B. CONSIDÉRATIONS SUR LE TRAITEMENT DES KYSTES DE
l’ovaire.
Le seul traitement des kystes de l’ovaire qui mérite d’être pris ici en considération est le traitement chirurgical. Ce traitement varie suivant que le kyste est uniloculaire ou multiloculaire. Il varie encore suivant qu’il existe ou non des adhérences nombreuses, résistantes et vasculaires, suivant le mode d’implantation de la tumeur, suivant qu’on a plus ou moins à redouter les dangers de Vhémorrhagie, suivant enfin qu’on se décide ou non à pratiquer Vocclusion complète de la plaie abdominale.
Kyste uniloculaire. — Quand la poche est uniloculaire et
que le liquide est limpide, peu coloré, et exempt de toute viscosité, la ponction employée seule peut donner une guérison temporaire, comme cela eut lieu chez une malade qui fut opérée, en 1858, par M. Nélaton, lorsque j’étais son interne, à l’hupital des Cliniques. — La guérison se maintient plus longtemps, et quelquefois même est définitive, lorsque l’injection est suivie de l’injection iodée.
Mais quand le liquide est trouble et visqueux, ces moyens sont insuffisants. Ils peuvent même être dangereux, l’injection iodée surtout; et nous avons vu souvent des chirurgiens distingués perdre en quelques jours, à la suite de cette dernière, des malades dont la santé était loin d’être épuisée.
C’est alors que deux ressources se présentent : ou bien pénétrer dans la poche pour y laisser une canule à demeure, ou bien procéder à l’extraction de la tumeur. L’application du premier moyen peut être faite de plusieurs manières, et pour y parvenir, j’ai eu recours : 1° à la ponction à l’aide du trocart dont la canule était laissée à demeure pour assurer aux liquides un libre écoulement; 2° à l’ouverture de la paroi abdominale et de la paroi kystique au moyen de caustiques appliqués sur un des points d’élection de la tumeur, ou sur deux points suffisamment rapprochés; 3° à l’incision plus ou moins large des cavités abdominale et kystique; et, dans ce dernier cas, — ou bien le kysle était peu adhérent à la paroi antérieure de l’abdomen, et il fallut saisir les bords de l’ouverture kystique, les maintenir, soit par compression à l’aide de pinces spéciales, soit par suture, en contact assez exact avec les bords de l’incision abdominale pour empêcher les liquides de tomber dans le péritoine, — ou bien la surface externe du kysle était tellement adhérente à cette paroi que la poche pouvait être ouverte très-largement sans qu’il fût
nécessaire de recourir à la suture pour assurer le maintien de ta sonde.
Tous ces procédés ont pour but de faciliter l’issue et la détersion des liquides qui pourraient séjourner et s’altérer, et de diriger le travail suppuratif de manière à modifier l’intérieur de la poche et à en favoriser la destruction. On comprend qu'ils constituent une ressource précieuse pour les kystes qui adhèrent solidement, et dans une très-grande partie de leur étendue, aux parois de l’ahdomen et aux organes contenus dans la cavité péritonéale.
Le deuxième moyen, auquel on a donné le nom ô.' ovariotomie, consiste à enlever la tumeur. Il convient surtout lorsque cette dernière n’a pas contracté d’adhérences, ou que celles-ci sont molles et faciles à détacher; et l’on peut dire que son application est relativement commode et beaucoup moins dangereuse que celle des procédés précédents, dans les cas favorables que nous venons de mentionner.
Ktjste multiloculaire. — Mais si la tumeur, au lieu d’une seule poche, en présente plusieurs, — ou bien ces loges sont accessoires, petites, peu nombreuses, peu capaces, et semblent faire partie de la poche principale, et alors on peut se conduire comme si le kyste était uniloculaire; — ou bien ces loges sont très-nombreuses, et séparées l’une de l’autre par des cloisons très-résistantes qui renferment des substances plus ou moins solides (kystes aréolaires), et dans ce cas, il n’est pas moins impossible de faire communiquer ces poches entre elles, que de donner une issue facile au liquide qu’elles contiennent. C’est là que la gastrotomie suivie de l’ablation du kyste se présente comme unique ressource.
Adhérences. — Et toutes les fois que la tumeur menace la
vie de la malade, soit par son grand volume, soit par une complication grave survenue dans l’intérieur de la poche (hémorrhagie, suppuration), il est encore indiqué d’extraire la masse morbide lors même qu’elle a contracté des adhérences fermes, résistantes, et vasculaires. C’est à ce prix seulement que la vie de la malade peut être conservée. On verra dans nos observations, avec quelle prudente lenteur il faut alors procéder; à quelle dissection méticuleuse, à quels expédients de ligatures tantôt simples, tantôt multiples, préventives ou définitives, à quels procédés de décollement, d’écrasement, de sections sanglantes ou ignées des brides adhérentes, il faut incessamment recourir; on verra enfin comment il faut ne jamais se lasser d’aller doucement et de poursuivre jusqu’au bout une tâche qui paraît d’abord interminable.
Mais, la tumeur une fois dégagée de ses adhérences, tous les obstacles ne sont pas surmontés : d’autres difficultés se présentent qui proviennent du mode d’implantalion.
Mode d'implantation. — Pour triompher du nouveau genre de complications dont je veux parler, j’ai dû recourir à deux ordres de moyens : — tantôt j’ai été conduit à lier le pédicule, à l’exciser d’un seul coup , à l’étreindre à l’aide de l’un des clamps construits à cet effet, à l’attirer vers l’angle inférieur de la plaie en ayant soin de l’immobiliser dans cette position et de faire en sorte qu’aucune goutte de pus ou de matière septique ne pût s’introduire consécutivement dans la cavité péritonéale ; — tantôt, quand au contraire les kystes étaient implantés sur les côtés de l’utérus par un pédicule large et court, et qu’ils étaient reliés aux organes pelviens par une partie très-étendue de leur surface, j’ai dû oliercher à détruire par portions toute la base d’implantalion, et j’ai pu obtenir ce
résultat en me servant d’un clamp spécial, formé principalement de deux valves incurvées et disposées de manière à permettre d’écraser linéairement chacune de ces portions, et de les cautériser ensuite s’il y a lieu.
Ce procédé de morcellement m’a permis d’obtenir plusieurs fois le succès dans des cas en apparence désespérés. — Tantôt il a été favorisé par l’application de ligatures successivement placées sur le pédicule jusqu’au moment où, la totalité de la masse morbide étant détruite, ce même pédicule pouvait être saisi par un clamp, attiré vers le bord inférieur de la plaie et maintenu par plusieurs aiguilles. Des ligatures durent alors êtreappliquées sur quelques vaisseaux saignants au niveau de la surface de section; celle-ci fut cautérisée à l’aide du perchlorure de fer, et, pour prévenir le passage du pus dans le bassin, des tubes à drainage furent disposés convenablement dans la plaie. — Tantôt le morcellement a été accompagné de cautérisations successives, jusqu’à ce que le pédicule, complètement détaché du kyste, pût être abandonné dans la cavité abdominale, suivant un procédé que j’ai le premier vulgarisé en France.
Au premier abord, il semble qu’une méthode qui nécessite l’emploi de moyens aussi énergiques que ceux dont il vient d’être question, doit être des plus dangereuses. Cette manière de voir fut d’ailleurs celle qui se présenta la première à mon esprit, et bien que j’eusse déjà antérieurement laissé dans la cavité abdominale, un très-grand nombre de ligatures faites soit avec des fds de matière organique, soit avec des fils métalliques; bien que j’eusse détruit par le cautère actuel quelques adhérences, et que j’eusse entendu parler des résultats heureux produits par la cautérisation de quelques pédicules, / il ne fallut rien moins que les diHicultés en présence des-
quelles je me trouvais placé, pour que je songeasse à un moyen qui, quoique rationnel et seul applicable, ne laissait pas que de m’inspirer quelque effroi.
Mais l’événement n’a pas justifié ces craintes : il est même à constater que la proportion des succès obtenus ne le cède en rien à celle qu’eussent donnée des cas plus favorables quant au volume des tumeurs et à la largeur de leur implantation. C’est enfin l’heureux essai que j’avais fait de cette méthode qui m’a permis de sauver la malade chez laquelle j’ai dû pratiquer la splénotomie.
Hémorrhagie. — Grâce aux ligatures métalliques que j’ai eu soin de placer sur les vaisseaux qui, à la surface de section, malgré toutes précautions prises, donnaient du sang, et grâce aux cautérisations, j’ai été assez heureux dans tous les cas pour prévenir toute hémorrhagie; et j’ai été d’autant plus satisfait des moyens que j’ai employés, que je n’ai jamais eu, après mes opérations, de ces hémorrhagies consécutives qui sont notées dans les statistiques comme l’une des causes de mort les plus fréquentes.
Occhision de la plaie. — Quel que soit le mode opératoire mis en usage pour l’extraction du kyste, j’ai eu soin, chez toutes mes opérées, de fermer la plaie abdominale aussi complètement que possible, et d’empêcher toute communication entre l’extérieur et la cavité péritonéale. Bien que cette pratique ait été vigoureusement combattue par plusieurs chirurgiens, je n’ai eu qu’à me féliciter d’y avoir eu recours, car, dans aucun cas, elle n’a entraîné à sa suite le moindre accident.
Il est môme à remarquer que, dans 1e seul cas de kyste ovarique où j’accédai au désir qui m’avait été manifesté par
quelques chirurgiens, de placer à l’angle inférieur de la plaie un tube de verre long de douze centimètres, pénétrant jusqu’au fond du bassin, et recourbé à l’extérieur de façon à offrir une issue libre aux liquides fournis, consécutivement à l’opération, par la séreuse péritonéale, — ce corps étranger, loin d’être innocent comme on me l’avait affirmé, a donné lieu à une péritonite pelvienne des plus regrettables. Ce tube qui, dès les premiers temps qui suivent l’opération, établit une libre et permanente communication entre l’atmosphère et la cavité péritonéale, alors même qu’il n’y aurait aucune nécessité de le faire, puisqu’il peut ne pas y avoir de liquides à évacuer, et qui, lorsqu’il y en a, est incapable de le faire complètement puisqu’il n’olîre aux liquides rassemblés au fond du bassin qu’une issue dirigée de bas en haut, c’est-à-dire contre les lois de la pesanteur; cette tige rigide qui, placée à l’angle inférieur de la plaie abdominale, au voisinage du pédicule étranglé par le clamp, peut conduire jusqu’au péritoine des suintements purulents et septiques, m’a toujours paru aussi nuisible qu’inutile. Non pas que l’indication se présentant d’évacuer des liquides qui, un temps plus. ou moins long après l’opération, seraient versés dans le péritoine, je me refuse à y satisfaire. En pareil cas, mais seulement alors, plusieurs moyens se présentent parmi lesquels je citerai : a. Le sondage temporaire qui consiste à introduire, chaque fois qu’il est nécessaire, par l’incision abdominale désunie à celte intention, une sonde élastique. — b. La ponction pratiquée à l’aide d’un trocart de dimension variable et répétée suivant le besoin, sans que jamais la canule soit laissée à demeure. — c. L’établissement dans le bas-fond du bassin d’une anse de tube élastique et fenêtré de petit calibre dont les deux extrémités conduisent facilement au dehors les liquides collectionnés, soit en leur offrant une issue déclive.
soit en permettant leur aspiration à l’aide d’instruments spéciaux.
Pour mon compte, j’admets assez volontiers l’usage du premier de ces moyens, même quand l’exploration est faite le long du pédicule, mais à la condition que cela soit pendant les premières heures qui suivent l’opération, avant que des liquides septiques aient pu se former sur le trajet de la plaie; j’admets encore et même plus volontiers l’usage du second de ces moyens, pourvu que les ponctions dont il s’agit, qu’elles soient exploratrices ou évacuatrices, soient faites sans qu’on laisse de c~anule à demeure; je ne consentirais à laisser de canule à demeure que si la ponction avait été faite dans un point déclive et favorable à l’écoulement des liquides, comme le fond du vagin par exemple; mais, de ces trois moyens, celui auquel je suis le plus disposé à accorder la préférence, est l’introduction du tube élastique dont j’ai déjà parlé. Assurément, il faut pour que je prenne ce parti, que l’indication soit parfaitement établie. Aussi ne me refuserais-je pas, si le diagnostic était douteux, à une ponction exploratrice pratiquée à l’aide d’un fin trocart. Mais celle ponction affirmant la présence de liquides collectionnés, j’hésite d’autant moins à placer l’anse élastique dont j’ai parlé, que le manuel opératoire que j’ai imaginé pour l’introduction du tube, m’oblige pour ainsi dire à une nouvelle exploration. A supposer, contre toutes probabilités, que celle exploration soit négative, il me serait encore possible, et tout au dernier moment, de m’abstenir.
Et maintenant, par quelle voie cette anse douce et flexible doit-elle être introduite? Sera-ce par la plaie abdominale désunie à celle intention? — Outre que le trajet de la sonde n’olTrirait pas aux liquides à évacuer l’issue déclive qu’il faut leur fournir, celte sonde elle-même, comme le tube de verre dont
je viens de parler, pourrait devenir une tige conductrice des matières purulentes et septiques qui sont fournies par la plaie, cela surtout quand le pédicule aurait été étranglé par un clamp et que ce serait près de lui, dans l’angle inférieur de la plaie, qu’on chercherait à placer la sonde évacuatrice. Il me paraîtrait donc préférable d’utiliser, pour cette introduction, le procédé de M. Spencer Wells, si ce procédé, dont le premier temps consiste à perforer de bas en haut, à l’aide d’un gros trocart, le fond du vagin, et à pénétrer d’emblée, de l’extérieur à l’intérieur, dans la cavité péritonéale, n’était d’une exécution à la fois difficile et périlleuse ; difficile, parce que le chirurgien opère dans une région où les douleurs éprouvées compliquent les manœuvres ; périlleuse, parce qu’il n’est pas impossible que l’effort nécessaire pour transpercer la cloison utéro-rectale ne pousse le trocart au delà de la résistance vaincue et que la pointe de l’instrument, à l’insu même de l’opérateur à qui il est difficile d’analyser exactement la secousse qu’il ressent, n’aille blesser une anse intestinale ou quelque vaisseau important. Cette analyse critique du procédé de M. Spencer Wells m’a conduit à chercher, pour l’introduction d’un tube élastique et fenétré, une voie à la fois facile et sûre qui, sans faire courir de nouveaux risques à la vie de l’opérée, permit au chirurgien de satisfaire pleinement à l’indication. Or, à l’aide d’une très-petite incision qui a l’avantage d’être exploratrice, et qui n’a pas l’inconvénient de suppurer, puisqu’elle peut être immédiatement refermée, il est facile de porter la pointe d’un trocart spécial (que j’ai depuis longtemps fait construire par M. Mathieu), jusque sur la cloison utérorectale, et de la perforer, non plus de l’extérieur à l’intérieur, mais de l’intérieur à l’extérieur. Ainsi sont évités les dangers et les difficultés dont je parlais tout à l’heure. Quant aux dcr-
niers temps de l’opération, ils s’exécutent autremént, mais bien plus facilement que ceux du procédé qui appartient à M. Spencer Wells. Voici du reste la description complète du manuel opératoire que je me suis tracé :
Premier temps. — A la région inguinale, au niveau du ligament de Fallope, sur un point assez rapproché des bords latéraux de l’utérus, je pratique d’abord une petite incision qui intéresse toute l’épaisseur des parois abdominales, y compris le péritoine pariétal.
Deuxième temps. — Cette petite incision, qui a, comme je l’ai déjà dit, l’avantage d’être exploratrice, permet l’introduction d’un trocart spécial dont j’ai depuis longtemps déterminé la courbure par des expériences faites sur le cadavre. A l’aide de ce trocart plongé dans le petit bassin, je traverse avec précaution, de haut en bas et de l’intérieur à l’extérieur, le plancher du bassin, au niveau du cul-de-sac postérieur du vagin. Dès que la pointe du trocart apparaît à la vulve, je retire le poinçon en laissant en place la canule par laquelle je fais immédiatement passer un tube élastique et fenêtré de petit calibre. L’un des bouts du tube faisant saillie par le vagin et l’autre par la petite incision inguinale, je retire la canule.
Troisième temps. — J’introduis à nouveau le trocart et traverse une seconde fois, à quelque distance de la première piqûre, le plancher du bassin. Comme la première fois, dès que la pointe du trocart apparaît à la vulve, je retire le poinçon, toujours en laissant en place la canule dans laquelle j’engage l’extrémité inguinale du tube élastique. Retirant ensuite cette canule par le vagin, j’y ramène en même temps cette même extrémité inguinale du tube élastique, qui, ainsi
doublé, vient faire, au fond du petit bassin et à sa partie la plus déclive, une anse dont les deux bouts pendent à l’orifice vulvaire, et conduisent incessamment au dehors les moindres quantités de liquide déversé dans la cavité péritonéale. — Les choses ainsi établies, je referme immédiatement la petite incision inguinale.
Le mode particulier de cautérisation que j’ai plusieurs fois appliqué est aussi assez différent de ceux qui ont été employés par MM. Claye et Baker-Brown. Tandis en effet que ces chirurgiens, dont l’exemple d’ailleurs n’avait pas trouvé en France d’imitateurs, compriment le pédicule pendant 10 à 12 heures et ne cautérisent les vaisseaux qu’après ce laps de temps écoulé, j'ai imaginé non-seulement de maintenir les vaisseaux comprimés dans le pédicule, mais encore de sectionner extemporanément par écrasement les tissus, de façon à les réduire de volume et à les rendre en quelque sorte aussi minces que possible, avant de porter, sur la ligne de section de ces mêmes tissus et de leurs vaisseaux, des fers rougis à blanc; et lorsque, pour obtenir ce résultat, le pédicule ou les adhérences étaient trop larges pour q^ie le détachement de la tumeur pût être fait en une fois, je n’ai pas craint de recourir au morcellement; et comme le petit clamp droit, si ingénieusement construit en Angleterre, ne m’aurait permis ni de pénétrer aisément à de grandes profondeurs,’ ni d’obtenir la puissance de section qui constitue la base du procédé auquel j’ai eu recours, j’ai fait construire par nos habiles fabricants d’appareils, MM. Mathieu et Guéride, plusieurs instruments disposés en forme de tenaille incisive ou d’étau, dont la puissance est vraiment remarquable.
Ce procédé, qui dispense de placer une grande quantité de
ligatures sur les nombreux vaisseaux de la section, n’a jamais laissé mes malades exposés à aucune chance d’hémorrhagie. 11 m’a également paru moins propre à favoriser l’apparition des péritonites, que ceux qui consistent à lier en masse le pédicule, puis à le couper, ainsi que les fils, au ras du nœud, avant d’abandonner le tout dans l’abdomen.
La cautérisation, appliquée plus largement qu’on ne l’avait fait avant moi, est, comme on vient de le voir, d’une trèsgrande ressource dans des cas tellement compliqués qu’aucun autre moyen ne permettrait d’obtenir l’extraction des tumeurs dont il s’agit. C’est donc là une méthode qui offre des avantages incontestables, et nul doute que son mode d’application ne puisse encore être l’objet de quelques perfectionnements. On -conçoit aussi qu’elle aurait pu être employée avec succès dans la plupart des cas où, après avoir excisé le kyste, j’ai maintenu le pédicule dans l’angle inférieur de la plaie. Cependant j’hésiterais à y recourir si le pédicule était long et peu volumineux. L’une de mes observations démontre même qu’elle serait moins avantageuse dans le cas ou l’utérus et une partie des organes voisins auraient été chassés hors du vagin par l’accroissement de la tumeur, celle-ci remplissant le bassin et abaissant ou refoulant les viscères contenus dans cette cavité. Il est alors indispensable, après avoir extrait la tumeur, de maintenir les organes herniés complètement réduits, et de disposer le pédicule de façon à prévenir, après l’extraction, un nouveau prolapsus.
Quelle que soit la méthode à laquelle le chirurgien donne la préférence, il est à remarquer combien la guérison peut être obtenue rapidement même dans les cas en apparence les plus
graves. J’ai vu en eiïel quelques-unes de mes malades reprendre leurs occupations avant même que la pensée me fût venue de les y autoriser.
Notons encore que d’après l’examen des faits que je publie, la guérison est loin d’être impossible même chez des personnes âgées et complètement épuisées par la longueur des souffrances et le développement excessif de la tumeur.
Est-ce à dire pour cela qu’il faille, comme plusieurs chirurgiens Vont conseillé et comme je l’ai fait moi-même, attendre que la maladie soit parvenue à sa dernière période pour recourir à l’opération et qu’il faille regarder l’ovariotomie comme une ressource in extremis ? En tenant compte des difficultés extrêmes que j’ai éprouvées, des chances défavorables que j’ai assumées et de la proportion insolite de succès que j’ai obtenue dans ces sortes de cas,... je me trouve conduit de plus en plus chaque jour à suivre une ligne de conduite opposée et à opérer de bonne heure, avant que des complications de toutes sortes soient survenues, et pendant que les malades possèdent encore une somme de forces suffisante pour résister au choc ou coUapsus qui se produit forcément pendant les premiers jours qui suivent l’opération.
Un dernier mot enfin, en manière de conclusion, sur le pronostic à porter pendant le cours même de l’opération. N’estil pas à signaler qu’en face des complications, des difficultés inextricables que plusieurs cas ont inopinément présentées, l’opérateur eût été en droit de se considérer comme désormais impuissant, et qu’il eût pu, pour dégager de son mieux sa responsabilité, renoncer à poursuivre une œuvre dont les chances de succès, même les plus improbables, semblaient irrévocablement perdues? J’ai pris courage cependant, et appelant à
moi toutes les ressources dont je pouvais me faire une arme, j’ai voulu aller jusqu’au bout. Or, le plus grand nombre de mes opérées ont guéri. Quels regrets n’aurais-je pas aujourd’hui si, en quelque occasion, j’avais manqué de sang-froid ou de persévérance?
Puissent donc les moyens extrêmes qui m’ont été d’un si utile secours en ces moments critiques, être appelés à rendre de nouveaux services! Trop heureux serai-je, s’ils peuvent agrandir le cadre de la chirurgie, reculer encore les limites de l’art de guérir, et permettre de rendre à la vie un certain nombre de ces malades désespérées qui semblent déjà promises à la mort.
Ire OBSERVATION.
KYSTE SANGÜIN DE L’OVAIRE GAUCHE. — UNE PONCTION FAITE ANTÉ- RIEUREMENT. — ADHÉRENCES PARIÉTALES ET VISCÉRALES. — GUÉ- RISON.
M“® Ferrari, demeuraot à Paris, avenue de Glichy, 87; âgée de 30 ans, Italienne de naissance; brune, d’un tempérament nerveux, d’une constitution assez frêle; ayant eu cinq enfants;... s’est aperçue, il y a deux ans environ , de la présence , dans la cavité abdominale, d’une petite tumeur mobile. A celte époque , elle eut sa dernière couche , qui avait présenté de graves difiicullés, au dire de Mangin, sage-femme qui l’avait accouchée.
Depuis cette époque , la malade avait éprouvé à plusieurs reprises des douleurs abdominales, compliquées de troubles digestifs, de dyspnée, de fièvre. Ces accidents étaient bientôt devenus de plus en plus graves, et, pendant que le volume du ventre s’accroissait rapidement, ils avaient pris, dans les derniers temps, un tel degré d’intensité, que l’état cachectique qu’ils avaient déterminé , faisait croire à la coïncidence d’une phthisie avancée .
La menstruation, qui s’était toujours bien accomplie, était complètement suspendue depuis six mois.
La marche de ces symptômes n’avait pas été entravée par une ponction qui, pratiquée au mois de septembre 186â, avait donné issue à quinze litres d’un liquide brunâtre, visqueux et très-épais.
Lorsque je fus appelé près de cette malade , elle était considérée comme perdue; le ventre était énorme ; il y avait de l’œdème de la région hypogastrique et des membres pelviens ; le pouls , excessivement faible, battait 110 pulsations.
L’état d’anémie et d’épuisement de la malade constituait une contreindication sérieuse ; je n’avais nul désir d’engager ma responsabilité et H ne fallut rien moins que la prière des parents et la commisération
que m’inspira leur douleui’, pour vaincre mes répugnances el me décider à une opération qui présentait, il est vrai, la seule chance de salut, mais qui ne pouvait être tentée qu’en désespoir de cause.
Le ventre mesurait 1 mètre 35 c. de circonférence ; il était considérablement distendu jusqu’aux hypochondres ; sa surface, sillonnée de veines dilatées, était assez régulière; la fluctuation était évidente. A la percussion , la matité et le frémissement ondulatoire se percevaient très-nettement dans toute l’étendue de l’abdomen , excepté dans les régions épigastrique et lombaire, où la sonorité était manifeste.
Au loucher vaginal, l’abaissement de l’utérus paraissait considérable, el l’on reconnaissait que la tumeur remplissaitla cavité pelvienne. Il eût été impossible, autrement qu’à l’aide des commémoratifs qui permettaient de supposer que la tumeur avait pris naissance à gauche, de diagnostiquer lequel des ovaires était atteint; mais la nature des douleurs éprouvées antérieurement pouvait faire craindre, à juste titre, qu’il n’exislàt d’assez nombreuses adhérences épiploïques et intestinales.
Assisté de M. le docteur Maurice Raynaud, agrégé de la Faculté, de MM. les docteurs Saurel, Payraud et J. Dupont, je pratiquai l’opération (novembre 186û).
La malade ayant été soumise aux inhalations du chloroforme, je fis sur la ligne médiane une incision, commençant au milieu de l’intervalle qui sépare l’épigastre de l’ombilic et s’étendant jusqu’au pubis. Après avoir divisé successivement , sur la ligne blanche, les différentes couches qui forment la paroi abdominale, et avoir lié à mesure les nombreux vaisseaux qui se trouvèrent intéressés, j’incisai le péritoine sur la sonde cannelée. Aussitôt une certaine quantité de sérosité péritonéale, de couleur citrine, s’écoula et le kyste apparut entre les lèvres de la plaie, recouvert par lé grand épiploon, qui était enroulé sur lui-même et adhérait intimement aux faces antérieure et supérieure de la tumeur, dans une grande partie de leur étendue.
La ponction du kyste fut faite avec un trocart de fort calibre (fig. 1), et la tumeur fut maintenue, à l’aide de pinces spéciales (fig. 2), peu-
Fig. 1. — Trocart de M. Mathieu.
C Poinçon.
D Piston aspirateur.
A Tube évacuateur.
Fig. 2.— Pinces de M. N étalon.
A Mors plats, striés et à dents multiples.
B Agrafespour fixer les branches.
dant qu’elle se vidait , de telle façon qu’aucune portion de liquide ne s’écoula dans la cavité péritonéale. Celte ponction donna issue ;i environ 40 litres d’un liquide assez homogène, dense, visqueux, couleur chocolat; la tumeur se vida presque complélemenl; il restait seulement quelques kystes très-petits , développés dans la paroi de la poche principale.
Il devint alors facile de juger de l’étendue et de l’importance des adhérences de l’épiploon, et j’acquis bientôt la certitude qu’il était impossible de les détacher, sans s’exposer à des déchirures qui pouvaient déterminer un épanchcmerit de sang considérable. Or, voici le parti que m’inspira cette complication : au lieu de chercher îi lier successivement
tous les vaisseaux à mesure que je les aurais trouvés intéressés, je passai , à travers les feuillets de l’épiploon , au voisinage de l’insertion du colon transverse et dans la pai tie qui servait , si l’on peut ainsi parler, de base aux parties épiploïques épanouies sur la tumeur, un double fil métallique; j’en ramenai les extrémités en sens opposés, de manière à former deux anses accolées , dans chacune desquelles j’étreignis ta moitié des feuillets épiploïques ; la portion adhérente à la tumeur se trouva ainsi séparée du reste de l’épiploon par une double ligature, au-dessous de laquelle je pus exciser sans danger. La portion ainsi liée était tellement volumineuse, que l’une des deux ligatures se trouva insuffisante, et que je dus en appliquer une autre pour arrêter l’hémorrhagie.
Le kyste adhérait encore à différentes portions de l’intestin , à l’utérus et au péritoine pariétal. Ces adhérences furent difficiles à rompre, et elles étaient tellement vasculaires que je dns porter une ligature sur chacune d’elles avant de les diviser, ce que je pus faire en partie avec le doigt , en partie avec le bistouri.
Il fut alors possible de contourner la tumeur, devenue ainsi mobile , de la tirer au deliors, de reconnaître et d’étrangler dans un lien serré vigoureusement, le pédicule , qui était court et mesurait à peine un centimètre et demi de longueur. Le clamp (fig. 3) fut ensuite appliqué
Fig. 3. — Clamp de M. Mathieu. — AA Cliquets pour articuler les branches BB. Le pédicule serré, on ne laisse en place que la partie CD.
sur ce môme pédicule , immédialemcnt au-dessous de la ligature, et toute la portion exubérante de la tumeur fut excisée.
Ce temps de l’opéralion présenta de sérieuses difficultés ; à plusieurs reprises, sous l’influence des efforts de vomissement déterminés par le chloroforme, les intestins s’étaient échappés au dehors,, et, à ce moment surtout, leur réduction fut très-laborieuse.
Après l’ablation de la tumeur, le sang et la sérosité épanchés dans la cavité abdominale furent épongés avec le plus grand soin ; les anses intestinales furent nettoyées avec la plus minutieuse attention ; puis, conviction m’étant acquise qu’il n’y avait aucun danger d’hémorrhagie et que l’ovaire droit était parfaitement sain, j’attirai le pédicule dans l’angle inférieur de l’incision, et je procédai è l’occlusion de la plaie.
Sauf les fils qui avaient servi à obturer les nombreux vaisseaux ouverts à la surface de la plaie, et qui furent ramenés au dehors, toutes les ligatures portées sur les vaisseaux appartenant à l’intérieur de la cavité abdominale, ainsique les anses métalliques qui avaient servi à étreindre l’épiploon, furent laissés dans le ventre, et la plaie fut fermée complètement par six points de suture à anses séparées , en fil métallique. Ces points, passés dans la paroi abdominale à une grande distance des lèvres de la plaie, embrassaient une portion du péritoine pariétal, et, dans l’intervalle de ces points de suture, les parties de la plaie qui se trouvèrent béantes furent fermées à l’aide d’épingles et de la suture entortillée.
La plaie était ainsi close dans toute son étendue, sauf dans la partie inférieure, qu’occupait le pédicule. Celui-ci fut ensuite fixé solidement au dehors par le clamp et maintenu par deux longues aiguilles en fer placées en dehors du clamp (fig. U). La surface de section avait été cautérisée avec le perchlorure de fer à 36".
Fig. 4. — Aiguille destinée k maintenir le pédicule.
Le pansement n’exigea aucun soin particulier : je recouvris la plaie d’une compresse imbibée d’eau , et une compression fut méthodique-
nient appliquée sur les parois latérales du ventre à l'aide de serviettes pliées et maintenues par un bandage de corps.
L’opération avait duré deux heures; la malade avait péniblement supporté le cbloforme, et les efforts de vomissement qu’il avait déterminés se renouvelèrent, à plusieurs reprises, pendant les vingt-quatre heures qui suivirent l’opération. On se borna à l’emploi de boissons glacées, alcooliques et légèrement stimulantes; on dut vider la vessie à l’aide de la sonde.
Le deuxième jour, la malade se plaignit de quelques douleurs abdominales, qui furent promptement calmées par l’application de vessies remplies de glace. Les vomissements avaient cessé, la soif était moindre, le pouls était descendu à 100. Outre les boissons, quelques bouillons furent aisément digérés. Le cours des urines s’était rétabli.
Le troisième jour, j’enlevai les épingles et je modifiai la suture métallique , afin de la relâcher un peu et d’éviter que le gonflement des parties n’entraînât leur section ; les extrémités des fils métalliques furent dénouées, et chacune d’elles fut passée dans un trou pratiqué au milieu d’une petite cheville , puis enroulée sur cette cheville , de façon que la suture â anses se trouva ti’ansforméc en une suture enchevillée (fig. 5).
Fig. 5.— Chevilles à suture construites sur mes indications par M.Guéhide.
Pendant les jours qui suivirent, l’état de la malade continua à s’améliorer ; le pouls oscilla entre 100 et 80 ; dès le troisième jour, les garde-robes, qui avaient été suspendues depuis roî)ération ,• se rétablirent, sans qu’il fût nécessaire de recourir à l’emploi des évacuants. Un régime alimentaire plus substantiel fut proscrit , en même temps que les boissons glacées excitantes et alcooliques furent continuées.
Le ventre avait été, dès les premiers jours , recouvert d’une couche épaisse de collodion; mais il s’était considérablement ballonné, et, pour favoriser l’évacuation des gaz, on dut insister sur l’emploi de la glace à l’extérieur et de la compression.
Pour combattre la putréfaction du pédicule, qui commença promptement à se manifester, les pansements furent faits avec de l’eau alcoolisée.
A partir du cinquième jour, l’état général devint satisfaisant ; la malade put prendre des aliments plus solides ; le ventre, bien que distendu, s’assouplit , et les applications de glace furent supprimées.
Le septième jour, je retirai les fils métalliques, que je remplaçai par une suture sèche, établie au moyen de fils élastiques maintenus îi l’aide de la colle forte à froid.
Le huitième jour, le clamp tomba spontanément ; la suppuration qui, sous l’influence des pansements alcooliques, n’avait pas été très-considérable et qui avait toujours eu un bon caractère, diminua encore à partir de ce moment.
Le huitième jour, la malade, qui se découvrait à chaque instant et ne permettait pas qu’on entretînt autour d’elle une température sufilsamment élevée (le froid était très-rigoureux ), fut atteinte d’une bronchite aiguè qui détermina des efforts de toux violents et réitérés. Sous l’influence de ces efforts , la partie supérieure de la plaie, qui semblait solidement réunie, s’ouvrit le dixième jour, dans une très-grande étendue à travers laquelle les intestins vinrent faire hernie. Je me trouvais là, fort heureusement; je réduisis les intestins, et réappliquai de nouveaux points de suture métallique.
Cet accident, qui pouvait inspirer quelque crainte, n’influa en rien sur l’état général de l’opérée , qui ne fut fatiguée que par l’affection bronchique, et chez qui les règles, suspendues depuis six mois, avaient reparu en assez grande abondance le dixième jour après l’opération , ce que je considérai comme un symptôme favorable. Le travail de cicatrisation reprit une marche régulière. Le ventre conserva sa souplesse
et demeura insensible à la pression. Les fonctions digestives s’accomplirent régulièrement.
Sous l’influence d’une température douce et uniforme, et sans qu’aucune modification fût apportée au régime alimentaire, la bronchite guérit en huit jours , à l’aide de quelques boissons pectorales.
Au dix-huitième jour, la suppuration était presque tarie ; les fils métalliques furent retirés de nouveau; la cicatrice, devenue linéaire, avait considérablement diminué de longueur.
Au vingtième jour, la convalescence était assez avancée pour qu’il pût être permis à la malade de se lever.
A un mois de là, les règles reparurent pour la seconde fois , et la menstruation s’accomplit désormais avec une grande régularité.
La malade, dont la santé s’était franchement rétablie , fut montrée , deux mois après l’opération, par M. Nélaton, aux nombreux élèves qui suivaient sa clinique , et ceux-ci purent s’assurer que la guérison était parfaite. Lorsque je la présentai à l’Académie (le 25 juillet 1865), plusieurs des membres présents à la séance voulurent bien constater que l’état général, non moins que l’état local de l’opérée, ne laissait rien à désirer.
Depuis cette époque, M“' Ferrari a pris de l’embonpoint, et se livre chaque jour avec grande facilité aux travaux manuels les plus fatigants.
L’examen de la tumeur montra que les parois des kystes étaient très-épaisses dans certains points et au contraire amincies dans d’autres ; qu’elles étaient très-vasculaires ; que cette vascularité consistait en un réseau sanguin formé de veines dépourvues de valvules et trèsdilalées, et de quelques troncs artériels volumineux, qui envoyaient un assez grand nombre de ramifications vers les parties adhérentes. La tumeur était constituée par une poche considérable, dans les parois de laquelle s’étaient développés des kystes adventices. La trompe, hypertrophiée, oblitérée dans une partie de son étendue, et placée au devant de la tumeur, l’embrassait dans la moitié de sa circonférence.
Ordonez, mon regrettable ami, avait bien voulu se charger de l’exa-
men microscopique de la tumeur. Il constata qfie les parois des kystes étaient formées de deux couches fibreuses distinctes, communes à la plupart des tumeurs qu’il avait étudiées autrefois. Ces deux couches étaient faciles à isoler; l’une d’elles, extérieure, était évidemment constituée par un feuillet du péritoine et enveloppait toute la tumeur ; l’autre , intérieure, constituait la paroi propre h chacune des loges contenues dans la masse commune.
Chacune de ces couches fibreuses paraissait posséder un système indépendant de vaisseaux sanguins. La couche péritonéale renfermait les vaisseaux destinés à l’appareil génital intra-abdominal ; ces vaisseaux étaient hypertrophiés , et parmi eux il s’en trouvait un grand nombre qui paraissaient être de formation nouvelle. — La deuxième couche fibreuse, ou paroi propre des kystes, avait plusieurs vaisseaux sanguins qui rampaient à leur surface en entourant le kyste de toutes parts ; ils pénétraient ensuite à l’intérieur et allaient se terminer d’une façon digne de remarque; car, dans ce mode de terminaison, Ordonez croyait avoir découvert la véritable genèse des kystes et l’explication des différents aspects présentés par le liquide contenu dans leur cavité. En effet, ces vaisseaux sanguins, réduits aux proportions des capillaires de la deuxième et de la troisième variété, pénètrent dans les cavités kystiques. A ce niveau , ils se terminent par des houppes libres, ne présentent qu’une paroi propre , mince, élastique, renflée de distance en distance, et constituent de véritables chapelets. Ces petites houppes vasculaires flottent à l’intérieur des kystes et s’entourent d’une couche qui devient plus tard l’origine d’une nouvelle cavité. Sur quelques points de leurs parois, ces capillaires sont chargés de granulations calcaires composées de carbonate ou de phosphate de chaux et de magnésie. Ils présentent une grande friabilité, et même des déchirures qui semblent attester qu’elles ont été le point de départ d’extravasations sanguines.
Quant au liquide, il contenait de l’eau, de l’albumine, de la fibrine, une quantité considérable de globules sanguins à dilTérentes périodes de décomposition, et de l’hématosine à l’état de granulations moléculaires
qui cristallisaient facilement par l’application de Péther sulfurique. On y trouvait encore de la cholestérine , de la margarine et des sels calcaires , phosphate ou carbonate de chaux et de magnésie.