‹ Ouvrés illustréesChapitre 58 sur 157 · LV. — TiuoMiniE · texte numérisé non relu

LV. — TiuoMiniE

r orsnue Julie arriva dans la cour du château de Monléclain, elle fut 'étrangement surprise en voyant qu'Aly-.Muley .1 Biicord n étaient jilus avec elle.

Leur absence lui lit peur.

La pensée d'avoir été altirce dans un piège traversa un moment son esprit, mais elle la repoussa avec indignation.

IPe n'eût pas eu loi en Monteclain, qu'elle eût eu honte de soupçonner Aly et Brieord d'avoir prêté les mains à un crime.

Deux valets portant des torches avaient ouvert la portière de sa

^"îls'éclairèrent levaste perron du château et lui en ouvrirent la porte.

Julie entra dans le vestibule, où deux autres valets portant des 11 mibeau\ marchèrent devant elle, et l'introduisirent silencieusement dans un premier salon, illuminé comme pour une fête, mais désert.

Celte sinsulière réception étonna Julie, et la rendit toute tiemblanie.

Enfin elle arriva à la i)orte d'un second salon qui s'ouvrit de même devant elle, pendant que l'un des domestiques annonçait d'une voix retentissante :

M">= la comtesse de Monrion. , , ,

Iulie entra et se trouva en face de M. de Montaleu, du colonel, de Biias, de Champmortain. de Sylvie, de M. de Rudesgens et de sa

femme. , . , ., . •. i

M. de Montaleu était assis près du colonel, dont il tenait les mains

dans les siennes.

Brias s'entretenait avec eux; Sylvie et Champmortain causaient avec effusion; M">" de Rudesgens souriait à son mari.

A l'enlree de Julie, tous se levèrent d'un mouvement spontané, le colonel lui-même que Brias fut obligé de soutenir.

Julie s'arrêta. .

Il V eut un moment de silence solennel; chacun hesiiail.

Mais tout à coup M. de Montaleu, ouvrant les bras et faisant un pas vers Julie, l'appela en s'écrianl :

— Mon enfant... ma tille... ma tille... . .

Julie s'y précipita éperdue, heureuse, enivrce. loul ce qu elle avail soulferl était oublié.

De quelque désespoir qu'elle ci'il paye ce moment de joie et de triomphe, elle ne le regretta pas, car ce n'était pas elle seulement qui liiomphait, c'était aussi Monteclain, qui lui avail tenu parole, Monléclain qui ne la trompait pas, Monteclain chez qui elail venu .M. de Montaleu...

Julie pleurait, étouffait, sanglotait.

V.n s'arrachant aux embrassemenls de JI. de Montaleu, elle aperçut Sylvie, qui s'élait approeliee d'elle et qui la regardait d'un air suppriant.Elle la prit dans ses bras... Son cœur etail plein de pardon pour tout le monde.

Llle embrassa aussi madame de Rudesgens, et le vieux Aunibal aussi. Elle tendit la main à Brias, à Champmortain, en leur disant à tous :

— Merci... merci... comme si elle leur devait delà reconnaissance. Puis, après avoir été ainsi dci uns aux autres, ses yeux cherchèrent

encore'quelqu'un dans ce salon; mais il n'y était pas...

Julie eut peine à se rendre compte du sentiment qu'elle éprouva.

« Oh 1 se dit-elle dans le plus profond de son àme, si ce n'était de sa part que générosité. »

Mais ce doute n'eut que la durée d'un éclair. D'ailleurs M. de Montaleu la détourna presque aussilùl de cette préoccu|ialion.

— Mon enfant, lui dit-il, permettez-moi de vous présenter mon fils, le colonel Thomas Rien de Montaleu.

— Voire fils? lit Julie avec etonnemenl.

— On vous expliquera cela , la belle des belles , reprit M. de Rudesgens en baisant les mains de Julie. Prenez-le toujours pour un brave gentilhomme, un homme d'honneur, un honnête homme... un...

— Ah I dii Julie en serrant les mains du colonel, je sais ce que je dots à monsieur...

Je sais que c'est pour moi que sa vie est en danger... que c'est pour moi qu'il souffre.

— Je ne souffre plus, repartit Thomas; le bouheur guérit vile. Ne le sentez-vous pas comme moi, madame?

— Ohl oui ! répondit-elle avec effusion.

Puis elle se tourna encore vers les autres personnes présentes, elle échangea encore avec elles de ces mots qui i)aidonneiit et qui remercienl.

Mais elle demeura incertaine et étonnée ; Monteclain ne paraissait pas. . , , ,. . -

Chacun semblait deviner le motif de la surprise de Julie, mais per- ■ionne ne paraissait vouloir lui expliquer la cause de celte absence.

Elle allait parler : elle allait interroger .M. de Montaleu , lorsqu'un domestique entra et dit à Brias que M. de Monléclain désirait lui parler.

11 sonit. ,^ ,

Puis un moment après, ce fut le tour de M. de Rudesgens; puis celui de madame de Rudesgens ; enlin Champmortain et sa femme disparurent à leur tour, appelés tous i)ar Monléclain.

Julie se trouva seule avec M. de Montaleu et son his.

Oh 1 dil-elle toute tremblante à M. de Montaleu , pourquoi s'élûicnent-ils donc tous?

— J'espère que vous les reverrez tout à l'heure, a moins que... On appela aussi M. de Montaleu et le colonel.

— Quoi ! vous me laissez seule? s'écria Julie.

— Vous me reverrez dans tous les cas. lui dit en souriant M. de Montaleu. A bientôt, mon enfant, à bientôt.

Le colonel et M. de Montaleu s'éloignèrent, et Julie resta tout à

t'ait seule. .... . ,

Elle demeura un moment immobile au milieu de ce vaste salon

étincelanl de bougies. , . . ,, . ■. .

Pour la première fois elle regarda l'endroit ou elle se trouvait et vit appendue, tout autour d'elle, une longue suite de portraits, qui tous semblaient la regarder curieusement.

Julie était dans un étal de trouble inexprimable, elle prévoyait pour elle un grand événement ; mais elle n'osait en faire une espérance.

11 allait venir, sans doute; mais qtl'allail-il lui dire? Oh ! ne s'était elle pas trop flattée? n'avail-il préiiaré qu'une juslificalion à son innocence, qu'un hommage à sou malheur ?

Julie se sentit iirêle à étouffer.

Son cœur battait avec violence et s'arrêtait tout a coup.

Celait une appréhension si douloureuse qu'elle appuya sa mnin sur son cœur, et sentit crier, sous ses doigts, la lellrc inachevée qu'elle écrivait le malin même à son frère.

Ce papier confident de ses craintes et de ses esiierances, la brûla.

Elle chereha avec anxiele autour d'elle, comme pour implorer appui

JULIE

contre elle-même : ses veux interrogèrent tous ces visages muels qr.i l'entouraient, et elle y arrêta ses regards comme pour leur demantler iippui et conseil.

iMais lamine lièreet hautaine de la plupart de ces guerriers enchâssés dans leurs armures, de ces femmes couvertes de pierreries, semblait repousser les prières de Julie.

Son regard errant de toile en toile paraissait ne devoir pas trouver un visage ami, lorsqu'il rencontra un portrait représentant une femme jeune, belle, mélancolique, et qui couvrait d'un regard d'amour un berceau fermé.

Ce visage, Julie le reconnut. C'était bien le front élevé et penseur de Montéclain, c'était bien sa lèvre dédaigneuse, son nez d'aigle, son œil brillant, sa noire et riche chevelure : cette femme était sa mère.

Rien ne manquait à cette ressemblance parfaite.

Seulement tout était plus doux dans ce visage, le rayon de l'œil était voilé, le front s'inclinait, et quelque chose de résigne avait efface l'orgueilleuse expression de la bouche.

Julie s'arrêta à ce portrait, et, joignant les mains, elle murmura tout bas :

— Protégez-moi, madame, protégez-moi !

Un léger" bruit se lit entendre; elle se retourna et aperçut Montéclain.

11 s'approcha d'elle, la salua respectueusement, et lui fit signe de s'asseoir.

Julie lui rendit son salut et se laissa aller sur le fauteuil place audessous du portrait de la mère de Montéclain, car elle était incapable de se soutenir.

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