‹ Ouvrés illustréesChapitre 91 sur 157 · ARRIAS · texte numérisé non relu

ARRIAS

■ Mais tu veux donc m"a?.=a-s!i:cr, mis'raWi^ ! dit de la chambre.

— Je vais me lever, je vais sortir pour l apporter ce qu il le taul.

Silveslre l'obligea à demeurer dans son lit, et comme elle insistait vivement, sûus prétexte de sa santé, il se décida à quitter sa maison vers cinq heures du soir, autant pour satisfaire à l'iiUéret apparent de sa sanlé que pour s'arracher lui-même à la torpeur douloureuse où il était tombé. , . , . , . , „„„:i,i , ^„,,

C'est que celle journée avait été pour lui un bien hornb e supnliccVc'est que son àme s'était fatiguée à souffrir toutes les don eu s qu'enfanlainit pour lui sa mi.ére d'une |iart et son amour perdu de

' '^Mafs il est inutile de racontei tous ces tourments d'un cxcur déscsnéié- il faudrait des volumes enliers pour faire comprendre au Wceur cet incessant mouvement du malheur sur lu.-nieme. celle lempele toujours pareille et toujours diverse, oti, comme les flots entérines dans un lac étroit, les mêmes passions s'agitent sans cesse sans rctrouver jamais la niCMne loriiie.

Laissons Silveslre en proie ù sa douleur medil.int 1. s résolutions qu'il avait prises, et entions dans le salon de M. Mmoii. ^ Il est neuf heures à la ,,endule; il " >, « /l"%*'l\^'l P"','","' d.ns ce salon : M. Simon, sa femme, Sabine et M. de Be fsiar^ C'est une cruelle comédie que celle qu il faut souven jouer en face du monde, mais c'est une comédie bien plus cruelle encore, celle qu'il faut jouer dans l'intimité. Ainsi donc les voila en présence les uns des aulres. D'abord M. Simon, qui avait désire pour sa pupille un mariage qui lui donnât un grand nom, une grande nnsiiion, une grande forlune: un mariage qui le dégageât, ui, de la protection qu'il devait à Sabine et qu'il sentait impuissante pour la défendre contre les récriminations qui la pourMiivraient.

Ce mariage, il i avait obtenu ; et cependant, malgré tous ses efforts, notre avoué était triste, préoccupé; de temps en temps son regard cherchait le regard de sa pupille , il semblait vouloir épier dans ses yeux une trace de ce iiiécontenlement , de cette tristesse qui rempIi.^sait son propre cœur; c'est que M. Simon sentait qu'il avait satisfait, pour mademoiselle llurand, a tout ce qui est raisonnable, prudent et convenable selon le monde, mais qu'il avait oublié ce qui est bien fait selon le cœur.

Dans les jours où il se laissait aller à plaisanter avec les termes de sa profession , si on lui eût demandé ce qu'il pensait de l'union de Sabine et de M. le marquis de Dellesiar, il eût répondu :

— Tout cela est fort be.iu , mais le bonheur ne signera pas au cou Ira t.

D'un autre cûlé, c'est niad.ime Simou , une àme charmante , un coeur intelligent, qui comprend que le malheur est autour d'elle, sans se sentir la force de le combattre.

Klle avait exigé de Sun mari la terrible épreuve où Silveslre avait failli succomber, car elle avait de>iné l'amour de Silvestre et l'amour de Sabine.

Elle aval l espère que de celte épreuve s'échapperait un cri, une parole qui dirai' à M. Simon qu'il luait ce jeune homme si noldeci qu'il aimait tant; elle avait espéré que ce cri irait jusqu'à sa pupille et v ferait parler la voix à laquelle elle imposait silence; elle csper.nl enfin que, celle double barrière une fois rompue, tous les obstacles seraient bienlùl brisés par ces deux amours libres alors daller 1 un vers l'aulre.

'-=:^-- -' z^E^^i:^-^ L.DEGHUUY.

jlUo de Proîiiv en se recu'r.tit PageîS.

L'épreuve avait eu lieu, le désespoir s'était montie, mais il n av.ut pas dit le mot attendu ; il n'y avait eu qu'un homme qui s était tordu dans la douleur, sans dire où il avait souffert.

jMadame Simon n'avait réussi à rien qu'à faire du mal a un cœur qu'elle eût voulu consoler et guérir. Elle aussi était triste et préoccupée elle aussi sentait les larmes lui venir aux yeux a chaque instant; alors elle se reprochait sa faiblesse et son manque de courage.

.Malgré toute la tendresse que madame Simon avait pour sa pupille, elle comiirenait la pauvreté de son affection pour babinc.

L'n amour qui n'avait jamais pu parler en elle parce (|u il avait etc

ij,:.. - I V !■. a. V- lloiuloi -Dur.. , 1 a- =l-rou.!, if, au M irjis.

AU JOUR LE JOUR

sans olijtH, un anioiii' qu'elle avait soiivonl pleuré île ne pas pouvoir

ressentir, rameur maternel tressaillait, pour ainsi dire, comme un

remords jusqu'au fond de ses entrailles, et il y avait des moments où

elle se disait à elle-même :

— Mais si t'et;iit ma fille, je ne la laisserais pas ainsi marcher à

son mallieur.

Elle se disait rela, elle s'accusait de ne pas faire pour sa pupille ce

fjH elle eut fait pour sa tille; mais les forces vives de ce saint amour,

de celle sublime passion de la femme, manquaient à celle qui n'était

pas mère.

Elle voyait Sabine souffrir, et elle souffrait de sa douleur ; mais il

y avait un monde, du regret que madame Simon énrouvait. au désespoir et a la colère

d'une mère qui voit

souffrir son enfant ;

madame Simon était

malheureuse, mais elle

se taisait.

Et Sabine, âme forte

cl résolue, elle, avait

accompli tout le sacrifice, elle avait accepté

la main de M. de Bel-

lestar; et, deux jours

après ce consentement

donné, elle savait, sans

en pouvoir douter et

après s'être sincère-

mentinterrogée, qu'elle

avait accepte la mort

de sa vie.

Oui, c'était bien ce

qu'on peut appeler la

mort de la vie ; car

c'était un avenir où

rien ne devait vivre de

ce qui fait les joies

célestes du cœur.

Eneirel,ôtez l'amour

à ce cœur, el dites moi

ce qui lui restera quand

la femme est orpheline, quand la mémoire de sa famille est une

honte, et quand elle se croit le droit de penser qu'elle est délaissée par ceux qui devaient liï.

remplacer celte famille.

Dès ce moment. Sa bine commençait pou^ ainsi dire la vie à la quelle elles'élait condamnée. Elle se posait dans l'orgueil de cette noble alliance , elle écoulait avec une sorte •l'avidité curieuse le dénombrement de cette immense fortune qui allait être la sienne, elle se mettait déjà dans le rôle de la femme qui devait être la plus éclatante, la plus célèbre, la plus enviée de Paris; Jt quelque chose ajoutait tout bas : et la plus malheureuse.

Quant à la pensée de Silvestre, elle l'avait honteusement chassée de son cœur.

Comme le père désolé qui met hors de sa maison l'enfant qui a manqué à ses devoirs, et qui défend à tous ceux qui l'entourent de prononcer le nom du maudit, Sabine s'était dit à elle-même qu'elle ne voulait plus penser à Silvestre.

Mais le père qui impose silence aux siens dit que c'est pour ne pas s'irriter davantage qu'il refuse d'entendre dans leur bouche le nom de sou lils proscrit. 11 ment el ne trompe personne : c'est pour ne pas pleurer devant ceux qui prononceraient ce nom.

Ainsi Sabine se disait dans sa fierté qu'elle ne voulait plus penser à cet homme qui avait trompé ses rêves, parce qu'il était iudinne qu'elle pensât à lui ; elle mentait aussi, elle ne voulait plus penseur à irilveslre pour ne pas sentir qu'elle l'aimait.

Les voilà donc tous trois, gens de bien el gens de cœur, l'honnête homme intelligent et bon, la femme charmanlc, douce cl all'iiclueupe,

Et aussilôt elle couiut vers sa pupille. — Page ;

.•îS

la jeune tille noble, forte et résignée, les voilà tous les trois, mécontents chacun de soi et des autres, séparés par une douleur sincère et que nul n'a le courage de dire tout haut, iileins de regrets el presque de remords, les voilà tous les trois tristes et malheureux.

Et VOICI enfin M. de Bellestar, tout gonflé de sa joie, de son triomphe, de sa grosse fortune, de son gros amour, de son énorme fatuité de sa colossale impertinence. Il est à l'aise, il trône, il parle, il fait de 1 avenir à sa guise, de r.avenir qui tombe sur le pauvre cœur de Sabine comme un coup de poing.

Il plane sur ces trois êtres dont chacun vaut mieux que lui dans la plus petite parcelle de son esprit et de son âme ; il les domine, il leur commande, il est leur maître, il dispose d'eux, il leur fait faire

ce (|u'ils ont honte et douleur de faire.

Oli 1 c'est une exécrable puissance que celle de la sottise qui marche à son but. Elle va devant elle, écrasant lout ce qui se trouve sur son passage, insensible à toute douleur délicate, cuirassée qu'elle est de vanité el de ravissement de soi-même.

S'il fallait peindre |iar une comparaison l'allure de M. de Bellestar dans cette occasion, il faudrait nous rappeler ces récits des voyageurs qui nous montrenl ces lourds et grossiers éléphants qu'un appétit quelconque appelle dans le sombre réduit d'une jungle mystérieuse.

L'énorme bêle ne s'inquiète pas s'il y a un chemin tracé pour arriver au but où elle doit aller; si elle peut y arriver par des détours prudemment et lentement suivis; elle va devant elle, brisant indifféremment les arbrisseaux avec leurs fruits mûrs, les belles fleurs à peine échappées de leur bouton , renversant quelquefois les arbres qui semblent pouvoir lui résister.

Oui, c'est ainsi que passait M. de Bellesiar à travers ces sentiments exquis et délicats qui étaient autour de lui; heurtant, brisant, foulant aux pieds el l'honnêteté fière et calme de M. Simon, qui avait si bien compris comment on fait le bonheur d'une fem- . me, et les doux sou-

venirs de cette femme qui avait si bien compris la reconnaissance qu'on doit à un pareil homme, et les espérances à peine nées de cette jeune fllle qui avait cru entrevoir le ciel où était son bonheur.

Certes, si l'on eût dit à ce marquis le mal qu'il faisait à ceux qui l'écouiaient parler, on l'eut fort étonne. i\e promettait-il pas à celle qu'il aimait tout ce qu'il considérait comme la suprême félicité de ce monde?

A vrai dire, ces gens-là ne sont pas méchants, ils sont aveugles; mais, pour ma part, je ne sais si je ne préférerais pas la cruauté qui calcule ses coups, à la brutalité qui frappe devant elle, l'oreille et les yeux fermés.

Cependant M. de Bellestar avait épuisé les fleurs de sa rhétorique dorée; il avait ce qu'on appelle vidé son sac, ou plulùt vidé le sac de ses écus; car un eommissaire-priseur eût pu coter à une somme exacte le bonheur qu'il prédisait à Sabine, en évaluant les voitures, les diamants, les châles, les dentelles, les meubles, les maisons de

A.U JOl r> l.E JOUR.

campagne, les dîners, les fêtes, les bals qui devaienl parer celle exis-

''YhVsl'ÏÏreiacéel ccnanl régnail dans le salon. F.n eiTet M..dc BcÏJLl '.; a\an?cLsl'df îarler, !l se trouva que personne n'ava.l v.en

^ 'i"/ ^^imô'n'.'esrellait d'avoir fait fermer sa porte à tout le monde, Dûur m(Ha"er à M de Belleslar et à Sabine un entretien ou ils pourra "en t se mteux comprendre, se mieux connaitre et se mieux apprécier.

"SrÏÏd^'S n=ùx:^îrdé^uts du marquis s <=tfaçaient quÏÏeïu Ainsi le bruit d'une voix désagréable disparaU sons le m,,r mire des cent voix qui parlent aulour d elle; jamais Sabine naval ta i" si compî^ement compris qu'elle venait de le faire le vide et l inaniié du cœur et de la tèle de cet liomnie.

rh"cun était embarrassé, et aucun ne se sentait la force et le couraSdeso il decetemba ras. M. Simon tisonnait, madame Simon acL son \mpalience en se pencbant sur son métier •• tap.sserie Sabine feuillet ait d'nn dolî^t distrait un album qu elle regard.ii, mais ïè ene rù pas. M- de Belleslar seul, le dos appuyé a la che- Siin , cbluffant les mollets, et redressantle '■•û>nour empesé d sa cravate avait l'air ravi de lui-même, lorsqu'un doinesiique, entian Umidement annonçaà M. Simon qu'il y avait quelqu'un qui insistait

''°!i^Quelï'cet importun? dit M. de Belleslar, en s'emparant toujours avec la même soiiise du droit du mailre de la ma'son- ^ Le domestique n'avait pas vainement eie averti qu >' ne de;? l '■''^ser entrer personne i l'exception du marquis, et '•»;«. pa-'temen deviné le sens de celle faveur spéciale. Aussi s empressa-l-il de re- 0 dre i' relui à qui il supposait le droit de parler dans la maison de son mailre (le valet et le grand seigneur étaient faits de la même pale); aussi répondit-il :

— C'est M. Silvestrede Prosny.

Ce nom agita pour ainsi dire d'un mouvement convulsif ceux qui l'entendirent prononcer. .

M Simon releva la tête en regardant son domestique d un air stupéfait, comme s'il était venu lui annoncer un malheur.

Madame Simon laissa tomber son aiguille, et fixa las yeux sur Sabine, comme prête àse lever et à lui prêter secours ,.,.,• OÛant à celle-ci, elle tressaillit sur sa chaise, et si elle n eut ete retenue par celte force de l'éducation qui domine les seBlimeuls les plus violents, elle eût quitté le salon, elle se fût enfuie comme a 1 asuect de quelque redoutable ennemi. , „ „ , j

Au milieu de ce trouble général, M. de Belleslar seul garda sa Iji-é'ience d'esprit, et avec la même impertinence qu il avait mise dans la question, il fil au domestique la réponse suivante :

— th bien I dites à ce monsieur qq'il repasse une autre lois; que M. Simon ne peut pas le recevoir. ,, . , ,

Mais ce petit incident avait pour ainsi dire détruit le charme sous lequel était notre avoué. Depuis une heure, il éprouvait un invincible besoin de se débarrasser du iinuvoir assommant que M. de Belleslar exeiçaii sur ses senliments et sa volonté. ^

L'arrivée de Silvestre, sans qu'il en sût le motif, sans qu il en pilt nrévoir le résultat, pouvait amener un changement quelconque a la situation où ils étaient tous placés, et ne dùt-clle que rompre 1 embarras du moment, M. Simon l'accueillit avec joie, et lidit rapidement au domestique :

— Non ! non ! faites entrer M. de Prosny.

Puis, se lournant vers le marqiiis, il ajouta, comme pour excuser l'ordre' qu'il venail de donner :

— Il s'agit peut-être d'affaires irès-imporlanles.

— Oui, oui, dii madame Simon d'une voix empressée et emue.fair tes entrer M. de Prosny. ,

L'accent de celte voix était plein de mille espérances confuses, c est comme si elle eût dit : ..

— Voici queUpi'un qui va nous sauver, voici quelqu un qui va nous lirer de la mauvaise action que nous allions faire.

^Juant à Sabine, elle était demeurée immobile, pûle, troublée, la respiration halelanle, le cœur serré et la tête perdue.

M. de Belleslar s'en aperçut, cl avec celte inlatigable persévérance de la sottise qui ne manque jamais une occasion d'être sotte, il lui dit d'un air supérieurement protecteur : j t •

— Pourquoi vous troubler ainsi'? ce monsieiirvient sans doute taire part à M. Simon de sa bonne fortune; vous avez bien le droit devons amuser de toutes les suppositions qu'il va faire et de toutes les sottises qu'il va dire. ,, ■ ,• i i

A ce moment, on annonça Silveslre ; il entra pale, delait, 1 œil somnrc cl éteint; il avait l'air d'un spectre.

L'annonce de la venue de Silvestre avait vivement frappe M. Simon sa femme et Sabine ; mais elle les avait frappes chacun d un sriiii'ment difféient; son aiiuarilion les glaça tous du memeeflroi.

M de Belleslar lui-même resta stupéfait a I aspect de Prosny, dont la pâleur était effravante, dont l'œil fixe cl atone semblait ne plus voir dont la lèvre frémissait d'un iremblement convulsiL

ll'serait difficile de comprendre qu'un homme du caractère de Silvestre n'eût pas trouvé en lui plus de force pour accomplir une resoutioii longtemps méditée et arrêtée irrévocablement , si nous ne disions ce qui avait donné à de Prosny cette émotion inouïe peinte sur tous

''lorsque Silvestre était venu chez M. Simon le rf.le a»;" devait y jouer était tracé d'avance par lui; ce qu'il devait y dire était formelle-

"^mmfceh^U^^^dvriès années précédents, i. avait compte

fait moqueur et dédaigneux, tout pU-in de ces epigrammes prep.reesdç Ion ™e main, el qui ne trouvent jamais leur pla,« a l'heure ou il faudrait les dire; il avait enfin fait sa scène d avance.

Lorsâu'il arriva et qu'il voulut entrer chez M. Simon comme il en avilit l'habitude, le domestique qui veillait à l'antichambre 1 arrêta en lui disant nue M. Simon ne pouvait le recevoir.

Dans I, fâ heu e disposition d'esprit où se trouvait S.lvesre, ce premie'ôbsiade l'irrita d'abord, parce qu'il empêchait l'exécution de son n -0 jet et ai 'es ce premier mouvement, il s'en irrita encore plus, parce l,u 11 imagina que l'inteidiction que lui opposait le domestique était

'"^i'rl'etvous'ÏÏen sûr, lui dit-il, la colère dans ta voix et dans.le cœur, étes-vous bien sûr que M. Simon vous au dit de ne pas me laisser e,ureivmûi ?^^^ ^^^ ^.^^^ ^^^ ^ ^.^^^ „.y

est nour nersoni^e, et il n'y a d'excepté que M. de Belleslar. pCïqSdonesliqueavait-il ajouté ces derniers mots? Probhle-

ment iU'en savait pas\oute la portée; mais tout , prendre, celait une nelite impertinence pour le maitre-clerc de son maure.

En tout cas. c'était une indiscreiion contre .M. bimou el en fin de cômïïe, si ça ne faisait pas de ™f^ ca - l~t pas^^^^^ de bien.

— Ainsi donc, reprit bilvestre, M. 4? Belleslar est lu .

— Oui, monsieur.

— Seul avec M. Simon? dit Silvestre.

Avec monsieur, madame et mademoiselle. Te itànspoit tarage qui s'empar;, de de Prosny à cette réponse fnt

si viftlpnt ou'il nàlit et chancela.

1 Monsi ur se trouve mal ? mi dit le domestique avec cet empressement riilleur qui se réjouit de la souflrance qu'on a air de plaindre.

Silvestre s'" tait appuyé sur une lable; il n'entendit pas le domes-

Silveslre s'était appuyé sur une lable; u n enienuii pas 1 lirniP pt demeura un instant plonge dans ses rellexions.

'4 ce mon n il voyait tout son plan renverse, toutes ses prévisions déiaine toutes es combinaisons avortées. Mais oresque en même teims le besond'e"^ à quelque prix que ce fût domina sur ce S desaiSnleinenl.elil^ avec un accent qni

'"TÎiS^Triîm^que c'est moi ; qu'il faufquejelevoie. . nii'ii 1p faut (lu'i le faut absoliinienl. . , .

^ Le domestique sortit, et Silvestre se dit à lui-même, en attendant

'^l'0ur(Ji,ï v^'".inir ; ils sont seuls, tant mieux; ce. homme nu-elle a ime es là, tant mieux ; si, datis ce que j'ai a dire, . m échappe n mnimi la blesse tant mieux I Oh ! tant mieux, si cel homme veut TenS dece !-oè; Pom- prendre la défense de Sabine; tant niiP l'i Vil S'adresse à moi, tant mieux si son insolence m insulte et me provoque : oh ! ce sera 'affaire a nous deux alors, et je leur montrera, à

^°"^^r JnSt'sifl^rSlle le domestique vint lui dire quMl pouv^ °ntier; oilà pourquoi, après une journée tout eni.ere de reflexions nui etssenl dû le faire arriver calme dans le salon de M Simon il enïra Pàle, défait, irrité, et sans avoir, pour ainsi dire, la

^"Soiîn^rSllivîrav^'ivestre. le patron accueillait sou maifè-c ère avec la familiarité d'un ami et d'un supérieur, iMui lendai la nfa n du fauteuil où il était assis, tandis que madame Simon et Sabine restaient à leur place en atlen.lant le sa ut d" nu" re-J e.c Ce iour-là. et comme si cet homme eûl eu en lui un pouvoir ifravant et respectable à la fois. M. Simon se leva de son siège; madame Sin on cSjbine se levèrent de même, et tous trois se tournèrent S!" lui comnie s'ils avaient vu entrer quelqu'un qui portât dans sa

"luve^f S'iiUiH^^Sément et silencieusement; les deux icmnVes lui rendirent ce salut cérémonieux et reprirent leur place, and s me M. Simon disait à Silvestre, en l'examinaiit avec inquielude :

Qu'est-il donc arrivé, monsieur de Prosny? et pourquoi avezvous si vivement insisté pour me voir ? . .

1!! Je vais vous le dire, repartit Silvestre d'une voix entrecoupée; mais permettez que je reprenne mes idées... Je ne croyais pas... je np m'attendais pas à vous trouver avec... » ... .

- vô^îez-vous que nous passions dans mon cabinet? dit v.vemeni M. S'mon en interrompant Silvestre dont le trouble 1 eQrayait.

— Non, non, iv|ir.t rnpi.l.^moiilccliii-ri; non, niotififur, il esl bon M CM lU'iv'SMiiio (|iie iGiu le momie entende u; que j'ai à dire- il le Unn pour mon lionneur, pour ma diijnilc, pour

Le mot expira sur ses lèvres... «Four ma vengeance,» vouiait-ii diiv : Il n en eut pas le courage.

Il n'avait pas encore regaaté Sabine, il ne l'avait pas encore vue paie et défaite à son tour, l'œil tendu sur lui, tremblante, et curieuse (le ce iiu elle allait entendre, mais il la savait là, et malgré tonte la coere qu il avait amassée contre elle, la pen.sée de h\te rougir ce beau Iront sous une menace, de faire pleurer ces beaux yeux par une injure, celle pensée l'avait arrêté.

Comme l'homme qui se rue avec fureur contre un ennemi qu'il ne voit pas, et qui trouve tout à coup sous ses pas un enfant blond et rose, pleurant et effraye, et qui sent toute sa colère se fondre à l'aspect de tant de faiblesse, de même de ProMiy perdit toute son irritaiiun et au moment d accomplir cette vengeance qu'il avait tant méditée i'i ne rouva plus que sa douleur au fond de son cœur.

Il passa la main sur son front pour pouvoir essuyer furtivement les éîeime •'"' ^''^"^"^"' =»"" y^'""' et il ajouta d'une voix presque

— Oui, monsieur, il vaut mieux que je parle devant toutes les personnes qui sont ICI. '

M. Simon avait sui\i avec une inquiétud* sérieuse les divers mouvemenls de la physionomie deSilvesire qui peignait si bien les diverses emoiioiis de son cœur.

— Expliquez-vous donc, mon ami, lui dit-il doucement en approchant un siège, expliquez-vous. ' '

De Prosny tomba assis comme si la force lui manquait tout à fait et M. de Belleslar jeta autour de.lui un regard interrogateur, comme s il eut voulu dire :

— Que diable est-ce que c'est que cette comédie-là ?

Le marquis était reste le dos appuyé à la cheminée, M. Simon était a I un des coins, Sabine au milieu du salon, près de la table ou étaient poses les albums, madame Simon à l'angle opposé de la cheminée, en lace de son mari et derrière son métier à tapisserie. Sllveslre était à lieu pies au milieu, de façon que Sabine était tout à fait en arrière \e\%%^ °" '^'^^ ^^*'^' ^'' **"'" "'^ Voa\3H la voir qu'en se tournant

Il y eut un moment de silence que M. Simon rompit le premier en ^ — Eh bien ! Silvcstre, à quoi devons-nous votre bonne visite de ce

De Prosny releva la tête et vit M. de Belleslar.

L aspect de cet homme, qui avait le don de l'irriter toutes les fois quil le rencontrait ou qu'il pensait à iui, sembla au contraire le calmer

iMvestre retrouva sa dignité, sa hauteur, sa supériorité réelle : on eut dit qui voulait montrer tout ce qui manquait à ce belàtre, aux yeux de celle qui le préférait.

— Monsieur, ditSilvesireen s'adressant à M. Simon, voilà sept ans que j ai 1 honneur de travailler dans votre étude, j'ai fait tous mes ellorts pour mériter votre confiance et pour vous montrer que je n'étais pas indigne des bontés que vous aviez pour moi.

— J'ai pour vous la confiance que tout honnête homme doit à un honnête homme, et ce que vous appelez mes 'bontés n'a été que justice, justice exacte et peut-être parcimonieuse.

Sllveslre s'inclina, et reprit avec un calme extraordinaire :

— Je vous remercie, monsieur, d'avoir prononcé ce mot, il me met sur la voie d une explication qu'il m'eût peut être été difficile d'acorder. Ln taisant pour moi ce que tous vos confrères font vis-à-vis de ceux qui sont a ma place, vous avez fait tout ce que vous deviez et tout ce que vous pouviez. Me payer plus cher que ne le font vos collègues pour les miens, c'eût été vous attirer des reproches, je le sais et ]r le (lis, monsieur Simon, parce que je ne veux pas que vous pen- Mc/, que I accepte le mot de justice parcimonieuse dans le sens que vous avez voulu lui donner. Je m'en empare, non pas pour vous dire que vous avez ete ava-.e envers moi, mais pour qu'il soit bien constaté que j avais une existence pauvre et restreinte. Encore une fois mon- Mcur, ce ri est pas voire faute; c'est la faute de la carrière que j'ai choisie; elle a ses traditions, ses habitudes; je les savais je lésai acceptées, je n en espérais point d'autres. J'étais pauvre, voilà tout ce que je voulais dire.

— Et vous avez vécu honorablement dans votre pauvreté, répliqua

. —J'étais venu invoquer ce témoignage de vous, reprit Silvcstre et je I accepte avec d'autant plus de reconnaissance que vous me l'avez floiine avant que je l'aie oemandé. Mais il ne me suffu peut-être pas

I o=ir ce (jue j ai a vous dire, après ce qui m'est arrivé (et ici la voix de Sllveslre s altéra sensiblement); après ce qui m'est arrivé renrit-il ce n est pas assez que j'aie vécu iionorablement du peu que j'avais'

II laul que vous puissiez dire, monsieur, que j'en ai vécu satistail

bi vestre pron()nça ce dernier mot avec une certaine hauteur et en e evan ensemble la voix, la léle et le regard. L'attention de ceux qui I écoulaient était tendue au dernier point.

Ces préambules n'étaient, pour les assistants, que l'annonce d'un iJit qn Ils connaissaient tous, et dont ils atleiidaieiil l'expression

AU JOUR LE JOUR

comme dans une ci rrmonie publique on regarde défiler devant soi ceux qui précèdent le héros que tout le monde connaii, que tout le monde attend, que tout le monde espère.

,J\' ■'!'' '^'^l'.'^^'^'' '?i^sa'' voir, dans le sourire mal contenu qui contractait ses lèvres, I impatience dédaigneuse avec la quelle il écoulait ce qu 11 appelait en lui-même de la poésie de pauvre diable. Ce sounMp'fnn'ilTf "f" f''^ 'f'^^ P=":,'« ''«'S.'i'd df.' Sabine, lui (il plus de tort lie toutes les balourdises cju'il avait dites jusque-là, et par un de ces mouvements soudains et rapides qui sont pour les (emmes de vrais aciLS (le courage, e le se rapprocha de Sllveslre comme pour montrer a\eç quel intérêt elle 1 avait écouté, avec quel intérêt elle voulait l'écouler encore, uuiaiiii.

coiî'i'nire^^disaiit'^''^''"^'"^ s'accouda sur son métier, et Sllveslre -- Monsieur Simon, vous n'êtes pas entré assez intimement dans ma vie intérieure pour savoir que jamais une plainte, jamais un murmure n est sorti de ma bouche pour demander à qui que ce soitnlus que je n avais. Mais il est cerlain, n'est-ce pas, que lorsqu'un homme esl mécontent de sa position, que lorsiiu'il se croit, à ( uelque litre que ce soit, le droit d'en avoir une meilleure, il laisse percer son mécontentement ou ses prétentions d'une façon ou d'une autre devant ceux avec lesquels il vit constamment, devant ceux surtout qui pourraient apporter un changement à celte position; eh bien ' monsieur Ji; vous adjure de le dire ici devant les personnes qui nous écoutent' ai-je jamais montré un désir, une espérance ou un regret' '

— Jamais, répondit M. Simon, qui se laissait gagner par Fémolion mal c()ntenue avec laquelle parlait Sllveslre. remoiion

—S II en était ainsi, reprit celui-ci d'une voix qui tremblait voulezvous m expliquer comment il s'est lait que quelqu'un que jc'ne connais pas, que je ne veux pas connaître... ajouta-t-il d'une voix presaue mourante, que quelqu'un, dis-je, se soit cru le droit de venir jeter une aumône à cette pauvreté qui ne demandait rien à personne

Letrangete de la situation consistait en ce que tout le monde devait paraître l'ignorer.

A ce mot (( aumône, «.Sabine baissa la tête, sous la hont" qu'elle éprouva de l'action qu'elle avait faite; madame Simon sourit tristement, parce qu'elle souffrait de la douleur de de Prosny mais «n regard plein de fierté accompagna ce sourire, parce qu'elle était heureuse de voir reprendre ainsi sa place à celui qu'elle avait si haut place dans son cœur.

M. de Belleslar fit une moue dans le même sens que son orécédent sourire, et qui signifiait encore r

— Mon Dieul que de grands mots pour dire une chose toute simple!

M. Simon seul resta dans le rôle rigoureux qu'il devait jouer ei dit à Silvcstre : j .

— Une aumône à vous! Je ne vous comprends pas, mon cher ami.

De Prosny regarda madame Simon et M. de BeIlostar,pour s'assurer s ils étaient, comme M. Simon, dans l'ignoriuictf de ce qu'il allait (lire, et il n eut pas de peine à reconnaître qu'ils en etnicnt parfaitement informés. '

11 ne regarda pas Sabine, vers laquelle il lui eût fallu se tourner d une manière trop marquée; mais il n'avait pas besoin de la voir il était à ce moment parfaitement certain de ce dont il avait été seulement convaincu jusqu'à ce moment. Il répondit donc à M. Simon, en se laissant aller à l'amertume qui l'avait un moment dominé :

— El de quel autre nom, monsieur, que celui d'aumône, voulezvous que j'aiipelle la remise faite à ma iiorte d'une somme considérable, à laquelle je n'ai aucun droit, aucun, si ce n'est ma pauvreté'

M. Simon était fort embarrassé ; il essaya de se tirer de la gêne cruelle qu'il éprouvait, en continuant à montrer une surprise assc bien jouée pour que Sllveslre s'y laissai prendre.

— Mais que m'apprenez-vous là? lui dit-il, une somme considérable a ete deiiosée à votre porte et pour vous?...

— Le papier qui l'enveloppait portait cette suscriplion, répondit Sllveslre : A M. Sllveslre de Prosny, à lui seul.

Je ne puis donc douter que cette aumône ne me fût destinée.

— Mon Dieu ! fit M. de Belleslar, qui s'étonnait de l'embarras des autres pour une chose qui lui paraissait si facile à résoudre- ehl mon Dieul c'est qui-lqu'un de riche qui vous aura rencontré quelque part, et qui, doué d'une âme généreuse et pleine de sensibilité se sera intéressé à votre situation. '

Cette dernière partie de la phrase de M. de Belleslar fut envoyée à Sabine par un regard tout à fait gracieux et vainqueur; le marquis, ravi d avoir si bien aiiprécié celle qui devait partager l'honneur de son nom, continua :

— Celte personne, monsieur, a suivi le penchant d'une bonté supérieure, et a voulu venir en aide à un jeune homme digne de sa bonté.

Il fallait bien que le cœur de de Prosny éclatât; mai:; s'il était

AU JOUR LE JOUR

se

resté seulement en présence de ceux qu'il aimait et respectait à la ] fnu .;! \ nu nndame Simon, ou Sabine elle-même, eussent seuls a 'enlemlre leirst X c!àns cette occasion, il est, possible que l'explica.bn que de Frosny venait de donner fût restée dans les termes

'"'^Jj;,;:.^^miônï'M"rSar fut le grain fulminant qui deter-

"'De PrÏÏÏÏ'^'îëdressa tout à coup, et attachant ses .-ega.^s éUncelants au visa«e de M. de Bellestar, il lui dit d'une voix acre et alte ee

Je ne sSis venu demander ici à personne le secret de la t nue i'ai inspirée; je suis venu pour dire que celte pitie je n en veux Sas nue e à liens à insulte, et que si je pouvais découvrir qu e e {î,e vHil d'Sn cœur qui battit sous un habit bleu, j'en demanderais

'Ta &:^^l^£^^n:Tn était impossible que la

''"L'mîïis's-SrtS'Svestre, et le toisa des pieds à la tête d'un regarlTinsolenl , où perçait le regret de ne pouvoir pas punir a 1 in-

^•V"àrt:'nSvL'ënrmacrnal, il boutonna son habit jusqu'au meninn romme s'il se fût préparé à une lutte corps a corps.

Pu s pri son ini .erlurbable assurance, et reparut en c ignant des v^ux pour donner encore plus d'impertinence a son regard

- Monsieur le cœur qui bat sous l'habit bleu, quoiqu i soit tout à fait innocent de cette pUie qu'on a pu croire que vous mentiez, ce rœur est tout urêl à en prendre la responsabilité.

- Messieurs, dit madame Simon en quittant sa place et en montrant Sabine, vous oubliez que nous sommes ici. ,„-,,„„sée en

Et aussitôt elle courut vers sa pu|nlle 5" ' f '^. « 'f ^^uei irrière la main aopuvée sur soa cœur, semblait pi ete a sunoquei.

- Monsieur de Prosny. reprit sévèrement M. Simon en s'avançaiit en^e"SèeiM de Bellestar, êtes-vous venu chercher ici une que.^l|e ? el avez-vous choisi ma maison pour y apporter le trouble

''liî-le'voSf demande pardon, monsieur, reprit Silvestre, et je re^ grette bien°sinSmenl5ue vous ayez.pu ™e ^'^^ S"nom"îaZ de respect à votre maison, le jour ou J Y ."'els s 1 ecl «m ' ^ d ■ niére lois- ou je me trompe, ajouia-l-U d une voix tiemblaïue a cmo !ion!ûn l'on m^e comprend mieux ici qu'on ne semble vouloir me le montrer.

Sr^tnï'^n moment tous ceux fl^^;;^^^^^^^ amis et dont il venait se séparer, et retombant dans la faiblesse de la douleur, il se sentit encore prêt à pleurer, el s ecria :

— Ah', vous le saviez tous!

Puis les prenant chacun à partie : . ., ^ , „. „ ^. ,„

-Vous le saviez, vous, madame, dit-il à madame Simon qui tenait Sabine dans ses bras, vous le saviez, et Je vous pardonne de l'avoir laissé faire, car vous ne me connaissez pas; mais vous le sa viez, vous aussi, monsieur Simon, el vous m'avez laisse tare ce e iniure. Est-ce que je mendie, moi, monsieur? est-ce que e pain que ë nani; je ne le gagne pas par mon travail de chaque jour? est-ce ïue e ?rie la misère ?'est-ce que j'ai jamais fait ente"1;;« "''^ P'^J'l « sur na fortune perdue? Pourquoi donc est-on venu me jeter cette aumône, pourquoi est-on descendu dans mon malheur pour 1 insulter

'''n'sf lofrna'vïsabine, qui pleurait à chaudes larmes, et, emporté inr le désespoir qui couvait en lui depuis si longtemps, il s adiessa ShecieiS à elle, cl lui dit, le cœur et la voix pleins de larmes

""- Est-ce que je vous ai fait quelque mal , moi , mademoiselle , est-ce que j'ai manqué au respect que je vous devais... non-seulemenl parce que vous êtes la pupille de l'homme qui * P'^'^S «' f »; tenu ma jeunesse , mais encore parce que vous eies noble, bonne et pleine de vertus?... Mais vous ne savez donc pas que la uerniere humiliation (lu'ou puisse jeter à un homme, cesl de lui .donner de l'argenr? mais vous le saviez, car vous vous êtes cachée pour le

'"a ce moment Sabine se dégagea vivement des bras de sa tutrice et, s'avançanl rapidement vers Silvestre, elle lui dit, avec un accenl indicible de lieile el de prière : . , .,

— Sur mou honneur, monsieur, non, je ne savais pas que cela put vous humilier; mais je savais que de ma main vous ii accepteriez

"^— Ni de la vôtre ni de celle de personne! repartit Silvestre d'un ion sombre. ...

— Mais de la mienne... reprit Sabine, ce n'était pas une aumône, c'était une restitution. . ., ■ ,

— Mon enfant, mon enlant, s'écria M. Simon, qui voyait venir le danger qu'il voulait éviter, vous ne devez rien à M. de Prosiiy I

— M Simon a raison, du Silvestre devenu honteux de ce qu il avait fiil en 'présence de la liére douleur de Sabine; vous ne me devez rien et ie vous prie de m'cscuser de vous avoir reproche en termes si du'rs une aciion qui le parlait que de la noblesse el de la pureté de vos seiuimenls. Mais, quelque admiration, quelque reconnaissance

qu'elle m'ins|.ire, vous devez comprendre que je ne puis l'accopler îi

'"!i! "comme il vous plaira, monsieur, reprit Sabine, belle d'orgueil et de résolution; vous ne voulez pas accepter, .cl vous faites biu : mais je ne veux pas garder, moi, la fortune qui vous a ele volée, el

^^ L'araen" donl'élle prononça ces paroles alarma tous ceux qui l'entendirent et M. Simon, sa femme. Silvestre. lui crièrent en même temps :

— Que dis-tu? mon enfant 1

— Que veux-tu faire? Sabine! ^

— Que prétendez-vous? mademoiselle.

— Mais c'est déjà trop! , ,, , n n , Celte dernière parole appartenait à M. de bellestar. Sabine sembla ne pas les avoir entendus, et, continuant avec le

même accent résolu et inspiré, elle reprit :

— Non point d'aumône, point de restitution; entre nous, monsieur,' il y a un compte à régler, et ce compte on le réglera , je le veux, i'emends qu'il le soit. . ,...•,

— Vous oubliez que c'est devant moi que vous parlez ainsi, dit M Simon qui au besoin savait faire usage de son autorité, vous oubliez que vous n'êtes pal la maîtresse de disposer de votre fortune.

— Je le serai bientôt, reprit Sabine plus doucement, et alors, M. de Prosnv aioiila-t-elle en seiitanl s'affaiblir en elle le mouvement qui l'avaii emportée, alors, je l'espère, vous n'aurez plus a vous plaindre de moi d'aucune façon. . ,,., i„. ,-.

\u point où en était arrivée celle explication , elle semblait devoir rester sans issue, lorsque M. de Bellestar, en s'y mêlant encore une fois, la lit tourner brusquement d'un autre cute.

— Mlon^; monsieur de Prosnv, dit-il doucement a Silvestre, nous comprenons'ious la susceptibilité qui vous a fait refuser cette somme de cent mille francs; mais montrez-vous généreux en 1 acceptant.

Une fois encore M. de Bellestar recula devant Silvestre, tant le rcard de celui-ci était effare, tant les traits contractés de son visage peignaient une sorte de délire furieux. . «• • ,

— Comment avez-vous dil? reprit Silvestre d une voix suffoquée el qui n» pouvait sortir de sa poitrine, vous avez dit cent... cent... n'est-ce pas cent mille francs, que vous avez dit?

— C'est du moins, la somme que je croyais que mademoiselle Durand vous'desiinail, répondit M. de Bellestar d'un ton précieux, el comme s'il eût craint de s'être beaucoup trop avance.

— Fh I qu'importe la somme, monsieur? repartit Sabine avec dégoût.

— Par grâce par pitié, cria Silvestre dans un desordre inexprimable, était-ce cent mille, était-ce cent mille? oh ! répondez, repondez-

"^'sabine baissa les yeux, et M. Simon, épouvanté du désordre de Silvestre, dil avec plus de vivacité qu'il n'en avait jamais monire visà-vis de sa pupille : , . , . , ■ o

— Mais réponds donc, combien lui as-tu envoyé?

— Eh bien I dit Sabine, honteuse d être obligée de prononcer le chiffre\le ce bienfait si mallieureux, eh bien ! c'était cent mille francs

— Cent millp francs I^.. cria de Prosny d une voix qui ébranla tout le salon- Oh' levais... je cours... dit-il en s'élançant vers la iiorte.

Mais il n'avait pas fait deux pas qu'il s'arrêta soudainement en norlanl la main à son cœur.

'm Simon courut à lui, il vit ses iraits se contracter, ses yeux se fermer et il entendit ces mots que balbutiait Silvestre :

— Ùlez allez... à la maison... ma tante... Puis sa voix s'éteignit et il tomba sur le parquet.

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