‹ Ouvrés illustréesChapitre 145 sur 157 · XII. — CONCLCSION · texte numérisé non relu

XII. — CONCLCSION

Nous n'avons, pour notre part, aucune moralité à tirer de cette histoire. Les romanciers sont gens, comme on sait, qui corrompent la société el qui la calomnient. A l'un des critiques les plus distingués de notre époque, qui a imprimé cette accusation contre la littérature, l'auteur de ce livre disait : Croyez-vous que, s'il étiil possible, à l'heure qu'il est, d'ouvrir la porte d'un salon où .se trouvent vingl personnes, et de mettre a nu l'histoire de ces vingt personnes dans tous ses détails et dans toutes ses époques, — et nous ne disons pas un salon donné, un quartier donné, une classe donnée, nous disons un salon, un quartier, une classe quelconque, — croyez-vous qu'il ne s'y rencontrât pas plus de vices, plus de hontes, plus d'infamies que dans le roman le plus immoral ?

Le critique répondit : — Oui.

Si chacun de nos lecteurs veut se faire à lui-même la même question, et y répondre franchement; s'il veut bien regarder autour de lui, il faudra qu'il reconnaisse que, dans le monde qu'il a traversé, il a trouvé mille fois de plus odieuses histoires que celle que nous venons de raconter. Eh bien I nous laissons ce monde tel qu'il est fait, nous lui laissons à tirer la moralité du roman.

Cela se passa quelques mois après le dépari de Camille et de Maurice ; c'était dans les Tuileries, par une belle journée de janvier, froide el sèche, par une de ces journées où les femmes vont promener, dans ce jardin, leurs riches toilettes d'hiver, leurs manchons et leui's fourrures.

Madame Drancy se promenait au bras de son mari, convoyée de chaque côté de deux ou Iroi.s beaux qui ricanaient en caressant leur barbe sous leur menton, leur cravate .sous leur barbe. On lit rencontre de Camizard. Madame f)raney marcha droit à lui, et, l'abordant avec toutes les démonstrations d'amitié et de coquetterie imaginables :

— Mon Dieu ! luidit-elle, que je suis charmée de vous rencontrer ! J'ai bien des felicilations avons faire : vous avez été nommé député... on vous a enfin rendu justice.

— Je vous remercie de votre intérêt. On a bien voulu me tenir compte de trente ans de services voués à la France seule, el d'une conduite politique qui n'a jamais transigé avec les vrais principes.

— Et puis, ajouta Drancy, votre nomination est bonne, en cela qu'elle prouve combien les électeurs commencent à comprendre que la moralité d'un homme doil entrer dans ses titres à la conflance du pays. Nous avons assez de ces brouillons poliliques, qui ne se recommandent que par des opinions extrêmes; il nous faut des hommes sages qui rassoient la société sur des bases solides de religion el de morale.

— A propos, reprit Adèle, à propos de religion, vous avez eu le malheur de perdre madame de Brémont.

— Hélas! oui, dit Camizard, le chagrin qu'elle a éprouvé de la conduite de de Lubois et surtout de celle de Camille.

— Qui l'eût dit? répliqua Adèle; cette pauvre Camille !

— Je ne sais pas, reprit Drancy, j'en ai toujours eu mauvaise idée; aussi je la voyais à peine ; elle faillit compronieltre Adèle.

— Que veux-iu? repartit madame Diancy, c'était une amie, une camarade de pension. J'espérais que de bons conseils...

— Qui saluez-vous donc là? dit Camizard qui avait à volonté la vue courte ou perçante.

— C'est madame Launay.

— Ahl Ccsarine! n'est-elle pas avec votre frère?

— Oui. C'est une très-aimable petite femme, bien rangée, un charmant ménage. Antoni est tout à fait de leurs amis. Adieu, monsieur Camizard, je vous quitte; j'aperçois madame Launay qui me fait signe ; nous dînons ensemble... Je vais la rejoindre.

— Un mot, fit Dran(-y. N'y a-t-il pas parmi les i)ropriétés que vous a laissées madame de Brémont, par son testament, une petite maison |}rès de Corbeil, avec quelques arpents de jardin?

— Oui, oui, la Maison-Rouge.

— C'est cela. Eli bien ! si vous n'y tenez pas et que vous vouliez vous en défaire, je m'en arrangerai peut-être. Je suis un peu las du bruit de Paris, je veux me retirer et vivre en patriarche.

— Nous en causerons quand vous voudrez, dit Camizard. Vous serez le voisin d'Alicia; elle a une propriété cliarmante au bord de la Seine, où elle vit fort retirée.

, — Hé I hé ! les proverbes sont la sagessedes nations, ajouta un monsieur beau, de ceux qui entouraient madame Drancy : Quand le diable fut vieux, il se lit ermite.

— Je crois bien, reprit Adèle, qu'il y a autant de cha;.nin que de sagesse dans sa retraite. Camille, apiès tout, lui a joué un tour in-

LE CONSEILLF.R D'KTAT.

fàme. Alicia aimait Maurice depuis plus de sept ou huit ans. lis faisaient presque ménage ensemble, demeurant porte à porte.

— Ça ne sera lias si long avec madanu; de Lubois , reprit le même monsieur beau; une femme exigeante, impérieuse : il en sera bientôt fatigué. Il a fallu toute la patience d'Alicia qui lui passait toutes ses aventures. Mais madame de Lubois, je ne lui en donne pas pour sixmois.

— Bon Dieu! que deviendra-t-elle? reprit Adèle d'un ton piteux.

— Pardieu ! reprit le beau en piochant agréablement la terre du bout de sa canne, elle deviendra ce que tant d'autres sont devenues... une femme entretenue.

— Eh maisl fit Drani-y, il me semble qu'elle n'est pas autre chose. Sur ce mot, on se salua et on se sépara.

Et maintenant qu'on nous permette, à nous, d'écrire, à coté de ce jugement, la parole du Christ au jardin des Oliviers :

Qui sine peccatû est veslrûm priinus in illam lapidcm mitlat.

« Que celui de vous qui est sans péché jette la première pierre ù

celle femme. »

A lA IIBR\!I11E TnÈATRALE,

il, boulevard Saiat-ilarl.ii

(i^cl£^<^E maison mai;ciunt).

INTRODUCTIOK.

La mère eî ses quatre filles ayant quille le cabinet où nous étions , \oipi comment mon ami Tiucindor me raconta cette histoire.

Mais, avant d'ouvrir la barrière à ce long récit, avant de lâcher la brideà la prolixe fécondité de mon ami , je dois le présentera mes lecteurs et leur dire quel est ce M. Truciudor, et comment il se fait qu'un monsieur, quel qu'il soit, puisse s'appeler Trucindor.

Lorsque nous étions tous étudiants en droit (car quel homme étant aujourd'hui ministre, agent de change, homme delettres, fabricant de bonbons, ou tout autre chose, n'a pas été en ce temps-là étudiant

1 droit ? ) donc, à

Ite époque, comprise

LES Ql'ATRE SŒIRS.

ïi bien l'ait que jetais duveiiii .l.;l>ile lI n rvu^x —P. 3.

're les années 1820 et 1824, il y avait parmi nous un jeune :iime du nom de Félix Moriand. 11 était Normand , très bien peniné par son père, et avait quelques prétentions à être genliUà-

F. Babrias, del.

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