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CHAPITRE VII L'EXILÉ DE TOMES

Nec quUquain patrla longius cxàul abed.

Tomes. — Le souvenir de Médée. — Sous l'œil des Barbares. — Les rigueurs de l'hiver. — Les souvenirs de Rome. — Ovide écrit à sa femme, à ses amis, à ses confrères. — La poésie au-dessus de tout. — Ovide et Victor Hugo. — L'espoir obstiné.

Dès son arrivée à Tomes tout paraît sinistre à Ovide, et déjà, avant d'avoir vu le pays, le nom même delà ville.

S'il faut Ten croire, ce nom porte, en son étymologie grecque, les traces sanglantes d'un crime affreux, et qui devait lui rappeler les souvenirs de ses premières ambitions littéraires. Lui qui avait écrit une JHédéCy voici qu'il retrouvait, sur les rives du Pont- Euxin, les traces de la célèbre magicienne. Fuyant son père, Médée, pour arrêter sa poursuite, aurait égorgé dans ce lieu sinistre son frère Absyrte et, découpant ses membres, les aurait dispersés sur le rivage, met-

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tant la tcte bien en évidence en haut d'un rocher, pour que son père la reconnût et, s'arretant à pleurer son fils, ne pût courir assez vite pour rattraper sa fille '. De ce découpage serait venu ce nom de Tomes '.

/^Horrible histoire, qu'Ovide raconte pourtant avec une certaine complaisance; en son malheur, il est heureux, on le sent, de retrouver Tombre de cette magicienne, qui hanta ses jeunes rêves. Et puis, en deçà de ce souvenir, il en est d'autres qui sont chers au cœur d'Ovide : Tomes est une colonie de Milet, jadis modeste cité grecque blottie au milieu des Gètes, et maintenant garnison romaine. Petites consolations d'un exilé, qui se raccroche, au milieu des Barbares, à tous les souvenirs de la civilisation gréco-latine.^

Il en a grand besoin, car le pays est austère. Égayé aujourd'hui par la culture, pour voir ce qu'il pouvait être au temps d'Ovide, si l'on ne veut pas en croire son pessimisme d'exilé, il suffit de se reporter aux récits de ceux qui l'ont vu sous l'occupation turque, au temps où Tomes, qui s'appelle aujourd'hui Constantza, s'appelait encore Kustendjé, et lorsque l'inertie du gouvernement turc avait laissé retomber le pays à son état primitif. L'un de ces voyageurs^ nous a décrit les arides falaises de craie alternant avec des dunes de sable, derrière lesquelles apparaissaient de grands lacs couverts d'oiseaux aquatiques, « la solitude de cette nature, dont un soleil de plomb semblait encore aug-

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