‹ Ouvrés illustréesChapitre 8 sur 157 · XI. — PRISME DE i.'amouh · texte numérisé non relu

XI. — PRISME DE i.'amouh

Le lendemain fut plus triste encore.

Quand M""' Thoré demanda Charles, avec lequel elle voulait avoiiun moment d'entretien, elle appiit qu'il était parti de très-grand matin, d'assez grand malin pour n'avoir pas reçu une lettre qui fut remise à M"" Thoré, et sur l'adresse de laquelle elle reconnut l'écriture d'Amab.

Du reste, cette sortie matinale n'avait rien d'étonnant : Charles vivait avec une entière liberté.

A part le sol métier de bouffon qu'il avait accepté , c'était un loyal garçon qui travaillait avec zèle, qui ne faisait point de dettes , et (lui menait une vie assez rangée pour que sa mère fermât les yeux sur les petites irrégularités qu'il se permettait très-rarement, et qu'il avait grand soin de tenir cachées.

Ace propos, il faut dire qu'il y a des gens qui déblatèrent avec feu contre l'hypocrisie des jeunes gens qui mentent a leurs parents sur certaines petites fautes. Ils ont de gros mots tout prêts pour qualifier rihipiidcnce 'de ces mensonges et le déplorable avenir qui attend ces maUumreiix.

M"" Thoré n'était point de cet avis : si elle ne trouvait pas une excuse aux fautes de son fils dans le soin qu'il niellait à les cacher, elle y voyait du moins un témoignage de respect et de soumission.

Peut-être, dans une autre famille que la sienne, avait-elle vu quelques-uns de ces jeunes progressistes, qui discutent insolemment avec leur père le droit qu'ils ont de découcher, de faire des dettes, démener joyeuse vie, chez qui la franchise du vice est un vice de plus; âmes corrompues sur lesquelles la famille n'a plus d'action, car ils ne la respectent plus assez pour lui mentir, car ils prélendent lui imposer leur scandaleuse conduite.

Or donc, M'"" Thoré savait les escapades de son fils , et, en toute autre cir.oiistance, cette sortie matinale ne l'eût point alarmée. Mais

il est des jours où loul prend un sens Irlsle el menaçant , et il fallut a .>!""= Thoré toute la force de sa résolution, pour ne pas envoyer chez \mab,afin d'avoir des nouvelles de Charles.

i:ile était au plus fort de son inquiétude, lorsqu'elle vit arriver le jeune peintre. . • -. i

En efiel, on doit se rappeler que la veille, Amab avait écrit à Charles. Dans celle lettre il le priait de venir sur-le-champ, et déjà les deux tiers de la journée étaient passés sans que Charles eût paru à l'atelier.

Amab, alarmé de celte absence, venait pour savoir ce qu était devenu ce jeune homme, car il supposait avec quelque raison que la vengeance de Léona avait pu entraîner Charles dans quelque piege daniïereux.

iffaliait que celte crainte fût bien sérieuse pour déterminer Victor à aller chez madame Thoré, car il avait compris que Julie pourrait voir dans cette visite un empressement amoureux.

« Eh bien ! s'élail-il dit, si on me laisse entrevoir que c'est ainsi qu'on comprend ma venue, je répondrai assez clairement pour qu'on n'ait plus de doute sur mes intentions. »

Par une étrange bizarrerie, cet amour, qui lui était indifférent, le préoccupait sans cesse. 11 lui causait un malaise et un embarras dont il voulait dégager sa vie.

On verra ce qui advint de celle résolution et de la manière dont il l'exécuta.

Madame Thoré avait eu la force de ne pas envoyer chez Amab; mais elle ne put contenir le vif mouvement d'anxiété qui la fit s'avancer vers le jeune peintre qui, sans doute, allait la rassurer.

Julie comprit ce mouvement comme un accueil plus amical par lequel sa mère voulait reparer l'espèce dinjure qu'elle avait faite à Victor, et l'en remercia du fond de l'âme. Victor reçut cette démonstration empressée avec une timidité triste.

— Je suis charmée de vous voir, Monsieur, dit madame Thoré, car j'allais cnvover chez vous pour...

— Madame, reprit Victov en riuterrorapant vivement, je suppose qu'il y a un sujet air lequel toute tûircâ^ondauce est finie entre nous ; . je vous le demande en grâce,

Monsieur Villon toussa bruyamment et écrasa une plume sur son bureau.

— Nous parlerons de cela avec njon "'arii dit madame Tliore assez froidement; mais je voulais s;uoir si vous aviez vu Charles aujourd'hui.

Victor ess.aya de c^cljer l'inquiétude que lui donnait celle question,

et il répondit : ...

— Non, Madame, non, je nai point vu Charles ; je lui avyis écrit pour le prier de venir chez moi.

— N'est-ce pas là votre lettre?

— Oui, Madame, et comme je n'ai pas encore reçu de réponse, je supposais que Charles était indisposé, et je venais pour savoir de ses nouvelles.

Toute l'àroe de celte mère fut saisie d'un froid glacial. Sans s'en rendre compte, madame Thoré iirevil quelque affreux malheur.

— Quoi ! vous n'avez pas vu Charles aujourd'hui ?

— Non, madame.

— Et vous n'avez aucune idée des causes de son absence?

— Aucune, dit Amab avec embarras ; car il reconnaissait que ses craintes étaient justifiées.

— Vous n'avez pas entendu parler de quelque partie de plaisir projetée avec ses amis? Vous ne supposez pas qu'il ait quelque raison ou peut-être quelque... occupation qui l'elQigne?

Et la façon dont madame Thoré prononça ce mot occupation.... permettait à Victor de le prendre dans son sens le plus éleudu : c'élail lui demander si Charles n'avait pas été entraîné dans un de ces rendezvous qui n'ont pas de nom qu'on puisse dire devant une jeune fille.

Victor le comprit ; et voulant se donner le temps de savoir ce que Charles était devenu, il répondit avec un trouble qui venait du mensonge qu'il allait faire, et que madame Thoré prit pour l'embarras qu'il éprouvait à confirmer les soupçons d'une mère :

— U est possible qu'il ait, comme vous dites , une occupation qui l'ail tenu éloigné toute la journée... Cependant, ce n'est pas dans ses habitudes, il est exact, et si je le retrouve à l'atelier, ce que je suppose, je le gronderai.

— Ainsi, vous n'avez aucune crainte?

— Aucune; mais j'ai besoin de lui, et je comptais le trouver ici ; et comme je vous l'ai dit, si je le trouve chez moi, je vous l'enverrai.

Victor se leva et salua.

Depuis qu'il était entré , Julie , les yeux baissés sur son ouvrage, n'avait pas levé la tète. Pour elle, l'absence de Cliarles était un prétexte que \ictor avait pris avec empressement.

Son départ précipité était un acte de complaisance, une de ces liumb!es servi ités par lesfiuelles un amant cherche à gagner les bonnes grâces d'une mère. Elle regarda Victor pour le remercier. Celui-ci était levé et prêt à sortir. Ce regard l'arrêta; il parut hésiter , puis il reprit sa place, k ce moment, il se décida à mettre en exécution le plan de conduite qu'il s'était tracé vis-à-vis de Julie.

Alors seulement aussi. M"* Thoré se souvint que c'était là une visite difficile à soutenir pour elle et pour sa Tdle.

Elle tenta de jeter l'entretien bien loin des pensées qui pouvaient les occuper l'un et l'autre, et elle dit à Victor :

— Est-ce pour quelque nouveau tableau que vous aviez besoin de Charles?

— Non, Madame, je ne suis pas encore assez pressé de travaux pour être obligé de faire travailler mes élèves , et ce n'est qu'aHx grands maîtres qu'il appartient de dédaigner assez certains déiaiis de leurs œuvres, pour les confier à des mains moins habiles que les leurs.

— Cependant, vous préparez sans doute quelque nouvelle composition ?

— Je travaille toujours, répondit Amab eu appuyant sur ses paroles : il y a tant à faire pour devenir un grand artiste. '

— Ne l'êtes-vous jias déjà ?

— Oh ! non, Madame, s'écria Victor avec chaleur, et comme s'il se jetait avec empressement dans une voie dont on avait abaissé la barrière devant lui. C'est par d'autres travaux , d'autres efforts que les miens, qu'on arrive à cette haute renommée, à cette position puissante qui est la couronne des artistes.

Pour être digne de ce nom de grand artiste, il faut avoir le courage de lui sacrifier son repos, sa santé... sa vie , s'il le faut... ; bien plus que cela, ses plus chères espérances, le bonheur rêvé et qui vous sourit au réveil.

Quand on veut la gloire, il faut oublier la fortune; il faut presque déserter sa famille, quand on a le bonheur d'en avoir une; la vie d'un artiste, c'est une perpétuelle lutte, une abnégation de toutes les heures. Ce sont les études incessantes, les voyages lointains qui dévorent les jeunes années que d'autres donnent aux plaisirs.

— Mais aussi, quand on revient, on est heureux, dit M"'' Thoré, qui cherchait à voir clair dans les sentiments d'Amab.

— Oui, Madame, heureux, quand on retrouve une famille à qui l'on peut dire: Voilà ce que je rapporte de gloire, en échange du chagrin qu'a fait mon absence.

M-" Thoré ne put se méprendre à l'intention que Victor mettait dans ses paroles.

•Evidemment, Amab désirait qu'elles eussent un sens particulier pour celle qui l'écoutait. C'était comme une explication de ses sentiments et de ses projets.

M'"'' Thoré voulut que cette explication fût aussi complète que pouvait le désirer Victor; et elle lui dit d'une voix émue:

— Mais la tendresse- de sa propre famille n'est pas la seule à qui l'on puisse rapporter sa gloire?

Julie se prit à trembler à ces paroles, M. Villon s'agita sur sa chaise tournante qui gémit aigrement, et M""" Thoré attendit.

Victor ne répondit pas sur-le-charap, tant il fut surpris de l'ouverture qui lui était faite.

Enfin, il se prit d'un grand courage, et il répondit :

— Je ne suis pas assez vaniteux pour croire que je puisse inspirer une affection assez vive... peut-être assez patiente... pour attendre... un retour incertain... peut-être.

Julie étouffait : sa respiration était pénible... Victor continua :

— Car s'il était possible que quelqu'un me sût gré du peu que je suis, croyez-vous. Madame, que je fusse assez fou pour espérer que cette affection survivrait àl'absence... carje partirai sans doute bientôt. Que peut le souvenir d'un pauvre artiste vagabond contre les hommages, contre les tendres sollicitations de tout ce qui entoure cette affection laissée derrière lui'? ce serait l'exposer à une lutte bien chanceuse...

Et, ajoutâ-t-il avec un soupir, il trouverait probablement une déception au retour.

Julie le regarda, et ne baissa les yeux que devant le regard sévère que lu» jeta sa mère.

LA LIONNE

Victor continua

vais lo

le en laissant éclater son Ciicur, qu'il

— Ce n'est pas qu'il ciU le droit de blâmer l'oubli qui l'accueillerait.

Que doit-on à celui ([iii fait des promesses qu'il ne tiendra pas peut-être? Peut-on compter sur un cœur qui préfère les chances d'une carrière éclatante, mais aventureuse, au bonheur qui vouait s'asseoir près de lui?

Pour ma part. Madame, si jamais (ici la voix de Victor se troubla) SI jamais, dis-je, j'avais pu espérer qu'une pareille tendresse me fût promise, j'aurais cru de mon honneur de lui dire : « Ne confiez pas les rêves de votre bonheur à un de ces êtres capricieux, fautasques, qui vivent avec leur pensée comme avec leur plus chère compagne ; craignez de voir se briser vos espérances contre un dépit, contre une colère où vous ne serez pour rien.

Ne demandez pas votre bonheur à celui qui ne peut pasvous devoir le sien tout entier; n'approchez pas votre âme délicate et faible de ces esprits de fer qui, lancés par leur ambition comme une fièche par un arc puissant, déchirent et brisent tout ce qui les arrête, et se brisent quelquefois eux-mêmes avant d'arriver au but. »

Julie tremblait à faire peur à sa mère.

Madame Thoré voulut rompre l'entretien, et dit d'une voix ninphante :

— Vous avez peut-être raison ; mais Charles ne revient pas... Seri'V.vous assez bon...

— C'est juste. Madame, dit Victor avec empressemeni, je chercher et je le trouverai, je vous le promets.

11 sortit.

Julie étouffait.

Sa mère tout alarmée lui dit tout bas :

— Eh bien I tu l'as entendu ?

— Oh I ma mère, fit la jeune est noble et grand I

— Mais lu ne l'as pas compris? s'écria sa mère alarmée; il va partir, ii l'a dit.

— Hé bien ! ma mère, repartit Julie avec une joie fière, je l'attendrai.

Quand l'incendie est largement allumé, tout lui profile, jusqu'à l'eau qui éteindrait un faible brasier : c'est de même en amour.

Madame Thoré se lut, monsieur Villon écoutait.

Victor avait-il parlé sincèrement ? Madame Thoré l'avait cru d'abord, et elle admirait cet homme qui se sacrifiait pour guérir une blessure qu'il avait faite sans le vouloir.

Mais en voyant que tout cela n'avait fait qu'exalter davantage la passion de Julie, elle douta, elle se demanda si elle n'avait pas affù'ire à un séducteur d'une habileté supérieure.

Madame Thoré se perdait dans ce langage hautain et sonore de Victor Amab.

Pour elle, la gloire, la renommée, n'étaient pas des mots vides de sens; mais elle ne comprenait rien à ces sublimités religieuses que certains écrivains ont mises à la mode au sujet de l'art et des artistes. Elle comprenait qu'on travaillât beaucoup, qu'on négligeât pour cela ses plaisirs, sa femme même, sa^maîiresse au besoin; mais cela ne s'appelait pas, dans son style, de'sublimes abnégations, d'ardentes luttes.

Pour elle, un peintre était un peintre; mais ce n'était pas un prêtre de l'art drapé dans ses inspirations célestes et sa mission divine. Elle ne trouvait pas cela ridicule, elle ne connaissait pas -assez les artistes pour cela; mais elle était étourdie, incertaine, et, en voyant sa fille s'éprendre à ce langage métaphorique, elle se sentit tout iVfait découragée.

Elle pensa à son fils qui pouvait l'éclairer, la guider, et reprit sa première inquiétude, en voyant que l'heure du dîner était passée, et que Charles n'avait pas encore reparu.

XIL — LE LION.

Le lendemain, Victor était dans son atelier, se félicitant du courage qu'il avait montré la veille, et se disant :

« Cette jeune fille a dû me comprendre, ou tout au moins sa mère ; il est impossible de dire plus clairement à une femme : je ne puis pas vous aimer, et c'est une folie à vous de m'aimer.

«D'ailleurs, qu'est-ce que tout cela? un petit roman que cette petite a fait à elle toute seule... car, que lui ai-je demandé, moi? de me laisser faire un croquis de son visage... ce n'est pas là une déclaration. Elle

. Vous

I Ji"

,.M hi.-n -.vorlio ;. pri^sfnt , pt . n,;. foi . si elle ne m'a P^s oompris liiiirui p:u- m'expliquer clairemeiil avec son fi'ere »

Alors il se souvint qu'il avait promis la veille a M"« Thoi. de n trouver ClKules et (le le lui ramener. , „„,i,nc

n alla t s'informer à quelqu'un de ses élèves, lorsqu'il vit enl r dans son atelier un homme de vingt-einq ans tout au P'-- ".s a,^ u. e pa faite élé-ancc, d'un visage noble, mais déjà use, et couveit de. ceiiu Sieur a^cll de veines pourprées qui disent que la mort habite dan ce corps vivant. U était d'un blond fade, dune tadle élancée, elqu.l nnriait nvee une certaine raideur. .,

'un a eu fébrile allumait ses grands yeux bleus. Des l-^^vres pa et mïnc2s. un nez busqué, un front large et développe, dénotaient chez ce jeune homme l'intelligence, la volonté et le courage

Mais nul sentiment tendre ne semblait avoir place dans cette nature

puissante et passionnée. . hW'née et

11 demanda M. Victor Amab d'une voix douce, mais tali^uee , après que celui-ci se fut nommé, il lui du : ' l'eut-on vous parler d'affaires devant ces messieu s C'est à vous, monsieur, à juger si ces affaires peuvent as on des

""- Thfoi, dit le jeune homme, je n'en sais rien ; je viens pour vous acheter un tableau. .

Vous pouvez parler, dit en souriant \ iclor.

- J'ai envie d'avoir votre rierge aux pleurs, dit le jeune homme , n'est-ce pas comme ca qu'on la nomme?

Ce nom n'était encore arrivé à Amab que par la 1 "r" J^ Leona , se demanda si cet inconnu n'avait pas quelque rappoU a^'^';f' f.

-Un pareil désir me flatte, monsieur; il me montre que ce tableau

'''- j/'ne Éi pas vu. C'est quelqu'un qui le ^^ut al^olument , et à nui j'ai absolument envie de le donner... ^oda la vérité...

Vous voyez que je n'y mets pas de finesse. Aussi, je vous prie, Tii-vnia-t-il en riant, ne ra'écorchcz pas trop. .

'1 vous me rendez curieux, dit Victor ; et peut-on savoir quelle P<;i 11 nersonne oui veut absolument avoir ce tableau? "'I7l m'a fJmellement défendu de la "ommer. Pourquoi ? je ,, en sais rien. C'est bien l'esprit le plus fantasque... Mais enfin , elle le veut, j'obéis...

place d'une demande :

— Quel serait le vôtre? , ■„.. f.inn»

Léona m'a dit que cela valait au moins dix mille lianes. C'était le nom qu'attendait Victor, et qui devait le décider a taire

ou à ne pas faire le marché. . . , , „,;„,/,

Les élèves s'enlre-regardèrent. Le tableau était richement estime.

— Eh bien I reprit le jeune homme, cela vous va-t-u . Av.mt u'?l ré ondit.' on vint annoncer à Victor q»« J";;, f,^;;

l'attendaient dans son appartement : c'était sans doute queUpic por-

'''îiM qu'on les priât d'attendre dansle «=''ûn qui — tump^it à son atelier par une issue fermée d'épaisses portières de vieux bio

'"s'il eût été tourné de ce côté, Amab eût vu ,.ne ^iflf^^'"''}' norlière , un regard rapide parcourir l'atelier , et .1 eut peut-etie entendu ce mot échappé à l'anxiété maternelle : « Mon Uieu! ou est-.l.'» mot nue nrononca M'"^ Thoré, car c'était elle. 'a ce niomLt il suivait des yeux le jeune homme qui, ayant aperçu dans un coin de l'atelier une panoplie, se mit a la frapper de sa badine, en s'écrianl :

— Tiens! ce n'est pas mal, ça...

Puis l'acheteur se retourna :

'. — Eh bien I votre juste prix ? dit-il, voyons. .. i Pendant ce temps, Victor avait cru comprendre que madame de Cmbure, ceue femme si grossièrement insultée par le f''^'''»^ ''f "]; ' par lui-même, ne pouvait désirer l'image de cette charmane fille que dan m but de vengeance. Peut-être, se dit-il. voulait-elle acquérir celte œuv." , qui l'avait enthousiasmée jusqu'à la folie, pour l'anéantir. Cette pensée fit peur à Amab; et comme le dandy renouvela sa ques-

''- Monsieur, dit froidement Victor, mon tableau n'est pas i. ven-

- Voilà! s'écria le jeune homme, l'en étais sur!... je m'y fer.ii ton

LA LIONNE

jours prendre... J'aurais dft vous envoyer quelque brocanteur, refusez dix mille...

— Oui, Monsieur.

— Eh bien! douze...

— Non, Monsieur.

— Ouinze, dix-huit, vingt mille francs... •,.:„„, I es^élèvec: regardaient .\mab, à qui de pareilles offres parais aient

une fortune inespérée; plus qu'une fortune, une consécration de son

'"irfut sur le point d'arrêter l'élan financier du jeune homme en lui

'^' - Uonnez-moi donc dix mille francs, et ce tableau vous appartient. Mais il avait dit que ce tableau n'était pas à vendre, et il eut rougi de faire de cette assertion une ruse de spéculateur; son orgueil s y opposait.

— Non, monsieur, répondit-il avec effort, leieune homme resta stupéfait du- refus, pendant que les élevés

admiraient le désintéressement de leur maître, à moins qu ils ne setonnassent de le voir mettre à son œuvre un prix qu elle "Y;'';'!- .''„'■.

- Tenez, dit enfin l'acheteur, j'ai promis ce tableau... Soyez liane , dites votre prix tout de suite. , ,.

J'ai bien donne en une heure quatre-vingt mille francs de diamants nour un bal... Je puis bien donner trente, quarante mille francs pour une fantaisie. Je l'ai promis ; faites-en votre prolit... Je paierai ce que vous voudrez, cinquante, soixante mille...

La parole de ce jeune homme avait quelque chose de "f 'eux : c'était l'émotion de ces malheureux dissipateurs esclaves à la fois d'une passion folle et d'une vanité féroce... à qui lebon sens qu. leu reste montre toute la fureur des sottises qu'ils font, mais qui les font ' avec une sorte d'acharnement. C'est l'homme habitue a 1 ivresse de Veau-de-vie, qui sait qu'il en mourra, et qui en boit avec rage, désespéré qu'il est d'en boire. , „. . , Amab comprit ainsi ce jeune homme, et lui dit en 1 interrompant

vivement ^^^^^ soixante mille francs, ni pour deux cent mille vous n'aurez ce portrait : il n'est pas à vendre.

I e jeune homme s'arrêta, et dit avec un accent amer :

Mors, c'est le portrait de votre maîtresse.

Monsieur, dit fièrement Amab, je ne permets à personne...

Pardon, dit l'autre, je sais que vous êtes brave ; j ai cnlendu raconter devons un duel assez bizarre... Je n'ai pas vou u vous offenser

Mais avouez que si ma supposition n'est pas juste... ceci devient

""l^Sreï^SSÎuéire le mot sans vous en douter, lui dit Amab.

- Et probablement je l'ai dit sans m'en douter.

- Peut-être, dit Amab, qui pensait qu'en nommant Zrona, ce jeune homme lui avait fait prendre le parti de ne pas lui vendre ce tableau

Celui-ci prit ce peut-êlre d'une tout autre façon ; .1 en revinrà l'idée que c'était le portrait dune maîtresse adorée et qu Amab lui sacrifiait sa fortune; il répliqua donc : ,f, „„,,„.: Qi

- Pardieu, Monsieur, vous êles un aussi grand fou que moi... Si cependantil vous vient une lueur de .sagesse tirez un l-on à vue •'^'''- « comte de Monrion, en m'envoyant votre \iergc; je m en fie a voiic

'"'"-^'nc comptez pas sur ce tableau. Monsieur, dit Amab, et veuillez cesser des instances... qui... , „ . ,. ,-„ , -ii.np

-Oui vous sont pénibles, dit M. de Monrion d un tun railleur... Est-ce que vous seriez homme à finir comme la reine Anne et a vous écrier : « Vous m'en direz tant i »

Eh bien' Monsieur, je ne fais pas, comme Mazarin, une supposition, je ne dis pas : Si on vous offrait cent, deux cent mille, etc. moi. i'oftVe cent, deux cent mille... .

Monsieur, dit Amab avec impatience, nous jouons un jeu d entants. J'ai refusé, parce que j'ai des raisons particulières de refuser, bi j acceptais la moindre des propositions folles que vous me toutes, je serais un malhonnêle homme. . , , n i.„w„o

Vous vous trompez, dit le comte, je paierais le double de ce que je vous offre, pour ne pas avoir la scène qu'on va me faire, et le double encore, pour pouvoir dire à quelqu'un :

« Vous avez désiré... vous êtes obéie... » , , i

Vous me brouillez probablement avec elle, je vous pardonne le mal que vous me faites, mais il est possible que je m'en venge.

— Que voulez-vous dire ?

— Je no le sais pas trop moi-même... mais je vous en avertis, ptuiêlre dans deux heures, je serai votre ennemi mortel...

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