‹ Ouvrés illustréesChapitre 77 sur 157 · V\ AV · texte numérisé non relu

V\ AV

lander du calme au froid de la nuit.

rec.lion du clieniii» de la forèl à la maison, et appoile une seconde fois ce bruit de pas, mais distinct, presse, sonore sur la terre durcie par les scories dont on la couvre ; c'est un voyageur : un voyageur a cette heure ne peut être «lu'un charbonnier qui regagne son chaume. Mais c'est le pas actif d'un cheval vigoureux, et non point celui des misérables animaux qui portent le charbon de la forêt. Peut-eire estce un de ces hommes qui parcourent secrètement le pays pour 1 insurcer Lèvent passe ou roule dans une autre direction, le bruit se tait et la violence des mugissements de la forêt remplit l'air. Henriette se décide à rentrer ; elle ferme sa fenêtre et les doubles volets qui la protègent Elle va se coucher; elle détache sa robe ; mais 1 air qui s'engouffre dans le large tuvau de la cheminée lui apporte encore le brui'l de ces pas, mais plus rapprocliés ; on les dirait au sommet de la montée, et véritablement ils y sont; car ils se ralentissent comme ceux d'uu cheval qu'on retient prudemment. 11 n'y a plus de doute que ce ne soit quelqu'un qui vienne à la forge ; elle est prête à rouvrir sa croisée pour voir qui ce peut être ; mais l'orage redouble et éclate; les arbres crient ; on n'entend plus rien qu'un mugissement unilorme. C'est peut-être une illusion: que de fois le vent a apporle, durant la nuit de pareils bruits partis de plus d'une lieue et qui semblaient résonner à quelques pas! Elle achève de se deshabiller et s'apprête a monter dans son lit, lorsqu'un cri terrible, suivi d'un bruit sourd, domine tous les retentissements de la tempête. — Dieu' mon Dieul... c'est le voyageur qui amanque le tournant. Elle ouvre sa croisée; la nuit est profonde, le bruit horrible, on n'entend plus rien ; elle attend un nouveau cri, une plainte, mais rien ne perce l'ouragan; elle cherche à se bien rappeler : c'était peut-être le craquement d'un arbre brise et jeté dans le lac; de temps en temps le vent se tait, et nulle voix ne profite de ces moments de calme pour appeler- elle referme sa croisée; elle se couche et s'endort.

Elle dormait depuis une demi-heure, lorsque les aboiements terribles des chiens de garde l'éveillent en sursaut. Pour cette fois elle ne se trompe pas: le cheval piétine à la porte de la maison. Henriette se lève, rouvre sa fenêtre et demande timidement qui est la ; on ne répond'pas. Elle t:iche de découvrir la cause de ce silence, etfinilpar reconnaître que le cheval est seul ; sans doute le cavalier est noyé. L'idée de lui porter secours ne lui est pas plutôt venue , qu'elle pense à la mettre à exécution. Elle passe une robe, chausse ses pantounes jette un manteau sur ses épaules et descend pour éveiller quelqu'un. Elle était dans la salle à manger dont nous avons parle, lorsqu'elle entend une voix qui semble s'adresser au cheval qui est a la porte ; elle ne doute lias que ce ne soit le voyageur; elle défait de ses blanches mains les barres de fer qui défendent la porte à l'iiilerieur et l'ouvre aussitôt. Le vent, qui s'engouffre tout à coup dans la salle ouverte, éteint la lumière qu'elle portait, et Henriette se trouve dans l'obscurité en face d'un homme qui est appuyé sur son cheval. Henriette se sent iiresque peur; cependant elle dit aussitôt :

— Qui est la? que cherchez-vous?

L'étranger, au lieu de répondre à la question qu'on lui faisait, dit tout haut, mais avec une expression d'élouneaienl :

— C'est une femme?

— Oui ! dit rapidement Henriette que celte réflexion effraie; mais il y a du monde de levé ; je vais appeler.

— Non, dit cet homme eu l'arrêtant par le bras, n'appelez pas ; il vaut mieux que je parte, que je n'entre pas. Et, comme il disait cela tristement, à côte du froid de la main qui la tenait, Henriette sentit couler de larses gouttes tièdes. Elle tressaillit.

— Vous veniez ici? dit-elle. Qui êtes-vous? que vouliez-vous? L'inconnu ne répondit pas encore cette fois ; il réde.hit et reprit:

— Mais peut-être me trompé-je. Est-ce bien ici la demeure du général d'.\spert?

— C'est ICI, dit Henriette.

— C'est ici, dit l'inconnu, qu'une fenêtre a été ouverte et fermée deux fois?

— C'était la mienne.

-- Alors, adieu, je pars. Non, je n'entrerai pas ici... c'est une maison de malheur.

— Ah! s'erria Henriette, que toute cette nuit avait troublée et que ce singulier entretien épouvantait, pourquoi luaudissez-vous cette maison?

— Cette maison est maudite depuis longtemps, dit l'étranger ; maudite, non pour ceux qui dorment sous son toit, mais pour celui i. voudrait v entrer, malgré tant d'avertissements.

En disant ces mots il s'élança sur son cheval. Henriette, glacée d'une terreur indicible, lit un pas pour le suivre, en lui disant ;

— Qui êtes-vous, monsieur? qui êtes-vous, au nom du ciel !

— Prenez garde, dit l'inconnu, ne me suivez pas; vous glisseriez dans mon sang et vous tomberiez. .

11 partit au grand trot de son cheval. Heurietle, demeurée immobile -à sa place, l'entendit s'éloigner; elle referma la porte, remonta chez elle à tâtons, et, après avoir rallumé sa bougie a la lampe qui veillait chez elle, elle regarda ses mains ; elles étaient couvertes de sang.

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