‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 13 sur 65 · XXII OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ · texte numérisé non relu

XXII OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ

l'histoire sociale la notion du nombre. Elle consiste à déterminer, pour chaque époque et pour chaque classe, le revenu et le coût de la vie, et de les évaluer en chiffres comparables entre eux. Si cette entreprise était seulement possible, elle aboutirait à dresser des tables dont la seule inspection permettrait de déterminer la quantité de bonheur dont jouissaient, par exemple, l'ouvrier menuisier, le tailleur, le savetier, etc., au XV® siècle.

Cette entreprise séduisante, M. d'Avenel, après d'autres, l'a tentée. Mais elle est absolument illusoire. Pour établir un prix quelconque, qu'il s'agisse du XV* siècle ou du nôtre, il faut d'abord connaître la valeur de la monnaie en laquelle ce prix est exprimé. Or, c'est ce qui est presque toujours impossible pour l'histoire de l'ancienne France. Je laisse de côté une première difficulté, née de la variété infinie des espèces monétaires qui, de même que les mesures, variaient selon les lieux et pouvaient changer selon les temps : aussi bien ces espèces figurent-elles rarement dans les contrats de vente ou de louage. Que le prix ait été réellement payé en écus d'or, en carolus ou en testons, il est généralement stipulé en livres, sous et deniers tournois ou parisis. Il n'existe pas de pièce de monnaie qui vaille nécessairement une livre tournois ; mais chacune des pièces versées par l'acquéreur est évaluée, à ses titre et poids, dans son rapport avec cette monnaie idéale. Le malheur est que ce rapport est très variable. La livre tou rnoisj;

* La livre parisis est, avec la livre tournois, dans un rapport fixe» Il n'y a donc pas de diffîculté de ce côté.

INTRODUCTION XXlll

en effet, se définit une fraction du marc, c'est-à-dire d'un poids de 245 grammes^ d'argent fi n ; mais cette fraction est instable. Au début du xm® siècle, on

taillait 2 l ivres 10 sols au marc, ce qui permet d'éva luer la livre Joumois , monnaie de compte, 98 ^rammftR fj'arp;ftnt ; à la fin du xv** siècle, il n'y avait déjà plus que 26 grammes d'argent à la livre, en 1600 seulement 11 grammes.

Encore se trouverait-on là uniquement en présence d'une complication, et non d'une difficulté insoluble, si l'on connaissait, année par année, le nombre de livres, sous et deniers que l'on taillait au marc. Mais à côté des ordonnances royales, dont nous n'avons peut-être pas la collection complète, bien des causes influaient sur le cours de la livre : la variation du rapport entre les deux métaux précieux, la persistance des vieilles habitudes, qui amenait souvent les commerçants à désobéir aux ordonnances et à maintenir les anciennes valeurs, etc. Aussi les valeurs de la livre diffèrent-elles beaucoup suivant l'auteur qui les indique. De Wailly fixait, pour les environs de 1390, la \s\euT irUrinsèçue de la livre à 9 fr. 80 ; M. Lamprecht l'évalue à 9 fr. 77 ; M. d'Avenel à 8 fr. 90 ; pour le début du xv® siècle, nous trouvons, chez nos trois auteurs, les trois prix de 9 fr. 81, 9 fr. 33 et 7 fr. 53. Il est possible que de Wailly ait tenu un compte exagéré du rapport de l'or à l'argent; que M. Lamprecht, tirant ses prix de l'histoire du commerce allemand, ait été influencé par les phénomènes du change ; il n'en reste pas moins que M. von Inama a raison de dire, dans la Historische Zeitschiift^ qu'en

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