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cymbales. Cette musique de parade foraine prélude à l'exhibitionnisme d'un spectacle où défileront beaucoup de petites femmes fort peintes et très dévêtues. Musique, paroles, gestes et attitudes, tout vise et concourt à l'excitation sexuelle, unique but de cette sorte de spectacles qui se prodiguent dans tous les coins de Paris. On introduit même, dans les danses de genre, comme une nouveauté, le tremblement des épaules, en frémissement d'élytres, d'une exécution bien médiocre, du reste, auprès de l'art qu'y déploient les équivoques danseurs des pays turcs et persans. Une note saine, au milieu de cette soirée, est donnée par l'intermède de « La cJjanson française», quiévoque nos champs, nos moissons, nos ruisseaux et l'appel de l'âme ancestrale claironnant la lutte contre les envahisseurs de la terre natale: évocation fugitive de sentiments devenus trop étrangers à ce public populaire parisien qui retrouve l'écho de ses passions dans une âpre critique du meunier moderne, du paysan acharné à entasser des billets de banque, fût-ce en empoisonnant
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les consommateurs, à s'enrichir quand tous les autres se font trouer la peau à la guerre: — « mercanti I » A ce mot, la salle éclate en furieux applaudissements. Puis, les spectateurs sont repris par les mots équivoques ou franchement obcènes, et leurs visages, comme modelés par les images et les sons, reflètent toutes les basses passions de l'Evangile de Pan, que ces païens leur prêchent. De deux soldats costumés en figurants de cavalcade et qui représentent Napoléon etjeanne d'Arc, ce dernier, interpellé sous ce nom sacré, déclare « ne pas connaître cet' fumell' là ». Enfin, c'est le « tableau » du « Christ de Saitit- Lazare»: une pierreuse gémit et proteste contre le projet de démolition de la prison Saint- Lazare. La prostituée invectiveles destructeurs de son abri ; elle implore Saint-Lazare et le Christ qui le tira des morts : pâle sous ses cheveux blonds, grandi parsatunique blanche comme un linceul, le Christ vient à elle et clame qu'il a souffert et qu'il est mort « pour «les prostituéeset pour la racaille».Les applaudissements crépitent. Ainsi, sur l'ordure des
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spectacles luxurieux, champignonne un christianisme de fange. Les ouvriers vont regnagner leur gîte avec la vision, imprimée dans leur rétine, des furieux appels de lachairbénis par un Christ de « cafconc'». Voilà le temple où s'édifie leur foi. Voilà comment se façonnent la morale et la religion populaires.
§2. — Le travail
A six heures cinquante-cinq minutes, l'usine siffle et les centaines d'ouvriers qui attendent dans la rue commencent à défiler sous la voûte. Je me rends au bureau où je me joins à plusieurs ouvriers qui viennent d'être embauchés comme moi-même et attendent l'arrivée des employés chargés de les inscrire. L'un deux, un mécanicien, s'entretient avec son voisin et lui vante l'existence confortable des ouvriers new-yorkais : «Ontrou- « vait, avant la guerre, logement, nourriture « et blanchissage, pour deux dollars et demi « par jour ! Et l'on était très bien nourri. Les
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« chambres, belles et bien meublées, appar- « tenaient à un grand immeuble où étaient « installés des bains pour l'usage exclusif des « locataires. Là-bas, le bain est une habi- « tude, un besoin, et non^ comme ici, un « luxe. Les familles louent un appartement. « Mais, dans chaque logement, même réduit « à une seule chambre, il y avait le télé- « phone. Lorsqu'on voulait se faire réveiller, «, on téléphonait au Central de carillonner à <^ l'heure fixée. Ah ! au point de vue matériel, <K c'était parfait... Mais, pour l'agrément de « la vie, il n'y a que la France... — Parce que « vous êtes né en France, objecte son voisin. « — Sans doute... Là-bas, celui qui était « payé cinq dollars pouvait en économiser la « moitié. J'en gagnais dix. J'aurais pu facile- <s ment en mettre six de côté. Mais, vous « savez, là-bas, c'est comme ici : l'argent, on « le dépense; ce ne sont pas les occasions qui « manquent... Je ne sais pas si je resterai « dans cette usine-ci; elle est loin de chez « moi, et, dame, le travail fini, j'aime bien « changer de vêtements tout de suite ; et
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« alors on fait ce qu'on veut... on fait la « noce!... »
Les formalités de l'inscription terminées, nous sommes répartis entre les divers ateliers. L'installation, déjà ancienne, est très médiocre ; le plafond peu élevé, grossièrement soutenu par des poutres; tout à été sacrifié à des considérations d'économie ou à l'improvisation. Les lavabos et cabinets sont installés de façon rudimentaire. 11 n'y a pas de vestiaires : les ouvriers ont aménagé des caisses en petites armoires ou utilisé quelques placards disposés dans les coins des ateliers. Les allées sont trop étroites; le chariot ou « diable », chargé d'une caisse remplie de pièces de métal, y circule difficilement, ce qui entraîne une perte de temps et une fatigue inutile. L'ouvrier doit être mis en un certain état d'euphorie pour que son travail, tout en devenant moins fatigant et même agréable, fournisse un rendement supérieur. L'atelier devrait être tel que l'ouvrier pût s'y plaire. Cette amélioration suppose, chez le patron, une certaine concep-
tion de son devoir et de son intérêt en même temps que les capitaux nécessaires au surcroît de dépenses qu'une semblable installation impose; ou, tout au moins, un état florissant de son industrie ; ou enfin une entente des patrons qui, groupés dans le corps de métier, décideraient de couvrir ces frais supplémentaires par une élévation correspondante du prix des produits. En l'absence d'organisation professionnelle, cette réforme suppose une maison prospère gouvernée avec intelligence. C'est le cas de l'usine où je viens d'entrer : les patrons font, en ce moment même, construire une nouvelle usine pourvue de tous les perfectionnements modernes.
Dans un des ateliers où, avec plusieurs des nouveaux embauchés, j'attends la décision du contremaître, les ouvriers nettoient des pièces de fer. Mon voisin me dit : « Les nou- « veaux, on les met ici, d'abord ; on les case « ailleurs, ensuite, à mesure que des places « sont libres; il faut savoir attendre. J'ai « déjà fait ça. Mais c'est abrutissant de racler
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N< du fer, du matin au soir! Ça me fait... « suer! Je n'ai pas eu la patience d'attendre « et je suis parti... — Et vous revenez? — « Dame! je fais comme beaucoup d'autres... « Faut pas blaguer : la boîte est bonne... »
Le contremaître m'envoie à l'atelier des tourneurs dont le chef et les scribes occupent, dans la vaste salle, un bureau clos de cloisons vitrées que les ouvriers appellent plaisamment « l'aquarium ». Le chef de l'atelier des tours me désigne pour une annexe de son service, l'atelier de décapage.
Le décapage s'obtient au moyen de bains d'acide sulfurique. Une demi-douzaine d'ouvriers et une femme sont affectés à ce service. Les pièces de métal, après avoir été réunies par un fil de laiton, sont plongées dans plusieurs bains, lavées à l'eau et, tantôt simplement égouttées dans un panier, tantôt séchées dans de la sciure de bois. Nous revêtons un tablier de cuir et nous chaussons des sabots de bois pour éviter les brûlures des gouttes d'acide qui rejaillissent au cours de ces diverses manipulations. Les portes de
ce petit atelier, ouvertes sur la salle des tourneurs, y laissent entrer le bruit sourd des poulies et des courroies, le crissement du métal mordu par les tours : nous voyons, courbés sur leur machine, les ouvriers, qui payés aux pièces, donnent à leur tâche toute leur attention. Un chronométrage minutieux du temps qui leur est nécessaire pour faire une pièce déterminée va permettre à la direction de fixer le temps moyen qui servira de base à l'établissement du salaire.
Le personnel de l'usine a organisé une coopérative ouvrière.
Les heures de travail sont : de sept heures à onze heures trente, le matin, et, l'aprèsmidi, de une heure à quatre heures trente. Mais Tafflux des commandes nécessite des heures supplémentaires qui, loin d'être impo^ sées au personnel, sont proposées à son acceptation ; la plupart des ouvriers s'y soumettent avec empressement. Le jour de mon entrée à l'atelier de décapage, Tun de mes nouveaux compagnons m'ayant dit que l'on faisait deux heures supplémentaires, je me