V. — MORALE
A partir de ce jour, Camille commença, ou plutôt reprit les habitudes d'une femme de vingt-cinq ans, belle et dont la fortune lui donne accès dans ce que le monde a de plus élégant. Sa vie intérieure prit même une régularité de dissipalion , un ordre de désordre qui la lui rendit plussupportable qu'elle ne l'avait pensé. Tous les jours, à deux heures , la voiture était prête pour le bois, ou, si le temps menaçait, pour quelques visites; tous les soirs, l'heure de la toilette revenait, marquée avec la même régularité que l'heure des repas, pour le bal, le concert ou le spectacle.
Aucune explication nouvelle n'avait eu lieu entre do Lubois et sa femme : ils se voyaient à table et y causaient du dehors sans affectation, sans ironie. De Lubois seul avait des moments passagers de sarcasme où il laissait apercevoir malgré lui que sa vanité ne s'arrangeait pas aussi bien que sa passion pour Césarine, de la liberté que Camille lui laissait si facilement. L'homme veut bien abandonner, mais il compte un peu sur les regrets qu'il inspirera. On dirait presque qu'il y a dans son cœur cette très-mauvaise pensée qui peut se résumer ainsi : que ce n'est pas la peine de mal faire pour ne pas faire de mal.
L'inutilité est la pire des humiliations. Alphonse la subissait quelquefois cruellement, en voyant le ton parfaitement naturel et aisé de Camille; et certes, si son amour-propre ne s'était rattrapé souvent à la supposition que tout cela était un rôle merveilleusement joué, il eût éclaté et peut-être interdit à sa femme cette conduite qui déjà produisait l'effet qu'Alicia avait prédit.
A force de voir et de rencontrer dans le monde et partout cette femme jeune, belle et seule, tous ceux qui la connaissaient demandaient qu'était devenu M. de Lubois ; ceux qui ne la connaissaient pas s'informaient de ce qu'elle était, et la médisance rencontrait une trop bonne occasion d'être jusle pour ne pas raconler les folies de Lubois. Toutefois, comme Camille fût ressoriie trop intéressante de