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I. LES DEUX PÈRES

Narbonne était donc au pouvoir de Théodoric; durant le premier mois, et tant qu'avait duré l'ivresse de celte conquête, Euric avait été, pour ainsi dire, complélement oublié par les Visigoths. L'histoire de son mariage et de la fuite d'Alidah qui, quelques semaines auparavant, avait si vivement occupé tous les esprits, semblait une chose passée depuis si longtemps qu'il ne dût plus en être question. C'est â peine si l'on s'informa connncnl le comte Bold avait reirouvé Alidah, quel accueil il lui avait fait et quelles espérances pouvaient conduire tous les jours Euric auprès de cette jeune lille.

A l'exception de Erèdèrii\ personne ne prenait souci de la retraite absolue dans laquelle le priiu'C continuait d'enfeimer Salhaniel, et les Visigoths voyaient d'un œil inditferenl le vieux llaben-Moussi debout près du seuil du palais où son fils et Salhaniel languissaient esclaves.

'Tous les matins le vieux Maure venait se placer à la porte d'Euric, attendant la sortie du prince pour se montrer à lui et lui demander d'une voix suppliante la permission de voir encore une fois sa fille. Tous les jours Euric sortait et repoussait implacablement la prière du vieillard, et se rendait ù ses yeux dans le palais d'Hernie où le comte Bold habitait avec Alidah.

Celle-ci, séparée du saint évètpie qui l'avait soutenue et dirigée, allendait le malheur avec celte in.sensibilité qui nait du désespoir. En clfei, son père et Euric ne dissinuilaient point devant elle leurs nouvelles espérances. Euric n'abandonnait pas son dessein de faire rompre son mariage avec Salhaniel, cl, une fois ce mariage rompu, il reprenait ses projets d'union avec .Midali. Depuis longtemps le comte Bold avait expli(pié â ses amis la fuite de sa fille par la présence de Salhaniel dans le collège qui devait conduire à l'église l'épouse d'Euric. On avait facilement cru qu'un si sensible outrage eût égaré celle jeune tête ; et, quoique le comte Bold dût penser pour sa part que

l'amour d'Alidah pour Firmin et^t été la première cause de cei actj désespéré, il imposa, pour ainsi dire, à sa fille 1 excuse ipie iui-niéine avait imaginée, et repoussa, dès l'abord et avec une telle violence, toutes les larmes d'Alidah que, malgré sa résolution, elle n'osa lui faire l'aveu complet de sa faute.

Peul-êire, si le vénérable évêque Herme était resté près d'elle, peut être ses conseils on sou iiilerveiilion l'auraient-ils arrachée à l'horri ble incertitude qui tenait son âme; peut-éire l'eùt-il poussée à faire ce fatal aveu, peut-être s'en fût-il chargé hii-niême, et peut-être eûi-il amoni le coup qui menaçait Alidah en se menant entre elle et lui ; mais Herme était à Toulouse ainsi que lîarihelemi.

Théodoric, a qui sa polilique modérée ne permettait pas de persécuter ouvertement la religion catholique , avait poussé Ihabileté jusqu'à accuser Ueriiie aupi'ès du pape Urbain , en se faisant, lui \isigoih el aiien, riiitermediaire des plaintes de Narbonne cpnire son |iriinai. Une question de discipline relative à la pénitence de Barlliéleuii, i|ui relevait de l'évèque caiholique de Toidouse, avait servi do prèlexle à celle accusation, et avail permis à 'Théodoric d'éloigner de Narbonne l'hounne dont l'innueiice cl le caractère auraient pu contrarier ses projets, .Ainsi donc, Alidah était restée seule : tout lui manquait jusqu'au Bagaude Armand lui-même, dont depuis plus d'un mois on n'avait pas eu de nouvelles.

Cependant les conseils de l'évèque avaient assez frudilje dans le cœur d'Alidah pour qu'elle n'eût pas hesiié à faire l'aveu de sa position si sa vie seule en eût dépendu ; mais Firmin était dans les prisons de Toulouse. Pour Alidali, s'accuser c'était l'accuser, braver la mort c'était l'appelersur sa tête, el .\lidahse taisait pour Firmin plus (pie pour elle. In autre sentiment naissait aussi dans le cœur de celte enfant de seize ans: Alidah prévoyait le jour où elle serait mère; .\lidah avait accepté de ne plus revoir Firmin dans ce monde, mais elle avait compté garder l'enfant qui allait naitre : femme saus mari, elle ne voulait pas être mère sans enfant.

SATHANIEL

S;ivait-clle d'ailleurs si on le lui laisserait dans le cas où elle ne pniii'rait cacher sa naissance; savait-elle mémo si on le laisserait naître, el si le coup dont ou la frapperait n'anéantirait pas deux existences que la vie n'avait pas encore séparées? Alidali gardait donc son secret.

Heureusement pour elle, les regards ambitieux de son père, sans cesse fixes s\ir ce trône ou il voulait asseoir sa fille, ne s'en détournaient que pour voir la douleur qui la consumait près de lui. 11 ne s'occupait qu'à nouer de nouvelles intrigues, qu'à blâmer incessamment les actions du roi et à rehausser le mèiile et le courage de son gendre futur.

Ainsi Theodoric, pour faire cesser la destruction brutale des plus riches monuments, avait nomme des officiers chargés de leur conservation, et cette mesure avait été taxée de honteux ménagements pour les vaincus (99). En efl'et, l'esprit de destruction est chose si naturelle à l'enfance des peuples connne à l'enfance des hommes, qu'il faut que les peuples soient déjù vieux dans la vie sociale, et les hommes dans leur vie personnelle, pour comprendre que la destruction n'est point un signe de force, mais pluiù! un signe de faiblesse, et qu'il faut un bras plus puissant pour édifier que pour détruire.

Celte barbarie des peuples conquérants qui s'ach;u'naient sur les monuments romains avait cela d'irrelleclii et de stui)i(le, qu'elle brisait également les choses qui lui étaient ennemies ou indifférentes, et celles dmit l'usage semblait le plus la charmer.

Ainsi voyait-on les soldats visigoths entrer dans les bains publics, s'y faire servir avec toutes les exigences d'un insolent Romain, puis briser brutalement la baignoire de marbre dans laquelle ils venaient de se plonger. D'autres fois, ils prenaient leurs repas sur des tables maiinitiques, et, le repas achevé, ils dispersaient les tables et les ustensiles qui leur avaient servi.

Theodoric voulut mettre un terme à cette destruction inepte, et prononça des peines sévères contre ceux qui briseraient les monuments publics ou qui iiilleraient les provisions amassées dans les caves et dans les greniers de la ville. Os ujesures excitèrent assez de mécontentement pour que le comte Bold trouvât occasion de renouveler contre Theodoric ses éternelles accusations d'amiiié pour les Romains et d'indulgence coupable pour eux. Bientôt on oublia que c'était au roi que l'on d'evait la prise de Narbonne, et, grâce aux clameurs de Bold, on se rappela avec quel héroïque courage Euric avait préparé cette concpiète. Déjà tous deux avaient repris leurs allures hautaines et leurs insolentes bravades, lorsqu'une scène étrange, arrivée à la porte du palais d'Euric, précipita des événements qui, sans doute, avaient été préparesdans l'ombre, mais dont l'accomplissement aurait pu être beaucoup plus éloigné.

Comme nous l'avons dit, Haben-Moussi passait la plupart de ses jours sur le seuil du palais d'Euric. Aussi implacable dans sa douleur que le prince dans sa vengeance, le vieillard le poursuivait de ses cris *t de ses prières ; il les adressait également à tous ceux qui entraient dans celte maison ou en sortaient. Esclaves ou amis d'Euric, il les abordait tous en ofi'rant aux uns de l'or pour le conduire près de sa fille, en se mettant aux pieds des autres pour qu'ils attendrissent Euric en sa faveur.

Comme partout et comme toujours, ce spectacle avait d'abord intéressé ceux qui en avaient été témoins; puis, quelque temps après, il leur était de\enu indifférent; et un mois n'était pas écoule, qu'Haben-.Moussi, importun à tout le monde, était traité de vieillard imbécile, et qui avait bien mérité ce qui lui arrivait.

Les hommes sont ainsi faits ; la persistance dans le crime finit par l'excuser ù leurs yeux.

Si, au bout de huit jours, Euric s'était laissé toucher par les prières d'Haben-Moussi, on eût trouvé qu'il avait attendu bien longtemps. Il fut implacable, on jugea qu'il avait raison. Cependant une circonstance, qui ne s'était pas encore présentée, donna à une de ces scènes journalières un caractère providentiel.

In malin, le comte Bold, appelé chez Euric pour une affaire pressante, se rendit près de lui ; au moment de pénétrer dans la maison il fut arrêté par Haben-Moussi.

— Comte, lui dit le vieillard, voilà longtemps que je t'attendais.

— Moi?

— Toi ; car de tous les amis d'Euric, tu es le seul qui puisse me comprendre... Tu as une fille, comte Bold !

— Oui, repartit celui-ci en se reculant dédaigneusement d'Haben Moussi; oui, j'ai une fille qui est mon amour el ma gloire, une fille aussi pure qu'elle est belle, aussi chaste qu'elle est aimée.

— Dieu soii béni, qui te fait ainsi parler de la fille ! répondit le vieux Maure; celui qui voit son enfant avec des yeux si favorables, celui qui dans son cœur la met à une place si haute et si sacrée, doit comprendre l'amour d'un autre père pour la fille qu'on lui a ravie; il doit comprendre son désespoir et vouloir le secourir. Je t'en supplie, comte Bold, je te le demande au nom de cette enfani pour qui lu as tant d'amour ; obtiens du prince Euric que le vieux Haben-Moussi

(no) Ce ne fut pas le Theodoric qui parait dans notre roman qui prit ceUe mesure, mais ie Thi^odoric, roi des Ostrogolhs, maître de l'Italie. .l'ai altribué ce trait au roi des Visigollis, moins pour lui en faire un honneur personnel que comme caractérisant l'esprit de cette race, mal à propos regardée comme complttemenl barbare.

voie encore une fois sa fille Sathaniel, et les paroles d'un vieillard appelleront sur loi et sur ton enfant les bénédictions de Dieu, et le supplieront de détourner de loi sa colère.

A cette proposition, le comte Bold avait mesuré le vieillard d'un air menaçant, et celui-ci n'avait pas encore fini, que déjà le comte murmurait avec colère les noms détestés qu'il venait d'entendre prononcer.

— Sathaniel! disait-il; Sathaniel ! Haben-Moussi! répéta-t-il avec fureur; cet exécrable vieillard et cette femme insolente 1 Ah! périsse lilutôt ma maison que de ne pas les poursuivre jusqu'au dernier jour de ma vie ou de la leur !

— Comte ! s'écria Haben-Moussi avec un accent déchirant, rétracte ces malédictions; quand j'ai paru devant Theodoric, je souffrais plus que lu ne souffres, et je n'ai pas voulu l'offenser; ma fille n'a point enlevé le prince Euric à l'amour de la fille :'c'est Alidah plutôt qui enlevait son époux à Saihaniel.

— Misérable! répondit le comte Bold en le repoussant, tu oses associer le nom impur de Sathainel avec le saint nom d'Alidah! tu oses mettre tes interéis à côté de l'honneur du comte Bold; retire-toi si tu ne veux que je punisse ton insolence.

— Eh bien ! soit, reprit Haben-.Moussi, vieux soldat accoutumé à l'obéissance envers les Visigoths ; mercenaire qui s'était toujours senti, même dans sa liberté, au-dessous de ceux qu'il avait servis ; âme sans ressort, à qui le malheur même n'avait donné d'autre dignité que la persistance de sa douleur; eh bieni soit, dit le vieillard, j'ai eu tort de placer le nom de Saihaniel ù côté de celui d'Alidah, j'ai eu tort de rappeler au comle Bold les droits de la fille d'Haben-.Moussi ; pardonne -le-moi et ne me repousse pas. Fais que je voie ma fille, je t'en supplie, une heure pour la voir encore et l'embrasser ; je ne te demande qu'une heure ; et, s'il le faut, je te promets de quitter cette place et de n'y revenir jamais. Je délivrerai P.uric de ma présence et de mes sollicitations ; mais une heure, je t'en supplie, encore une heure; demande-la, obtiens-la, et, si le ciel est juste, elle le sera comptée comme une vie toute entière de vertu, pour avoir écouté la voix d'un vieillard qui pleure, el secouru le désespoir d'un père qui prie.

En parlant ainsi, le vieillard s'était approché du comte Bold; il avait saisi le bord de son vêlement et le retenait en le suppliant avec des cris et des larmes. Déjà quelqties personnes s'élaieul amassées autour de ces deux hommes, lorsque le comle Bold, repoussant violemment le Maure, lui cria en le renversant presque à ses pieds :

— Laisse-moi, pour que je ne te fasse pas chasser d'ici comme un esclave, eu attendant qu'on chasse ta fllle comme une prostituée.

Comme le comte Bold prononçait ces paroles, la porte du palais d'Euric s'ouvrit, et plusieurs personnes en sortirent lumultueu.'-ement. A leur tète était Mascezel qui, s'approchant du comte Bold, lui répéta ces paroles d'une voix altérée par la colère :

— Toi ! faire chasser mon père comme un esclave, tu ne l'oserais pasi

A peine Mascezel lui avait-il parlé , qu'une voix impérieuse lui répondit:

— Mais je l'oserai, moi 1

Celait Euric qui, attiré par le tumulte qui se faisait à la porte de sa maison, avait reconnu la voix d'Haben-Moussi et du comte Bold et avait voulu mettre un terme à celte scène scandaleuse. Mais la colère qui s'empara de lui en entendant la réponse de Mascezel ajouta encore à cet éclat, el en fit un spectacle honteux pour celui qui l'avait provoqué et pour celui qui n'avait pas su y mettre un terme.

A ce mot : (f Je l'oserai, moil » prononcé par Euric, Mascezel avait répondu avec une imprudente violence :

— Tu l'oserais, si tu le pouvais ; mais, grâce au ciel, cet homme est libre, il a droit de rester à cette porte et d'y crier à tous ceux qui passent: « Voilà la maison oU un maitre sans pitié torture une femme sans défense. » Oui, continua Mascezel, la pâleur sur le front; oui, tu voudrais chasser cette voix qui crie et te déshonore ; mais tu ne le peux pas.

Un murmure sourd et approbateur parcourut le cercle de curieux qui, accourus de tous côtes, entouraient le seuil de la maison d'Euric. Celui ci garda un moment le silence, comme pour laisser à lout le monde le temps de bien prêter attention à ce qu'il allait dire, puis il se retourna vers l'intérieur de sa maison en tendant la main, et s'écria d'une voix sourde :

— Un fouet 1

X ce mot, la foule tressaillit. On crut qu'Euric lui-même voulait chasser le vieux Haben-Moussi, et un murmure de méprisse fil entendre de tous côtés. .Mais ce sentiineiil fil bieidôt place à une terreur douloureuse lorsque Euric, s'approchant de M;iscezfel, lui lerniit le fouet d'une main, et, lui désignant son père de l'autre, lui cria avec rage :

— Esclave, chasse cet étranger.

Mascezel se recula avec plus de surprise encore que d'horreur, car il ne pouvait comprendre ce qu'il entendait.

— Chasse cet étranger, lui répéta Euric avec fureur et en levant sur lui son poignard; que le fils frappe le père ou que le père voie

SATIlANlIiL.

mourii' !e (ils Insolents qui m'avez bravé, choisissez maintenant ! Mascczel, immobile devant Euric, les yeux fixes, la mort pour ainsi (lire suspendue sur la lètc, leva la main d'un air égaré coninie pour saisir le fouet • Euric le lui remit; mais, comme si cet horrible contact eût brûlé Mascczel, il sembla s'éveiller tout à coup, et s'écria en brisant le fouet dans ses mains :

— Eh bien donc, tue-niûi! • ,•,■ . r. Le poinnard était levé sur Mascezel quand un en déchirant se ht

entendre devant eux; une femme s'élança entre le maître et l'esclave :

c'était Sathaniel I ,.,.„.,..•.■,

Son aspect lit reculer Euric lui-même. Jamais 1 indignation ii avait revêtu un caractère si saint de grandeur et de beauté ; l'expression du visage de Sathaniel était si hautaine, qu'Haben-Moussi lui-même oublia qu'il était venu pour voir et embrasser sa lille; et, comme les autres, il demeura muet et immobile ;i l'écouter.

— Ah! s'écria-t-elle, en se idaçant devant Euric; tu peux chasser le vieillard et tuer l'esclave; mais tu ne peux pas chasser la lille du vieillard, ni tuer la sœur de l'esclave, car tu sais que tu paierais de ta vie la vie de Sathaniel, et lu n'es pas assez brave pour payer la vengeance d'un prix si élevé. Je viens donc me placer entre toi et mon frère, entre loi et mon père ! Voyons, ose ordonner à tes esclaves de me chasser, moi, ou de me tuer!

Un cri unanime d'approbation retentit dans la foule. Euric promena autour de lui des regards furieux; ses joues tremblaient de rage, et peut-être allait-il se'porter à quelques violences, quand Salliaiiiel lui prit brusquement la main. Euric tressaillit comme à l'attiuK linnent d'un être tout-puissant, et Sathaniel, se iienchant vers lui, ajouta à voix basse, avec un regard qui semblait dire à son époux : souvienstoi de ce que je suis, souviens-toi de ce que je peux :

— Euric, attends encore quelques jours avant de me forcer à dire qu'il n'y a plus que haine entre nous. Euric, je ne t'ai pas encore revu depuis la première nuit de nos noces, et il ne faut pas que toi et moi nous engagions une lutte à mort sans nous être revus encore une fois. Euric continua-t-elle en baissant encore la voix, mais tu es donc insensé'l Quoi 1 tu veux être roi, et tu te déshonores aux yeux du peuple sur lequel tu veux régner? A quelle gloire aspires-tu donc que tu aies besoin du nom des Baltes pour y arriver? quel trône cherches-tu, que tu fondes ton espoir sur les droits d'une lille perdue?

— Qu'oses-tu dire? s'écria Bold, qui avait entendu ces dernières paroles.

— Oh ! malédiction sur toi, s'écria Sathaniel, en se retournant soudainement vers Bold; ohl malédiction sur toi, comte Bold! tu es un infâme; tu as vu un père se traîner à tes pieds et te demander en pleurant de lui faire voir sa fille, et tu l'as refusé ; tu as entendu un maître irrité ordonnera un flls de frapper son père, et toi, qui as vu un tyran insulter ta mère sous tes yeux, tu n'as \>-às demandé griice pour le vieillard ; lu as pensé avec joie que le fouet de l'esclave allait llétrir ses cheveux blancs ; et pour ipie la itirtiue de l'àme lui fût aussi cruelle que celle du corps, tu as ajouté l'insulte a la brutalité, et tu as appelé sa lille une prostituée. Malédiction sur toi, comte Bold ! Regarde bien cette place, où tu as laissé pleurer mon père, regarde bien ie seuil de cette maison où il attend depuis si longtemps, je te jure que tu pleureras à cette place et que lu attendras au seuil de cette porte, et qu'on l'en chassera en te disant aussi : Ta lille est une prostituée!

Euric n'avait rien répondu à Sathaniel : on eut dit (|ue le pouvoir exercé par celte femme sur tout ce qui était près d'elle, et dont il avait jadis subi toute la force s'élail de nouveau emparé de lui. D'un geste sombre plutôt qu'irrité, il fil signe à Mascezel de rentrer, el, s'approchant du comte Bold, il l'enlraîna loin de cette maison, tandis que Sathaniel arrêtait son père sur le seuil du palais en lui disant à voix basse :

— Attendez, mon père, l'heure est venue de notre vengeance, mais l'heure n'est pas encore venue de notre triomphe. Nous nous reverrons.

Ilaben-Moussi s'éloigna, et la foule amassée, se dispersant lentement, alla répandre cette étrange nouvelle par toute la ville. Le soir même le roi Tlièodoric reçut un billet ainsi conçu : « Je l'ai livré la ville de Narbonnc; demain j'irai à ton tribunal M demander la récompense que tu m'as promise. »

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