‹ Ouvrés illustréesChapitre 126 sur 157 · VI. — CONCLUSION · texte numérisé non relu

VI. — CONCLUSION

Huit jours après celui où ce meurtre fut accompli , les funérailles de Tbéodoric furent célébrées a^ec une magnilicence extraordinaire. Grâce à cette habileté que Théoconc avait si bien devinée, Euric fit , pour ainsi dire, une fête de celte pompe funèbre ; son ostentation lit supposer une douleur profonde, et personne n'osa souji- Conner que celui qui rendait de si éclatants honneurs à la mémoire de son frère put être son meurtrier.

L'élection d'Euric se fit le lendemain de cette cérémonie, et le premier acte de justice dont il voulut honore?

son règne fut la punition de l'assassin du roi. Selon la coutume pour les jugements de cette importance , il flt appeler la cause devant tout le peuple assemblé. Euric, toujours soupçonneux , avait entouré son tribunal de ses plus dévoués serviteurs. Ils devaient applaudir à toutes ses paroles et couvrir de leurs murmures celles de Firmin ou de ses défenseurs. Euric avait compris que plus il augmenterait le nombre des juges, moins ceux-ci pourraient entendre la cause qu'ils avaient à juger. Il savait que le peuple est ainsi fait, et qu'il croit avoir été sage et prudent en écoutant une voix dont le son même n'arrive pas à son oreille. Des bruits sourds l'avaient averti que Firmin n'était pas considéré comme coupable par tous les Visigoths , et qu'il devait se présenter des témoignages en sa faveur.

Euric prit donc toutes ses précautions, et quand Firmin parut dans le forum Jovien, où le roi avait établi le tribunal, il se trouva enfermé dans une enceinte de gardes et de nobles qui devaient absorber sa'

"lU

défense m'iLUX que n'eussent fait les murs, si resserrés qu'ils fussent, d'une salle d'audience.

Kui'ic ne coniinença pas toutefois par cette cause, et le premier jugement qu'il iMVO(|ua, fut (-elui qui cassa sou mariage avec Satliaiiiel disparue avec le prince Frédéric. En effet, depuis le moment ou le jeune prince, obéissant au perfide conseil d'F.uric, avait emmené Satlianiel hors de la ville, on n'avait eu aucune nouvelle d'eux. Nulle trace (le leur fuite n'avait pu être découverte ; et cette, ignorance de ce qu'était devenue son épouse, troublait Euiie au sein même du pouvoir qu'il avait enlin conquis. Toutefois, nulle voix ne s'éleva pour la défense de Satliauiel lorsque le jugement qui la concernait fut rendu.

H n'en fut pas ainsi quand l'accusaliou appela Aspar comme meurtrier du roi Tliéodoric. Ee moine BaVtliélemi, qui avait accompagné le jeune prisonnier, se leva en annonçant qu'il essaierait de le défendre. Ikiric attacha son regard perçant sur le moine; il devina que c'était reiinenii qu'il avait à redouter. Il se pencha vers Léon qui était prés de lui, et qui lui parla quelque temps )i voix basse. Un moment après, il commença son interrogatoire.

— Firmin, dit-il, tu es ici sous une double accusation : la première, d'avoir voulu attenter à mes jours, et voici, dit-il en montrant Salomon, celui qui t'accuse de ce projet.

— Il est inutile qui^ cet homme m'accuse, dit Aspar. Je reconnais avoir voulu te sacrilier au salut d'Alidah, et plût à Dieu que J'eusse réussi ! le roi Theodoric ne serait point mort, et la fille du comte Uold ne serait point flétrie par un jugement que tu sais mieux que personne être injuste.

— Tu as raison, répondit Euric, et je le sais si bien, que ce jugement sera cassé ; car nous connaissons maintenant le colipablc. Rassure-loi, Firmin, ton épouse te sera rendue. Mais ce n'est point la cause pour laquelle tu es appelé ; il s'agit du meurtre du roi.

— Qui en accuses-tu ? dit le moine en se levant.

— J'en accuse Firmin, le pupille d'Attale.

— Il n'y a point ici d'homme qui s'appelle Firmiti. Il y a ici Aspar, le (ils de Thorismond.

Le moine éleva la voix en disant celle parole qu'il croyait propre à produire un grand effet; mais Euric répondit froidéhiéni :

— C'est juste, et j'ai eu tort de lui donner un nom tJUi ne lui appartiLMit plus. Oui, contiuua-l-il, ce jeum^^ homme est Aspar, ie fils de mon frère infortuné, qui, égaré par la vengeance, d ft-àppé ThéOlloric. Vous le saviez déjà tous et je ne veux point contester hn nohi qui vous eùl été sacré s'il n'étail dcja souillé par une horrible suite de crimes et de lâchetés. La séduclion'd'une jeuhe lille, respionnage, la délation, les projets de meurtre insolemment avoués, et enfin le ihéiirtre luiniènie. Je ne \iens point nier ce qui est la Vérité, car je vetiS que mon règne soil celui de la jusiice, et c'est pOdr cela que vous ni'avgz choisi. La" nation vislgothe est lasse de ces rois régicides qui traînent ù leur suite une vengeance toujours pl'ète à jeter l'Etat dans les dangers d'une rivalité criminelle; tu as donc raison : c'est Aspar fils de Thorismond, que j'accuse du meurtl-e de Tliéodoric.

— Puisse liieu faire que lu aies raisoli quand tu as dit que lit tiStiOri vislgothe était lasse des rois légicides ! s'écria Barthelemi flVee ilhe autorité si puissante qu'elle étoiltla tous ceux qui pouvaient l'eiltelidle ; car, s'il en est ainsi, roi régiéide, descends de ce trône, vietls à cette place, car moi, je t'accuse il'avoit' assassiné ion frères Vlsigoths, reprit-il en montrant Aspar et ËllHèt voici le roi, et voicI le coupable I i, I

Malgré toutes les précauliOtiS d'Eiifiti, celte accusatiotl §i fOI-lriëlle étonna les Visigolhs, et un murmure pl'Ofond ?e fil entendre : chacun se pencha pour'examiner la figure de ce moine hardi et surprendre le trouille qu'il avait dii causer à Euric. Mais la surprise augmenta encore lorsqu'on vit Euric se laisser aller à un rire iucoiisidél'é. Le brillt qui s'était élevé redoubla; les plus éloignés, voyant rire le Ui'inee et entendant le murmure dont il était enloiiré, se prirehlSt l'l^étle tiiîM, croyant que chacun partageait sou hilarité, et ce tumulte n'était pas calmé qu'Fiiric disait en côniinuaiil à rire ;

9— An I je reconnais ce moine... c'est ce fou qui a failli faire périr Narbonne dans le cirque... c'est Barthelemi... Emiiienezcet liomuie...

Cet ordre parut si étrange, que quelques personnes en témoignèrent leur étounement.

— Fmmenez cet homme, reprit Euiic, et surtout qu'on ne le maltraite point... il est digue de pitié pour le malheur dont il est frappé.

— Je témoigne de la vérité ! s'écria Barthelemi d'une voix retentissanle... j'ai vu le crime... j'étais près du lieu oii il a été commis...

— Ecoulez-le, repiil Aspar, il dit la vérité : c'est Dieu qui l'envoie ici, après l'avoir placé près de l'endroil oii le meurtre s'est accompli. Euric, oui, tu es le meurtrier de ton frère I

— Je suis le roi des Visigolhs, dit Euric en se levant de son siège, et avec un tel éclat de voix, qu'il retentit jusqu'aux extrémités du forum, et je demande qu'Aspar, fils de Thorismond, soil condamné à mort.

— Oui, la mortl la mort ! s'écrièrent des voix lointaines... la mort ! la mortl répéta-l-on de tous côtés, tandis que les plus rapprochés se consultaient.

— La mortl dirent les gardes d'Euric, à qui l'or avait donne

d'avance une opinion. — La mort ! répétèrent ceux que l'ambilioti ou la crainte attachaient à la fortune du nouveau roi,- et bientôt le cri unanime, la mort! rcieutil ij'uiie extrémité a l'autre delà place.

— I.e peuple est unanime, dit Euric, et sou pouvoir est au-dessus du mien. Le jugement est irrévocable, car il est le juge souverain. Aspar, je prononce la peine de mort contre loi.

Un moment après, Firmin et le moine Barthelemi furent entraînés, de l'enceinte des juges, et ils durent à l'effort des gardes qui les entouraient de ne pas être massacrés par la jusiice populaire.

Le triomphe d'Euric était complet, et rien ne semblait devoir le troubler, lorsqu'un bruil lointain se fil entendre, et un hoiiime couvert de poussière, pâle et exténué, parut à l'extrémité du forum ; cet bouiuie, c'était Frédéric. La foule à son aspect se rangea, et le laissa arriver jusqu'au pied du tribunal. La nouvelle qu'il apportait devait .-iiigulièremenl contrarier les projets d'Euric. En effet, il apprit aux nobles \isigotlis, qui entouraient le tribunal, comment son frère l'avait éloigné du palais de Theodoric, où il avait été appelé ; comment lui, Frédéric, avait emmené Salhaniel hors de Narbonne, sur la prière instante de son époux.

Cette lumière, jointe à la déclaration de Barthelemi, éclaira tout à coup les Vi>igoths ; chacun frémit de l'arrèl qui venait d'être prononcé ; inais ils s'aperçurent trop tard qu'Euric était véritablement leur roi et leur maître. Sur un signe, les gardes, qu'il avait placés autour de lui, tirèrent leurs épées et le roi s'enqjiessa de détourner leui'allelition de ce qu'ils venaient d'entendre en demandant à Frédéric Ce qu'il avait fait de Sathanicl.

— Tofi épouse? répondit celui-ci...

— Sathaniel n'est plus mon épouse, repartit Euric en l'interrompant : conllliue toutefois, 61 dis-lhoi ce que tu en as fait?

— Sathalliel, dit Frédéric, est au pouvoir du Bagaude Armand qui, accompagné de quelques-Uns des siens, nous a surpris au munienl où jious venions de quitter Narbonne et presque aux portes de celle ville.

— Salhaniel, s'écria Euric, Salhaniel et le Bagaude Armand! C'est donc la guerre que lu nous annonces?

— Sathaniel ignore ehcoi'e que tu l'as chassée du trône où tu viens de l'asseoir, et moi-même je n'étais pas encore parvenu à m'échapper, quand j'ai appris (|ue notre frère avait été lâchement assassine.

— Et qiiaiid elle le saUra, et qu'elle saura aussi que j'ai brisé le lieu inraiile qui Wa été Imposé, ce sera la guerre, le dis-je, la guerre a\ec cette tioilpe de brigatids qui promèHent partout le meurtre et le pillage; préparez- vous donc à la guerre, compagnons; car, avant de penser à de nouvelles coliqhêles, il faut purger nos états de cette race d'assassins, toujodrs prête il profiter de l'eloignemenl du vainqueur pour susciter la révolte et allumer la guerre civile.

Et, sans en dire davantage, il Se leva et rentra dans son palais, tandis que la foule s'écoulait de lotis côtés, en se rendant aux fêtes et aux jeux qiii ;(Vaient été préparés pour la distraire des graves événements de ce jour.

Par une préiaiilion digne en tout de l'habileté d'Euric, le supplice de Firmin fut retardé jusqu'au moment où il quitta Narbonne; de celte manière il put eninléner avec lui l'immense majorité des Visi'goths en qui la vue du fils de Thorismond pouvait faire renaître des remords et des regrets. Ainsi qu'il l'avait prévu, Armand avait commencé ses hostilités et avait apporté à Euric de justes motifs de s'éloigner pour aller le combattre. Plusieurs corps de Visigoths avaient été surpris et massacrés par les Bagaudes ; plusieurs villages, soumis à la domination des vainqueurs des Homains, avaient été saccagés et livrés aux fiammes. Celle guerre d'exlerminnlion qui avait, à plusieurs reprises; épouvanté la grande république elle-même, recommençait avec toutes • ses fureurs et ses horribles désastres. la nécessite de la faire cesser dètolirna le peuple et les nobles de l'atleutinu qu'ils auraient pu porter iltl sort d'Aspal-, si la paix leur en avait laisse le loisir. Ce fui donc comme un eiimiilél de la plus basse classe du peuple que le petit lils du grand Tliéodoric, le lils du vainqueur d'Attila fit conduit :\ l'ediafaud; et rien n'eût marqué ce jour comme un jour suleniiel, si lih événement imprévu n'était venu ajouter un intérêt puissant à ce .«spftitiule que la population romaine de Narbonne avait suivi d'un œil ihdiffereiit.

Au moment où Aspar s'avançait vers le billot fatal où l'altenda!! la hache du bourreau, une jeune fille conduite et soutenue par un prêtre s'avança au-devant du condamné. T.anl de souffrances étaient écrites sur sa jeune et pâle figure, que personne ne put reconnaître en elle cette charmante Alidah, si fraîche et si suave, que nous avons imii)> trée au commencement de ce livre. Aspar seul pouvait deviner lanl de beautés éteintes sous tant de ilouleur. Pour s'approcher d'elle; il retrouva une force que semblaient avoir épuisée les tortures et les privations du cachot ; il se dégagea des mains qui le tenaient, et la défaillante Alidah passa des bras d'ilerme dans les bras de son amant.

— Toi ici! s'écria Aspar, loi !

— 11 a bien fallu que' je vinsse ici, reprit Alidah. d'une voix monrante, car j'ai vaiiiemeiil frappé à la porte de ta prison ; on n'a point voulu me l'ouvrir.

— Mais tu sais, tu sais, n'est-ce pas, dit Aspar, lu sais que je suis innocent ?

— Je le crois, dit Alidah, et c'est pour cela que je viens le demander

SATHAMKL.

de donner à l'enfant que je porte dans mon sein, et qui naîtra bientôt, le nom d'un noble visigolh.

— Le nom d'un innocent et d'un martyr, dit Hernie. Agenouillezvous, enfants, pour que celui qui va paraître le premier devant Dieu ne soit point accusé d'avoir laissé sur la terre une victime de ses folles passions, pour que celle qui a commis une faute en reçoive l'absolution devant Dieu et devant les bonimes.

Les deux jeunes gens, âmes faibles et tendres, comme toutes celles que l'ambition buniaine brise et écrase dans sa course de fer, les deux jeunes gens tombèrent à genoux sur le pavé, le pieux évéque piouonça la bénédiction nuptiale sur la tète de ces deux mourants, et, lorsque après de si longues traverses, la main du prêtre les eut unis, celle du bourreau les sépara.

Cependant ils ne moururent pas tous deux dans ce jour fatal. Aspar ofl'rit à la hache une tête aussi fatiguée de tous les crimes dont il avait été témoin, que résignée aux épreuves cruelles auxquelles le Très- Haut l'avait réservé.

.\lidah vécut pour voir vivre son lils, et quand ce dernier descendant des Baltes eut atteint cet âge où les soins maternels peuvent être remplacés par ceux de l'amiiie, elle le conlîa au vénérable Hernie et se relira dans une solitude où elle appela autour d'elle les femmes qui n'osaient pas braver les douleurs de la vie et celles qui ne pouvaient plus les suppoiter. Et celte contrée dut à l'infortunée .\lidah le premier couvent de femmes qui y fut établi.

Eurie marqua aussi son passage sur la terre d'une manière bien digne de lui. Après plusieurs mois de guerre contre le Bagaude Armand, reconnaissant enfin qu'il ne pourrait jamais se refidie maître, par la force, d'un homme qui se servait de montagnes comme de forleresses, qui le fatiguait par des combals incessants et imprévus, Euric fit. demander une entrevue au Bagaude Armand, sous ce même chêne royal où ils s'étaient rencontrés tous deux pour la première fois.

Comme la première fois, ce fut Mascezel, que la prudence d'Euric avait retenu esclave près de lui, îe fut Mascezel qui alla porter à Armand le message de son maître, et, comme la première fois encore, ils se trouvèrent face à face sur cette colline ; mais cette fois l'habileté d'Euric trompa la haine du Bagaude.

Cependant toutes les précautions avaient été prises; un nombre égal de guerriers les avaient suivis de chaque côté jusqu'au pied de la colline ; une autre troupe moins nombreuse, mais d'une force égale, les avait accompagnés jusqu'à quelque distance du chêne royal; tous deux étaient sans armes ; mais l'un avait compté sur sa force et l'autre sur son adresse. Et quand .Armand, voyant approcher le prince monté sur son cheval, cherchait à quel endroit et comment il pourrait le saisir, Euric lui lança ce terrible lilet avec lequel les Visigoths savaient s'emparer des bêtes fauves les plus redoutables (lOi). Le nœud fatal se noua au cou du Bagaude, et le prince, ayant de-

(101) Idace parle souvent de ce filet des Visigoths, et Gibbon n'hésite pas à dire qu'ils en Tiisaient une arme contre leurs ennemis. Les Visigoths s'en servaient comme les Mexicains se servent encore aujourd'hui de Blets dans leur chasse de bêtes féroces. Il est donc permis de présumer que les Visigoths s'étant pour la plupart retirés en

tourné son ciieval, entraîna au galop le malheureux qui cherchait vainement à se débattre, et dont les mains crispées labouraient cette terre qui lui, avait appartenu, et y laissaient une longue trace de sang. Quand le prince arriva au pied de la colline, son ennemi était mort, et le peu de Bagaudes qui avaient accompagné Armand, surpris et entourés de tous côtés, s'enfuirent ou tombèrent sous les coups des M.sigoths. Dès qu'ils furent dispersés, Euric monta sur cette colline ilominée par le chêne auquel on disait que le destin des Gaules était attaché ; mais, soit qu'il craignit la vertu magique qui lui était attribuée , soit qu'il voulut le lai'sser debout comme un trophée de son mépris pour la superstition populaire, il y lit suspendre le cadavre d'Armand comme un exemple de sa justice, et la Narbonnaise dut à Euric la première fourche patibulaire. Après celte exécution, il osa passer la nuit et dormir sous ce chêne et sous ce cadavre qui y était pendu : et certes une grande fortune était réservée à cet homme,- ou un instinct de sang devait lui faire deviner les crimes qui veillaient autour de lui ; car, au milieu de cette nuit, quand tout dormait, une ombre blanche se glissa dansHes ténèbres, une femme s'approcha de la couche sur laquelle Euric était étendu, et, tirant un poignard de son sein, elle allait l'en frapper, quand Euric, lui arrêtant soudainement le bras, lui dit d'un ton léger et railleur:

— Sathaniel, je t'attendais.

Ce n'était plus Sathaniel éblouissante de beauté, qui avait subjugué tant de nobles cœurs, c'était une femme misérable, que le Bagaude .-Vrniand avait traînée sous des haillons à la suite de ses courses aventureuses. Euric la considéra à la lueur du flambeau de résine qu'il venait d'allumer.

— l'uisque tu as tué tous tes ennemis, lui dit Sathaniel, pourquoi ne m'as-tu pas déjà tuée? il y a place pour ma tête sur l'échalaud d'Aspar, il y a place pour mon cadavre sur cet arbre où ta main royale fait naître de si nobles fruits.

— Non, dit Euric, tu ne mourras pas, car je t'ai aimée. Demain, accompagnée de ton père et de ton frère, tu quitteras cette contrée ; demain un vaisseau te reconduira jusque sur la rive d'Afrique, et te rendra celte patrie que tu n'aurais jamais du quitter.

— Et toi qui me laisses vivre, dit Sathaniel, tu crois donc qu'il y a un exil assez lointain pour que ma vengeance n'en puisse sortir ?

— S'il en est ainsi, dit Euric^je l'attendrai.

— Et moi, répondit Sathaniel, je te jure de le l'apporter, ou, si je ne puis te l'apporter moi-même, de l'envoyer, ou, si je ne puis le l'envoyer à toi, de l'envoyer à ceux de ta race, jusqu'à ce qu'elle disparaisse de ce monde. Regarde ce chêne, les 'Visigoths y ont pendu le dernier Gaulois, les .\rabes y pendront le dernier Visigoth.

Cette fatale prédiction devait s'accomplir; mais Euric ne devait pas être la victime. 11 continua à régner sans ennemis, sans rivaux, toujours vainqueur et toujours heureux, jusqu'à ce que, selon l'expression de Grégoire de Tours, « Dieu brisa dans ses mains son sceptre de fer, » car Dieu seul était plus puissant qu'Euric.

Espagne, apportèrent cet instrument aux Espagnols, et que les Espagnols, dans la conquête du Mexique, l'apportèrent à leur tour aui Meiicains. Le lilet des Mexicains remonte donc au filet des Visigoths.

Page 1