‹ Ouvriers du temps passé (xve- xvie siècles)Chapitre 25 sur 65 · INTRODUCTION XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XLI

même celuî des orfèvres. Champier, Paradîn et lui sont d'accord pour regretter que rinstitution des foires ait fait de Lyon une grande ville industrielle, peuplée par « la secte artisane ». De véritables incapacités légales commencent même à frapper l'ouvrier : les « gens mécaniques » sont exclus des fonctions municipales à Nevers en 1312, à Sens en 1530, à Reims en 1595. Gomment s'étonner après cela que, suivant l'expression de Laffemas, « tous serviteurs, ouvriers et autres ne rendent point l'honneur et l'obéissance qu'ils doivent à leurs maîtres ? »

Le sort de l'ouvrier français n'a donc nullement présenté, durant ces deux siècles, cette uniformité et cette fixité que les panégyristes et les détracteurs du passé se sont plu à y voir. Dès le xv® siècle l'ancien régime corporatif a commencé à s'altérer, pour des raisons à la fois économiques, sociales et politiques*. Chose cruelle : ces m odificatio ns se sont presque f .^ toutes produi tes àans îemême se n s, dans le^nsTê plus défavo rable à l'ouvrie r. L'autorité intervenait au besoin pour maintenir du régime ancien surtout ce qui était avantageux au patron.

Et tandis que l'ouvrier devenaiLilejnoins en moins

heureux, ^h aq^w jour j^ devenait .de^moins en moms ïacile de cesser d'être ouvrier. Non seulement la révo-

* La preuve que ce régime^ ne tient plus debout, on la trouve dans les projets de réforme que Ton voit éclore à la fîn du xvi* et au début du xvii^ siècle, notamment celui de Barthélémy de LafTemas (Règlement général pour dresser les manufactures, Paris 1597. Neuf advertissemenlSj 1601. La ruine et disette d^argent, 1652), véritable tentative pour restaurer le régime des communautés, et celui de Montchrestien dont le Traité est de 1615. Voy. Fagniez, Économie sociale de la France sous Henri IV.

XLlï OUVRIERS DU TEMPS PASSÉ

lution économique avait accru Ja distance entre le patro n et 1 ouv rier^^ mais cette distance était encore accrue artificiellement par les maîtres ; les conditions î qui rendaient Taccès de la maîtrise de plus en plus I I difficile, le chef-d'œuvre, les droits d'entrée, les I faveurs faites aux fils de maître, tout cela constituait ; lia maîtrise en un corps très fermé, en une oligar- • cliie presque héréditaire. Quels qu'aient été autre- ' fois les mérites et les défauts de Tinstitution corporative, il faut reconnaître avec M. Levasseur ^ qu' « au XVI® siècle, les inconvénients deviennent beaucoup plus graves, et les avantages beaucoup moindres ». — I La situation d'ouvrier était autrefois un passage, elle I devi ent une cârr îefeTTes ouvriers étaient la pépinière où se recrutaient les maîtres, ils deviennent une classe. ^ classe condamnée à vivre exclusivement, et â toujours, du seul travail de ses niains. — Et c'est ainsi qu^én face du capîtalisn ie na quit le p rpléfariaf . Je crains que ce livre ne fasse que très imparfaitement comprendre cette évolution. Je m'estimerai heureux cependant si j'ai pu, à l'idylle, substituer un peu d'histoire.

* T. II, p. 76 de la 1" édition. Voy., dans la nouvelle édition, tout le chapitre iv.

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