lenoir orpheline, tous deux aveugles. A cette époque, il v avait dans cette mai.son un portier voyant, ainsi que l'exigeaient les règlements, et appelé Malhurin Séguin ; il y avait de niême une sœur vovant'e nommée Nicole Petitpied, employée au raccommodage et bonne' tenue du lince de la maison. "

Or. c'était un samedi du mois de juillet 1555, Nicole et Pierrette travaillaient dans une grande chambre où elles reprisaient les chemises qui devaient être distribuées le lendemain aux frères Quoinue .aveugle, Pierrette était fort adroite, et quand son aiguille avait passé

LES DEUX AVEUGLES DE iSSiS.

sur un accroc ou sur un trou, l'œil le plus exercé eût découvert dilticilenient la reprise qu'elle y avait faite. Aussi était-elle spécialement chargée du linge des jurés et administrateurs de la maison.

Le soir était venu, le jour était tout à fait lombé, Nicole avait renvoyé les sœurs voyantes qui travaillaient avec elle; mais au moment où Pierrette allait les suivre, Nicole l'avait retenue en lui disant: — Tiens, raccommode-moi encore cette chemise. — Mais le jour est fini, dit Pierrette. — C'est pour cela que je ne puis le faire moi-même, dit Nicole, au lieu que pour toi le jour ne finit jamais. — Oui dà, répondit Pierrette, parce qu'il ne commence jamais, n'est-ce pas? mais j'ai beaucoup travaillé aujourd'hui, toutes nos sœurs sont à se promeDer et à jouer sous les ormes de la grand'cour, je veux aller avec elles. — Je t'en prie, continua Nicole, cela ne sera pas bien long et tu me feras grand plaisir. — Mais à qui donc est cette chemise? dit Pierrette, elle est de plus fine toile que celles même des jurés et administrateurs.

En parlant ainsi, elle cherchait au col la marque distinciive du linge de chaque frère, puis, lorsqu'elle l'eut trouvée, elle se mit à sourire doucement et dit à Nicole :

— C'est donc pour lui, j'ai reconnu sa lettre? — Oui, repartit Nicole, c'est pour Jean Uesmasures , c'est le linge qui lui vient de son oncle, le marchand de ferrailles, et comme tout le monde est jaloux ici de le voir le plus pimpant et mieux vêtu que les autres , on laisse toujours son linge le dernier, de façon qu'il est oblige de mettre les grosses chemises de l'hospice, et Jean en est tout chagrin.

— Et toi, tu l'aimes tant, reprit Pierrette, que lu me ferais travailler toute la nuit pour que Jean Desmasures ne soit pas chagriné.

— Tu sais bien que je travaillerais moi-mènic, si l'on nous permettait d'avoir de la lumière quand le jour est fini. Tu es bien heureuse, toi, de n'avoir pas besoin d'y voir clair. Si tu l'aimais, tu pourrais travailler pour lui tant que tu voudrais. Oh ! souvent j'aurais désiré être comme toi, si les règlements ne défendaient pas à une sœur aveugle d'épouser un frère aveugle. — Tu comptes donc l'épouser ? dit Pierrette. — Oui vraiment, dès qu'il aura fini sa première année, car il n'y a que trois mois qu'il est dans la maison, et il faut que j'attende que son noviciat soit achevé. — Il est singulier que je ne l'aie jamais rencontré. — Oh I si tu l'avais rencontré , tu l'aurais remarqué tout de suite, tant il est beau et brave. — Allons I allons ! dit Pierrette avec une grâce naïve, je verrai bien s'il est beau, au mal que m'en diront les frères voyants. Mais, tiens, voilà la chemise raccommodée, nous pouvons descendre dans la cour. Et maintenant, dis-moi, Mathurin Séguin est-il beau, lui?

— Mathurin, dit Nicole en riant, c'est le plus vilain louchon que j'aie jamais vu.

— Qu'est-ce que c'est que ça un louchon? dit Pierrette. — C'est un homme qui a les yeux de travers. — Hélas 1 fit doucement Pierrette, ça vaut encore mieux que de ne pas en avoir du tout.

Les deux sœurs descendirent, et allèrent continuer leur conversation dans la cour plantée d'ormes qui servait de promenade commune. A un certain moment, elles passèrent devant la grande porte fermée d'une double grille selon l'ordonnance, et Nicole serra vivement le bras de Pierrette en lui disant :

— Le voilà !... comme si l'aveugle avait pu voir celui qu'elle lui désignait ainsi. Le même mouvement eut lieu sur le banc de pierre où Jean Desmasures était assis près de Mathurin Séguin, et celui-ci dit de même en voyant passer les deux jeunes sœurs : — La voilà ! — Qui ça? dit Jean. — Etpardieu, Pierrette qui est si jolie et si gracieuse. — Tu me parles toujours d'elle. — C'est que je l'aime comme un fou, elle a une taille si droite, un teint si blanc et si frais, de si beaux cheveux blonds, et lorsqu'elle marche et qu'elle tend son pied ou sa main pour tâter l'endroit où elle se trouve, cette main est si blanche et si potelée, ce pied est si mièvre et si petit que j'ai envie de les prendre et de les embras.ser.

A cette brûlante déclaration de Mathurin, Jean se prit à rire, et le portier reprit avec humeur :

— C'est que tu ne sais pas ce que c'est que d'aimer, toi. — Ma foi, si je voulais écouter la sœur Nicole, je le saurais bien vite, car elle médit sans cesse, quand elle me rencontre par hasard, que je suis en âge de me marier.

— Oh! le petit laideron! dit Mathurin, elle a bienfait de venir dans une maison d'aveugles pour attraper un mari, car jamais elle n'en i'encontrera un parmi les hommes qui ont de bons yeux.

— Elle est donc bien laide? — Elle est jaune comme un citron et elle a des cheveux rouges. — Mais on dit que le rouge est une si belle couleur : les cardinaux sont eu rouge, messieurs du parlement sont en rouge. — C'est bon pour une robe, le rouge, mais pour des cheveux c'est autre chose. — Et c'est là tout ce que tu as à me dire? — Non pas, il faut que tu me rendes un service. — Et lequel? — Il faut que tu parles à Pierrette pour moi, lu es mon ami, toi, et tu lui diras que je suis un brave et beau garçon. — Mais où pourrais-je la trouver? — Ici, à l'heure de la promenade. — Mais je ne pourrais pas la reconnaître, je n'ai jamais entendu sa voix. — C'estdemain dimanche, Mgr l'archevêque doit venir visiter la maison, il y aura un sermon et après le sermon un grand dîner, pendant lequel on chantera des cantiques. Pierrellechantera du côté des femmes et tu la distingueras facilement à sa douce petite voix. D'ailleurs, je ferai en sorte de me

faire remplacer à la porte, je me mettrai à côté de toi et je l'avertirai quand elle chantera.

Après ces paroles, chacun se retira, et il est probable que la conversation de Pierrette et de Nicole avait eu le même but que celle de Jean et de Mathurin, car la jeune sœur aveugle dit à la lingère eu la quittant:

— Eh bien, soit! demain je lui parlerai.

Le lendemain venu, ce fut grande fête dans la maison, car Mgr l'archevêque apportait le pardon de toutes les fautes commises. Comme représentant de Dieu, il amenait l'indulgence avec lui : et c'est la plus belle part de royauté que les prêtres aient jamais possédée sur la terre. Le sermon de ce dimanche fut meilleur et plus long que celui de tous les autres dimanches : beaucoup de personnages d'importance assistaient à la cérémonie, et Mgr l'archevêque désira faire quelque chose qui leur fût agréable. Il fit donc appeler près de lui un des six gouverneurs de la maison, notable bourgeois, selon le vœu de l'ordonnance de 16?2, et lui dit qu'il serait bien aise que le pain bénit fût présenté par les deux plus jeunes aveugles, homme et femme, de l'établissement; il se trouva que c'était à Jean et à Pierrette que revenait ce soin, et deux jurés allèrent les chercher séparément chacun à son banc, et on leur remit une belle corbeille couronnéede fleurs, qu'ils allèrent présenter à tous les endroits qu'on leur avait désignés. Ni Jean ni Pierrette n'avaient prononcé une parole durant ce service, et comme on leur avait dit tout simplement : Faites ceci, faites cela; ils ne savaient rien, sinon qu'ils étaient deux aveugles portant le pain bénit. Mais lorsqu'en allant à travers l'église pour arriver aux premiers bancs, ils entendirent le murmure llalteur qu'ils excitaient, ils furent tout surpris. Leur oreille habituée à percevoir les paroles fugitives, déroba par-ci, par-là, au bruit sourd et discret de cette admiration, des mots comme ceux-ci : — Qu'ils sont beaux tous deux !

— qu'ils sont intéressants 1 — quel malheur qu'ils ne puissent se voir, ils s'aimeraient I

A cette dernière exclamation, le panier qu'ils portaient tressaillit entre eux, car chacun l'avait doucement agité par un mouvement involontaire.

Ce fut un trouble encore bien plus grand quand ils arrivèrent aux sièges des dames et des seigneurs qui s'étaient rendus à l'invitation de Mgr l'archevêque.

— Mais voyez donc quel charmant visage a ce jeune homme, dit une voix de femme... et une voix d'homme répondit :— J'aime mieux garder mon admiration pour cette belle fille! — Quels cheveux noirs admirablement bouclés! —Quels cheveux blonds, doux à voir et sans doute à toui:herl— Qu'il a l'air charmant ! — Qu'elle a l'air gracieux!

Et tous deux confus et rouges de pudeur et de joie continuèrent, en portant haut le front, leur embarras et leur modestie, car un aveugle qui rougit ne baisse point les yeux et ne détourne point la tête. Puis, quand ils eurent fini leur service et allèrent déposer leur panier dans la sacristie, ils se dirent tout à coup :

— Vous êtes Pierrette, n'est-ce pas ? — Et vous, Jean Desmasures?

— Pierrette, j'ai à vous parler. — Et moi aussi, Jean.

Le dîner arriva à son tour, et chacun d'eux se trouva assis à côté de son ami. Pierrette près de Nicole, Jean près de Mathurin. Toutefois, par une retenue que rien n'explique que ce qui est inexplicable, c'est-à-dire l'instinct du cœur, cette perception suave qui fait parler l'âme à l'âme en un langage qui n'a i)as besoin de paroles pour être entendu, par cette retenue merveilleuse des gens qui se font un secret à deux, sans s'avertir de se taire, ni Jean ni Pierrette ne dirent à Mathurin et à Nicole qu'ils se connaissaient déjà. Mais lorsque Jean se mit à chanter, Pierrette dit tout bas à Nicole :

— Le voilà, n'est-ce pas?

Et de même, quand Pierrette chanta, Jean dit à Mathurin :

— La voilà I

Tous deux avaient maintenant les yeux de l'oreille pour se reconnaître. Puis les chants cessèrent, et "ils ne se virent plus. Le silence, c'était leur nuit.

La promenade vint enfin, et Nicole et Mathurin conduisirent chacun leur confident l'un vers l'autre. Ils n'étaient point gens à remarquer que tous deux se taisaient. Oh! que Pierrette se serait bien gardée de parler, quoique souvent elle s'en allâten chantant gaiement. Avertir ainsi Jean de sa présence eût été l'appeler. Et quelle jeune fille ose faire un signe d'intelligence à l'homme qui, pour la première fois, la trouble dans son âme, et qui lui fait mettre la main sur son cœur, en disant:

— C'est singulier, je suis tout oppressée.

De son côté, Jean eût craint de manquer de respect à Pierrette, en lui montrant qu'il l'attendait ; car le respect est le premier hommage d'un amour jeune.

Heureusement pour eux, Jean et Nicole étaient là pour les réunir. Le portier et la lingère s'abordèrent pour se parler, et la première fois de leur vie ils se trouvèrent d'accord pour laisser Pierrette et Jean ensemble.

Les pauvres enfants furent d'abord bien embarrassés de ce qu'ils avaient à se dire. La commission don ton les avait cbargèsélait loin d'eux. Leur cœur leur en avait donné une bien plus importante et bien plus pressée. Cependant il fallut y revenir. Ces deux pauvres existences,

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