A1U;UE1UTE
— Monsieur ! lit Isaure avec un retour d'impatience.
— Ainsi, niadnme, en une lieiire, en quelques minutes peut-être, vous avez décidé de la destinée de deux loufrues existences, vous avez condamné la vôtre à l'isolement et celle de votre mari à l'atianrlnn ; car, vous le savez aussi bien que inui, ce n'est pis un homme capable de donnei- à sa vie la direction qui lui convient: c'est un caractère violent avec nn vice de plus que le vôtre, la faiblesse. Ses senlimints sont, comme ses écrits, des rellets exaltés de la pensée des autres.
El vous, madame, vous qui, a défaut d amour, devriez trouver dans vos devoirs la force de le défendre contre tous et contre luinicrne, vous l'abandonnez 1
Et cette résolution, il vous a suffi d'une minute pour la prendre! et, depuis qu'elle est prise, vous ne vous êtes pas demandé si, trop iriilée de loits réels, mais pardonna- Lies, car il n'y a pas de torts qui ne le soient, vous n'aviez pas écouté seulement votre colère !
Vous vous êtes faite l'arbitre souverain «le votre cause, sans en appeler à un conseil plus calme, à un ami.
— Mais je n'en ai pas, monsieur, d'ami ; ie suis allée ce matin chez M. Norton, et il m'a repoussée avec ime dureté inflexible.
— Il a sans doute eu tort ; mais s'il vous avait dit comme moi, et plus sévèrement que moi, que vous manquiez de calme et de patience , que , (ière d'iuie franchise de bons ou de mauvais sentiments que vous crojez la suprême veitu, vous vous égariez dans vos soudaines résolulions, s'il vous avait enfermée dans vos paroles du moment, pour vous prouver combien il avait raison, vous lui auriez répondu comme à moi, que vous n'entendiez rien à des argumentations jésuitiques ; et si, irrité de celle injure, et c'en eût été nue cruelle pour lui, il se fût fait votre ennemi, à qui en eût été la faute ? A vous, madame.
Aussi M. Norton at-ilélé pliisprudentqiie je ne le suis, en refusant d'intervenir dans une atfairc oii les meilleures iulentiiui peuvent être ainsi jugées.
— A votre tour, monsieur, pensez-vous que lesintentions de M. Norton me fussent bien favorables?
— C'est paice qu'on voit sans cesse les autres, et jamais soimême, qu'on se trompe si souvent sur ce qu'on doit faire.
Vous avez mille fois raison de condamner la conduite de votre mari ; mais avez-vous été aussi sévère envers vous (pi'envers lui ? Il a obéi en aveugle à une passion mauvaise, et vous en faites autant. H vous fait mal, et votre seule pensée est moins devons arracher à ce mal que de le lui rendre.
— Je me défends, monsieur.
— En frappant plus fort que lui ; c'est un combat où vous pensez moins à parer les coups qu'à les rendre, au risque de périr.
— Mais, monsieui-, à votre compte, je dois donc tout subir sans murmurer.
— La vertu chrétienne le voudrait ainsi, madame ; mais ce n'est pas à une fausse abnéïalionque je veux vous amener, ce qui serait peut-être moins difli' ili" que vous ne le croyez.
Isaure prit un air fâché.
— Pardon, madaun', mais un homme qui eût voulu flatter votre orgueil, vous dire que vous avii'z la tonte-puissance d'accomplir, sans faiblir un moment, la résolution que vous avez une fois [irise un homme qui vous eût fait ensuite un tableau splendide de ct'tlt résignation nniette dont le silence glacé est un: accusation qui parle plus haut que toutes les récriminations, cet homme eût pu vous amenrr h joiu'r un rôle au fond duquel il y eût toujours un sentiment r|i' vi'n.'^'ance.
— C'est peut-être vrai, ce que vous dites là, monsieur.
— l'n autre, madame, eût pu, profilant des vivacités de votre cœur, faire un appel à ce cœur qui est généreux et prompt , vous arracher la prn messe d'un pardon qui col été sincère un moment, mais que vous auriez bientôt considéré comme une indigne surprise à \o- Ire bonne foi.
— Ceci est encore vrai , monsieur , dit Isaure ; mais alors je ne vois pas comment je puis être amenée à une bonne résolution.
— En vous armant contre la violence et l'exagération de vos jugements et de vos résolutions, en vous mi'ulrant que ce calme ipie vous méprisez tant est la première torci', contre les autres et contre vous-même.
— Prouvez-le-moi, monsieiu'.
— Eh bien ! madame, il est certain qu'il serait facile de liouve.t ites termes mau'nitiques contre la perfidie, la lâcheté de la trahison de volie époux, et vous a|iplaudlriez de tout cieiir à ce cjue je vous dirais, et vous vous estimeriez la plus malheureuse des femmes, carie inallieui'sour it(]rrelquefois à l'orgueil ; mais si j'osais vous remontr-er que ce rrrallieirr, si grarrd qrr'il soit, est rm irrallieur assez vulgaire, ne diriez-vous pas que ji; prends le parti du vice?
— ,1e vous en crois incapable.
— Si je vous disais qrre rrapper incessamment et sans ménauenient nn homme de sa faute, c'est le poussera y per-sévér-er, nediriez-vous pas que puisqu'il est coupable, c'est à lui de s'humrher?
— l'eut-être, niorrsieur.
— Eh bien ! madame, si cet homme, si votre mari, se faisant une vertu de la franchise de ses sentiments vous disait alors :
« Oui, je fais mal, je le sais, mais je m'en vante, je l'avoue, » ne l'arrriez-vous pas poussé à faire encore plus rrral qir'il rr'a lait, par l'obsession de ces accusations, et srrrtoirl par ce sentimerrt d'orgueil loirt prêt à pardonner, j'en suis sûr, urais à la condition qu'orr vorrs demandera grâce.
Isaure rétléehit et devint triste, piris elle reprrt doucement :
— r.orrtinuez, monsierrr, coritinrrcz.
— Vous pouvez rrr'ent.udrernairrtenant, dit vivement l'abbé Fortin, vous avez compris enliu que c'étart votr-c fierté plus que votre airrour qui vous avait fait agir jirsqu'à pr éserri, et vous êtes sauvée !
Je suis prêtre, monsieur, pour prier et pour consoler.
MAllGUElUTE.
Isaure le i-esai'Ja à'tm air sliipé(iii(.
Oui, madame, la condiiile de votre mari est indigne et celle
de madame de Morency est iinjnaliliable ; oui, je suis prêt mainlenanl à condamner avec vous, paice que je vous sais prèle à raisonner avec moi ; car c'est à votre raison que je m'adresse, madame, cl non pas à votre cœur.
Eti bien ! madame, supposez un moment que vous soyez la coupable, et voire mari l'accusateur, supposez que vous avez un sincère repentir de votre faute, et eniendez mettre pour condition à votre pardon, de l'implorer en vous lumiiliant, vous ne l'accepteriez pas à ce prix! vous préféreriez une séparation, vous préféreriez l'isolement, la mort peut-êlre.
Isaure baissa la tèle.
— Eh bien ! pourbuoi demandez-vous à un homme, et pour une faute que les mœurs du monde peuvent lui faire considérer comme légère, ce que vous vous sentez incapable de l'aire ?
Mais supposez au contraire qu'au lieu de vous accuser de vos torts, qu'au lieu d'en chercher la preuve à tout prix pour pouvoir mieux vous les reprocher et les venger, on vous dise :
« Ce tort que vous niez, je ne veux pas y croire , ou plutôt je n'en veux rien savoir.
Je vous ai conûé mon honneur et ma vie, je vous on laisse le gardien et je vous laisse le soin de les défendre. »
Querépondriez-vous à cet appel?
A — Ah ! monsieur , JUl^i vous a doncappris mon cœur? Oui, vous avez raison , au piix de ma vie je voudrais redevenir digne de h confiance qui me feiait un pareil appel et qui m'eùl épargné de rougir ; mais il est trop tard !
— Il n'est jamais trop tard pouragiravec prudence et dignité.
Que gagneriez-vous encore à de nouvelles discussions ? Des paroles blessantes et des bravades plus blessantes encore, en verlu desquelles on prendrait ies résolutions fatales.
— Elles sont prises, Inonsieur, et déjà le mot de séparation a élé prononcé entre nous!
— Eh bien ! madame, avez-vous la force de le réiracter? Isaure se tut.
— Pourrez-vous humilier à ce point votre volonté? Isaure réfléchit longtemps et répondit enfin :
— Non, monsieur ; non, voyez-vous, c'est au-dessus de mes forces, au-dessus de mon courage ; je puis mourir, mais je ne ferai pas cette lâcheté.
J'ai dit à .M. Chambel que tout était fini entre nous ; j'ai peutêtre eu tort, mais je l'ai dit, et je me tiendrai parole.
— Madame, si vous lui aviez dit que vous l'empoisonneriez, tiendriez-vous voire parole?
— Ah ! monsieur ! fit Isaure avec dégoût.
— - Alors, madame, ce n'est donc que l'énormité du crime qui vous arrêterait?
— Cela ne se ressemble en rien, monsieur.
«— Pdi'don, madame ; si une parole prononcée dans la colère est
un engagement sacré, vous croyez-vous bien sure que voire colère n'ira pas un jour jusqu'à des menaces plus terribles?
Pour cela, madame, Il y a du pardon ; mais celle (|ui, froidement, s'assure dans une mauvaise détermination, vous savez, madame, ce que vous en pensez.
Isiiure se tut encoie et s'agita un moment, puis elle reprit en se parlant à elle-même :
— M'Iiumilier à ce point... moi ! Eh bien , monsieur, reprit- elle après une pause, je vous promets de ne pas en parler, d'oublier ce que j'ai dit ; mais qu'on ne m'en fasse pas souvenir !...
— Point de demi-résolution, madame, point de transaction trompeuse avec vous-même.
— Mais que voulez-vous que je fasse alors, monsieur?
— Attendre !
— Eh bien soit !
monsieur, j'attendrai ; j'attendrai paliemmen, sans cris, sans accusations, sans colère...
est-ce assez?
— Ce ne serait pas assez pour une autre, c'est beaucoup pour vous; seulement, défiez-vous du premier moment, car il est possilde que l'on considère voire détermination comme une défaite, qu'on vous le montre et que vous ne vouliez pas le supporter.
— Je le supporterai, monsieur... Et combien de temps doit duier celle épreuve?
— Huit jours, je reviendrai vous voir dans huit jours.
— Jevousattendrai.
Isaure resta seule,
et, le parti une fois pris, elle s'y affermit, non comme l'eût voulu l'abbé Fortin, mais à sa manière et selon son earaclère.
u Eh bien soit ! se dit-elle ; on me jet'e de tous côtés le repioehe de mon caractère violent , eh bien, je me contiendrai en face de tous, en face des injures les plus odii'uses, s'il le faut. Je leur prouverai que les loris ne sont pas de mon côlé ; et lorsqu'on aura bien vu que ce n'est pas moi qui persévère dans le mal, alors j'aurai le druit d'éclaler et de dire à tout le monde la vérilé et ce que j'ai fait pour prévenir un scandale, n Alors ni mari, ni
prêtre, ne pourront me dire que c'est moi qui aggrave le mal par
mes violences; alors j'aurai raison. » p • ji
On doit penser que, de son côlé, Chambel avait du faire d assez
graves réflexions, et qu'il n'était pas très rassuré sur les suites de
la séparation qu'il avait acceptée.
Dans un moment de colère, il avait avoué la vérité a sa femme :
il avait fait bien pis , il lui avait livré le grand secret de la vie de
madame de Morencv.
Quel usage terrible Isaure ne pourrait-elle pas faire de ses aveux !
C'était à considérer pour lui et pour madame de Morency.
Quant à tromper Isaure, il n'y fallail plus penser. Quant a la
faire plier, il en avait reconnu l'impossibilité.
Il n'v avait donc qu'un moyen, c'était de la fléchir. Mais comment
s'v prendre, comment aborder, même pour lui demander pardon,
ce" caractère tout hérissé de sarcasmes ou de violences? Tout l'esprit de Chambel ne lui montrait pas un moyen d arn-
Vûus direz à M. Norlon que je n'ai pas eu le temps d'attendre...
MARGUEIU'IE.
ver, et il se trouvait le plus malheureux des hommes. Quant à sacrifier mailanie de Moienoy, quant à donner le droit à madame Ansier de diie, a\ec sa voix de vipère :
c( M. Cliambcl a eu peur de sa femme. »
Il ne pouvait admettre un moment celte pensée.
Ces iiic.rliludes durèrent deux heures; elles eussent duré huit jours car Cliarabel était de ces hommes qui ne savent rien voulon-, ni le bien ni le mal.
La conilu-ion qu'il liia de tous ses raisonnements et de toutes ses réflexions fut de se laisser aller au flot des circonstances, et de bC irégler sur ce qu'elles lui pré.-icnleraient de déterminant. Si c'était une séparation, tant pis ; il n'y voyait pas plus loin.
Ce fut donc avec celle incertitude d'un côté, et celte résolulion de l'aulre, que Cliainhel et sa femme se trouvèrent en présence.
Isaure et son mari avaient également redouté celle rencontre; car, malgré sa ferme résolulion, madame Chambel n'élait pas bien sùrè de ne pas laisser échapper quelques mots piquants, si Pierre pjeiiait vis-à-vis d'elle des airs de rualamare, taudis que Chambel craignait que de nouveaux i-eproches de sa femme ne vinssent l'oblii;cr à ratifier d'une façon formelle la séparation aimoncée.
Ce fut par conséquent un terrain neutre qu'ils choisirent pour se revoir, et ils s'arrangèrent de manière à ne se revoir qu'à l'heure du diner. . ,
Pour d'autres que pour eux-mêmes, ce qui se passa eut ele une assez amusante comédie.
En ellet, il fallait bien se parler, ou montrer leur dissentiment a des regards curieux qui expliquent aussi bien le silence que les discoui"s. Sans doute il fallait parler, et sur des siijels très indifférenls, et il ne pouvait y en avoir de plus indiUérent que le diner lui-même.
Isaure ne s'était mise à table que pour faire acte de présence, et elle venait de servir son mari, sans se servir elle-même.
— Vous ne mangez pas, Jui dit Chambel.
K Bien ! pensa Isaure, si je ne mange pas, on dira que je fais des scènes muettes en ayant l'air d'avoir perdu i'appélit de desespoir. »
— Pardon, dit-elle en se servant, je m'étais oubliée, je pensais à .Tutre chose.
Chambel fut .sur le pniut de lui demander à quoi elle pensait; mais il col peur de la réponse et ne dit rien, pendant qu'Isaurefais.iii tous ses efforts pour se donner l'aif d'avoir de l'appétit.
Vn moment après, Chambel repiit :
— Ou'avons-nous à diiiei?
- Ces éperlans au gratin, je crois, ditjsaure ; vous les aimez, ce me semble?
— Beaucoup, dit Chambel.
— Tant mieux, repartit Isaure.
Chambel regarda sa femme pour savoir ce que sa physionomie pouvait ajouter à ce tant mieux si simple. Cette physionomie voulait dire seulement : « Je suis charmée que ce soit quelque chose qui vous plaise. »
— Oh ! oh ! se dit Chambel ; qu'est ceci? j.'ou vient tant de douceur? Il y a quelque sinistre projet là dessous; prenons garde.
Et tout aussitôt il se sentit pris à la fois de peur et d'humeur. Celle nouvelle tactique ne s'était pas trouvée dans ses prévisions.
Cependant il ne voulut pas avoir l'air de faiblir, et reprit bientôt après, avec un courage héroï(}ue.
— le trouve que ces éperlans sont fades.
— C'est peut-être ma faute , dit simplement Isaure; comme depuis quelques jours je me sentais un peu mal à la gorge, j'ai commandé de ne rien épieer.
— Toujours même douceur, se dit Chambel; pas le moindre mot à double'entenle, elle qui est si habile à les trouver à propos de tout ; pas le moindre sourire équivoque et pincé, il y a quelque chiisc, c'est certain, quelque chose de grave.
Le diner se passa ainsi le plus naturellemerft du monde en apparence, mais avec une extrême anxiété des deux parts, surtout du colé de Chambel.
Puis vinl le moment où il fallut se lever de table, et à ce moment il y eut encore une grande appréhension de ce qui allait arriver. , .
De la salle à manger on passait dans le salon, ouvrant a droite dans la chambre d'Isaurc, à gauche, dans l'appartement de Chambel.
— Si j'entre dans ma chambre, se dit Isaure, j'aurai l'air de vouloir m'enfermer chez moi et de bouder.
Elle resta dans le salon.
— .le comprends, se dit Chambel; on veut me laisser rentrer le piiMuier chez moi pour pouvoir dire que je me liens à l'écart; je n'en ferai rien.
El il demeura dans le salon.
Cliambel avait fait les trais des premières paroles prononcées à diner. Isaure jugea qu'elle devait en laiie autant à son tour :
— Que devient, dit-elle, la pièce dont nous avons été voir la première représentation il y a huit jours?
— Elle ne fait rieu.
— Cela m'étonne; elle ne manque pas d'un certain intérêt.
— Sans doule.un intérêt de curiosité, comme celui qu'on prend ' à deviner une énigme; mais une fois qu'on en sait le mot , on n'y vient plus. Tout cela n'a ni style, ni vérité, ni connaissance réelle du cii'ur humain.
— Vh ! fil Isaure, c'est que le cœur humain est un mystère diilicile à connaiire.
— Oh! oui, dit Chambel avec un profond soupir et en levant les yeux au ciel.
Isaure avait un peu deviné, avant le diner, les appréhensions de son mari; mais ce oh! oui, avec le soupir et le regard dont il fut accompagné, les lui montra tout à fait, et malgré sa colère et son chagrin, il lui prit envie de rire de l'anxiété de Chambel; maiseile résista et repartit :
— Oh! oui, ce doit être une élude fort difficile.
Chambel ne fit qu'un mouvement de têle pour toute réponse, et Isaure repril :
— Si on peut appeler cela une étude; car enfin , quand ou se met à étudier une science, un art, une langue, il y a une manière établie et connue de les apprendre; mais commi'iit éludiet-on le cœur hiiinain? où est le commencement et la fin de celle élude? où est la certitude des résultais acquis et delà vériléde tes résultais?
La question ainsi posée eût été embarrassante pour un plus habile que Chambel; mais il ne pensait pas le moins du monde à y répondre, et se disait seulement :
— Voici l'orage qui croil, on aborde des généralités banales pour en faire tout à l'heure des applications personnelles; je ne serai pas assez sot pour donner dans le piège.
En conséquence, il répondit d'un ton professoral :
— Le cœur humain est un abimeoù l'on regardera élernellement sans jamais en voir le fond.
— En ce cas, dit Isaure en s'asseyant et prenant une broderie, ce qui l'établissait dans le salon, d'api es ce que vous disiez lotit à l'heure, celle étude sera éternellement intéressanle, puisqu'on n'eu saura jamais le deinier mot.
Chambel ne s'occupa point de la réponse àfairc; mais il regarda sa femme s'asseoir et s'assit de son côté en vertu de ia réflexion suivante :
— Il paraît que c'est un parti pris d'avoir l'air aimable ; eh bien! je serai charmant.
— Que faites-vous donc .là? dit-il assez gracieusement à sa femme, regardant la broderie qu'elle tenait.
Toute la réso'ulion d'Isaure faii.it s'écrouler à cette question; elle avait pris cctie broderie sans y faire la moindre attention et seule-^ ment pour se d^nn^'r une contenance; et quand elîe fut interrogéaJ' à ce sujet, il fallut bien se souvenir que c'était une paire de manchettes promises à madame de Moie.;cy.
Il y eut un moment d'hésilation, et Isaure fut prèle à mettre la batiste en morceaux; mais elle a\ait promis d'êlre calme, elle voulut l'clre, et ne se crut pas autorisée à échapper par un mensonge à une circonstance pénible de l'épreuve qu'elle s'élaii imposée. Elle répondit donc de la voix la plus tranquille qu'elle put prendre ; — C'est quelque chose que j'ai promis à madame de Morency.
Si la question avait ^vivement ému madame Chambel , la réponse et surtout le tonjdont elle fut faite stupéfia singulièrement son mari.
Le nom de madame ^de Morency venait d'être prononcé entre elle et lui, et il n'avait pas résonne comme un tocsin d'alarmes et de révolution!
Par quel chemin couvert, paj- quelle mine souterraine Isaure marchait-elle donc à ses projets? Chambel demeura mi;et de surprise , et Isaure, qui comprit son épouvante, lui dit le plus gracieusement du monde : — Les trouvez-vous jolies?
Chambel prit son courage à deux mains, et, au lisque de tout ce qui pourrait lui arriver, il répondit: —Je les trouve charmantes.
Après cette réponse, il y eut un assez long silence, comme celui d'un équipage qui se recueille un moment après avoir évité un ccueil où il pouvait se briser.
Isaure était contente d'elle, cl Chambel se perdit en réflexions profondes sur l'étrange changement de sa femme.
Nous ne suivrons pas cette conversation durant plus d'une heure, où elle erra ainsi de sujet en sujet, craignant à chaiiue instant de se heurter à un sentiment, à un souvenir, à un mot qui pourrait faire éclater l'orage.
Enfin le moment arriva où madame Chambel et son mari avaient coiilume de disposer de leur soirée , quand cela n'avait pas été convenu d'avance.
De son côté, Isaure ne voulut prendre aucune détermination à ^-e sujet: — Je ne l'engagerai ni à sortir ni à rester, se dit-elle, et il fi'rà tout ce qu'il voudra.
Quant à Chambel, ses appréhensions revinrent plus inquiète que jamais. — On allend ma sortie, pcnsa-t-il. et toute cette co-
MARGUERITE
médie nVjt faile que pour endormir ma vigilance ; car, une fois que je serai lims de la maison, je suis cerlaiii qu'Isaure aceompliia ce (|u'c'lle a résolu.
Miis qu'avai(elle résolu? c'était là la grande question. ChainlK'l était moralement, vis-à-vis de sa femme, dans la po3itiiin d un homme qui s'imagine qu'un autre veut l'assassiner, sans pouvoir lui montrer celle crainte et sans savoir par quels moyens il veut y arriver. Il ne le quitte pas des yeux , il épie chacun de ses gestes et chacun de ses mouvemenis, sans oser cependant s éloigner, de peur d'être frappé au moment où il se retournera.
Cette anxiété arrive enfln au point où cet homme préférerait voir son ennemi tirer une paire de pistolets et l'en menacer, pour pouvoir lutter avec lui au risque de ce qui pourrait lui en arriver. Chamhel était si convaincu que ce calme apparent cachait quelque sinistre dessein, qu'il prit une grande résolution , celle de ne pas quitter sa femme de vue. Il s'établit donc à côté d'elle, se fit apporter du papier, tout ce qu'il fallait pour travailler, et se mit à eciirc pendant qu'elle brodait à la lueur de sa lampe. La nécessité de penser à ce qu'il composait arracha bientôt Chambel à ses prenccupalions personnelles; mais le travail manuel auquel se livrait Isaure ne pouvait avoir sur elle la même action. Peu à peu ses pensées la gagnèrent; elle oublia l'occupation qu'elle s'était imposée, et laissa tomber sa tête sur sa poitrine ; ses regards fixés devant elle regardaient sans doute dans un passé qu'elle estimait heureux ; car bientôt quelques larmes descendirent silencieusement sur son visage. A ce moment , et dans l'intervalle d'une page à 1 autre, Cliambel leva les yeux , et vit sa femme aia>i perdue dans ses pensées. Il vil la douleur enipieinle sur son visage, il vit ses larmes, et pour la première fois il sentit qu'elle soullVait, et il eut un pioinent de repentir. Mais tout à coup Isaure, h mteuse de s'être laissé ainsi dominer par sa douleur, releva vivement la tête, et Chambel reprit son travail pendant qu'elle essuyait ses larmes et recommençait sa broderie. Un des grands privilèges de l'homme qui écrit, c'est d'avoir, à côté de sa vie réelle, une vie fantastique et imaginaire dans laquelle il a le pouvoir de se retirer et de se mettre à l'abri des chagrins de l'autre. Souvent même il arrive que l'excitation d'un malheur prête aux choses inveulées qu'il crée dans celte disposition une émotion qui le domine complètement. Chambel écrivait vite, et comme il arrive souvent quand la pensée se présente vivement , il murmurait sourdement ses phrases à mesure qu'il les écrivait. Ce bruit monotone appela l'allenlion d'i-aure ; elle se mit à le considérer , le front penché sur la table, et mondé des rayons de la lumière qui l'éclaiiait. Que de fois| lorsqu'il essayait ce talent qui n'avait pas encore pris rang dans le monde, que de fuis ils avaient passé ainsi de lonsues soirées, Icns deux près de la même table, tous deux éclairés par la même lampe, lui écrivant, elle brodant, ainsi qu'ils faisaient en ce momentmais heureux alors, et croyant tous deux au bonheur de leur avenir ! Isaure eût voulu que ce qu'elle voyait eût été un rêve, car elle en était à ce point de ne plus croire à une pensée heureuse que dans les illusions du sommeil, et il lui prit une de ces fantaisies du cœur, si inexplicables à qui ne les a pas senties : elle se |>iil à se dire :
— Oui, je dors, je rêve, me voilà heureuse comme je l'étais autrefois.
Elle effaçait ainsi de son esprit le présent et sa triste réalité pour ne pas détruire cel harmonieux tableau, cet aspect si semblable à son bonheur d'autrefois. A ce moment, et que le lecteur nous pardonne d'entrer dans des détails qui semblent presque puérils, à ce moment, coinine c da lui arrivait toujours, et lorsqu'il se laissait emporter par l'ardeur du travail , Chambel Bt entendre une petite toux sèche et fatiguée qui souvent avait alarmé Isaure. Quand cela lui arrivait autrefois , dans ces mêmes soirées si semblables en apparence à celle-ci, Isaure se levait doucement pour ne pas le troubler, lui préparait silencieu'-ement un peu d'eau sucrée qu'elle posait à côlé de lui, et reprenait ensuite sa place, rem-erciée par un regard furtif que Chambel distrayait rapidement de son occupation. Sans le vouloir, sans le savo'ir peutêtre, mais sous l'influence du souvenir de ce qu'elle avait été, elle se leva doucement, prépara silencieusement le verre d'eau accouluiné, le posa doucement sur la table, et alla s'asseoir pour attendre le regard qui devait la remercier ; mais ce regard ne vint pas, et pour la piomière fois peut-être, la douleur que ressentit Isaure fut une véritable douleur de l'âme, une de ces douleurs où il ne se mêle ni lutte, ni violence, ni accusation, une de ces douleurs où il n'y a que désespoir, et qu'elle eût exprimée par ces seuls mots, si elle avait pu parler :
« Oh! mon Dieu ! il ne m'aime plus! »
Oui, ce fui à ce moment que le cœur d'Isaure fut véritablement louché dans son amour : elle éprouva qu'elle pouvait encore plus souffrir que s'irriter, en se senlant manquer de force pour contenir les larmes et les sanglots qui l'oppressaienl. Elle se leva désespérée, et alla se réfugier dans sa chambre pour pleurer. A ce moment, Chambel releva la tête, et, avec cette barbarie de
l'homme qui ment et qui ne croit à la vérité de rien parce qu'il ment, il se leva en se disant :
— Ah! la comédie est finie; la patience n'a pas pu aller plus loin, et on veut bien me rendre la liberté.
Chambel oubliiiil à ce moment ce qu'il avait craint des projets de sa femme; il étail trop fier du triomphe qu'il avait obtenu. En elTet, il n'avait point quille la partie; il était demeuré tant qu'on était demeuré ; il avait foi l indifféremment parlé des choses indifférentes sur lesquelles l'entretien avait eu lieu , et ce n'était pas lui qui s'était le premier retiré dans son camp. Satisfait de sa belle conduite, Chambel quitta sa maison et, un moment après, il était chez madame de .Moiency. Mais, avant de raconter ce qui se passa, il est bon de revenir sur quelques circonstances qui s'étaient passées entre d'autres personnages de celle histoire.
Comme on doit le penser, Jules, qui croyait n'avoir fait que céder à un caprice sans conséquence, en remettant à Isaure la lettre de Marguerite, fut assez surpris de la réponse qui lui fut faile, lorsqu'il envoya redemander celte lettre pour la remettre à l'abbé Fortin. La disparition d'Isaure l'avait étonné sans l'éclairer; mais ce refus commença à lui faire craindre que celte lettre lui eût été dernandée dans un but malveillant. Il ramena à lui tous ses souvenirs, et finit par y trouver la pensée que madame Chambel lui avait quelijuefois paru jalouse de Marguerite. Cette pensée lui expliqua la demande de la letlre, le refus de la rendre et lui fit craindre que madame Chambel n'enfit un usage fatal pour cette jeune fille. Jules n'avait jamais fait beaucoup d'attention à Marguerite, il ne l'avait pour ainsi dire jamais regardée; mais parce qu'il savait à peine si elle était belle ou non, si" elle avait de l'esprit ou si elle en manquait, sans juger si madame Chambel l'accusail à tort ou à raison, le premier sentiment de Jules fut d'éprouver un très \if regret d'avoir donné à quelqu'un une arme contre Marguerite, fûtce à madame/ hambel, qu'il aimait. A ce regret se joignit bientôt la pensée qu'il avait fait une chose indélicate, et qu'il y avait été sans doute amené par des coquetteries qui n'étaient qu'un jeu el dont on l'avait fait la dupe. Jules s'irrita d'autant plus vivement de la conduite de madame Chambel, qu'il s'arrèia à celle dernière conclusion, et ne pouvant insister plus qu'il n'avait fait le soir où sa demande était paivcnue à Isaure en présence de son mari, il se résolut à ne pas laisser passer la journée du lendemain sans ravoir la lettre. Toutefois il ne voulut pas avouer à M. t'ortin la faute qu'il avait faile, et l'on sait comment, le lendemain malin, celle lettre arriva à sa véritable destination. Mais Jules, dans celte même matinée, avait attendu avec anxiété l'heure où il pourrait faire reinetlre un billet à madame Chambel. Chaque fois qu'il avait essayé, il lui avait été répondu que madame Chambel était sortie dès le malin et n'était pas encore rentrée. Madame Chambel, sortie à pareille heure et si longtemps absente, avait dû être poussée par quelque inlérêl puissant. >"élait-ce pas celte lettre qui avait déterminé celle absence, et que pouvait amener cette absence? Jules avait attendu avec une vive anxiété le retour d'Isaure ; mais pendant ce temps il avait vu arriver madame Ansier chez madame de Morency , madame Ansier, fort agitée, l'air soucieux; et ces deux dames s'ëiaieut ensuite enfermées ensemble. Puis on avail fait mander M. Chambel, qui était arrivée non moins agité el non moins soucieux. On s'était enfermé encore, et même à travers le plafond, Jules avail enten lu des éclats de voix qui anronçaienl une explication. CependantJnles avait prolité de la présence de M. Chambel chez madame de Moreiu y pour se présenter lui-même chez Isaure. Elleélait toujours absente, el en rentrant chez lui il avait rencon'ré M. Chambel si préoccupé et si agité, qu'il se parlait à lui-même el n'aperçul point Jules.
De tout cela il était aisé de conclure qu'il se passait quelijue chose de grave et de pénible, et de là à supposer que la lettre de Marguerite, qu'il avait si imprudemment livrée à madame Chambel, fût la cause de cet événement qu'il ignorait, il n'y avail qu'un pas. Jules demeura donc bien convaincu qu'il en était ainsi, et, dans la pensée que sa tante, madame de Morency, qui sans doute voulait protéger Marguerite contre madame de Chambel, le pourrait d'autant plus eflicacemenl qu'elle connailiail les armes de celle-ci contre la jeune fille, il se décida à lui avouer la vérité, lise rendit donc près de sa tante, lorsque madame de Morency, demeurée seule avec son amie madame Ansier, lui disait :
— Comment ! l'abbé .Norton ne vous a rien dit de plus? — Vous connaissez trop l'abbé, ma chère, lui répondit madame Ansier, pour penser qu'il s'aventurera à Cire un mot de plus qu'il ne faut dans une pareille affaire. Voici ses propres paroles :
« Madame Chambel, sans me rien dire positivement, me semble avoir accusé voire amie d'une faute à laquelle je ne crois pas; mais celle fomme est jalouse, violente, résolue; c'est une femme à redouter. «
— Pas plus? dit madame de Morency. — Cela vous étonne ? Ah çà, entre nous, n'est-ce pas déjà beaucoup de la pari de l'abbé Norton? A-l-il jamais pensé à autre chose qu'à lui el à lui seul? S'il vousa fait avertir, croyez que c'est dans son iutérêl d'abord. — Je n'en doute pas; mais 'comment, en un jour, celle femme a-t-elle tourne sa jalousie de Marguerite contre moi ? — Voilà ce (juc
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MAKOUElUi i:.
M. Norton ne ni'avirait pas dit, à supposer qu'il le sût, ce (juc j'ignore compldlement. — El il vous a dit qu'il ne croyait pas a l'accusalion de madame Chanibel?— Oli! ma cliéie, dit madame Ansierd'un air impalient, Pablié Norton n'est pas un enfantai! joue son rôle el il fait bien; il me semble qu'il vous fait le vôtre for commode"
Vous n'avez qu'à croiie qu'il ne croit pas, et vous pouvez alors, sans embarras de votre pai I, sans sermons oblij^c de la sienne, lui demander un conseil. N'oubliez pas que vous avez besoin de lui; car M. Cliambel , malgré tous ses grands cris , ne me parait pas de force à faiie taire sa femme.
— Ah ! lit madame de Morency, quelle horrible furie que cette femme ! — Que voulez- vous, dit madame Ansier, ce sont celles qui ont fait le plus de mal qui sont les plus méchantes contre les autres; la nature humaine est faite comme ça; vous ne la changerez pas.
Madame Ansier en était à celte appréciation si juste de la nature humaine, lorsque Jules entra. 11 avait l'air fort embarrassé, mais il s'estima heureux de la présence de madame Ansier, qui avait été toujours pour lui une protection assez gracieuse pour qu'un autre que Jules eùl compris où elle voulait en venir. Heureusement que madame Ansier, fort occupée en ce moment d'un autre côté, n'avait fait de Jules qu'une question d'avenir et n'avait rien délerniiiié; seulement elle le prépaiait en cas de solitude. — J'étais venu, dit Jules, pour vous confier une chose assez grave qui m'arrive, et sur laquelle j'ai besoin d'un bon conseil. — De quoi s'agit-il ? lui dit assez sèchement sa tante, qui n'avait aucun désir de s'occuper des chagrins de son bien-aimé neveu. — Qu'est-ce que c'est? Ut doucement madame Ansier. — Il faut que je vous raconte tout ce qui s'est passé, pour luic vous compreniez comment j'ai pu être amené à un pareil oubli.
Imaginez-vous qu'hier madame Chambel...
Ce nom fut comme un talisman, madame de Morency écouta de toute son attention et s'écria vivement :
— Eh bien! madame Chambel...
Jules commença son récil, interrompu vingt fois par les questions de madame de Morency, que madame Ansier cherchait vainement à calmer du geste et du regard, et qui se laissa si bien empoiler au trouble qu'elle éprouvait, qu'elle s'écriait au moment où Jules avait remis la lettre :
— Ah ! malheureux ! vous m'avez perdue !
Jules regarda sa tante d'un air si étonné, que madame .\nsier s'empressa de prendre la parole en disant :
— Vous avez commis une grande imprudence... — Mais comment cette préteixlue innocente a-t-elle pu dire... — Que voulezvous qu'elle ait dit? s'écria plus vivement encore madame Ansier. Allons, calmez-vous... qu'est-ce qu'il y a?... Mademoiselle Marguerite a fait une faute... l'abbé Norton est trop juste pour vous en rendre responsable.
Madame de Morency finit par comprendre, aux regards signilicatifs de madame Ansier, qu'elle se laissait aller à une colère indiscrète ; elle se contint ; mais, se tournant alors vers Jules, elle lui dit :
— Mais comment avez -vous osé vous charger d'une pareille Iclirc? — C'était une lettre adressée à M. l'abbé Fortin. — M. lis alors pourquoi la donner à celte femme? — La faute est faite, reprit madame Ansier, qui craignait toujours qu'un mot imprudent ne vint révéler la vérité à Jules. Tout ceci ne la réparera pas. Voyons, Jules, laissez-nous un moment. Votre tante a raison d'être fàciiée... Je la calmerai... Laissez-nous.
Jules sortit, el madame de Morency s'écria :
— Voilà donc ces innocentes de couvent! Une misérable orpheline que je reçois chez moi, que je traite comme ma htie, vraiment, et qui écrit à son confesseur, que je veux bien admettre chez moi à cause d'elle, des infamies sur mon compte ! Ah ! mais c'est une aflVeuse et horrible perversité.
Quelles mœurs que celles des jeunes filles d'aujourd'hui! C'est honteux !
— C'est possible, dit madame Ansier ; mais madame Chambel est en possession de cette lettre, et cette lettre, il faut la lui arraclier. — Mais comment? — Laissez-moi faire, dit madame Ansier; soyez calme, et demain vous l'aurez. Seulement, permettez-moi ce >oir de parler seule à M. Chambel. — Soit ! dit madame de Morency.
Voilà où en étaient restées les choses quand Chambel arriva le soir.