‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 12 sur 65 · XX OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ · texte numérisé non relu

XX OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ

de Tordonnance de 1539 sur les imprimeurs, nous renseigne à la fois sur le développement de l'industrie mépanique, sur les règlements d'atelier, sur les salaires, sur l'apprentissage, sur les coalitions^ etc. ; à ces divers titres, il peut et doit servir de référence à plusieurs chapitres de ce livre.

11 ne faut pas, bien entendu, se laisser halluciner par les textes mêmes, et abdiquer devant eux tout droit à la critique. Les textes législatifs en particulier sont souvent menteurs : de ce qu'une prescription est inscrite dans un édit ou un statut, il ne s'ensuit pas nécessairement — pas plus au xvi® siècle qu'au xix® ' — qu'elle ait été appliquée. Que ces documents émanent des pouvoirs publics ou des corporations, il s'agit de les bien interpréter. En général, par exemple, les précautions prises par les classes possédantes indiquent la nature des dangers qui les menacent. En 1351, à la suite de la grande peste, le roi Jean fixe presque tous les salaires à un tiers au-dessus de ce qu'ils étaient « avant la mortalité » ; il est donc vraisemblable que, sans l'intervention royale, la raréfaction de la main-d'œuvre en aurait élevé le prix encore davantage. Il en est de même de l'édit de 1601 sur les gages des gens des champs, évidemment destiné à enrayer la hausse des salaires produite par les guerres de religion.

A côté des documents législatifs, il importe de consulter d'autres documents, aussi variés que possible. D'abord les textes juridiques. A tout prendre un procès est pour nous bien plus intéressant qu'un statut; le statut nous montre les ouvriers tels qu'on aurait voulu qu'ils fussent, le procès tels qu'ils étaient. L'édit de

INTRODUCTION XXf

1539 supprinie les con frériesj en conclurons-nous qu'après 1539 il n'y eut plus de confréries? Nullement, puisque la confrérie des ouvriers typographes j-Lide engoraJi^onte^IHelle^de s^maîtres en 154^, l;544^t8X0 . Les contrats de travail ou d'apprentissage, qui ont été rédigés par des personnes concrètes et bien vivantes, nous font pénétrer bien plus avant dans la réalité que les règlements sur le travail ou sur l'apprentissage . Les textes purement historiques ou môme httérairesne nous sont pas moins précieux. Ils ont môme pour nous un grand avantage: c'est que leurs auteurs n'ont pas eu l'intention arrêtée de nous renseigner sur tel ou tel détail de l'évolution économique ; ils n'ont pas d'idée préconçue, ils peignent inconsciemment, et sans le vouloir, ce qu'ils voient. Un Seyssel, un Bodin, un La Noue ont su beaucoup mieux que les économistes les plus savants d'aujourd'hui si les hommes de leur temps étaient heureux ou non, s'ils pouvaient, avec un certain salaire, satisfaire aux besoins essentiels de ce temps-là. La poésie populaire elle-même nous dira comment vivaient les diverses classes de la nation. Pour mesurer le désastre économi que ain ené par les guerres de François ^^''Tills uf fît de lire cette plainte tragique, leDa pacem du laboureur^ de 1545 :

A la sueur de mon visage J'ay labouré, et meurs de faim ; Trois jours a qu'un morceau de pain Je ne mangeai, en mon ménage Quia non est,

n est une autre méthode, d'apparence moins timide et plus scientifique, parce qu'elle introduit dans

Page 1