COMPLET
— Nous ne connaissons pas M. de Labardès ; d'ailleurs c'est nu homme dont la vie...
— Vous avez raison, reprit M. de Norberl, et je vais dire à...
Mais l'ami avec qui il causait en marchant s'était éloigné et se trouvait déjà assez loin d'eux.
— Rappelez-le.
— Bah! fit M. de Norbert, je lui ai dit cela très en l'air. Il est probable qu'il ne verra pas M. de Labardès, qui, après un début si éclatant, doit avoir autre chose à faire que de venir passer une soirée cérémonieuse chez nous. Ces jours-là appartiennent dcdroil à la famille, quand les gens comme M. de Labardès ne les donnent pas à leurs maîtresses.
— C'est vrai, c'est vrai, dit vivement madame de Norbert : et j'espère qu'il ne nous en gratifiera pas.
Le soir venu, la personne que M. de Norbert avait chargée de son invitation arriva seule. Félicie fut affranchie d'un singulier embarras ; mais en même temps elle éprouva une sorle de dépit. Un moment après, celle personne s'approcha d'elle et lui annonça la visite de monsieur de Labar\iès.
— Comment, il vienl! dit-elle avec étonnement.
— Vous avez l'air aussi surpris de sa venue que lui de son invitation.
— Ce n'est pas moi qui l'ai invité, reprit Félicie avec quelque dédain.
— Il le sait bien.
— El comment le sait-il ?
— C'est qu'au moment où je lui ai dit le désir qu'on avait de le complimenter, il m'a demandé si, au moment de celle invitation, vous étiez avec votre mari. Je lui ai ré|iondu que vous y étiez. — Et elle n'a rien dit contre ce désir ? m'a-t-il dit. — Rien, lui ai je répondu. — C'est que je soupçonne qu'elle a de moi une assez fâcheuse opinion, elque je n'ai aucune envie de lui causer le moindre déplaisir en me présentant chez elle. Je l'ai rassuré, et, après un moment de réUexion, il m'a répondu qu'il viendrait bien certainement en sortant de chez son père.
Ces riens inaperçus firent pour Félicie un événement de l'arrivée de Georges. D'où savait-il qu'elle avait une mauvaise opinion de lui ; et, s'il le supposait, pourquoi venait-il ? Si Félicie avait bien pu se rappeler tout ce qu'elle avait éprouvé dans la journée , elle l'aurait deviné. Elle se serait rappelé que, dans le |ilaidoyer de Georges, qu'elle avait écouté si allenlivemcnl , celui-ci ne sélait pas borné à leprésenter la religion comme le refuge de ces douleurs puissantes qui ont pour cause des désastres [lassés , et que, dans queli;ues considérations générales, il l'avait présentée cou.ine l'asile des nobles cœurs méconnus, des soulVraiices secrètes, îles pen-ées solitaires. Georges semblait avoir prononcé cette partie de sou plaidoyer avec un accent plus ému. l'eul-èlre parlait-il pour lui ; mais que ce langage fût sincère ou non, il trouva un écho <laiis le cœur de Félicie ; elle se troubla comme s'il eût parlé pour elle; des larmes lui vinrent aux yeux, et Georges les a|)crÇiit taiulis qu'elle les essuyait furtivement.
Voilà ce qui amenait Georges chez madame de Norberl. Son arrivée fil éclat. Félicie en fut blessée. Elle trouva que ce monsieur, habitué des coulisses, aurait bien pu y aller triompher à son aise. Cependant la conversation revint sur la grande cause du jour, et l'on félicita vivement Georges d'avoir uu moment dispulé la victoire à M. de Norbert.
— Véritablement, dit quelqu'un, vous avez ému, j'en appelle à madame de Norbert, qui pleurait pendant que vous parliez.
— C'est vrai, dit-elle avec vivacité , mais je pleure aussi très facilement au spectacle, et l'on sait que les avocats sont de très habiles comédiens.
— Oh non ! madame ! s'écria Georges avec chaleur, ne les jugez pas ainsi ; il y a des hommes dont le talent a assez d'habileté et de puissance pour parler avec supériorité sur tous les sujets, cl pour les traiter mieux que personne par la seule force de leur esprit ; ceux-là, ajouta-l-it , en adressant sa phrase à M. de Norbert, sont nos maîtres passés en fait u'eloqucnce, mais je n'ai pas la prétention de me croire doué d'un si haut talent. S'il est vrai que j'ai ému quelqu'un, c'est parce que je l'étais moi-même, madame; si j'ai parlé avec quelque vérité des coasolations que donne la religion.
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c'est que j'ai celle foi dans le cœur, c'est que je crois, c'est que j'espère en elle. Hélas ! voilà tout mon succès ; il tenait à ma conviction cl non pas à mon talent ; et peut-être serais-je demain un bien pauvre avocat s'il me venait une cause qui ne me touchât pas, et s'il fallait trouver des raisons ailleurs que dans mon cœur.
Ces paroles eurent deux effets bien particuliers. La vanité de M. de Norbert accepta cette distinction entre l'orateur expert et l'homme consciencieux, et il sut gré à Georges d'avoir reconnu et proclamé la souplesse et la supériorité d'un talent auquel n'étaient étrangères aucunes ressources de l'art oratoire. Quant à Félicie, elle s'étonna de la chaleur avec laquelle ce jeune homme défendait la sincérité de son langage au prix d'une habileté dont son mari était si fier. Cepemlanl, la vivacité de Georges ayant excité les plaisanteries de quelques personnes, il garda le silence. La conversation languit, et peu à peu il demeura seul auprès de madame do Norbert ; et Félicie, qui croyait n'être que curieuse, lui dit en souriant :
— Vous avez trop vite abandonné votre cause, monsieur, et le succès vous a échappé.
— C'est qu'il importe peu, madame, qu'on croie à la vérité des sentiments que j'éprouve.
— Vous ne pensiez pas cela, sans doute, devant le tribunal?
— C'est que j'étais avocat dans ce nporaent.
— Je comprends, dit Félicie, vous plaidiez, vous remplissiez un rôle.
— Non, madame, non : c'est que la robe de l'avocat, en 1 investissant du ministère sacré de délénseur de l'opprimé, donne à ses paroles une autorité que ne leur prêterait pas souvent Ihomme luimême qui les prononce. J'étais, il y a quelques heures, l'organe d'une grande infortune, et on m'écoulait à ce titre. Que suis-je ici?...
Il s'arrêta, et reprit en souriant avec plus d'effort que de gaieté :
— Je suis, et je vous demande pardon de vous le dire, je suis ici l'étourdi, le fou, Georges Labardès, le frivole avocat d'une grande cause, que je rendais peut-être mauvaise aux yeux de certaines gens en en faisant la mienne; je vous avoue que je ne me crois pas obligé de la défendre pour moi qui n'ai pas ces sentiments pour en faire parade, et je crois que je fais bien de ne pas la défendre pour elle, à qui sou défenseur ne ferait pas honneur.
Cela fut dit avec un ton qui avait plus de gravité que Georn-es ne voulait peut-être. Lorsqu'il avait prononcé sur lui-même les m'ois de fou et d'étourdi, l'expression de son visage semblait dire qu'il n'ignorait pas qu'on devait souvent le qualifier en termes plus sévèresmais que ce n'était que par respect pour Félicie qu'il ne les prononçait pas.
Tout cela étonna fort madame deNorbert. Elle ne comprenait pas qu'un homme jugeât si bien ce qu'il était et l'opinion qu'on avait de lui, et qu'il ne changeât pas de conduite. Elle ignorait qu'à côté de celle droiture de cœur et d'esprit il peut se rencontrer des passions si fortes ou des faiblesses si grandes, qu'elles peuvent entraîner celui qui les éprouve hors du chemin qu'il reconnaît le meilleur. D'une autre [>arl, elle fut embarrassée de ces paroles qui semblaient une confidence entre elle et un homme qu'elle connaissait si peu; aussi ne répondit-elle rien, et bientôt après Georges quitla le salon de madame de Norbert.
La préoccupation qui suivit cette conversation dans l'esprit de Félicie errait plutôt sur des considérations générales qu'elle ne s'atlachail à celui qui lavait fait naître, lorsqu'un mot de M. de Norbert lui donna une application personnelle et une direction bien étrange. Demeuré seul avec sa femme, il laissa percer avec plus de liberté là joie qu'il' éprouvait de son triomphe; et la conversation étant revenue sur ce qu'avait dit M. de Labardès, Félicie se hasarda à demander h son mari ce qu'il pensait de la conviction religieuse de Georges.
— Bon! dit celui-ci, la dévotion est une des conditions du parti auquel veut se réunir ce jeune homme. Cela est d'uniforme voilà tout. '
— Comment! vous croyez que l'esprit de parti peut le pousser à mentir à sa conscience?
— Je vous avoue que je ne vois pas d'autre raison«à cette hypocrisie, à moins que ce ne soit, ajouta Lucien en riant, pour vous faire la cour.
M. de Norbert laissa tomber ces mots comme une plaisanterie à laquelle il n'altacha pas le moindre sens réel. Il le dit à sa femme connue il l'eût dit à tout autre, comme il l'eût dit à un homme dévot. Mais celte parole fut trop grave pour Félicie; elle l'alarma; elle ouvrit un champ nouveau à ses réflexions; elle l'empêcha de dormir.
Félicie s'indigna de la supposition même de pouvoir être en bulle aux poursuites d'un homme si débauché, et qui oserait prendre, pour arriver jusqu'à son cœur, les faux-semblants de la piété et de la religion. Sa colère fut grande, et elle se promit bien do ne plus revoir cet audacieux ou de l'avertir sévèrement de rimpuissance de sa fourberie, si jamaiselle le rencontrait par hasard. Pauvre femme! contre qui se défendail-elle donc si imprudemment et si violemment? Qu'avait fait Georges de si démonslralif d'un projet de séduction? Qu'avait dit son mari de si alarmant sur un pareil projet? Où étaient, d'une part, les tentatives téméraires, et , de l'autre, les avertissements certains? Pourquoi se sentait-elle donc en un si grand danger? Etait-ce un instinct secret du cœur qui l'avertissait des résolutions secrètes de cet homme? ou plutôt n'était-ce pas elle-même qui, sentant sa force défaillir, son cœur se troubler, croyait senlir une force étrangère l'accabler et un désir ennemi la poursuivre?
Le cœur a ses grossières ignorances comme l'esprit. Les paysans des montagnes croient fermement qu'il y a au fond des abîmes une fée qui les attire, et ne peuvent croire qu'ils portent en eux le vertige qui les y précipite. Félicie n'éprouvait- elle pas ce verlige du cœur qu'aucune raison ne peut dominer, et l'effet moral devait-il èlre le même que l'effet physique, c'est-à-dire que plus la chute menace d'être profonde, plus le vertige est invincible? Pour tout dire, en un mot, aimait-elle Georges? Elle l'aimait... Elle l'aimait comme elle en avait été jalouse lorsquelle avait appris son intrigue avec Florise. C'était un germe d'amour auquel pouvaient manquer le temps et le soleil pour le faire éclore; mais elle s'occupait de cet homme plus qu'il ne fallait, plus qu'elle n'eût voulu peut-être, si elle avait pu donner son véritable nom au trouble qu'elle éprouvail.
De son côté, Georges s'était-il aperçu de la préoccupation qu'il inspirait? Il n'avait pas assez de fatuité pour la deviner. Toutefois, avait-il un dessein arrêté de séduire cette femme? Il était à mille lieues de celte pensée. 11 éprouvait en face d'elle un besoin de mériter son estime et son approbation qui naissait sans doute du respect que lui inspirait sa vertu , et il ne semblait pas à Georges que l'hommage rendu à la verlu pût être un commencement d'amour; car ce n'était pas ainsi qu'il avait senti celle passion jusqu'à ce jour. Des désirs ardents auxquels se mêlaient toujours un besoin actif de plaisir et de tumulte, et quelquefois des sentiments de vanité, voilà tout ce qu'il avait éprouvé. Aussi était-il bien loin de croire qu'il pût aimer une femme qu'il regardait comme un juge. Mais pourquoi lui, si impérieux, si raide d'ordinaire vis-à-vis de ceux qui voulaient le juger, flattait-il l'opinion de cette femme? Pourquoi avait-il consenti à reconnaître devant elle, comme coupable, une coiiduile qu'il portait haut le front vis-ii-vis tant d'autres? C'est qu'il y avait aussi en lui une semence d'amour, — amour aussi nouveau sur ce terrain pourri où n'avait encore germé que les folles passions, que sur la terre vierge oîi aucune semence n'avait été fécondée. Georges était si ignorant de ce qu'il éprouvait, qu'il ne respecta pas ce senlimenl; et à peine était-il sorti de chez madame de Norbert, qu'il se rendit chez Florise, oii une longue orgie célébra le début oratoire de M. de Labardès.
Ce début avait été trop éclatant pour que l'on ne s'en occupât point, et, par conséquent, de tout ce qui en avait été la suite. Le festin nocturne oîi l'on avait couronné Georges, après mille folies extravagantes, fut bientôt connu de toute la ville. L'indignation que Félicie en éprouva fut si grande, qu'elle ne put la cacher, et qu'elle se laissa aller à parler à Georges en termes d'une aigreur qui était tout à fait en dehors de ses habitudes. Son mari, devant qui elle prononçait ce blâme méprisant, riait beaucoup de sa colère, et lui disait :
— C'est que rna femme s'y est laissé prendre; quelques paroles toutes boursoufflées de religion lui avaient fait croire que M.Geors:e3 de Labardès était destiné à devenir un nouveau saint Augustin. C'est la première leçon d'hypocrisie qu'elle reçoit, et elle s'irrite d'avoir été si fortement dupe.
— Mais cela doit vous indigner comme moi, monsieur I dit Félicie.
— Moi ! fit Norbert, je vous avoue que je ne prends pas cette peine : j'aurais trop à faire. D'ailleurs, pourquoi en voudrais-je plus
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à M de Labardès qu'à un aulre? Chacun couvre ses vices du meilleui' manteau possible; il en a choisi un dont la couleur vous plaisait, voilà tout. C'est ce qui a fait que vous y avez regarde et que vous avez reconnu que ce n'est qu'un manteau.
— Il iniporle peu, ajouta un magistrat, que les senlimenls dont il .« pare soient vrais ou faux ; toujours est-il déplorable qu'un jeune homme d'un si beau nom perde, dans l'oisivele et les dcreglemenls, un talent véritable et une incontestable supériorité d esprit.
— C'est qu'il n'y a pas de talent respectable, s'écria vivement Félicie, c'est qu'il n'y a pas de noble supériorité d'esprit sans conscience, sans foi sincère!
-Vous avez raison, dit M. de Norbert ; sans honneur, sans honne conduite, il n'y a pas de véritable talent.
11 s'imagina avoir exprime la même pensée que sa femme, et il ne m autre chose que de lui faire remarquer quelle venai de e comimner selon son cœur en déclarant qu'il n'y avait point de noble talent sans foi et sans conscience.
Lorsque Félicie put réfléchir sur l'espèce dempûilement auquel cHe°'é?ait laissé aller, elle s'accusa sincèrement de la Uute qu elle avait coi.nise vis-à-vis de son mari, quoiqu'il ne 1 eut pas compn • dl Vinquiéla d'avoir été amenée à se prononcer d une n,an ère' si absolue sur le compte des hommes qu. savaient faire para edl sentiments qu'ils n'avaient pas, et elle se demanda s. son m\, i 1, -é au pas précisément un de ces hommes, moins les passions h; Georges, plus un juste calcul de ce que rapporte une bonne vie. I oi-5ue cette pensée entra dans son cœur comme un éclair, elle s^ coua la tête avec violence en s'écnant ; — Ah! c'est odieux!
Elle se senlit encore plus coupable; elle se détourna de celte funesie idée- elle détesta l'homme qui troublait sa tranquillité sa s naraîle même s'en apercevoir. El peut-être inêmc Im en voulut-elle r eiXq.nl prenait si aisément. Peut-être eut-elle ete moins courroucée contre lui s'il avait fait naître ce trouble par des poursuites obstinées et pressantes.
m ie vous raconte avec tant de détails les moindres émotions de ma^darae de Norbert, c'est que.je ne veux pas que vous restiez stu- Silscomme le fût toute la ville de Bordeaux, lorsque je vous monterai le dénoûmenl éclatant et inopine de ce te passion si cachée que personne ne l'avait encore soupçonnée lorsqu elle perdit toutàcoujla vie de madame de Norbert. Cependant, si secrète Elle fû pour tout le monde, elle ne tarda pas a être comprise par qu «'"; ' .^"" . j :usqi,-à ce qu'elle fût devmee par cette Floîr;ê dZt lïïalousie ^'li dlespoi^^ la catastrophe que je
vais vous dire.
A cet endroit de son récit, M. P... s'était arrêté De tous ses auditem-s 1 n'y avait plus que la jolie dame et mo. qui écoulassions pourrenlendre; le reste de la table l'écoutail pour e laisser parler. Toute l'ardente curiosité que peut renfermer un bourg de quatre cenls habitants avait failli devant cette expl.ca .on tant soit peu prétentieuse de sentiments qui s'agitaient obscurément sans qu il s elevTt de leur conflit aucun événement dramatique; mais ils parait que r uicien chef de la police impériale tenait beaucoup à faire preuve, devant ma belle voisine, de sa connaissance exacte des secrets du cœur : car il reprit, après un moment de silence :
11 faut aue ie vous arrête encore sur quelques petits nouveaux inciden s de cette passion qui a été si grande; car ce serait accuser m dame de Norbert que de raconter ce que le monde a vu de sa v. ;, s iè tai'^ais ce qui en est resté caché. Ce monde a le droit impii .vable de juger seulement s.u- ce qu'il voit; 1 amilie doit avoir celui de rectifier ce jugement d'après ce qu elle sait.
Apres cette pbrase préparatoire , notre hùte continua en ces termes :
— Si dans une ville comme Paris , les -propos de salon se rérièieiit de minière à être connus do tout le monde, il n'est pas étonnant qu'à Bordeaux le bruit de la conversation qui avait eu lieu rltl'y M de Norbert n'arrivCil bientôt aux oreilles de Georges. Un soir nu'il élail dans la loge de Fhu-ise, ce bruit lui arriva, mêle a hPincoup d'autres où il était encore plus maltraite ct ce fut cepenr.n le 4ul auquel il fil quelque atlenlion. Il en devint assez sou- Pieux i.our que les étourdis qui lui rapporiaicnt les jugements peu filmcurs qu'on portail de lui pensassent devoir 1 en distraire, cl 1 un
deux s'écria : ,.,,.. i
— Par ma foi ! Georges tu es bien bon de t occuper de ce que
peut penser de toi une bégueule comme madame de Norbert. Ce mot le blessa si vivement, qu'il en tressaillit, et cependant il ne le releva point. Défendre madame de Norbert contre une epi- Ihèle grossière , c'était la mettre en cause dans une assemblée de jeunes fous qui ajouteraient sans doute de nouvelles injures a a première. Georges se contint, quoique sa nature violente se révoltai à l'idée de n'avoir pas fait taire la voix qui avait prononce un mol qui lui avait déplu, et il Cl au respect que lui inspirait Fchcie le sacrifice de ne pas la défendre. Mais il ne fut pas le maître de rester dans celte impassibilité; el, les caquets ayant continué, Florisc, qui avait, comme toutes les femmes sans valeur, une haine instinctive contre toutes les femmes qui valent quelque chose, Flor:se, dis-je, se répandit en sottes plaisanteries sur le compte de Inrocate générale. A ce moment, Georges, ne pouvant supporter plus longtemps de si indignes propos, lui ordonna durement de se taire.
— Quel intérêt pren.z-vous donc à celle belle dame'? lui dit Florise.
Ce reproche avertit Georges du soupçon que pouvait faire nailre son humeur, et irrité d'avoir lui-même excité une discussion qui eût, sans cela, fini par s'éteindre, il donna à sa réponse une tournure dont la hauteur surprit ses amis et humilia profondement Florise.
— C'est que cette belle di^ae, comme toute aulre, est trop au-des. sus de vous pour que vous ayez le droit de la juger.
— Plaît-il? dit Florise stupéfaite.
— Gardez vos épigrammes pour vos camarades, continua Georges avec violence; mais sovez bien avertie qu'il ne me convient pas, et qu'il ne convient pas davantage à ces messieurs , du moins je I espère, que les femmes de notre monde soient l'objet des insolences d'une fille de théâtre!
— Une fille de théâtre ! répéta Florise exaspérée; la fille de théâtre est chez elle ici, et...
Avant qu'elle eût achevé, Georges était sorti de la loge dans un état de fureur dont il ne pouvait se rendre compte, irrite contre tout le monde, irrité surtout contre lui-même, qui avail laisse passer sans la relever l'injure prononcée par un homme, et qui avait si brutalement puni une femme de ce qu'elle avait imilé l'exemple qu'on lui avait donné. 11 errait depuis un quart d'heure dans les couloirs do la salle, plus mécontent de lui qu'il ne l'avait jamais ete, désolé de ce que le nom de madame de Norbert pourrait se trouver mêler à tous les récits qu'on allait faire de celte scène, houleux de sa brutalité envers Florise, tout prêl à chercher une querelle au premier maladroit qui le regarderait de travers, lorsque tout a coup un grand tumulte s'éleva dans la salle; puis il y eut des cris, des appels un mouvement général. Au moment ou Georges allait regarder' par une lucarne pour voir ce qui se passait, une loge s'ouvrit, et un homme en sortit.
— Qu'y a-t-il donc, monsieur? dit Georges sans regarder précisément à qui il parlait.
-C'est mademoiselle Florise qui se trouve mal, monsieur de Labardès! lui répondit une voix railleu.se.
Georges leva des yeux courroucés sur celui qui lui répondait ainsi- il reconnut M. de Norbert, et vil Félicie à son bras. Elle le regardait avec une vive expression de curiosilé; mais à peine Georges l'eut-il aperçue, qu'elle baissa les yeux, et c'est à peine si elle lui rendit le profond salut qu'il lui adressa. Georges, surpris, dérouté par le hasard qui l'avait mis en présence de madame de Norbert au moment où son nom venait d'èlrc pour lui l'objet d une scène si fâcheuse, Georges oublia Florise et regarda machinalement Félicie s'éloigner. 11 était resté sans le vouloir , el peut-être sans s'en apercevoir, lorsqu'au bout du corridor il vit madame de Norhert retourner la tète. Etait-ce le hasard ou la curiosité qui avait diclé ce mouvement? Georges n'eût pu le dire; mais la vivacité avec laquelle Félicie s'éloigna aussitôt lui prouva qu'elle avait ete blessée que ce mouvement eût été remarqué par lui.
De tout cela, Georges ne tira aucune conséquence formelle, ni à propos des sentiments qu'il inspirait à Félicie. ni à propos de ceux mi il ressentait pour elle; mais il s'étonna de ce connu de circonslances inaperçues qui mêlait la pensée et le nom d'une femme comme madame de Norbert à sa vie dissipée et à des habitudes si éloignées d'olle. Georges ne s'apercevait pas que c'était lui et non les circonstances qui amenaient ces étranges rencontres. Le nom de beaucoup d'autres femmes avait été souvent prononcé dans la
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loge de Florisc, accompagné de réflexions plus qu'inconvenantes, et jamais il n'y avait pris garde.
Cependant ce petit incident changea son humeur en tristesse; par un sentiment tout nouveau en lui, il se trouva malheureux de son existence, et il rentra' chez lui à l'heure où il avait coutume de ramener Florise chez elle.
Il y était à peine depuis une demi-heure, lorsque la femme de chamhre de Florise arriva. Georges la reçut avec un reste d'impatience ; et probablement il l'eût renvoyée avec une réponse fort dure, si elle s'était présentée de la part de sa maîtresse. Mais cette fille était venue en son propre nom. I lie raconta à Georges ce qui s'était passé depuis son départ de la loge de Florise. Blessée cruellement dans sa vanité, elle avait voulu le cacher et avait répondu aux doléances de ses flatteurs :
«Eh, mon Dieu! M. de Labardès est probablement dans la salle ; je veux lui montrer combien ses injures me touchent peu. »
Elle était donc rentrée en scène en affectant une gaieté extraordinaire, et il est probable que si elle eût vu Georges dans sa loge, elle eût joué admirablement les deux rôles, dont l'un s'adressait au public et l'autre à son amant. Mais l'absence de Georges enlevant à ses efforts leur but principal, elle ne se trouva plus, pour remplir
(son devoir d'actrice, la force que son dépit de femme lui eût sans doute donnée ; ei après avoir lutté un moment, elle éclata en larmes et s'échappa de la scène en chancelant.
Le régisseur mit cela sur le compte d'une indisposition subite, et le public s'alarma sérieusement pour la santé de la première cantatrice.
Ramenée chez elle par son directeur, qui était très inquiet de la
tournure que prendrait sa querelle amoureuse, Florise affirma que
l ce n'était qu'une petite attaque de nerfs qui n'aurait pas de suite, et
I que , cette première émotion passée, elle se trouverait aussi tran-
' quille que si elle n'avait jamais connu M. de Labardès.
— Eh bien ! dit Georges en interrompant la femme de chambre, voilà qui est très bien.
— Sans doute, repartit celte fille , elle a du courage devant le monde; mais aussitôt qu'elle a été seule, tout a bien changé ; elle s'est mise à pleurer, en poussant des cris, en s'arrachant les cheveux. Elle est dans un affreux délire, elle vous appelle, elle vous demande pardon, elle est à moitié foilo. .l'ai été tellement effiayée de son état, que je l'ai laissée un moment avec sa mère pour vous dire de venir près d'elle, si ce n'est pas par ao^aur du moius par pitié.
I L'excellente femme de chambre que celle-là ! Répétait-elle admi-
rf.blement la leçon qu'on lui avait faite, ou parlait-elle d'inspiration? je ne puis vous le dire; mais je sais que Georges fut touché de son discours. D'ailleurs, il avait trop de justice dans le cœur pour ne pas en être à se reprocher une brutalité que Florise n'avait pas méritée, à vrai dire ; car il avait souffert mille fois ce qu'il avait défendu ce jour-là.
D'un autre côté, ce n'était point Florise qui le faisait mander, et son retour près d'elle restait l'acte d'un homme qui reconnaît volontairement ses torts avant qu'on les lui ait reprochés.
Ce fut là surtout ce qui le détermina: car il est probable que sa liaison avec Florise eût été rompue à l'instant même, s'il lui avait fallu faire la plus petite concession à la moindre exigence. Mais il se trouva disposé à tout donner, du moment qu'on ne lui demandait rien.
La manière dont la réconciliation s'acheva doit me faire croire que la femme de chamhre avait dit la vérité. Labardès trouva Florise couchée et dans cet état de langueur et d'affaiblissement qui suit les crises violentes.
Elle pleura abondamment en le voyant, mais elle ne lui fît aucun reproche; et comme elle s'excusait avec embarras, elle lui dit:
— Ohl je comprends que vous ayez été irrité de tous ces propos dont on vous harcèle ; je sens qu'il est odieux de vivre sans pouvoir faire un mouvement, dire une parole qui ne soit indignement jugée et critiquée; j'ai vu le déplaisir que vous ont causé tous ces officieux rapporteurs de mauvais propos qui se disent vos amis, et j'ai maladroitement essayé de rendre à d'autres le mal qu'on vous faisait. Je n'ai réussi qu'à faire éclater votre colère. Et bien! Georges, j'aime mieux encore en avoir été victime que de ra\oir vue s'adresser à un autre pour engendrer encore une querelle qui vous eût mi dans l'opinion publique.
« Et qui eût encore plus nui à madame de Norbert pensa Georges. »
Il fallait que la pensée de celte femme l'occupât bien, pour que ce fût la première conclusion qu'il tirftt des paroles de sa maîtresse. En effet, il ne s'attendait pas à trouver dans l'impertinente et leste Florise une abnégation si complète, et une appréciation si résignée des motifs de la conduite de son amaut.
Celte première pensée ayant été donnée à madame de Norbe f, Georges ren.ercia Florise d'avoir si bien compris ce qu'il avait dû éprouver. Que ce fût son intérêt bien entendu ou une passion véritable qui avait si bien inspiré Florise , il en résulta un sincèrer etour de la part de Georges, qui crut découvrir du sens et du cœur dans celte femme à qui il n'avait soupçonné jusque-là que de la frivolité et de la coquetterie.
Toutefois, il semblait qu'un hasard complice fît pour Félicie et Georges un événement des paroles de l'un ov de l'antre, et trois jours ne s'étaient point passés, que madame de Norbert savait qu'elle avait été à peu près la cause de l'évanouissement de mademoiselle Florise.
Il est assez difficile de rendre le sentiment que cette découverte fil naître dans le cœur de Félicie ; d'abord elle l'ut étonnée et satisfaite de l'emportement de Georges, et de la manière dont il avait réprimé la méchanceté dont elle était l'objet ; elle se rappela sa rencontre avec lui et le regard dont il l'avait suivie ; elle lui sut bon gré du sacrifice muet qu'il lui avait fait en ne courant pas près de la femme qu'il a^ait offense pour elle, mais elle se trouva blessée d'être mêlée aux propos d'un pareil monde , elle s'indigna d'avoir pu y être accusée et défendue, et puis enfin elle fit comme Grorges, elle appela hasard, hasard cruel et fatal, ce qui n'était que la préuccupation de son cœur; elle oublia que cent fois on lui avait rappelé mille petits caquets où son nom avait été prononcé, et que jamais elle n'y avait pris garde ; elle crut que la voix de Georges la poursuivait, parce qu'elle l'écoutait plus ardemment qu'une autre ; et comme il arrive trop souvent, au lieu de s'armer contre ellemême, elle résolut de se garantir de ce qu'elle considérait comme une espèce de fatalité, elle décida que jamais elle n'émettrait une opinion sur le compte de M. de Labardès, que jamais elle ne prononcerait son nom.
Mais à quoi lui servaient des précautions qui ne la protégeaient ni contre elle-même, ni contre des atteintes étrangères ? Et cependant pouvait-elle prévoir que le silence qu'elle garderait dans une circonstance bien légère eu apparence deviendrait le prétexte d'une sorte d'explication entre elle et Georges !
Ce fut une de ces scènes de femme dont l'adroite méchanceté se croit sans importance , parce qu'elle ne blesse que le cœur et ne lèse point les intérêts ; elle se passa dans une de ces soirées où le petit nombre des personnes présentes ne permet ni de fuir une conversation qui vous déplaît, ni même de paraître ne pas l'entendre.
Ainsi à peine Félicie était-elle au milieu d'un cercle de quatre ou cinq femmes des plus élégantes de Bordeaux , qu'elle se trouva pour ainsi dire mêlée à un complot contre M. de Labardès, complot peut-être préparé d'avance, peut-être aussi né du hasard, mais auquel chacun prit part avec cette rare intelligence du mal qu'on appelle l'esprit du monde.
Au moment où Georges s'étaitapproché de ce groupe de femmes pour y saluer madame de Norbert, l'une des plus belles dames s'écria, en s'adressant à Félicie :
— Avez-vous entendu madame R... ?
— La cantatrice de Paris qui est venue donner des représentations à Bordeaux?
— Elle-même, madame R...
— Oui, je l'ai entendue hier.
— Eh bien ! qu'en pensez-vous?
Comme Félicie allait répondre, elle leva les yeux, et rencontra ceux de Georges sur elle. Par une soudaine illumination, elle devina que son opinion sur cette femme serait commentée par celui qui semblait l'attendre si ardemment, et elle crut éviter de donner prise à toute réflexion en répondant :
— J'étais fort malade hier, et je n'ai pas prêté une grande attention au spectacle.
Personne ne comprit sans doute le motif de la retenue de Félicie ; mais le lièvre était levé, chacun se mit à le traquer en règle sans plus penser à madame de Norbert.
— Ah I je vous plains, répondit une de ces dames, et je m'étonne, car elle a merveilleusement chanté.
CN MALHEUR COMPLET
L'élan élait donné, et les phrases les plus significatives arrivèrent au galop. En voici quelques-unes :
— Enfin, voilà ce que j'appelle une cantatrice ! — Et en même temps une jolie femme! Jusqu'à présent nous n'avions pas pu juger véritablement de la musique de la Vestale. — C'est si différent d'écouler de la musique, quelque belle qu'elle soit, dite sans intelligence ou sans cœui, ou de l'cnlendie exprimer avec passion ! — Ce qu'il y a surtout de précieux dans madame R..., c'est la justesse conslanie de sa voix. — Pas une intonation fausse! Et comme elle a été belle au second acte, dans le grand duo! — Et parliculièrement dans ce passage : A l'amnur mon âme se livre'. — C'était véritablement de l'amour I on comprend que Julia aime véritablement. — On comprend furtout qu'on puisse aimer une pareille femme !
Georges , le dos appuyé à la cheminée, entouré d'un cercle de quatre ou cinq femmes qui lançaient a sa vanité ces éloges outrés qui étaient autant d'épigrammes contre Florise, Georges ne dit pas un mot ■. ilétait comme un fort bombardé sans pitié et sans relâche, qui ne répond point aux attaques de l'ennemi, «oilqu'il s'assure en sa force, soit qu'il manque de moyens de défense.
Ainsi l'on put penser que Georges fut assez prisa l'improvisle pour perdre toute présence d'esprit, ou qu'il eut assez d'empire .sur lui, assez de bon goùi pour ne pas avoir l'air de comprendre.
L'impassibilité apparente de George mit fin à ces propos.
Je ne puis dire que ce fut générosité visà-vis d'un ennemi désarmé qui arrêta cette pluie d'épigrammes ; ce fui dépit de n'arracher aucun signe de douleur et d'impatience à celui qu on croyait si vivement blessé.
Les plus acharnées quittèrent le champ de bataille, et piquées de leur défaite, elles eniporlèrent dans un coin du salon leur mauvaise humeur; et ce fut alors qu'elles remarquèrent
ce qu'on eût pu appelerla désertion de madame de Norbert, d'aulaut plus qu'elle était demeurée seule à sa place, tandis que Georges s'était approché d'elle. Il lui dit alors :
Je savais, madame, combien vous étiez belle; je viens d'apprendre combien vous êtes bonne.
Kn quoi donc? répondit Félicie , qui essaya de cacher sous
un air d'elonnemcnt le trouble que lui causa ce brusque complimenl.
^j.je mal compris votre silence, madame? reprit Georges d'un
air suppliant.
Madame de Norbert, irritée de celte investigalion audacieuse de ses sentimenls. crut l'arrêter en répliquant seulement :
— Mon silence ne vient que du peu de cas que je fais de pareilles discussions et des personnes qu'elles concernent.
A cette dernière parole, Georges pâlit; madame de Norbert s en aperçut; au même instant, elle comprit que la phrase qu'elle venait de prononcer pourrait avoir un autre sens que celui qu'elle voulait lui donner.
En efTel, d'après ce que M. de Labaraes venait de lui dire, i n'était pas douteux qu'il n'eut pris pour lui tout ce qui s'élait passé;! et dès lors Félicie, en parlant du peu de cas qu'elle faisait des personnes que concernait une pareille discussion , avait adressé à Georges un dédain qui ne lui était pas destiné. La pâleur subite de Georges et celle réflexion la dominèrent si soudainement, qu'elle reprit avec l'imprudence d'une honnête femme :
— Oh 1 ce n'est pas de vous que je voulais parler.
Ce mol fut comme
,.,^,^..... ... . . untraitdelumièrepour
i?,[ifi:i!!ii:i!J „! : 'V'.'k Georges, et éclaira
l'âme de madame de Norbert. 11 lui fil deviner la dignité de son dépit et la noblesse de la réparation, et il lui repartit en se levant et en la saluant:
— Je vous remercie, madame; au désespoir que m'afait sentir l'idée de votre mépris, je commence à comprendre le bonheur qu'il doit y avoir à mériter l'estime d'une femme comme vous.
Les pensées que Félicie emporta de cet entrelien furent plus tumultueuses que vous ne pourriez le croire.
Elle s'en voulut de sa conduite ; elle s'en voulut de n'avoir pas fait comme les autres, de ne pas s'êlre mêlée à ce caquetage qui lui avait paru de si mauvais goût ; elle s'en voulut surtout de ce qu'elle avait dit à Georges, et de ce qu'elle avait rétracté ; plus que jamais elle s'irrita de cette préoccupation incessante qui prêtait une importance étrange à tout ce qui se disait entre elle et cet homme. Puis, quand le cœur se fut bien épuisé à s'indigner, elle revint, non plus sur sa conduite, maissurcelle de Georges ; elle se rappela ce qu'elle avait dit, el surtout l'adieu qu'il lui avait fait.
Alors elle commença en imagination un beau roman innocent et pur qu elle ne pensait pas devoir accomplir un jour après une faute irréparable et -ivec un remords cruel. Elle se dit que ce serait un noble rôle à jouer pour une femme que d être la divinité cachée d'un homme comme Georges, que de le ramener à l'honneur et de le pousser à la gloire par la seule espérance d'une approbation tacite.
Vous devez vous rappeler que d'abor4 elle avait attendu de la religion ce triomphe ; maintenant elle Ip rêvait en elle. Vous voyez qu'elle avait grandement avancé dans sa passion pour cet homme. Il faut avoir beaucoup à donner à un sentiment pour lui demander un empire si absolu.
Cependant il semblait que Félicie ddl être protégée contre ellemême par la conduite de Georges.
Huit jours ne s'étaient point passés qu'on entendit parler d'une
r-Tii. Im^rimene Gerdis, rue BoMjxrle tS
Georges de Labardéî
UN MALHEUR COMPLET