LA MIT DF.S NOCES
Après ce que nous venons de racoiUer .
l'clte journée s'acheva comme elle avait elc ordonnée par le prince 1 .ui ic. La cérémonie de ;ou mariage s'accomplit à l'église de Saint- IMerre, et, au sortir du temple, le frère du roi rentra dans son palais ; mais avant de s'y rendre , il s'approcha de Théodoric , et lui dit avec cette légèreté que rien ne semblait pouvoir troubler :
— Comme il faut que la comédie soit complète, mon frère, obligezmoi de remplir auprès de Sathaniel le rôle des amis de sa famille; vous savez que c'est notre coutume de feindre d'enlever de vive force la fiancée, à son père ei à sa mère, et de la conduire pour ainsi dire malgré sa résistance dans la maison de son mari et jusque dans la chambre nuptiale (6")? Faites cela pour moi. Notre frère Frédéric est un aimable jeune homme, qui doit s'entendre mieux que vous à ces
(67) CeUe coutume se retrouve cliez tous les peuples de l'antiqnili-, chez les Grecs comme cher, les Komains, chez les Gaulois comiue chez les Germains.
Nos usages exiijenl avec moins de délicatesse le ronsenlemeni formel de la marii'e, tVi)y. Ci'Àon.)
AliJali se recula en laissant s't'cliappcr de sourdes exclamations. — Page -2!).
joyeuses fêtes d'un jour de noce; il vous aidera, si vous voulez, et vous enseignera comment il faut s'y prendre. Quant à Sathaniel, je suppose que vous l'avez assez bien instruite à faire vos volontés, pour qu'elle se prête de bonne grâce à la plai.santerie. Vous qui en avez fait une Visigothe et une princesse, vous pouvez en faire sans doute une vierge.
Malgré sa gravité ordinaire, Théodoric consentit à ce que son frère lui demandait, et le laissa s'éloigner pendant que Sathaniel restait silencieuse entre son père et son frère, sous le porche de l'église. Puis quand il supposa qu'Euric devait être rentré dans son palais, il annonça aux nobles visigoths qui étaient restés près de lui, qu'il était temps de conduire la mariée chez son époux.
Mais il s'en trouva trèspeu qui consentissent a prendre part à une cérémonie dont chaque circonstance était une injure pour Euric. 11 leur semblait dangereux d'irriter la haine d un homme qu'ils savaient habile à se venger, d'un prince que la mort de Théodoric pc uvait amener naturellement sur le trùne. Et SI ce n'eût été Garpt , qui gardait le souvenir de l'assemblée du comte B Id, et qui saisit l'ocasion de flatter la volonté du roi et de braver Euric ; si le jeune prince Frédéric luimême n'eilt cru devoir, par obéissance pour le lOi, aider à cette plaisanterie, sans doute '-athaniel eût été obli- -ce de gagnera pied la maison de son époux.
11 n'en fut pas ainsi.
I nievée dans les bras It Garpt, de Frédéric et de quelques autres jeunes gens toujours prêts à se mêler ù un lumultequel qu'il soit, Sathaniel fut portée en triomphe jusqu'au palais d'Euric. Le prince l'attendait à l'entre»
principale. Lorsqu'elle parut et toucha du pied le seuil de cette maison , Euric la reçut du même air railleur qu'il avait eu durant toute la cérémonie , puis lorsqu'elle passa la porte de celte maison , il lui lendit la main et lui dit gaiement : — Soyez la bien venue dans cette demeure, et puis.se le bonheur que vous y apportez jiour moi , s'y trouver aussi pour vous !
A peine avait-elle fait quelques pas dans le palais, qu'Haben-Moussi et Mascezel y entrèrent derrière elle. Alors Euric, se retournant vers eux, reprit amèrement, en s'adressant d'abord à Mascezel :
— Entre, esclave, c'est ici ta demeure, et comme tu l'as oublié pendant huit jours, je ferai en sorte que tu t'en souviennes à l'avenir. Esclaves, ajouta-t-il d'une voix retenti.ssanle, emparez-vous de cet homme, et qu'on lui applique cent coups de fouet pour lui apprendre l'obéissance qu'il doit ù son maître.
Mascezel demeura impassible. Haben-.Moussi, seul, s'écria violemment :
— Oserais-tu faire frapper ainsi le frère de ton épouse? Euric se retourna, la colère sur le visage.
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SATHANTEL.
— Quant à loi, vieillard, lui dit-il, tuas une maison et un foyerque tu dois à ma libéralité; relournes-y, et n'oublie pas que les pierres qui pavent ma demeure brûleront la plante des pieds de mes ennemis, et que celles qui couvrent sou toit écraseront leur tête. Si tu es prudent, n'y rentre donc jamais.
Le vieillard se retourna lentement en cachant sa tête dans ses mains; et Théodoric, touché de la douleur qui parut sur les traits d'Haben-Moussi, essaya de s'interposer ; mais Euric lui répondit amèrement :
— Y a-t-il quelque loi qui m'oblige ù recevoir le père de mon épouse ?
— Aucune loi ne peut vous y forcer, et cependant il serait plus convenable
— Nous vivons sous le règne des lois, mon frère : il me semble que vous avez assez appuyé leur joug sur ma tète, pour que je refuse d en subir un autre. Allons, amis, allons, que cela ne trouble en rien la joie d'un pareil jour.
Durant tout cet incident , Sathaniel avait tenu les yeux baissés vers la terre ; mais quand Euric s'approcha d'elle, elle leva sur lui ce même regard qu'elle avait envoyé à Alidah, et continua sa marche sans prononcer une parole.
Puis vinrent le festin , les chants des Huns, les chœurs des Romains, les danses des esclaves; et quand la nuit fut assez avancée pour que tout le monde dût se retirer, Sathaniel fut conduite à sa chambre nuptiale par les femmes qui avaient assisté lematin à la cérémonie du mariage- Un moment après qu'elles l'eurent quittée, Euric, qui était resté dans la salle du festin avec son frère et quelques autres Visigoths ; Euric , dont l'enjouement et la gaieté ne s'étaient pas démentis un seul moment pendant toute cette journée , Euric se leva tout à coup, et dit à ses convives en prenant au mur une épée et un poignard qui y étaient suspendus : — Il est tempsque je vous quitte.
— Où vas-tu? s'écria le jeune Frédéric, épouvanté de l'usage qu'Eurii: semblait vouloir f^ire de ces armes.
— Je vais dans la chambre nuptiale où Sathaniel m'attend,
Puis il s'éloigna au milieu delà stupéfaction générale, en lançant à tous ceux qui l'entouraient un regard de haine et un sourire de mépris.
— Mon frère, mon frère, reprit vivement le jeune Frédéric, en s'adressant au roi : le laisserez -vous sortir ainsi ?
Euric se retourna à celle parole, pendant que Théodoric répondit à son jeune frère :
— Il est le maître d'accomplir ce crime.
— Et vous êtes le maître de le punir, dit Euric, du seuil de la porte où il était arrivé. Vous êtes un juge trop juste, pour que je sois jaloux de recourir encore à votre équité. Je connais la loi sur les homicides.
Armand, roi des Bagaudes.
Il disparut alors et se rendit îi la chambre de Sathaniel. Elle était seule ; et, selon l'usage, les femmes qui l'avaient accompagnée l'avaient laissée dans le Ut nuptial. Lorsqu'Euric entra tenant son épée nue à la main, elle se leva sur son séant, et, malgré la froide résolulion qu'elle avait montrée pendant toute cette journée, elle ne put s'empêcher de pâlir. Euric s'aperçut de ce mouvement, et lui dit sans en paraître irrité :
— C'est ma coutume d'aller chez mes ennemis avec des armes. Sathaniel maîtrisa son émotion et dit à Euric:
— C'est donc en ennemie qne vous voulez traiter votre épouse?
— Mon épouse ! repartit le prince d'un ton ironique.
— Ne le suis-jepas?
reprit Sathaniel.
— On me l'a dit, et je suis forcé de le croire; mais écoute-moi bien , Sathaniel , car voici probablement la première et la dernière fois que nous aurons un entretien ensemble.
Sathaniel se recula sur son lit, et Euric ajouta :
— Ne tremble pas , tu vivras.
Il s'arrêta et reprit amèrement :
— Oh! oui, tu vivras maintenant. Tu as tant d,e bonheur à espérer 1 Écoute-moi donc : lu es ambitieuse et je suis ambitieux; tu as voulu être mon épouse et moi j'ai voulu être roi. Rappelle-toi la rage que tu as dû épouver quand tu as cru tes calculs trompés , et lu comprendras la colère qui doit m'agiter maintenant que ta complicité avec mon frère a fait échouer tous les miens ; quand tu as appris que je t'abandonnais , tu m'as maudit, n'est-ce pas? tu as juré de le venger et de me perdre, et tu l'as fait. Jlainienant que je suis à la place ou tu étais, je fais ce que lu as fait ; je jure de me venger et de te perdre, et je le ferai.
— Ainsi, dit Sathaniel, lu as chassé mon père, tu as fait fouetter mon frère, et tu ne me réserves à moi que haine et mépris! Euric, Euric , prends garde ; tu sais bien que je ne le souffrirai pas.
Et en parlant ainsi, elle se leva tout à fait, et sa main, jetée derrière elle , cherchait dans les plis de la toile qui couvrait le lit, la lame d'un poignard qu'elle y avait caché.
Euric s'en aperçut, et lui dit avec sa raillerie accoutumée: — Je sais tout ce dont tu es capable, Sathaniel, et tu vois qu'en prenant des armes pour venir passer près de toi la première nuit de nos noces, je l'avais bien jugée. Je le connais, Sathaniel, et je vais te le prouver mieux que tu ne le penses. Lorsque tu disais à ion amant, que ton amour pou> lui t'avait fait oublier les saints devoirs de la pudeur, ton amant feignait de te croire, et toi, le voyant si candide et si facile à tromper, lU as jugé qu'il était aisé d'en faire un époux; tu as pensé que l'amour m'aveuglait; tu n'as pas compris que je ne pouvais ignorer ce que tout le monde sait si bien, et que je n'acceptais si facilement le vole d'amant trompé, que pour tromper les regards
Sli
SATHAMLL.
qui m'observaient. Je n'ai pas réussi ; el ce que tu comptais oLlenir de ma faiblesse, lu me l'as lait imposer par la violence : on l'a donné le nom de mon épouse. Tu le garderas donc jusqu'à ce que je puisse te l'ùler.
,— C'est là ton projet? dil Salhaniel.
— Tu vois que je suis franc, que je ne te cache point mes desseins, el il en est un dont je dois l'instruire el que j'espère mener à bonne fin, quoiqu'il soil peul-êlre le plus difficile de tous. Tu as voulu le nom de mon épouse, tu le garderas, le dis-je, el lu le garderas sans tache ; lu le garderas sans qu'aucun de ces charmes qui le fout si vaine, puisse le servir à rendre moins pesant le fardeau que lu as choisi. Je sais qu'il ne manque pas parmi les nobles visigoths, et jusque dans ma famille, de beaux jeunes gens qui ne demanderaient pas mieux que de te consoler des ennuis d'un si triste mariage ; mais, à partir de ce jour, j'ai juré de fermer la porte de ma maison sur noire bonheur.
— Je ne crains point la solitude, dil Sathaniel.
— Sans doule, reprit Euric, la solitude n'est pas une si bonne gardienne qu'on ne puisse quelquefois y introduire un amant en l'absence de l'époux : aussi je t'ai choisi un compagnon qui tiendra dans cette chambre la place que je devrais y occuper.
— Soit, dit Sathaniel ; mais, dis-moi, es-tu bien sûr de la femme que lu as choisie? Et puisque tu me connais si bien, n'as-lu pas prévu que j'ai assez de larmes feintes pour la tromper et l'allendrirî
— Fussent-elles véritables, répondit Euric avec une expression cruelle, et j'espère qu'un jour elles le deviendront; fussent-elles vraies et sincères, le compagnon que je le donne a un cœur de glace que toutes tes douleurs n'amolliront pas.
En disant ces paroles il frappa à une porte, el un esclave noir entra dans la chambre de Salhaniel. Elle se rejela dans son lit en s'écrianl:
— Quoi ! c'est cet homme qui doit me garder?
— Oui, dit Euric, en riant; voilà le conqwgnon que je t'ai destiné, •et il est assez hideux pour que lu ne tentes pas de le séduire.
— Et si je le tentais? s'écria Salhaniel, révoltée de l'insolence d'Euric.
— Essaye, répondit celui-ci avec un rire méprisant. Puis il ajouta après un moment de silence :
— Eunuque, je t'ai commandé de rester debout au pied du lit de ta maîtresse et de la garder l'œil ouvert sur elle ; demande-lui si elle a une meilleure place à l'offrir.
En disant ces paroles, Euric fit un gesle pour s'éloigner, et Sathaniel s'écria :
— Tu sors ?
— Oui, répondit-il : je vais chez le comte Bold demander à la belle Alidah, de me garder son amour.
— Eros, ajouta-i-il en s'adressant à l'eunuque, songe que celte femme est la mienne.
Alors il quitta la chambre ot Sathaniel demeura seule avec l'eunuque, qui alla se placer debout au pied de son lit, en attachant sur elle son regard insolent. Salhaniel abaissa d'abord ses paupières sur ses yeux comme un voile devant ses pensées, et durant près d'une henie elle se tint immobile. Renfermée en elle-même, elle y discnia sa vie, et ne sembla s'éveiller de sa reflexion que lorsqu'elle eut à commeneer la lulle. La première chose qu'elle aperçut fui le regard implacable de l'eunuque, Sathaniel le supporta avec un calme singulier, elle sembla mesurer ce qu'il avait de force; puis, après avoir laisse échapper un sourire de mépris, elle fixa à son tour sur l'esclave ses yeux qui semblaient être doués de la pnjssanle fasi^ination des serpents de l'.M'rique, et vit bientôt le regard d'Érosse troubler et se baisser devani le sien.
Elle sourit.
L'eunuque s'éloigna et se posa à l'autre bout de la chambre ; de là il osa lever les yeux sur Sathaniel, el retrouva les yeux de Salhaniel attachés sur lui. Il en sortait comme une llamnie sinistre qui dévorait. Ces yeux semblaient avoir la profondeur d'un abime. On prenait le vertige ella peur 'à les regarder. Dix fois Eros voulut éviter ce regard qui vibrait comme une étoile; et dix fois il fut ramené par une force invincible à chercher ce regard qui le fascinait et semblait l'enlacer comme les plis d'un reptile. Dans un dernier efi'ort, il saisit le flambeau qui éclairait la chambre et l'éleignil; et alors il osa rouvrir ses yeux qu'il tenait fermés; mais alors, au milieu de l'obscurité, il vit reluire les yeux do sathaniel comme ceux d'un tigre ou d'un démon. Sathaniel entendit ses dents claquer de frayeur el son corps trembler d'épouvante, el elle murnuna :
— Euric, Euric, prends garde; mes regards fonl naître la terreur comme l'amour: ce n'est pas vrainenienl que je m'appelle Sathaniel.
Cependant Tlieodoric avait quitii' le luilais de son frère el il regagnait le château Narhonnais, accompagne d'esclaves armés de torches. Il marihail en s'appuyanl sur le bras de Léon et causait avec lui en se félicitant du succès que ses mesures avaient obtenu.
— Il nie semble qu'Euric, lui disait-il, a été admirablement pris dans tous les pièges qu'il nous avait tendus.
— Oui. dit l.éon, la réussite a éié complète, et un seul'our a suffi pour perdre à jamais tous vos ennemis.
— Vraiment, dit le roi, le plan de mon frèr-e Euric était assez habile, el il nous a merveilleusemt servi ; lorsque j'ai appris que son mariage avec Salhaniel cachait ses projets d'union avec la fille de Bold, sa ruse m'a semblé assez adroite.
— Elle n'est pas nouvelle, dit Léon (68); et Eulrope , le premier eunuque d'Arcadius, s'en servit, ilyaà peu près un siècle, pour substituer la belle Eudoxie à la fille du premier ministre'Ruffin. Tandis que celui-ci attendait le collège impérial qui devait prendre sa fille et la conduire ù l'église, Eulrope s'arrêta devant la maison de la belle Eudoxie, la revèlit de la robe nuptiale et de la couionne d'impératrice, et la conduisit en triomphe au palais el au lit d'.Xrcadius ; il en eût été de même, si ton frère n'eut pas été obligé d'annoncer publiquement son mariage; el tandis que Salhaniel l'eût attendu, sans doule Alidah eût pris sa place dans le cortège nuptial.
— Et il en a été de même, reprit Tbeodoric en riant : j'ai trouvé la ruse de mon frère si excellente, que je m'en suis servi, el Salhaniel a remi)lacé Alidah. Mais j'ignore encore tout le résultat de celle journée, et il le reste maintenant à m'apprendre ce qui est arrivé chez le comte Bold, car Gandoin a dû t'en instruire.
— D'après votre ordre, Gandoin se détacha du cortège et entra dans la maison du comte Bold, à la tête de quelques soldats; il trouva le vieillard cloué pour ainsi dire à sa place par la coUre et le desespoir. Sa stupéfaction était si giande qu'il n'entendit pas l'ordre que Gandoin donna aux esclaves de rejoindre la marche du cortège. Alidah, que la présence de Salhaniel n'avait point frappée au milieu de son pro|)!'e désespoir, Alidah, qui ne comprenait lien à la stupéfaction de son père, poussa un cri d'efl'roi en apercevant Gandoin. simaginant qu'il venait la chercher pour la mener à l'église. Elle crul que tout espoir élaii perdu pour elle, el, se raltacliani à la dernière chance de^alutquelu lui avais olTerte, elle se précipita hors de la maison de son père, monta dans la baslerne qui laiiendait ; el, selon les ordres, le cocher mit aussitôt ses chevaux au gal»p et l'emmena hors de de la ville.
— Tu es sûr de cet homme, n'est-ce pas? dil le roi, cl il la conduira directement au monasière de Barlhélemi qui doit la tenir cachée jusqu'à ce que j'aie décidé de son sort.
— Le cocher exécutera fidèlement tes internions.
— Et Firmin, reprit le roi, a été sans doule arrêté par Gandoin.
— Ce n'est pas Gandoin qui l'a arrête. Au niomenl oii Alidah s'est enfuie, il s'est élancé pour la suivre; mais le vieux Falrik l'a retenu ; Firmin a voulu se débarrasser de lui el^ essaye de le frapper de sou poignard ; mais Falrik ne lui en a pas donne le temps el l'a renverse d'un coup d'epée.
— Ainsi, il est mort! s'écria Théodoric en s'arrètanl soudainement.
— 11 est blessé assez légèrement pour qu'on-ail pu le transporter dans la prison où il doit demeurer, comme accuse du projet de meurtre sur la personne du prince Euric.
— Blessé! reprit le roi; profondément aballu : il faudra donc que ce sang coule toutes les fois que mon trône sera en danger! blessé! l'épéla-t-il en poussant un long soupir. Tu iras voir ce jeune homme, Léon ; tu lui donneras les secours les plus empressés; tu lui diras que son arrestation n'est qu'une mesure de sùrele ; lu lui diras qu'Alidah est sauvée et que tous deux ils recouvreront leur liberté, s'ils veulent quitter les Gaules et aller se cacher dans quelque contrée éloignées
— Ne doute point qu'il n'accepte avec reconnaissance ; menacé qu'il est pour un crime que la loi punit sévèrement ; séparé d'Alidali, le sort que tu lui ofl'res dépassera de beaucoup les espérances qu'il peut encore concevoir.
— Que Dieu liisse qu'il en soit ainsi ! dit Théodoric, et je n'aurai plus rien à lui demander; car j'ai mis un terrible frein aux ambitions
(68) C'est à Zûzime (I. ï, p. 299) que nous devons l'histoire de la subslilulion de la belle Eudoxie à la place de la liile de Ruilin par l'eunuque Eulrope.
Tandis que le préfet Ruilin rassasùiil à Anlioohe sa venseance implacable, le grand chambellan Eulrope, à la l^te des eunuques favoris, travaillait secièlemenl h détruire sa puissance dans le palais de Cnnslanlinople. Ils découvrirent qu'.trcndius n'avait point dinclinalion pour la tille de Kullin, et que ce n'i'iait point de son aveu qu'elle lui était destmie pour l'pouse. Les eunuques subslituJrent à sa place la belle Eudovie, tille de Baulo, giîni'ral des Francs au service de Rome, qui avait M rlev. c, depuis la luorl de son pke, dans la famille des lils de l'romolus. Le jeune empereur, dont la chasteté était encore mtacle, giàce aui soins vigilants d' Arstne, son gouverneur, écoulait avec l'i'motion du désir les descriptions séduisantes des charmes d'Eudoiie ; son portrait acheva de rcnllammer, et le faible .-Vrcadius sentit la nécessité de cacher ses desseins amoureux ù un ministre intéressé à les combaUre. Silr de toulapr^s I arrivée de Ruflin, la cérémonie du mariage de l'empereur fut annoncée au peuple de Constantinople, qui se prépara à célébrer par de vives et mensongères acclamaUons les noc.sde la tille de RuITin. Une suite brillante d'eunuques el dolliciers sortit des portes du palais, portant à découvert le diadème, les robes el les ornements précieui destinés à l'impératrice. Les rues où celte procession devait passer étaient ornées de guirlandes et remplies de spectateurs; mais quand el c fut vis-à-vis de la maison des lils de Promotus, le premier eunuque y enira respectueusement, revêtit la belle Eudoiie de la robe nuptiale, et la conduisit en U-iomphe au palais et au lit d'Arcadius.
SATHANIEL
qui s'agitaient autour de moi : Euric, l'époux de Satlianiel, n'est pas im roi que l'orgueil des Visigoths accepte désormais ; Alidah et Firiiiiiieiiiporleroiit dans leur fuite, elle, les droits déshonorés de la faiiiiUe des Dalles, lui, les droits incounus d'un descendant de Tliorisniuud, elle vieux comte Buld ira cacher, dans le fond du château que je. lui reiidi'ai bien volontiers, l'ambition qui lui a fait perdre sa lille et qui l'a perdu lui-même.
— Oui, dit Léon, chacun de tes ennemis particuliers est désarmé ■ mais II reste encore contre loi le mécontentement delà nation qui se latigue du repos où tu la liens.
— Eh bien I dit Théodoric, que demain, au point du jour, on proclame dans toute la ville que la guerre va être déclarée, et demain ajouta-t-il avec un accent de triomphe, demain je serai tranquille. '
Lomme ils parlaient ainsi, ils arrivèrent devant la maison du comte liotd; elle était sombre et silencieuse, et par un instinct de respect pour le malheur d'un vieillard, l'escorte du roi, qui jusque-là avait entouré d'une conversation bruyante et animée l'entretien discret du roi et de Léon, lescorte devint silencieuse et passa à petit bruit devant cetlK maison.
Lorsque le roi arriva devant la porte, il s'arrêta un moment pour la considérer, et il ne put s'empêcher de dire à Léon :
— L'orgueil de ce fier comte doit bien souffrir à cette heure : déchu de ses esper;iiices, abandonné par sa lille, quel suijplice il doit souf- * I humiliation et le remords I
A peine avait-il prononcé ces paroles que cette porte s'ouvrit et que Bold sortit ayant Kalrik et Dicenée à ses côtés.
— Roi, lui dit-il, je t'attendais, j'ai à te demander justice.
-; Viens demain à la pointe du jour, dit Théodoric, et tu seras .admis a plaider la cause comme tous mes autres sujets. •
— Demain au point du jour, il sera trop tard, reprit le comte Bold et c est sur I heure^ue je te demande la justice que j'attends de toi!
— Lela se peut, repondit Théodoric sévèrement, mais ce n'est pas 1 heure oïij ai coutume de la rendre, et lu attendras.
— En ce cas, dit le vieillard, j'en appellerai à un roi plus puissant que loi ; car sa justice veille la nuit comme le jour : j'attendrai ma vengeance de Dieu.
— Elle viendra, dit une voix railleuse qui se mêla à l'entretien • et presque aussitôt Euric parut à côté du comte Bold, qui se recula en tirant son épee, lorsque le prince Euric répondit froidement :
— Entrons dans ta maison, comte Bold, et là je t'apprendrai à oui la vengeance doit s'adresser.
Et, sans aiiendre, il franchit le seuil de la maison, le comte Bold le suivit, la porte se referma, et Théodoric se remit en marche.
Un moment après le roi était dans son palais, dévore de nouvelles inquiétudes, malgré tous les succès qu'il venait d'obtenir ; et après deux heures dentrelien, Léon, demeuré avec lui, ainsi que Gandoin lin disait: '
— Ainsi Ion frère ne se tient pas pour battu, et il va sans doute nouer de nouvelles intrigues et de nouvelles conjuraticns?
— Oh! s'écria Gandoin, rien ne te fera-t-il ouvrir les yeux, Théodoric ■? ne comprends-tii pas que ta sûreté est au prix de sa mort ? et ton Irere ne t'a-t-il pas assez bravé pour qu'enfin tu lui imposes un silence éternel ?
Théodoric secoua lentement la tête, et répondit encore avec une prolonde tristesse :
— Non, Gandoin, je ne le frapperai point comme j'ai frappé mon frère Thorismond.
— Eh bien 1 ce sera lui qui te frapperai s'écria Gandoin.
— Qu'il le fasse s'il l'ose, lui qui ne sait pas ce que c'est que le remords ; moi qui le connais depuis de longues années, je ne l'oserai pas. Je lutterai pour mon trône; mais je ne tirerai point l'épée.
— Mais à présent, reprit Léon, à présent que Kamal, pour échapper à la vengeance d'Euric, s'est relire avec le Bagaude Armand dans les montagnes des Pyrénées, tu n'as plus personne pour surveiller les projets de ton frère.
— Qui sait ? dit Théodoric, il me reste une espérance.
— Laquelle?
Comme Théodoric allait répondre, le chambellan qui veillait nuit et |0ur pour avertir le roi de ce qui se passait autour du palais, vint le lirevenir qu'un esclave demandait à lui parler sur-le-cbamp.
— Qu'il entre 1 s'écria Théodoric.
Le chambellan introduisit un nègre vêtu de blanc.
— De quelle part viens-tu, eunuque ? lui dit le roi.
— Je viens de la part de Sathaniel, répondit celui-ci.
Un sourire de triomphe passa sur le visage du roi; les ministres se regardèrent d'un air surpris, et Théodoric, devinant leur nensée leur dk tout bas :
— Cela vous étonne ? un jour je vous dirai l'histoire de Sathaniel • du moins vous dir^-je celle que je l'ai entendue raconter, et vous comprendrez comment en une heure elle a trouvé un complice dans l'esclave le plus dévoué de son mari.
— Oui, repartit Léon d'un air incrédule, je sais qu'elle se dit mancienne. °
— Et je jurerais qu'elle l'est, dit Gandoin ; le jeune Frédéric en est déjà e|)ris.
— En effet, ajouta Léon, je crois qu'elle est magicienne, comme toutes les belles lemmes le sont, pr^ès des jeunes gens.
— Eh bien I prudent Léon, dit Eros, que Dieu te garde d'un entretien avec Sathaniel I