‹ OvideChapitre 104 sur 154 · Ponlique^-, I, VIII · texte numérisé non relu

Ponlique^-, I, VIII

2. Trlôlej', I, III. Lefranc de Pompignan a traduit cette élégie en vers classiques, qui en trahissent constamment la valeur familière et pathétique.

3. Triples. I, IX, 5, et aussi TrldUs, I, V, 27 et V, iv, Ti'S,

i88 OVIDE.

veux en désordre, prosternée devant Tautel des Lares et des Pénates, les recommandations suprêmes, que Ton répète machinalement, les adieux que Ton croit définitifs et que Ton recommence sans cesse, sous prétexte que Ton a oublié quelque chose, enfin ceux qui sont véritablement les derniers, la séparation, le départ, la femme qui tombe, inanimée, sur le pavement glacé, tandis que F exilé fuit dans la nuit, où déjà se lève rétoile annonciatrice de la lumière, Tastre du matin, du dernier matin.

Ovide, par emphase poétique, a-t-il exagéré la scène? Je ne le pense pas. Elle est d'une couleur et d'une douleur bien italiennes; ces cris, ces sanglots, ces exclamations de pitié, répétées à satiété, cet évanouissement, cette prière aux dieux de la cité et à ceux du foyer, et au milieu de ces larmes cet esprit de coniblnazione, qui conseille à la femme de rester à Rome pour intervenir en faveur de celui qui part et tâcher d'obtenir sa grâce, tout cela dit à merveille la vérité de la scène.

Car Ovide part seul ; sa femme, bien qu'il ne lui soit pas interdit de l'accompagner, s'est décidée à ne pas le suivre en exil; bien apparentée, elle doit mettre tout en œuvre pour faire rapporter l'édit fatal; et plus d'une fois, du fond de son exil, Ovide la suppliera de ne point ralentir ses démarches auprès des amis de l'empereur ou de Livie elle-même.

Cependant, en dépit du courroux d'Auguste, un ami fidèle l'accompagne, qui ne craint point, celui-là, de se compromettre, et qui est au reste assez compromis

LA METAMORF^HOSK D'OVIDE. 189

d6jci, et c'est Fabius Maximus. Il l'accompagne jusqu'à Brindes ', le port où, trente ans plus tôt, avec son ami Maccr, jeune étudiant enivré de poésie, Ovide s'était embarqué pour la Grèce, nouveau Jason à la concjuéte de la Toison des rêves d'or. Il en rappelait avec Fabius le souvenir mélancolique. Cette fois, ce n'était point pour voir Athènes, ni les villes d'Asie, qu'il montait sur un navire *, c'était pour gagner la terre lointaine et barbare assignée à son exil, poète déjà vieillissant, abandonné de tous, sauf d'un dernier fidèle. Ce n'était plus ce printemps de sa vie et de l'année qui fleurissait en lui comme autour de lui, mais l'automne l'enveloppait de toutes parts, où sur le rivage de Brindes venait se briser la colère de l'Adriatique, célébrée avec horreur par les poètes romains, et qui avait eu raison, quelques années avant, de la frêle santé de Virgile...

Au moment où je vois Ovide, parce froid décembre, s'embarquer au port de Brindes et du pont de son navire adresser à Fabius Maximus les derniers gestes d'un adieu qui doit être définitif, je songe à ce candidat au baccalauréat : devant un te:Kte d'Ovide, extrait des Politiques, j'avais l'indiscrétion de lui demander pourquoi ce recueil d'élégies porte, à son frontispice, ce nom quelque peu étrange; la question parut surprendre ce jeune homme, mais, avec l'assurance du désespoir, il répondit : « Monsieur, c'est parce qu'Ovide, partant pour l'exil, écrivit ces vers sur le pont de son navire ».

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