‹ Ouvrés illustréesChapitre 35 sur 157 · XV. — OUPIIELINE · texte numérisé non relu

XV. — OUPIIELINE

Le lendemain, M. de Montaleu entra de bonne heure dans l'apparlemcnt de Julie.

Elle ne s'était pas couchée; ses yeux élaicnt rouges de larmes et d'insomnie ; mais, à ce moment, il semblait qu'une resolution ferme et inébranlable eût remplacé le désespoir qui l'avait tenue éveillée.

— Je suis venu pour causer avec vous de l'alfjire d'hier, lui dit M. de Montaleu.

J'ai écrit, comme vous le savez, un mot à M. de Cliampm'iiain, j'espère qu'il me fera l'honneur de venir me donner une explication, sinon j'irai la chercher.

Mais pour que cette explication soit complète, il faut que vous me répondiez avec franchise. Il a dû se passer entre vous cl .M°"« de Cliampmortain quelque chose qui l'a poussée à l'insulte publique qu'elle vous a faite. Uépondez-moi, Julie...

Je suis votre prolecteur, je vous considère comme ma fille, je veux savoir toute la vérité.

M"'= de Monrion écouta M. de Montaleu avec un visage parfaitement calme et résigné.

Lorsqu'il eut achevé, elle prit la parole d'une voix ferme el lui répondit :

— Monsieur, je suis la fille d'honnêtes gens et je suis fière de leur nom. mais je comprends que ma naissance obscure ofi'usque la susceptibilité de ceux qui appartiennent à une autre classe que celle dont je suis sortie.

M""= de Champmortain a voulu me faire comprendre que je n'étais pas à ma place chez elle.

— M"" de Monrion est partout à sa place ; celle que j'appelle ma nièce a droit d'être partout accueillie avec égards, reprit le marquis.

— Vous voyez, monsieur, qu'il n'en est pas ainsi.

— Vous ne me dites pas la vérité, Julie, dit M. de Montaleu. Vous êtes venue dans ce pays, il y a six mois, et la maison de

M. de Rudesgens vous a été ouverte avec emprcsscmeni. M"'* de Champmortain vous a reçue à Taris, comme nue amie, et elle vous traitait de même, il y a quelques jours. Ce changement a eu lieu depuis la nuit qu'elle a passée ici.

Vous savez comment clic est partie, malgré vos instantes prières pour la retenir... Anriez-vous par hasard manqué d'égards envers elle?...

— Non, monsieur.

— Je sais que cela n'a point été dans vos inlentions ; mais, peutêtre, peu accouiamée à certaines susceptibilités d'un monde que vous ne connaissez pas entièrement, peut-être avez-vous pu blesser .M"" de Champmortain.

— Vous voyez, monsieur, dit Julie avec un sourire triste, que c'est moi qui dois probablement avoir tort : le mieux est donc que je renonce à ce monde, pour lequel je ne suis point faite...

— Vous n'êtes pas calme, Julie, et vous me répondez avec amertume. Il s'agit peut-être d'un enfantillage... dites-moi ton!.

Itapiielcz-vous s'il s'est passé ou s'il a été dit quelque chose de peu convenable entre vous et M""" de Ch im|)mortain ?

— Si quelque chose de peu convenable a été dit entre moi el M»"^ de Champmortain, fit Julie avec fermeté, j'aime mieux l'oublier que m'en souvenir.

— Vous me causez un véritable chagrin, Julie; vous ne m avez pas habitue à vous trouver si froide et, je puis le dire, si haiiiaine. Je vous demande quelques renseignements qui puissent m'aidcrdaiis l'explication que je veux avoir; ces reuseiguemeiits, vous me les refusez...

— l'nisque vous avez prononce le mol, monsieur le marquis, je l'accepte... Vous avez raison... ces renseignements, je vous les refuse.

M. de Montaleu parut fort irrité.

— N'oubliez pas, s'écria-t-il, que vous portez un nom qui a de celui de ma sœur, et que si je suis prêt à le défendre en vous contre toute injure, c'est parce que je suppose que vous ne l'exposerez à aucun reproche.

— Ce nom, monsieur, dit Julie, vous savez comment je 1 ai reçu. Ç a clé comme réparation, et cependant, quel que fût le crime qui m'a forcée Ji l'accfpler, je suis convaincue que relui qui me l'a donné sur son lit de mort l'ciù fait respecter eu moi. s'il eùi vécu.

C'est i)arce que j'ai celte conviclion, c'est parce nue je respecti- ce

JULIE

SJT

nom, que je ne veux pns le laisser exposé à des outrages odieux, et que je veux qiiiiiei- te pays.

— Julie, Julie, fit M. "de Monlaleu, surpris de la fermeté de cette résolutiou, c'est me dire que je suis incapalile de vous proléger.

— Non certes, monsieur, reprit Julie avec une doueeur iuèxoralile, mais c'est refuser de vous engager dans une lutie qu'il vous .-erail difficile de soutenir pour moi, puisque je suis décidée à la déserter.

— C'est aussi me dire que vous voulez me quitter , répéta M. de Montaleu d'une voix plus éuuie qu'il ne l'eût peut-être voulu.

— Ne me dites pas cela, repariit Julie, vous me rendriez trop douloureuse une résolution sage , et qui vous sauvera , je l'espère, plus de chagrins dans l'avenir qu'elle ne vous causera de déplaisir dans le présent.

— Jlais quelle est la cause de cette résolulion?

— ]l est inutile que je vous la dise, reprit M"» de Monrion.

— En vérité, ceci est étrange, dit Al. de Montaleu vivement blessé. Je vous ai appelée auprès de moi comme ma fdie, et ne pouvant vous en donner le nom, j'ai voulu vous en assurer les droits...

— Oh ! monsieur , monsieur, s'écria vivement Julie, ne persistez pas dans cette pensée ! ne me faites pas, je vous eu supplie, des ennemis qui ne me pardonneraient pas vos bienfaits.

— Qu'est-ce à dire, Julie? aecusez-vous mon neveu Hector?

— Non, certes, monsieur.

— Cejiendant lui seul peut avoir à se plaindre de mes résolutions il votre égard, et ses motifs de plainte auraient pu disparaître aisément, si vous aviez consenti à me laisser répondre favorablement à la demande qu'il m'a adressée.

— Veuillez me pardonner, monsieur, de vous rappeler que vousmême n'avez pas pour .M. Hector de Montaleu nue considération excessive.

— Je connais ses défauts; ce sont ceux d'une nature violente, d'une éducation grossière et d'une vie peut-être un peu rustique; mais Jlector est un honnête homme, il a un grand nom, il est jeune, brave, et ses prétentions n'ont rien que de raisonnable. Du reste, je ne lui ai poiiit encore formellement répondu.

Ecoutez-moi, Julie, j'ai beaucoup réfléchi à ce sujet : je comprends que voire délicatesse s'effarouche de la reclierche d'Hector, mais d'un autre côté ce mariage concilierait beaucoup d'intérêts.

— Ce mariage est impossible, monsieur, dit Julie avec un douloureux effort.

— Impossible...

— Pardonnez-moi, monsieur, fit Julie avec une vive agitation ; vous avez été mon ami, mon prolecteur, vous avez voulu rcm'placer lès parents que j'ai perdus dans un funesie événement.

Croyez, croyez, monsieur, que jamais reconnaissance ne fut plus sincère et plus profonde que la mienne; mais lorsque je suis convaincue que ma présence chez vous peut devenir un sujet de malheurs dont vous aurez peut-être ù souffrir autant que moi , croyez, mon noble ami, que j'aurai le courage d'une séparation qui nie brise le cœur, mais qui est nécessaire... il faut que je parte...

— Et que deviendrez-vous , seule au monde , sans ami , sans parents ?

— J'ai un frère, monsieur.

— Un étourdi, sans tenue, sans consistance ; un enfant d'ailleurs.

— Le nialiieur vieillit vite, monsieur, et la dignité dont mon frère manque aujourd'hui viendra avec la nécessité de protéger sa sœur.

— Il y a quelque chose d'extraordinaire dons tout ceci, et je pensais mériter que vous me le dissiez, repartit amèrement M. de Montaleu.

Julie, qui jn.sque-là avait conservé une fermeté pénible, mais inébranlable, ne put contenir plus longtemps le desespoir qu'elle avait longtemps comprimé. Ses larmes, reloulees dans son cœur, remontèrent violemment à ses yeux avec des gémissements et des sanglots, et elle s'éci'ia :

— Laissez-moi partir, monsieur... Je vous en supplie, ne me faites pas vous dire d'où m'est venue l'insolence de M""' de Champmorlain...

— Elle avait donc une raison !... s'èeria vivement le marquis.

A ce moment, la cloche du château annonça l'arrivée de plusieurs étrangers, et l'on vint avertir M. de Monlaleu que M. de Rudesgens, accompagné de Champmorlain et de Brias, demandaient à le voir.

— Atiendez-moi, Julie, dil-il; nous ne pouvons nous séparer ainsi... Vous ne partirez pas sans m'avoir revu. ,

— Cela vaudrait peut-être mieux, fit M"" de Monrion avec amertume.

— Songez que partir en ce moment serait accepter comme juste l'indigne outrage qu'on vous a fait hier.

M. de .Monlaleu sortit.

Julie le regarda s'éloigner avec une colère douloureuse; mais tout à coup elle parut se rafferniir dans la résolution qu'elle avait prise et elle s'écria ; '

— Oui, je partirai... mais je ne ferai pas comme eux, je n'abandonnerai pas les faibles et les orphelins.

Aussitôt elle s'enveloppa d'une mante, prit une bourse dans son secreiaiie et (luitta immédiatement le cliâleau sans prévenir personne de sa soi'lie,

niiVELATIONS.

Lorsque M. de Monlaleu entra dans le salon, il salua froidement ceux qui l'altendaient.

Cbampmortain et Brias avaient un air cérémonieux et solennel, et M. de liudesgens lui même faisait tous ses efforts pour paraître d'une gravité austère.

— Je n'attendais que vous, monsieur de Cbampmortain, dit le vieux marquis; mais je suis charmé que M. de Rudesgens et M. de Brias aient bien voulu vous accompagner.

— Nous avons tous pensé, dit Champmortain, qu'il valait mieux que l'explication que vous m'avez demandée passât par la bouche du pins ancien et du plus sincère de vos amis.

Ce que M. de Itudesgens va vous dire expliquera la présence de Brias, qui a dû plus qu'un autre s'étonner de la conduite deM'°<' de Champmorlain, puisqu'il donnait la main à M"»» de Monrion.

\otre neveu Hector de Montaleu devait également assister ù cette explication ; mais il s'y est refusé, et nous avons compris ses scrupules On aurait pu mal interpréter sa présence dans une pareille affaire- on aurait pu lui supposer des vues intéressées; il s'est abstenu, et vous penserez, comme nous, qu'il a bien fait.

— C'est ce dont je jugerai riiieux, quand j'aurai entendu ce que Rudesgens a à me dire. Parlez, mon ami, je vous écoule, ajouta M de Montaleu en faisant signe à ses visiteurs de s'asseoir.

On prit place, et M. de Rudesgens, après s'être un moment balancé sur son fauteuil, avoir toussé et pris haleine, commença d'un ton cavalier et où perçait un vif contentement de ce qu'il allait dire :

— Ecoutez, Montaleu , quoique je vous parle devant mon t;enilre dont je ne voudrais pas ébranler les principes conju;,'aux; quoique je parle aussi devant M. deBiias, un jeune homme qui cîoil croire à l'impeccabilité des cheveux gris, il faut cependant que je vous rappelle qu« nous avons été... jeunes, que nous n'avons pas toujours été... sasçes témoin certaine .aventure de Cologne... '

M. de Montaleu fronça le sourcil et repartit d'une voix sévère :

— Quelques souvenirs de ma jeunesse ont pu me laisser des regrets mais aucun ne m'a laissé de remords.

— Vous le croyez ainsi, et je ne recommencerai pas une discussion qui a failli nous brouiller, il y a trente ans.

— D'ailleurs, dit gravement M. de Montaleu, je ne vois pas que ces souvenus aient le moindre rapport avec l'affaire qui vous amène ici.

[ — Pardonnez-moi, mon ami; il était nécessaire de vous rappeler peut-être que les esprits les plus fermes ont eu leurs passions et leurs erreurs. Or, reprit-il avec une adorable fatuité, heureux ceux qui ont la liberté de continuer ces passions tant que le cœur les entraîne!

— Pardon, dit M. de Montaleu sèchement, mais je ne pense pas que vous soyez venu ici seulement pour faire une exposition de principes de morale plus ou moins commode.

Je vous prie de venir au fait, et pour éviter toutes circonlocutions iimiiles, je vous demande instamment de me dire les motifs de la conduite plus qu'extraordinaire de M"»» de Champmortain à l'égard de ' M"' de Monrion ; nous sommes de vieux amis, Rudesgens, je sais tout entendre quand c'est un homme d'honneur qui me p"arle clairement ; mais je ne suis pas homme à tout supporter, même d'un ami, quand il n'ose m'avouer les molifs de sa conduite ou de la conduite des siens

— C'est que c'est là le difficile, fit M. de Rudesgens en se trémoussant sur son siège... Allons, Monlaleu, vous devez en avoir quelque idée; devinez un peu. On sait tout, que diable !... Voilà la vérité • on sait tout.

— Monsieur de Champmortain, dit le marquis avec impatience pouvez- vous être plus explicite que M. de Rudesgens? J'avoue que je deviens tout à fait inintelligent.

— Et j'avoue, repartit Champmortain, qu'il me serait pénible de dire certaines choses à un homme que sa longue amitié avec ma famille m'a appris à respecler...

— Je m'adresserai donc à vous, monsieur de Brias, reprit M. de Montaleu de plus eu plus étonné ; nous nous connaissons assez peu inlimemeiit pour que vous ne redoutiez pas de me (larler.

— Pardon, dit Biias d'un ton pénètre, je n'ai pu refuser ni ma présence ni mon témoignage à la justification de M°>« de Champmorlain; mais il est des questions si délicates que c'est à peine si je me crois le droit de les connaître, et que je ne me crois pas le droit de les aborder.

— Messieurs, prenons garde, dit M. de Monlaleu avec hauteur, tant de ménagements peuvent devenir une injure...

Qu'est-ce donc qui s'est passé, qu'on hésiie à me le dire? Quoi que ce soit, celle hesilation n'est pas admissible, à moins que vous ne pensiez que j'aie auloiisé ce qui s'est fait... ou que j'en sois le com- |ilice... sinon même l'auleur?

— Nous approchons de la vérité, dit M. de Rudesçens en jouant avec ses manchettes.

Puis il s'accouda sur ses genoux, et de l'air le plus fin, les yeux a demi c.Ios, le sourire aux lèvres, il reprit :

— Voyons, Monlaleu, permellez-moi de vous faire certaines questions et de vous rappeler certaines dates. Vous êtes arrivé loi l'année dernière, vers la fin de la saison ?

JL'LIE.

— Dans les premiers jours d'octobre, en effet.

— M"" de Monrioii était encore en demi, nos relations a\eL clic se bornèrent à quelniics visites réciproques.

-jpsais parfaitement tout cela. Julie était souffrante, et le sûuncnir de l'affreuse mort de ses parents la poursuivait encore.

— Elle était souffrante, répondit M. de Hudesgens, c est tres-bien... Vous savez nue vers le milieu d'octobre, vous fîtes une absence poui iller iusmi'à Nevers... Cette absence dura une semaine, je crois .'

-Dix jours en effet, tout le temps que durèrent les élections du conseil général, d'où je voulais écarter Monléclain, qui se présentait,

"^'sTveKous"'que pendant ce temps M"» de Monrion ait fait un

^°!!^Elie Taliai" pour régler quelques affaires avec celui qui a acheté la maison de son père. J'étais si bien informé de ce voyage que je suis allé la cherchera Issoudun.

— El comment l'y avez-vous trouvée ?

M de Montaleu s'arrêta comme frappé d'une circonstance qui lui revenait en mémoire, mais à laquelle il n'avait pas pris garde a i epoque où elle s'était présentée. ,i„n,,,iM^

— Je ne l'y ai pas trouvée, répondit-il en exammanlM. deRudtsgens; car, la veille de mon ai rivée, elle en était partie precipiUim-

"" - Eh bien I mon cher Montaleu. dit M. de Rudesgens, le.Jo»"' "'^•".'; de votre inutile voyage à Issoudun, une jeune femme "'■7a'''.f '»,"." tombante, dans le hameau de Sainl-Faron, vous savez ce petit ciidiuit perdu dans les rochers et les bois, à une lieue d ici.

— Eh bien, celte jeune femme remettait à une paysanne du hameau un bel enfant nouveau-né de deux jours, avec un extrait de naissance qui ne lui donnait que le nom de Jules, et le déclarait ne de paicnlb inconnus.

M. de Montaleu écoutait d'un air fort étonne. ,,„,,,,.,,,., ,,:, j,

— Quel rapport tout cela peut-il avoir avec M">= de Moni ion ?ait-ii

'"-Cette jeune femme, continua M. de Rudesgens, ':<^>"'^'la'l^", '";■";;: temps à cette paysanne une somme de cinq cents Iraiics en oi poui les mois de nourrice de cet enfant. , .

Huit jours après, elle revenait le voir et ''f"":;-^^ f .'nuiuiît'l'ê gnant d'être obligée de l'abandonner , car elle partait et quittait le pays. C'était vers la lin d'octobre.

M. de Montaleu tressaillit. ,. .

— L'époque à laquelle nous sommes partis! secna-l-ii.

M. de Rudesgens poursuivit : , . . „f„„, . ,u,=

— Cette femme inconnue n'oublia pas cependant cet entant . dts vétemenis, des cadeaux et de l'argent furent envoyés de 1 aris a la nourrice ; puis le beau temps revint, et avec lui la présence de la lemme

'"Enrin!"depuis... un mois... les visites se sont succédé à peu de jours d'intervalle au hameau de Sainl-Faron, et la belle et jeune tcmme paraît ravie de la santé de ce cher enfant. , , „ ,, ,.

— El cette jeune et belle femme? fit M. de Montaleu d une nuix altérée par la colère et la surprise. , ■ , i

-C'est M-"-^ de Monrion , dit M. de Rudesgens en baissant la

M. de Montaleu jeta nu regard presque égaré sur Brias et Cliampmortain, qui s'inclinèrent sans prononcer une parole.

— Impossible! s'écria M. de Montaleu , impossible... on vous a

— Votre douleur et votre étonncment vous justifient, à mes yeux du moins, dit M. de Rudesgens; car je dois vous l'avouer mon cher Montaleu, la concordance de votre absence et de celle de M (le Monrjiin avait fait croire à certaines gens que vous aviez t.ut semblant .l'alltr d'un côté pendant que M"" de .Monrion allait d'un autre, et cela nour vous retrouver au lieu et à l'heure où devait uailre ce ruit d une faiblesse dont l'excuse est, pour vous, dans la beauté de M»= de Monrion, et, pour elle, dans l'espoir de s'assurer 1 un des plus riches héritages du pays. . . ,, , AI , 1 ,

— Je rêve, je rêve, je rêve ! reiietait M. de Montaleu.

Puis il se leva et reprit vivement : ,, .. .

— Et voilà trois gentilshommes, gens de cœur, gens d esprit, qui osent se faire les émissaires de pareilles calomnies ! Et dilcs-moi, Rudesgens , dites-moi, messieurs, qui vous a appris toutes ces belles

clioses? ..,,., 1

— La nourrice elle-même, reprit M. de Rudesgens.

— La nourrice 1 répéta le marquis; comment! vous avez vu cette

'■ Ouoique ma fille, qui tenait tous ces détails d'une personne bien informée nous les eût révélés hier, lorsque mon gendre lui demanda compie de sa conduite envers M""" de Monrion, nous n'eussions pas osé vous redire de pareilles choses, si nous n'avions eu des preuves de ce que nous devions avancer. . , ,,

— Des preuves? répéla encore le marquis de Montaleu...

— Oui, continua M. de Rudesgens, des preuves.

M de Champmortain, M. de Riias, votre neveu et moi qui cliuns

présents hier à l'explication de Sylvie, nous nous sommes transportes, au sortir du bal, chez la paysanne en question.

Elle s'appelle Jeanne Diomerv : c'est la femme d un bûcheron du hameau de Saint-Faron; sa maison est située k quelque distance du village, au milieu de la forêt. Nous nous sommes présentés chez elle, et nous l'avons questionnée. ,

Il faut vous ie dire , Montaleu , elle a confirme tous les détails que ie viens de vous rapporter. Depuis six mois, nulle autre femme que celle qui a apporté l'enfant n'est venue le visiter. Nulle autre personne ne s'en est informée. . , , ., ,

Alors je lui ai demandé si elle connaissait le nom de cette dame. Cette question a paru la troubler.

Vivement pressée par nous , elle a Uni par nous avouer que cette dame lui avait dit s'appeler .M""'-' Tlioré... , . . ,

— C'est le nom de sa famille, en effet, dit le marquis avec épouvante ; mais il n'est pas tellement rare qu'il ne puisse être celui d'un autre...

— M. de Brias nous a fait faire celte réflexion, reprit .M. de Rudesgens- nous avons pressé la nourrice pour savoir si elle ne connaissait pas cette ilame sous un autre nom... alors, elle a fini par nous avouer que curieuse de la connaitre , elle l'avait suivie jusqu'à la porte de. votre parc, qu'elle l'y avait vue entrer après avoir été saluée par un garde qui passait... , . , , .,

— Et alors... fit le marquis, dont la voix tremblait...

— VIors reprit M. de Rudesgens, la nourrice aborda le garde et lui demanda quelle était la belle dame qui venait d'entrer dans le parc.

— El il lui a répondu? fit .\1. de Montaleu tellement agile, que c est à peine s'il pouvait se faire entendre. „ , „

— Que c'était la comtesse de Monrion, repartit encore .M. de hudeseens. , , . p , .

Le vieux marquis baissa la tête, comme écrase par celte foudroyante

Mais^iprès un moment de ce silence douloureux et solennel, il se

releva vivement : „ . ■ .. r

— Messieurs dit-il avec colère, il faut que je voie cette femme... il faut que vous' me suiviez: il y a quelque infâme complot dans tuul ceci. Ne le pensez-vous pas, monsieur de Cliampmorlain? ajouta-l-il d'un ton plein de sarcasme. ,,,,,. „„„.

— Je ne sais autre chose que ce que vous a dit M. de Rudesgens , reparlit Champmortain embarrassé.

— Et vous, monsieur de Brias ? dit le marquis.

— Crovez, monsieur, ipie je regrette vivement d avoir ete mêle a toul ceci Le seul rôle qui m'v convienne, c'est de garder un silence absolu sur tout ce qui se passe, et ce silence, je vous le promets.

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