‹ Ouvriers parisiens d'après-guerreChapitre 6 sur 12 · DECAPEUR SUR METAUX IO · texte numérisé non relu

DECAPEUR SUR METAUX IO

la tentation. Sa victoire sur lui-même est saluée par une rumeur d'approbation qui emplit toute la salle du cinéma. Mais l'orpheline renouvelle ses manœuvres de coquette et finit par triompher de la résistance du mari de sa bienfaitrice. Tout autour de moi et des divers points de la salle, partent des exclamations de désappointement et de désaveu. Les spectateurs avaient compris ettoléré, même admis, au début, le faux-ménage, approuvé comme la solution nécessaire sa régularisation ; tenu pour mauvaise la tentation, pire la chute. Voilà, dans son expression spontanée sous le choc des images lumineuses et comme dans son mouvement réflexe, leur conscience morale.

Un dimanche après-midi, j'entre dans un cinéma de la rue de la Gaîté : à un film américain d'aventures, fait suite ce même film italien « U Holocauste ». L'assistance en suit les diverses péripéties sans manifester son sentiment. Elle n'en recueille pas moins le bénéfice de la leçon morale que les auteurs ont voulu donner : la femme légitime s'est

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effacée, dans une pensée de sacrifice, devant sa nièce devenue la maîtresse de son mari; mais voici que, de la liaison coupable, ne tarde pas à surgir le châtiment : les amants connaissent bientôt les jours de misère ; puis, pour que déborde la coupe de douleur, la jeune femme meurt en donnant naissance à une fille.

Les spectacles que la rue de la Gaîté offre à sa clientèle populaire ne présentent pas toujours ce caractère d'austérité. Le Casino- Montparnasse donne une revue : « Fais-moi Sbimmy... » }c m'y rends un mercredi soir. La salle est aux trois quarts pleine : ce sont, en majorité, des ouvriers avec leurs femmes, des jeunes ouvriers et ouvrières en cheveux, des filles ; il s'y mêle quelques petits employés, commerçants ou bourgeois. Les places coûtent trois, quatre et cinq francs : il ne reste pas un fauteuil libre ; il y a moins de monde aux places à quatre francs ; très peu, aux galeries à trois francs. A l'orchestre, le chant de trois violons est couvert par leséclats d'une trompette, d'un tambour et d'une paire de

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