‹ Ouvrés illustréesChapitre 65 sur 157 · HUIT JOURS · texte numérisé non relu

HUIT JOURS

Afarlanne demeura sileiieieuso, Mme Ci'os ajouta sur un signe lie M. rerriii :

— Le jour où il vous trouva chez Mlle de Chevalaine dut être alors pour vous un jour dé raailicur, sans doute?

— Oui. reprit Marianne; et jiouiluut ce jour-là j'étais forte; j'avais réussi, j'avais frappé le dernier coup.

J'étais soutenue par le crime même que je venais de commettre ; mais lorsqu'il entra , lorsqu'il me regarda, le visage pâle, les yeux 1 ouges et ternes de larmes, lorsqu'il promena son regard désespéré de moi à Lucie et de Lucie à moi, elle baissa la tète et se mit à pleurer. Je me sentis perdue, je crus quej'allais lui demander grâce.

Un dernier effort me sauva : je le regardai à mou tour, et posant ma main sur la tète de Lucie, je lui dis d'une voix que je sus maîtriser assez pour qu'elle ne tremblât pas ;.

— Oui, c'est vrai; c'est moi... pour elle...

Il lomlia sur un fauteuil, la tète dans ses mains, sans pi'Ononcer d'abord une parole, sans pousser un seul cri... mais bientôt je vis des larmes silencieuses glisser entre ses doigts , tandis que Lucie [ileurait à sanglots. Cette faiblesse me rendit toute ma force.

— Viens-tu, dis-je à Maricou, pour nous accuser et nous dénoncer toutes deux?

Viens-tu pour envoyer à la mort la mère et celle que tu aimes, parce qu'elles ont renversé le dernier oi)stacle qui te séparait de la fortune ; parce qu'elles t'ont fait le seul héritier d'un nom qu'on t'a refusé jusqu'à présent?

11 se leva, en apparence calme et froîd; puis il resta un moment immobile devant nous, le cœur gonflé de malédictions et de reproches.

Je vis errer sur ses lèvres l'anathème qu'il voulait jeter sur nous; mais Lucie pleurait, et les larmes de Lucie tombaient sur sa colère et réteignaient en son âme.

Quant à moi, je n'étais pour rien dans ce silence... il ne m'épargnait que parce que Lucie pleurait.

Quand je vous disque j'ai bien souffert... Oh ! oui, j'ai bien souffertl car ce silence ne fut rompu que par un mot qui m'eût écrasée si , à ce moment, je n'avais pului rejeter l'horrible douleur qu'il m'infligea.

Il ût un pas vers elle, et, d'une voix où il y avait plus de douleur et de pitié que de colère, il lui dit doucement :

— Lucie, pourquoi avez-vous écoulé ma mère?

Lucie courba la tête... Vous lui croyez du courage, à cette femme... elle n'a qu'une basse passion de l'argent; elle courba la tète sans répondre...

Ah ! si elle eût dit une seule parole pour me défendre, je me serais jetée au devant d'elle pour la sauver... Eh! que m'importe à moi, d'avoir tué la fille, après avoir fait mourir la mère et le frère?... Slais non, non... il n'y a rien dans cette fille noble, rien du tout!...

Je lui donnai pourtant bien le temps... Je l'avertis en lui pressant le bras... Elle se cacha le visage...

Je l'appelais doucement... car je savais que Maricou l'aimait; et conmie il avait aimé Marie, parce qu'elle était bonne et pure, je n'avais pas voulu, pour lui épargner une horrible douleur, lui montrer Lucie comme je l'avais vue; mais elle m'abandonna si lâchement que je m'écriai alors :

— Lucie n'a pas suivi les conseils de la mère ; c'est ta mère qui a suivi les ordres de Lucie.

— Ses ordres!... s'écria Maricou, sur le visage duquel je vis alors tant de désespoir que je sentis combien il pou\ait aimer quelqu'un.

J'aurais pu m'arrèter ; mais tous deux rft'avaient fait trop de mal pour que je leur pardonnasse.

— Oui. oui, lui répondis-je, j'ai obéi à ses ordres; oui, c'est elle qui est venue me trouver aux huttes, elle qui m'a dit le rendez-vous de la chasse, elle qui m'a dit comment elle saurait bien entraîner Marie dans la route où on tendrait la corde qui devait renverser le clieval et précipiter Marie: elle avait tout prévu, toutcalculé, tout arrangé, et elle a fait tout ce qu'elle pouvait faire.

) A ce moment , Marianne s'interrompit , et s'adressant avec une «nouvelle exaltation à ceux qui l'écoutaient , elle reprit d'un ton désespéré.

— Savez-vous ce qu'il me répondit, quel premier mot lui vint à l'esprit , quand je lui expliquais si bien qu'elle était encore plus scélérate que je n'ai jamais pu l'être?...

Il la regarda d'un œil désolé et me dit à moi :

— Et c'est vous, sans doute, ma mère, dont la main tenait la corde de la route?... C'est vous qui avez été jeter au loin la pierre qui a servi à achever la pauvre enfant que la chute n'avait pas tout à fait tuée?...

Il n'accusaitque moi, toujours moi; il se trompait pourtant, mais celui que j'aurais pu accuser, il aurait pu le tuer ; je ne le nommai pas, pour qu'il ne put punu' per.«onne, pour qu'il eût toute sa douleur sans vengeance, et je lui répondis ;

— Et quand ce serait moi, Maricou, n'aurai-je pas dû le faire?... car sais-tu ce qu'elle m'a promis pour m'y décider?

Elle m'a dit qu'elle obtiendrait de ton père de te reconnaître et de te nommer comte de Chevalaine ; elle m'a dit que tu l'aimais et qu'elle t'aimait, et qu'alors elle deviendrait ta feuinic, et lorsque tu

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