LA PONCTION, LE SÉTON ET LA CANULE A DEMEURE
iVANT-PROPOS
Bien que j’aie eu surloul en vue, dans le travail que je viens de publier, le traitement des kystes qui nécessitent la gastrotomie, je pense qu’il y aura quelque intérêt à faire connaître les observations de deux malades qui ont été traitées par des méthodes différentes : l’une, par la ponction, suivie des injections et du séton ; l’autre, par la ponction suivie de l’emploi de la canule à demeure.
t :îV5f ■'' ^ j! ^î'-; ' î»»» ' --Î ■wA't
îtr,*4’ <i^i> / » '* • -,ui- sr»' f ' ■
ijfjF .î>C' •■ ,.:4ir** w »>î‘ *'> ' ’■»
' ' . f '‘•.' ■ ■ ■ - •* • ,^. ^’Sîy
•■rTifcjw rf» ■
- - .-ji ç#*.- .'. J. ^s. - ^ -
. •', ■ -^ îf^ S
Ire OBSERVATION.
KYSTE MDLTILOCULAIRE DE l’OVAIRE DROIT. — PONCTIO.\. — INJECTION IODÉE. — SUPPURATION. — FIÈVRE HECTIQUE. — PASSAGE d’UN SÉTON. — GUÉRISON.
Au mois de janvier 1868, je fus appelé par mon savant collègue M. le docteur Iluguier auprès d’une jeune fille, âgée de 20 ans, qui avait joui antérieurement d’une bonne constitution, mais qui était, au moment où je la vis, aiïeclée d’un kyste multiloculaire de l’ovaire du côté droit.
Quelques semaines auparavant, M. Iluguier avait pratiqué une ponction qui avait donné issue à une grande quantité d’un liquide clair et peu visqueux. Mais cet écoulement n’avait pas suffi à faire disparaître la totalité de la tumeur, ce qui avait permis à cet habile chirurgien de déclarer que le kyste était composé de plusieurs loges; et comme celle qu’il avait vidée lui avait paru assez grande, il se résolut à la traiter par l’injection iodée, espérant de la sorte, sinon guérir d’emblée la jeune malade, du moins enrayer la marche du kyste et faire disparaître pour un temps assez long les troubles digestifs et respiratoires auxquels il donnait lieu.
Par malheur, ce mode de traitement amena presqu’aussitôt un ensemble de symptômes annonçant une inflamination aiguë de la paroi interne du kyste et une suppuration abondante qui se fit jour par la plaie que le trocart avait créée.
Des injections antiseptiques furent pratiquées chaque jour, dans le but de combattre la fièvre hectique qui n’avait pas tardé à se déclarer, et qui, au moment où je fus appelé, avait fait les progrès les plus effrayants.
En présence de la gravité et de la durée des phénomènes adyna-
iniques qui paraissaient devoir enlever la malade dans un très-petit nombre de jours, nous restâmes d’abord, M. Iluguier et moi, convaincus que toutes les ressources de la cbii'urgie seraient impuissantes à sauver cette malade.
Néanmoins, en réfléchissant au résultat heureux que j’avais obtenu, peu de temps auparavant, chez M""' Yung (gastrotomie suivie de l’application de la canule à demeure), nous fûmes d’avis que le kyste, sous l’influence de rinflainmalion, avait dû contracter avec la paroi antérieure de l’abdomen des adhérences assez étendues pour nous permettre d’agrandir largement la plaie faite par le trocart, et de combattre ainsi la rétention des liquides dont l’absorption exposait la malade â de si pressants dangers.
Pour satisfaire li celte indication, M, Iluguier pratiqua tout d’abord une incision de 3 à h centimètres, qui donna plus facilement issue à une grande quantité de liquide purulent. Cette incision permit â l’opérateur de constater que le kyste était solidement adhérent à la paroi abdominale. Il put en outre, en introduisant le doigt dans la poche principale, rompre deux ou trois loges secondaires et favoriser l’issue de leur contenu.
Cette opération fut immédiatement suivie d’un heureux résultat, car la malade reprit assez de forces pour permettre de croire que tout espoir de la sauver n’était pas perdu. Notre distingué collègue, M, le docteur Barlh, qui fut appelé alors en consultation, fut tellement convaincu qu’il fallait à tout prix combattre la rétention du pus, qu’il proposa de faire, à trois travers de doigt de la première incision, une nouvelle ouverture intéressant, comme la première, la paroi de l’abdomen et celle du kyste, de façon â passer un séton qui empêchât une trop prompte réunion.
Celle applicalion, jointe â l’usage des injections antiseptiques, fit disparaître tous les symptômes de la fièvre hectique, cela si rapidement que la jeune malade semblait revenir à la vie. Et l’on peut alfii’mer que, sans ce mode de traitement aussi énergique que rationnel, elle n’eùt eu aucun espoir do retrouver la santé.
-Nous fûmes donc tous Irès-lieureux de voir quelques semaines plus lard les forces de la malade tout ii fait revenues, et la guérison de la tumeur assez complète pour qu’il fût possible de retirer le séton et de laisser se fermer les deux ouvertures par lesquelles il ne s’échappait plus, de la poche kystique, manifestement atrophiée, que quelques gouttes d’un liquide dont la source ne tarda pas à se tarir complètement.
lie OBSERVATION.
KYSTE MULTILOCULAIRE DE l’OVAIRE, — UNE DES LOGES A CONTENU PILEUX. — PONCTION. — CANULE A DEMEURE. — GUÉRISON TEM- PORAIRE.
Tlieycidoux, demeurant à Paris, 62, rue Legendre, âgée de 35 ans, avait eu une santé irréprochable jusqu’à 28 ans. Il y a dix ans, elle eut un enfant et les suites de couches furent satisfaisantes. Trois ans plus tard, son ventre ayant pris un volume considérable sans qu’elle eût de raisons pour croire à une grossesse, elle alla consulter Jobert, qui diagnostiqua la présence d’un kyste multiloculaire qu’il ponctionna quatre fois à huit jours d’intervalle. Chaque ponction, au dire de la malade, avait donné issue à 1 kilogramme environ d’un liquide huileux très-épais; et, à la suite de la dernière de ces ponctions, Jobert pratiqua une injection iodée.
Cette conduite, bien que téméraire, fut cependant suivie d’une amélioration assez grande pour que ce chirurgien ait cru pendant quelque temps avoir obtenu une véritable guérison.
Mais, en 1866, la malade eut un nouvel accouchement. M. le docteur Plon, qui fut appelé à cette époque, trouva dans l’abdomen, après les couches, une tumeur tellement considérable qu’il dut la ponctionner.
Cette nouvelle ponction donna lieu à l’écoulement de quinze litres environ d’un liquide épais et visqueux.
Deux mois après, lorsque je vis la malade, la plaie faite par le trocart ne s'était pas cicatrisée et était le siège d’abcès qui s’ouvraient spontanément tous les deux ou trois jours. La présence de ces collections purulentes s’accompagnait d’ailleurs d’une tuméfaction inflammatoire très-intense et de douleurs des plus violentes. Le pus qui s’eu
écoulait était d’une fétidité repoussante. La moindre pression réveillait les souffrances les plus vives. L’amaigrissement était extrême et l’altération des traits très-prononcée.
A tout prix, la malade voulait être débarrassée de sa tumeur. Mais, en présence de l’état d’épuisement dans lequel elle se trouvait, de l’étendue et de la résistance probable des adhérences, il était impossible d’accéder à son désir.
Toutefois, ayant constaté que la fièvre hectique, qui minait si rapidement la santé de la malade, était due à la rétention du pus fourni par l’une des poches les plus grandes de la tumeur, nous fûmes d’avis, mon honorable confrère et moi, de faciliter la sortie du pus et le lavage du foyer par l’application d’une canule à demeure. Cette canule fut maintenue à l’aide d’une ceinture appropriée, construite sur mes indications par M. Mathieu.
Le résultat de cette tentative passa les espérances; car, depuis cette époque, non-seulement la sécrétion purulente se tarit peu à peu, mais encore les souffrances disparurent et les forces revinrent si vile qu’au bout de peu de jours la malade pouvait marcher et vaquer à ses affaires.
Cet état de bien-être dura jusqu’à ces dernières semaines, époque à laquelle il lit de nouveau place à de vives souffrances qui s’irradièrent jusqu’aux côtes : la poche, qui s’était presque atrophiée, reprit le volume d’une tête d’adulte et remonta jusqu’à l’épigastre, présentant une dureté fibreuse et donnant issue à des liquides d’une odeur infecte.
Mais sous l’influence de nouvelles injections iodées, répétées chaque jour, le pus s’écoula plus librement et reprit bon aspect, la poche revint sur elle-même et les menstrues, qui avaient été suspendues pendant huit mois, reparurent avec une abondance même un peu trop grande.
Il est à remarquer qu’à diverses reprises, le pus qui s’écoulait par l’ouverture artificielle se trouva mélangé de magmas graisseux et
de pelotons de poils enroulés qui durent faire supposer que celte poche appartenait ii un kyste pileux.
Aujourd'hui nous conseillons à la malade de porter encore pendant longtemps la canule à demeure, Ijien que le volume de la tumeur ait considérablement diminué et qu’il ne dépasse pas la grosseur du poing.