‹ OvideChapitre 105 sur 154 · T rides, I, ii, jy · texte numérisé non relu

T rides, I, ii, jy

Touchante ingéniosité... Mais, le premier sourire apaisé, à ce souvenir je me reprends à rêver et je le vois maintenant, évoqué par cette jeune imagination émue, ce malheureux poète qui, du pont de son navire, cherche encore à Thorizon les côtes de son Italie bien-aimée.

Qu'on y songe en effet ; ce n'est point ici un exilé moderne, qui s'en va, arrogant encore, suivi de ses valises en cuir et de ses valets de chambre, sur un paquebot où l'attendent une cabine confortable, les consolations du tea-room, du fumoir, de la baignoire tiède qui apaise les nerfs surmenés, du salon de musique et du billard.

C'est tout au plus une tartane que ce navire. Il ne s'agit plus cette fois d'apprécier sa petitesse qui vous met plus près des flots radieux des beaux jours, mieux en communion avec la mer, d'où naquit Vénus, mais sa fragilité, qui le rend sujet à tous les caprices des vagues. Passager de marque, Ovide dispose sans doute d'une cabine, mais qui ne vaut pas plus peut-être que celle du patron d'une grosse barque de nos jours. Dans cet entrepont, il entend les cris, les jurons des matelots, les coups de la vague qui vient battre la proue, les craquements de la charpente, le sifflement des cordages, les pas lourds de l'équipage ; il sent le relent des cuisines.

Alors, le cœur soulevé de dégoût, le voici qui monte sur le pont, en dépit du mauvais temps, et de là il jette un dernier regard sur cette côte, dont le navire luimême semble avoir de la peine à s'éloigner. Cette ligne bleuâtre au delà de laquelle va s'enfoncer sous l'horizon

]j\ METAMORPHOSE D'OVIDE. 191

tout ce qu'il aime, son pays, sa ville, ses amis, la gloire qui l'avait embrassé dès son adolescence comme une femme passionnée et les femmes qui faisaient autour de lui comme une gloire tiède et vivante. Tel, gros de larmes, il revoit les jours passés, qui, peu à peu, descendront sous les flots de l'oubli aussi impitoyables que ceux de la mer, et sans doute sur ces lèvres, qui dès l'enfance ont essayé vainement de ne pas formuler de vers, tout cela, déjà, regrets, craintes, désespoir, espoir aussi d'un retour possible, prend la forme du poème... Magnifique consolation d'un exilé qui est un poète! Sur le pont de son navire, tandis que les flots viennent mouiller sa face et son papier *, d'une main tremblante, au milieu des coups de mer ', mais obstiné à écrire, il les compose déjà, ces élégies de l'exil, tandis que, toujours hanté par le souvenir des poèmes grecs, il se compare à Ulysse ballotté sur les flots, tel que le voyait, aussi secoué que lui sur les vagues mouvantes du baccalauréat, ce candidat ingénieux, dont l'imagination émue méritait un meilleur sort.

Cependant, quand il arrive en Grèce;rX:omme si les choses y reconnaissaient le poète des Afétamorphoàes, l'horizon semble sourire un peu au-devant de lui^. Au port de Léchée, il a laissé son navire fatigué par les flots de l'Adriatique ; il a traversé en voiture l'isthme de Corinthe, puis au port de Cenchrées, près de

Page 1